Rechercher dans ce blog

dimanche 25 janvier 2026

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière

 


25 janv. 2026

 dimanche, 3ème Semaine du Temps Ordinaire (semaine III du Psautier) — Année A

Lectures de la messe


« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. »

Chers Frères et Sœurs,

Nous avons eu cette semaine une illustration par la nature de ce que peut être une grande lumière : Elle peut inquiéter, surtout lorsqu’elle n’est pas prévisible. La lumière apportée par le Seigneur vient consoler, réconforter et rassurer. Il est là maintenant, il est avec nous. Il est l’Emmanuel, Dieu sauve, Dieu avec nous, lumière qui se révèle aux nations.

Le Seigneur commence de prêcher, mais il ne reste pas seul. Il a besoin de témoins et il appelle ses Apôtres, presque tout de suite, le long de son lac, le long de la mer de Galilée. Il veut en faire des pêcheurs d’hommes et opérer une pêche miraculeuse. Le Seigneur veut nous tirer sur la rive, vers la lumière, nous faire entrer dans son monde. Il vient donner sens à notre vie et nous procurer la joie sans fin. Mais il ne veut pas le faire seul. Il ne vient pas délivrer un discours qui doit être écrit une fois pour toutes et répétés sans fin. Il dépose sa parole dans le cœur de ses disciples et qui la transmettront à leur manière par l’Esprit. La parole de Dieu n’est pas un livre définitivement écrit et intangible, bien rangé dans sa bibliothèque. Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Il est devenu une personne qui donne sa vie et répand son souffle de vie.  Il vient habiter en nous. « Tu as prodigué la joie, Seigneur, tu as fait grandir l’allégresse », et tu appelles encore. La parole est Esprit, et elle est Vie, elle vient transformer ceux qui l’entendent et l’accueillent, des personnes, en d’autres Christ. Elle n’est pas un écrit tout fait, ni un enregistrement, ni une intelligence artificielle. Elle passe par le cœur de l’homme pour être transmise à d’autres hommes, d’abord.

Dans son message pour la journée mondiales des communications, hier, le pape Léon écrivait que « Renoncer au processus créatif et à ses fonctions mentales et à son imagination au profit des machines, c’est enterrer les talents que nous avons acquis afin de grandir en tant qu’êtres humains par rapport à Dieu et aux autres. Cela signifie cacher notre visage et faire taire notre voix. »

Les machines sont capables d’analyser, de synthétiser et de manipuler. Mais le Seigneur et son Esprit sont venus pour s’adresser à des hommes et parler au cœur de l’homme. Il s’adresse à des libertés, il ne vient pas pour écraser, aligner et manipuler. Il vient pour aimer et apprendre à aimer, pour nous faire un jour entrer dans la lumière. Une machine peut imiter l’intelligence humaine, mais elle reste une machine. Elle n’a pas les promesses de la vie éternelle. Le Seigneur respecte notre dignité et notre liberté humaine, jusqu’à mourir. Il n’est pas un dictateur impitoyable. Il se fait homme lui-même.

En ce dimanche de la Parole de Dieu, nous pouvons être surpris en écoutant et en relisant les premières catéchèses du Pape Léon sur Dei Verbum, la Parole de Dieu au Concile Vatican II. Il ne donne pas un cours d’exégèse. Il nous explique que Dieu se révèle dans un dialogue d'alliance, dans lequel il s'adresse à nous comme à des amis : L'accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent. Nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Nous ne sommes pas des ordinateurs en réseau dirigés par une super IA. Nous sommes des personnes, des enfants de Dieu, appelés à vivre avec lui et à voir Dieu.

Le but n’est pas non plus de créer des chapelles concurrentes détentrices de toute la connaissance et de la plénitude de la vérité. Nous ne sommes pas des partis.  « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « Moi, j’appartiens à Apollos », ou bien : « Moi, j’appartiens à Pierre », ou bien : « Moi, j’appartiens au Christ ». A quel Christ d’ailleurs?

Saint Paul appelle à l’unité aujourd’hui. Il nous invite à délivrer la totalité du message du Seigneur, y compris celle qui nous dérange. Nous la reconnaissons parfois tout à coup dans une autre communion. Conserver la communion et la cohérence entre tous est ce qui est le plus difficile. La reconstituer ne l’est pas moins. Notre ancien évêque, le cardinal Koch a relevé que la Lettre aux Éphésiens choisie pour le thème de cette année est un choix hautement symbolique. C’est «un appel passionné de saint Paul à l'unité. Si l'on considère que Paul écrit cette lettre depuis sa prison, on comprend à quel point cette question lui tient à cœur. En prison, on ne s'occupe pas de banalités». A l’époque de Saint Paul dans les prisons romaines c’était encore plus vrai. Il est bon aujourd’hui de nous rappeler que nous devrions nous interroger sur notre foi en la résurrection. Saint Paul avait rencontré le Christ ressuscité le jour de sa conversion. La résurrection, ne la considérons-nous pas, parfois un peu comme la marguerite dans son vase… Oui, j’y crois un peu, mais on nous parle d’autres possibilités, alors reste encore dans ton vase un moment, le plus longtemps possible. Ces autres possibilités ne seraient-elles pas que du papier peint ? Qui   est revenu de la mort sinon le Christ. Il y a la lumière de Pâques et les porteurs de lumière.

Qui va transmettre cette lumière et ce flambeau du réconfort ? Et dans quelles conditions ? Saint Paul l’a fait dans sa prison. Le pape François avait dit aux Arméniens  en 2015 : Votre peuple, illuminé de la lumière du Christ et avec sa grâce, a surmonté beaucoup d’épreuves et de souffrances, animé par l’espérance qui vient de la Croix (Pape François). Le rapprochement nous pousser à parler de lumière du Christ sur la croix.

Nous terminons avec une prière de Grégoire de Narek à Marie  :  « O pureté des Vierges, reine des bienheureux, Mère de l’édifice indestructible de l’Église, Mère du Verbe immaculé de Dieu, (…) nous réfugiant sous la défense des ailes  immenses de ton intercession, nous levons les mains vers toi, et avec une invincible espérance nous croyons que nous serons sauvés ». Amen


dimanche 4 janvier 2026

Epiphanie

 


Atelier Saint-André

4 janv. 2026

 L'Épiphanie du Seigneur — Année A
Solennité

 
 

Lectures de la messe

Mes sœurs, chers frères et sœurs,

Nous nous réjouissons chaque année de cette manifestation du Christ aux nations, aux Gentils, par la médiation des mages. Epiphanie veut dire manifestation. Habituellement les pères disent avec saint Jean Chrysostome qu’il y a 3 manifestations, 3 épiphanies :  La visite des Mages, le baptême de Jésus dans le Jourdain et les noces de Cana. Jean-Chrysostome avait baptisé une petite fille épiphanie… Voilà une petite reine.

En parcourant l’Evangile de l’enfance de Matthieu, impossible de ne pas remarquer que l’Evangéliste est très attaché à mettre en valeur la royauté. D’abord celle de David et de sa descendance, puis un autre roi, l’usurpateur Hérode et enfin ces mages sur lesquels la royauté a fini par déteindre. Ce sont des magoi, des sages, enchanteurs, magiciens et autres astrologues. Ils apparaissent pour la première fois dans la Bible des Septante, écrite en grec avec le prophète Daniel (1-5). Ils viennent de Babylone et de Perse. Nous connaissons leurs sites d’observation, les célèbres ziggurat. La tradition les a revêtus de manteaux et de couronnes de rois. Les psaumes y ont aidé : « Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront. »  Ils représentent les nations païennes et les sagesses universelles. Cette histoire comme la fuite en Egypte, ne paraissent pas être nécessairement de pures comparaisons spirituelles, avec les pérégrinations du peuple de Dieu,  à lire entre autres M. Petitfils.  Faut-il voir une allusion à l’étoile des Mages dans l’Apocalypse de Jean : « Moi, je suis le rejeton de la race de David, l’étoile resplendissante du matin » ? Le Talmud de Babylone mentionnerait que, dans les derniers temps du règne d’Hérode Ier, un grand nombre de Gentils (goïm) s’étaient rendus à Jérusalem afin de voir se lever l’étoile de Jacob. Le sujet a intéressé   Benoît XVI, les mages de Cologne ont peut-être aidé. Divers facteurs ont concouru pour faire percevoir dans le langage lumineux de l'étoile, un message d'espérance. Mais tout cela pouvait mettre en chemin seulement un homme ayant un désir intérieur, de l’espérance, un homme à la recherche de la véritable Étoile du salut. Les réflexions sur l’étoile et sa nature ne manquent pas. Benoît XVI a creusé le sujet vous pouvez le relire.  

Le message de fond de l’Epiphanie nous est délivré par saint Paul : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » Il n’est plus question de génétique, mais bien de la foi qui nous permet de devenir enfant de Dieu. «  La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, sur la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ. » L’étoile  guida les trois mages pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre leur exemple et à être disponibles à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ, nous dit Léon le Grand… La foi d’Abraham lui fit entreprendre sa recherche de Dieu, c’est par elle aussi que nous sommes appelés à accueillir le Christ en nous (Cf Hb 11).

La fête de l’Epiphanie nous réjouit le cœur. Mais nous avons bien de la peine à entrer dans une compréhension du mystère du cheminement de Dieu parmi nous et en nous. Combien de fois nous demandons-nous où a passé notre étoile ? Aussitôt après cette rencontre, et l’adoration  des mages l’étoile disparaît au-dessus de la crèche, mais sa lumière brille dans le cœur de chacun de ces trois hommes. Ils vont avoir à la transmettre et en vivre. Le Seigneur est en eux par la foi.  

Marc Zundel dans une de ses méditations nous demande de nous étonner… Toute la Sagesse de ces hommes de science les a amenés vers un petit enfant de rien du tout. De grands savants s’inclinant devant un enfant, n’est-ce pas le plus grand des mystères ? Une plaisanterie du siècle passé disait que des pères jésuites suggéraient à des parents de leur confier leurs enfants : « Nous en ferons quelque chose ». Le mystère ici, c’est que les Mages se mettent à l’école de cet enfant.  En lui, dit Zundel, ils cherchent toute la lumière, toute la beauté, toute la sagesse, toute la grandeur, toute la vie, en lui ils reconnaissent le Dieu vivant. Le plus terrible est qu’Hérode a tellement peur de ce concurrent, qu’il va ordonner un massacre. Pourtant il est  déjà un vieil homme et ne vivra plus très longtemps. Devant cet enfant ne devrions-nous pas nous-mêmes déposer les armes… Même lorsque l’âge avance, surtout lorsque l’âge avance, ne devrions-nous pas déposer devant la crèche nos fardeaux, nos difficultés qu’il va transformer en or, en encens et en myrrhe ? Ne va-t-il pas transformer nos larmes en perles ? Ne va-t-il pas nous donner paix, joie et consolation ?

Cette fin d’année nous a provoqué quelques tristes surprises, des non-cadeaux , avec le drame vécu par ces enfants à Montana… Ce sont des gosses pour les plus anciens d’entre nous. Tout ce gâchis, nous  ne comprenons pas. Les guerres déclenchées et menées en ces temps non plus. Pourtant l’Enfant-Dieu avec toutes ces difficultés, ces tristesses vient construire un nouveau royaume et l’habiter. Il vient pour nous conduire vers une terre nouvelle. Il est le soleil invaincu.

La dernière porte sainte de l’Espérance va se fermer pour l’Epiphanie à Rome… Mais son étoile brille dans nos cœurs.  

Une étoile a guidé les Mages jusqu'à Jérusalem, puis à Bethléem. Les anciennes prophéties comparaient le Messie qui devait venir à un astre céleste. Ce symbole a également été attribué à Marie : si le Christ est l'étoile qui conduit à Dieu, Marie est l'étoile qui conduit à Jésus (cf S. JP II).

Salut, Étoile de la mer, ô très sainte mère de Dieu, toi qui es vierge à tout jamais, ô bienheureuse Porte du ciel. Tu es Mère, montre-le nous ! Montre-nous ton Fils. Que celui qui pour nous est né en acceptant d'être ton Fils accueille par toi nos prières. O Mère Très Sainte confie-nous ton Fils, donne-nous ton Fils. Amen.


jeudi 1 janvier 2026

Sainte Marie Mère de Dieu



1 janv. 2026

 Sainte Marie, Mère de Dieu —
Solennité

 
 

Lectures de la messe

 Chers frères et sœurs, chers amis,

Ce premier jour de la nouvelle année s’avère donc très particulier. Il est non seulement le jour officiel de l’agrégation de Moutier au territoire cantonal, avec ses 7302 habitants, mais c’est encore la journée mondiale de la paix. Il est l’octave de la Nativité, la fête de Marie Mère de Dieu c’est aussi le rappel de la circoncision de Jésus. Lui qui est Dieu,  est devenu petit enfant et il devient très officiellement aussi membre du Peuple de Dieu. Vous me concéderez que le cas de Jésus est vraiment particulier. La première communication de la Bonne Nouvelle de cette naissance avait été faite par un ange à des particuliers, à des pauvres qui ont la priorité. Elle n’est pas transmise une notification officielle au Sénat et à l’armée, ni aux prêtres du temple, mais par le bouche à oreille. L’ange leur a dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. » Les bergers sont les premiers apôtres. Les bergers racontent ce qu’ils ont  entendu de la part de leur messager et vu de leurs yeux à la crèche. Certains disent qu’aujourd’hui, le téléphone arabe est toujours plus rapide que les médias qui se trompent parfois au milieu de tant de mauvaises nouvelles… Quelle nouvelle est annoncée ? Celle de la naissance d’un enfant. Il porte un nom particulier : Jésus, « Dieu sauve ». Matthieu a presque fait de la naissance de Jésus, une confrontation de rois, avec un roi légitime et un usurpateur, Hérode, et même des mages d’Orient qui s’inclinent. Pas de bergers chez Matthieu, pas de téléphone arabe, mais un examen des Ecritures pour renseigner les mages qui sont devenus des rois. On parlerait plutôt de voie officielle.

La liturgie avec le titre de Mère de Dieu donné à Marie, nous fait penser qu’elle prépare Jésus à être présenté aux mages et en quelque sorte à tous les peuples de la terre. Dans ma jeunesse de religieux, j’avais été intrigué par une icône que j’avais reçue et qui montrait Marie assise sur un siège avec des coussins confortables et portant l’enfant Jésus qui bénissait. On lit que dans l’Antiquité, les femmes de pouvoir en Egypte, régnaient par leurs enfants mineurs. Un cérémonial byzantin rapporte que l’enfant impérial, porphyrogénète, était présenté officiellement et béni par le patriarche. Cela aide à comprendre l’image.

Nous ne sommes pas là pour faire de l’archéologie, bien que le pape Léon ait rappelé récemment aux intéressés qu’elle est une école d’incarnation. L’intelligence artificielle ne résout pas tout, elle n’a pas la dignité humaine, ni l’histoire humaine, elle n’est pas capable de Dieu. « Le christianisme n’est pas né d’une idée, mais d’une chair ; ni d’un concept abstrait, mais d’un sein, d’un corps, d’un tombeau. », leur a-t-il dit. C’est un petit roi sans armée qui nous est présenté aujourd’hui sur les genoux de sa mère et il vient nous annoncer la paix. Sommes-nous capables de le découvrir ce petit roi ? Je crois que la moitié du Jura ou plus, est allée admirer l’admirable crèche de Porrentruy qui est une véritable merveille. Avez-vous repéré Jésus ? Dans une église, il est d’abord dans l’Eucharistie, au tabernacle. J’avais commencé par là, mardi et ô bonheur j’ai trouvé ensuite, presque tout de suite, en remontant à contre-courant, son image toute petite au bout de l’immense crèche, « grand comme ça ». La leçon a son importance : où vais-je trouver Jésus,  Marie et Joseph, fils de David? Ce n’est pas dans un palais impérial, mais dans la vie cachée. Non dans l’infiniment grand, mais dans le petit, le discret. Léon le Grand, le pape de mon anniversaire, disait dans une de ses homélies hier : « La naissance du Seigneur Jésus, c'est la naissance de la paix. » Pour assurer la paix on pense d’abord à une force armée, pas à un petit enfant. Notre pape d’aujourd’hui nous a écrit un message pour cette journée mondiale de la paix. Il est intitulé : « La paix soit avec vous tous - Vers une paix désarmée et désarmante ». Dieu n’aime pas la guerre, sinon celle, spirituelle, que nous avons à mener à l’intérieur de nous-mêmes avec l’aide de la grâce pour ressembler à son Fils et entrer dans sa famille. 

La paix n’est malheureusement dans l’air du temps. C’est à pleurer en pensant aux victimes des guerres actuelles… L’ironie a voulu qu’un missile de superpuissance soit  tombé le soir de Noël, dans un champ d’oignons au Nigéria, un immense pays. Voulait-on totalement empêcher de pleurer le soir de Noël. Les oignons sont connus pour leurs effets. La paix devrait être désarmée et désarmante, elle doit commencer par la paix dans les cœurs : « Bien que beaucoup de personnes aujourd’hui aient un cœur disposé à la paix, un grand sentiment d’impuissance les envahit devant le cours des événements de plus en plus incertain. » Le pape Léon mentionne dans son message, Saint Jean XXIII : « la perspective d’un désarmement intégral ne peut s’affirmer que par le renouveau du cœur et de l’intelligence. » La solution proposée ne date pas d’aujourd’hui, mais de la crèche.

Le Jubilé de l’Espérance arrive à son terme et le pape formule le vœu qu’il porte un fruit de paix. Il a incité des millions d’êtres humains à se redécouvrir pèlerins et à entreprendre en eux-mêmes un désarmement du cœur, de l’esprit auquel Dieu ne tardera pas à répondre en accomplissant ses promesses de vie.

Le Jura est petit, même avec ses 82.000 habitants de bonne volonté. Nous avons accueilli cette nuit Moutier dans le territoire cantonal et dans nos institutions civiles. Nous  avons aussi une nouvelle région pastorale de La Vallée de Delémont-Moutier. C’est une chance, mais aussi une invitation à prendre conscience de nos responsabilités personnelles en Eglise et à nous interroger comment annoncer le Christ autour de nous. Il est petit et caché, ses moyens sont modestes. Nous ne pouvons nous fier qu’à une parole et à un souffle léger, celui de l’Esprit. L’Eglise n’est pas un monument historique, elle est d’abord constituée de ceux qui sont capables d’aimer, de se réunir autour de l’Eucharistie et de l’Enfant de la crèche, pour lui demander la paix. Le Seigneur la promet aux hommes et aux femmes de Bonne Volonté.  Marie Mère de Dieu, Mère de l’Eglise donne-nous ton Fils Amen.


dimanche 28 décembre 2025

La Sainte Famille

 

28 déc. 2025

 La Sainte Famille — Année A
Fête

 
 

Lectures de la messe


Chers frères et sœurs,

Nous suivons ce matin la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph en Egypte et son retour. Vous avez remarqué que les lectures changent en fonction des cycles liturgiques A, B et C. Nous avons une fois Matthieu avec la fuite en Egypte et deux fois Luc, avec la Présentation au Temple et le Recouvrement de Jésus adolescent dans le Temple.

Nous partons aujourd’hui en Egypte et nous sommes un peu chahutés, non par les pas de l’âne qui transporte vaillamment ses précieux fardeaux, mais par le calendrier. Nous n’avons pas encore fêté les rois.

La fuite en Egypte est particulièrement appréciée des coptes. Ils fêtent l’entrée de la Sainte Famille en Egypte le 1er juin. Les évangiles apocryphes relatent de belles histoires, avec des sources qui jaillissent, des palmiers qui s’inclinent pour donner leurs fruits, des idoles qui s’effondrent. Nous avons le droit de rêver.

Le rôle de saint Joseph, est mis en valeur, avec deux nouveaux songes. Le père adoptif de Jésus en a fait trois dans les évangiles. Le patriarche Joseph en avait fait et en interprétait.

Célébrer la Sainte Famille nous invite à nous rappeler que nous avons été accueillis et élevés dans une famille, que parfois nous en avons fondé et que nous sommes appelés à appartenir à une autre famille spirituelle, la famille de Dieu, l’Eglise. Elles sont donc trois. Vos prêtres sont là pour vous rappeler que nous sommes tous invités à entrer dans cette famille et que nous y appartenons déjà par le baptême. En parler est fréquemment délicat surtout au temps de Noël, en raison des difficultés qu’elles traversent toutes. Je n’ai guère besoin de les énumérer et d’arracher quelques pansements pour les rappeler.

Sur le site de l’Eglise en France, j’ai compté environ 120 documents qui en parlent. Ils n’ont pas le volume de 2 petites pages à gros caractères d’une homélie dominicale tranquille.

Le jubilé des familles a été célébré le 1er juin, alors que le pape Léon XIV venait d’être choisi le 8 mai, comme nouveau pape. Après des ordinations, c’était une de ses premières prédications en tant que pape.  Le jubilé ne s’est pas adressé pas seulement à la petite cellule familiale, mais aussi aux enfants, aux grands parents et aux personnes âgées, composition qui met le doigt certainement sur la question de souffrances et des conséquences de l’éclatement des familles, parfois de leur dissolution, des enfants isolés, de la vie que l’on retire, de celle qui s’allonge avec ses conséquences. Nous pouvons mettre également un grand point d’interrogation sur la diminution des naissances dans notre région.   Il nous avait rappelé la prière du Seigneur pour nous.  

Notre mission en nous rassemblant est de manifester que nous sommes  “un” comme le Seigneur veut que nous soyons “un”, dans nos familles et là où nous vivons, travaillons et étudions : différents, mais un, nombreux, mais un, toujours, en toutes circonstances et à tous les âges de la vie. Si nous nous aimons  sur le fondement du Christ, qui est « l’alpha et l’oméga », « le commencement et la fin » (cf. Ap 22, 13), nous serons un signe de paix pour tous, dans la société et dans le monde. C’est dans les familles que se construit l’avenir des peuples.

La prière du Seigneur nous rappelle  qu’un jour nous serons tous un et que le mariage n’est pas qu’un idéal hypothétique, pour rêver.

La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph a ceci de merveilleux qu’elle nous montre les ressources que nous pouvons puiser dans la prière et un amour mutuel pour avancer sur le chemin de la grande rencontre avec le Seigneur, vers l’unité. Même lorsque des divisions ont eu lieu, elle est le signe qu’il est possible encore de grandir et de se reconstruire dans la charité et le respect mutuel. On a beaucoup parlé de résilience depuis la 2ème partie du 20ème siècle et de cette capacité des enfants de se relever et de grandir s’ils ont été entourés d’affection pendant leur petite enfance. Cela est vrai, l’amour fait grandir et guérit.

La Sainte Famille doit fuir en Egypte, et Jésus parvient à traverser ce temps d’exil et d’épreuve grâce à l’amour de ses parents, de Joseph, son père adoptif et de Marie. Les enfants sont notre priorité et notre espérance, un trésor plus important que des richesses, parce qu’ils sont aimés de Dieu et portent le Seigneur en eux comme nous. J’ai vu une de mes petites cousines pendant ce temps de Noël. Elle était née en Australie. Avec mes 71 ans, j’étais dans l’admiration de voir cette jeunesse et ses capacités. Il faut accepter de voir le temps s’écouler et se réjouir qu’un peu de la lumière que nous avons reçue soit transmise. Les anciens ont une bonne place dans les Evangiles de l’enfance du Christ .

Que le Seigneur mette de la joie dans les yeux de ces petits pour que nous puissions l’y reconnaître.

Vous me permettez de conclure avec la prière du pape François pour le Synode de la famille, en 2013. Il a dit de très bonnes choses : Jésus, Marie et Joseph en vous nous contemplons la splendeur de l’amour véritable, à vous nous nous adressons avec confiance.

Sainte Famille de Nazareth, fais aussi de nos familles des lieux de communion et des cénacles de prière, des écoles authentiques de l’Évangile et des petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth, que jamais plus dans les familles on fasse l’expérience de la violence, de la fermeture et de la division : que quiconque a été blessé ou scandalisé connaisse rapidement consolation et guérison.

Sainte Famille de Nazareth, réveille en tous la conscience du caractère sacré et inviolable de la famille, sa beauté dans le projet de Dieu. Jésus, Marie et Joseph écoutez-nous, exaucez notre prière. Amen



dimanche 21 décembre 2025

Le songe de Joseph et sa foi

 



21 déc. 2025

 4ème Dimanche de l'Avent (semaine IV du Psautier) — Année A

 
 

Lectures de la messe


Frères et Sœurs, Mes Sœurs,

 

A quelques encablures de Noël, nous ne pouvons qu’être touchés par les lectures d’aujourd’hui, émerveillés par cette lumière qui se glisse entre les tableaux qui nous sont proposés. Depuis chez moi, je vois le soleil qui se glisse entre les sapins de la colline Sur Chaux, et qui laisse échapper quelques rayons. Il joue aussi avec le brouillard. Il va se lever et reprendre sa course comme un dormeur qui s’éveille, pour rejoindre dans 6 mois, la chapelle du Vorbourg. C’est le Carmel qui le réveille, le Carmel qui éveille le soleil invaincu et s’émerveillera devant l’enfant de la crèche.

Saint Joseph, Joseph le Juste, dans notre Evangile, s’interroge sur la situation de Marie, il cherche de la lumière, le secret de Marie et il reçoit sa réponse dans un songe. A son réveil,  en se levant de sa couche, sa décision est prise, il rejette toute crainte et choisit. « Il prit chez lui son épouse ».

Que peut signifier l’attribut de Juste que lui donne saint Matthieu? En hébreu biblique c’est tsaddiq et en grec, δίκαιος (dikaios). Jésus dira que le premier Juste fut Abel. Le juste est celui qui est fidèle à la loi et à l’alliance, celui qui craint Dieu, d’une sainte crainte révérencielle. Il est celui qui croit et qui vit en conformité avec sa foi. Joseph avait pris conscience que Marie était enceinte. Il avait passé par un dilemme. Un des éléments en avait été certainement celui de faire entrer l’enfant à naître, le nasciturus, dans la famille de David. Comment être ajusté au dessein de  Dieu, sinon dans  le discernement , l’obéissance et la miséricorde, mais aussi et d’abord l’amour.  

Les partisans d’une appartenance littérale à la lignée davidique selon un filiation génétique dirait-on aujourd’hui, se raccrochent à une possible appartenance de Marie à la famille de David, David à la conduite variable. Cette réponse avait été formulée par quelques Pères de l’Eglise dans les polémiques avec le judaïsme. On cite saint Justin, Irénée et saint Jean Damascène ainsi que le Protévangile de Jacques. Je suis allé les réexplorer hier, et les références sont toujours exactes…

Notre temps pousse les choses encore plus loin. Il est aussi  très friand de recherches génétiques. Certains sont allés jusqu’à faire des recherches sur le Saint Suaire, pour constater, ai-je lu, un obstacle en raison de ses manipulations par un grand nombre de femmes qui ont laissé des traces. Ces questionnements sont ceux d’aujourd’hui. Une réponse du Seigneur devrait d’ailleurs nous interpeller : Mt 3, 9 « Produisez donc un fruit digne de la conversion. 09 N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. » Il peut ressusciter les morts, nous ressusciter. Or, c’est bien la foi d’Abraham qui est mise en valeur par l’épître aux Hébreux. « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu ». Il devient juste par elle.

Joseph homme des songes, comme le patriarche, a assumé la responsabilité de protéger sa petite famille, de la nourrir aussi, jusqu’en Egypte. Il a été l’image du Père son lieutenant et sa présence.

La prophétie d’Isaïe prononcée 800 ans avant la naissance de Jésus se réalise. Le roi Achaz mentionné dans la généalogie de Jésus par Matthieu, avait 20 ans lorsqu'il devint roi et il régna 16 ans à Jérusalem. Mais Isaïe et le Seigneur lui reprochent son manque de foi. Pourtant Dieu lui promet un signe : Voici que la Vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).

C’est par la foi de Joseph qui avait manqué à Achaz que Jésus entre dans la maison de David. C’est par la foi que nous entrons nous-mêmes dans la maison de Dieu, et pas par la génétique. Marie a cru en la parole de l'Ange. Tout commence par la foi.

Ayons soin de cet enfant de la foi qui veut naître en nous et que nous avons à protéger et à soigner. Les enfants attendent les cadeaux et les chocolats pour Noël. La première lecture nous a dit que l’Enfant-Dieu a commencé de se nourrir de crème et de miel jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Accompagnons les enfants, entourons-les de notre amour pour qu’ils puissent se faire une provision de bonheur et de lumière intérieure qui leur sera utile toute leur vie. Surtout n’oublions pas de leur transmettre la lumière du Christ, la foi. 

Essayons d’aménager notre crèche intérieure pour bien le recevoir. Il y aura aussi le bœuf et l’âne, les animaux serons présents. J’aime partager un souvenir de famille. Ma mère lorsqu’elle était toute petite, il y a un peu moins de 100 ans, allait se réfugier à l’étable parce qu’il y faisait plus chaud… Nous avons aussi à veiller sur un foyer de chaleur intérieure, celui de notre prière.

Hier le pape Léon à l’audience a rappelé que la prière chrétienne est  profondément mariale, parce qu’en Marie de Nazareth nous voyons l’une des nôtres qui engendre. Dieu l’a rendue féconde et est venu nous rencontrer avec ses traits. Elle est la Mère de Dieu et notre Mère. « Notre espérance ». Elle ressemble à son Fils, et le Fils lui ressemble. Et nous ressemblons à cette Mère qui a donné visage, corps, voix à la Parole de Dieu. Nous lui ressemblons, car nous pouvons engendrer la Parole de Dieu ici en dessous. Jésus veut renaître en nous : nous pouvons lui donner corps et voix, notre corps et notre voix, avec notre coeur. C’est la naissance que la création attend. Rendons grâce aussi à saint Joseph qui a fait grandir le Christ et à su s’effacer devant son fils adoptif. Amen.


lundi 15 décembre 2025

Prisons

 





14 déc. 2025

 3ème Dimanche de l'Avent, de Gaudete (semaine III du Psautier) — Année A

 
 

Lectures de la messe

Notes pour l'homélie du 3e Dimanche de l'Avent

Frères et Sœurs,

Nous avons entendu : Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Mais il fait encore soif !

Et par saint Jacques : Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Lorsque parle saint Jacques, le Seigneur est déjà venu, il est monté au ciel. L’endurance et la patience sous-entendent que ce n’était pas encore le paradis . Le verset de l’Alléluia nous dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. » … Oui, mais des pauvres il y en a encore et vous en aurez toujours dit le Seigneur… Il doit s’agit des pauvres de cœur aussi. Mais que faire ?

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Le Seigneur donne des signes, au point que certains l’accuseront d’être un guérisseur qui exerce son métier. Mais il fait dire  à Jean-Baptiste dans sa prison : «  Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » . Il va même insister : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste. » Jean est un veilleur et un messager de l’espérance. Mais dit le Seigneur : « Le plus  petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »  Comment interpréter « ce plus petit » ? Qui est-il ? Certains disent que c’est le Christ lui-même.  Il est aussi possible de conclure : que « le plus petit » dans le Royaume, est celui qui vit déjà de la grâce du Christ ressuscité. Il est plus grand que Jean, car il participe à une réalité que Jean n’a pas encore connue pleinement : la rédemption est accomplie. Belle réponse. Qui peut prétendre avoir la qualité et la profondeur du regard du Seigneur sur chacun de nous et sur la place qu’il nous destine au cœur de la Trinité.

Ne sommes-nous pas un peu comme Jean-Baptiste dans sa prison, prisonniers de nos habitudes, de nos expériences de vie ? De nos interrogations ? Nous ne comprenons pas. Le Seigneur va demander à Jean d’accepter de faire pleinement le don de sa vie, en croyant simplement en sa promesse. Mais, me direz-vous Jean a vécu il y a très longtemps, c’était un primitif, il n’avait même pas d’ordinateur et de téléphone portable, pas de satellite. Bien sûr, il n’avait que son cœur, la connaissance de l’Ecriture, et l’Esprit-Saint qui venait lui parler. Ils sont bien dans un des  ouvrages que M. Sarkozy dit avoir apporté en prison, je ne sais pas s’il a eu le temps de le relire  : Jean-Christian Petitfils, Jésus. Vous pouvez toujours offrir ce titre  comme cadeau de Noël, il est excellent. Offrir un livre qui parle de Jésus est une manière de ramener le petit Jésus dans votre crèche si on l’a oublié et Jean-Baptiste. L’auteur explique ainsi le drame de Jean : « Il se voit en prison, seul, face à sa propre mort, sans secours spirituel, abandonné de Dieu. Il a vu croître le mouvement de son cousin de Nazareth avec un intérêt certain, tout en poursuivant sa propre prédication, mais voilà que le nouveau venu s’éloigne de son enseignement. » Le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean.

Être le plus petit, ne serait-ce pas être celui qui donne le plus de place au Seigneur, être celui qui accueille la grâce. La grâce fait grandir le Seigneur en nous. C’est une histoire d’amour, une Alliance qui ne peut pas être ennuyeuse. Douloureuse, oui, mais joyeuse, aussi, et pleine d’espérance pour nous faire entrer dans la gloire.

Nous ne pouvons que désirer sortir de nos prisons… Parfois, c’est par le dedans, sans voir ce qui se réalise , ni savoir ce qui va advenir, dans la confiance. Puisque ce 14 décembre est aussi celui la fête de Jean de la Croix, je me sens porté à rappeler un épisode de la vie de ce docteur de l’Eglise et maître de la voie contemplative. Dans la nuit du 2 décembre 1577, Jean de la Croix est fait prisonnier par une troupe armée, dirigée par un carme, opposant à la réforme des carmes déchaussés qu’il menait. Il va rester enfermé 8 mois à Tolède et s’échapper de manière mystérieuse. Cette épreuve sera une nuit de la foi, et il va écrire dans cette période son cantique spirituel, des poèmes. Il considèrera ce temps en prison comme une naissance à lui-même. Si vous avez la fibre poétique, prenez le temps de le lire en douce, tranquillement, chez vous. Il est sur la toile en libre accès. Cela vaudra toujours mieux que les programmes télé. 

Une prison pourrait parfois permettre un retour sur soi-même, mais pas toujours. Il y a des sortes d’enfer sur terre. Il est important de prier pour ceux qui sont contraints de passer par là et pour le personnel pénitentiaire. Je crois que nous avons tous eu de tristes échos de geôles d’Europe, de Chine, de Russie, d’Amérique du Sud et d’ailleurs.

La venue du Seigneur est un signe de joie, mais elle interpelle… « Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient. », nous a dit Isaïe. Pourtant nous sommes conscients que vivre le mystère du Christ implique pour nous d’être conformés à lui. Il ne s’agit pas d’être  un homme habillé de façon raffinée et de vivre dans les palais des rois ou d’avoir le pouvoir entre ses mains à la façon d’aujourd’hui. Le bonheur n’est pas la satisfaction d’un pouvoir politique et financier qui rend capable de violence économique. Il s’agit de vivre à la manière du Christ pour devenir comme lui, pour devenir d’autres Christ disent certains saints. Lui être conformé dans ses mystères nous fait entrer dans une joie supérieure à celle promise à Adam, mais quel chemin de misères, parfois. Il doit nous rendre encore plus assuré de la volonté de Dieu de nous faire participer à son bonheur.

Le pape Léon a rappelé dans son homélie de ce matin que le 26 décembre dernier, le Pape François, en ouvrant la Porte Sainte de l’église du Notre Père, dans une maison d’arrêt avait lancé une invitation à chacun : « Prenez  la corde en main, avec l’ancre de l’espérance. Deuxièmement : ouvrez en grand les portes du cœur ». Il a encore mentionné Saint Paul VI disant à la fin de l’Année jubilaire 1975 : « La charité  voudrait être, surtout sur le plan de la vie publique, le principe de la nouvelle heure de grâce et de bonne volonté que le calendrier de l’histoire ouvre devant nous : la civilisation de l’amour ! » Le Seigneur est déjà avec nous en Marie, grâce à elle, le Seigneur est proche,  il marche avec nous. Avec Lui à nos côtés et avec Marie, quelque chose de beau et de joyeux arrivera toujours. Amen.


dimanche 7 décembre 2025

« Espère dans le Seigneur, car il est bon ; ton espérance ne peut défaillir si elle est fondée sur la miséricorde de Dieu. »

 


7 déc. 2025

 2ème Dimanche de l'Avent (semaine II du Psautier) — Année A

 
 
Lectures de la messe


Chers Amis,

Vous savez que nous arrivons à la fin du  Jubilé de l’espérance. C’est le mot qu’employait saint Paul dans son épître tout à l’heure : « que grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. » Lorsque nous arrivons en fin d’année, je ne sais pas si c’est votre cas, je n’apprécie pas particulièrement le manque de lumière et nous cherchons tous plus ou moins à nous encourager et à en trouver. Le prophète Isaïe cherchait à le faire, alors qu’il y avait la guerre aux portes d’Israël et des menaces d’invasions, c’est le contexte de la première lecture. Nous la lisons à la lumière de Noël et de la naissance de Jésus 800 ans après. Pour nous, plus de 2800 ans après, c’est un véritable carotage historique. Elle était l’annonce d’une paix paradisiaque.

Mais voilà que Jean-Baptiste, dans l’Evangile, se met à crier dans son désert et les gens vont l’écouter. Il ne les ménage pas. Est-ce que vous iriez écouter un sermon exprès pour vous faire passer personnellement un savon ? Certains disent que ça fait du bien de temps à autre, mais Jean-Baptiste y va tout de même fort : « Engeance de vipères ! » « La cognée est au pied de l’arbre… » etc… La venue du Seigneur qu’il annonce ce n’est pas une berceuse du genre « Il est né le divin enfant. » Il s’agit pourtant de son cousin. Il dit que « la paille brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Je ne sais pas s’il criait déjà très fort dans son berceau Jean-Baptiste. Mais avant il reconnaissait et annonçait le Christ par ses bonds nous dit l’hymne acathiste à Marie : Chez Elisabeth, Lorsqu'il reconnut la salutation de Marie,  l’enfant se réjouit aussitôt, bondissant d’allégresse comme pour chanter. Il paraît que le larynx des bébés est configuré pour donner l’alerte, ça n’est pas leur faute. Ce sont des lanceurs d’alerte…

Maurice Zundel que nous apprécions tous, cite fréquemment François Mauriac et un de ses ouvrages le nœud de vipères. Il dit qu’en chacun de nous, un nœud de vipères est prêt à mordre. Or, qu’a voulu faire Jésus ? Zundel poursuit : « Le Christ a saisi notre humanité jusqu’en ses racines et il vient nous apprendre que nous avons à devenir Dieu. Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne dieu. » C’est une conversion totale.

Nous fêtons chaque année la naissance, la mort et la résurrection de Jésus. En lisant l’Ecriture de manière littérale, elle ne paraît pas avoir eu les effets que nous aurions attendu. Le Seigneur est né, il est ressuscité et il nous a tout laissé… Mais pour nous prendre un jour avec lui.  Pour nous faire devenir comme Dieu, des fils de Dieu. Il ne s’agit pas simplement d’avoir assez de soleil, d’eau, de terre, de nourriture, même de santé et pourtant il en faut. Il s’agit de parcourir un chemin spirituel pour devenir comme lui et avec lui. C’est la libération qu’il annonce.

Un auteur très ancien, Ambroise de Milan que nous fêtons aujourd’hui, c’est très vieux (le 4ème siècle) disait : « Espère dans le Seigneur, car il est bon ; ton espérance ne peut défaillir si elle est fondée sur la miséricorde de Dieu. (Cf Com. Ps. 118)» Voilà quelque chose d’intéressant. Seulement 300 ans après la mort et la résurrection de Jésus, nous avons là une confirmation de ce qu’avaient compris les premiers chrétiens. Leur vie avait autant d’importance que la nôtre. (Arrivés à un certain âge, nous ne pouvons plus nous prévaloir de nos connaissances, mais nous n’en demeurons pas moins importants). Nous avons une dignité commune qui doit être respectée.  Il nous restera toujours aussi une capacité d’émerveillement et de participation à la joie des autres. J’aime beaucoup méditer sur la présence des anciens dans les Evangiles de l’enfance du Seigneur… Il y a le vieux Zacharie grognon et qui a tout vu, il ne veut pas croire à l’annonce de l’ange et il rit sous cape. Mais il change et s’émerveille, il retrouve la vue. Il y a la vieille Elisabeth avec son Jean-Baptiste qui s’agite déjà en elle. Elle prophétise et reconnaît Marie et Jésus. Plus tard, ce seront Anne et Syméon… Tous les deux auront encore cette capacité d’émerveillement et seront capable de reconnaître Jésus le Messie.

Vous avez certainement vu à la télévision ou ailleurs, que le pape Léon est allé au Liban, un pays qui m’est cher. Il est un des derniers à avoir encore une importante population chrétienne au Moyen-Orient.  Le pape Léon a visité un hôpital là-bas il a parlé aux malades et a remercié aussi le personnel de l’hôpital :  « Ce qui se vit en ce lieu est une exhortation pour tous ; pour votre terre, mais aussi pour l’humanité tout entière : nous ne pouvons pas oublier les plus fragiles, nous ne pouvons pas imaginer une société qui court à toute vitesse en s’accrochant aux faux mythes de bien-être, et en ignorant les nombreuses situations de pauvreté et de fragilité. »

Maurice Zundel aimait également beaucoup le Liban. Il a fait en particulier des conférences chez des franciscaines dans un petit village de ce pays. Il y a posé cette question sur laquelle je voudrais rester avec vous  aujourd’hui :  « Quel est mon Dieu ? Quel est mon Dieu ? Quel visage a pour moi mon Dieu ? Comment est-ce que je Le retrouve et dans quelle mesure est-Il pour moi vraiment la Vie de ma vie ? Et nous aurons l’occasion de nous apercevoir combien nous sommes tous tentés de nous faire un Dieu à notre image. » Que Notre-Dame de l’espérance continue à nous aider et à nous encourager tous à le reconnaître en son Fils. Amen.