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dimanche 17 février 2019

Lettre pastorale de Mgr Félix Gmür



Je crois à la résurrection de la chair
et à la vie éternelle.
Amen.

Lectures du 6ème dimanche du temps ordinaire, année C
1re lecture : Psaume responsorial : 2e lecture : Evangile :   Jr 9,8-15 Ps 1,1-2.3.4 et 6 1 Co 15,12.16-20 Le 6,17.20-26
Le texte est à lire comme homélie lors des célébrations du samed et du dimanche, 16 et 17 février 2019, ou à diffuser d'une autre manière appropriée.
Embargo jusque samedi, 16 février 2018, 10h00

Chers sœurs et frères en Jésus Christ,

Est-ce que vous aimez avoir le dernier mot ? Ou bien est-ce que vous vous énervez contre ceux qui veulent décider de l'issue d'une discussion ? Quoi que vous en pensiez, les dernières phrases d'une discussion ou d'un discours jouissent d'un statut particulier. Elles résument souvent ce qui a été dit jusque là et soulignent encore une fois l'essentiel de la pensée.
Notre profession de foi se termine ainsi : « Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen. » Voilà des mots de poids ! Pas des détails ni des broutilles ! Ils nous parlent du tout, de la vie et de la mort, de ce qu'on appelle les choses dernières, celles qui comptent vraiment.

Ce qui est actuel et fondamental

Les choses dernières ? Le dernier mot ? A-t-il déjà été dit ? Si nous regardons les discussions actuelles dans notre Eglise, il est évident que le dernier mot n'a pas encore été prononcé. Où en sommes-nous avec les structures de décision dans l'Eglise ? Comment allons-nous garantir pour l'avenir que tout ce qui est humainement possible soit fait pour empêcher les abus et les agressions de toute sorte dans l'Eglise ? De quelle pastorale avons-nous besoin aujourd'hui et demain ? Et de quels agents pastoraux ? Comment notre foi en Dieu-Trinité peut-elle nous donner de la force pour relever les défis de chaque jour ? Et qui transmettra la foi aux prochaines générations ?
Ces questions nous pressent, et bien d'autres encore. C'est pourquoi nous en débattons dans toute l'Eglise, en fonction des compétences, des intérêts et de l'urgence. Parfois âprement. Cette passion montre qu'il s'agit bien de questions d'importance. Elles touchent à l'avenir de l'Eglise et donc de la foi que nous vivons et confessons. Oui, en fin de compte, c'est bien de notre foi en Dieu-Trinité qu'il s'agit. Elle est le cœur de notre espérance, le fondement qui unit et porte tous les chrétiennes et chrétiens. C'est notre signe distinctif, notre caractère unique, notre identité. En effet, en Dieu, « nous avons la vie, le mouvement et l'être ». Et même encore plus : « Nous sommes de sa race » (Ac 17,28). Les réponses à ces questions pressantes puisent leur force dans cette certitude : Nous sommes de sa race. Et « être de sa race » nous pousse, nous chrétiennes et chrétiens, à confesser : « Je crois en la résurrection des morts et à la vie éternelle. Amen ». Est-ce que nous le croyons ? C'est précisément en des temps difficiles comme aujourd'hui qu'il faut réfléchir à ce qui est fondamental.
Les paroles de la profession de foi nous glissent sur les lèvres de manière tellement automatique, qu'il nous est d'autant plus difficile de les interpréter. Qu'est-ce que nous nous représentons quand nous disons résurrection des morts ? Qu'est-ce que la vie éternelle? Qui a le dernier mot ? Dieu ou la mort ?
La raison seule ne nous permet pas de saisir ce qu'est la mort. Elle est le seuil d'un domaine totalement inconnu. Tous, nous devrons tôt ou tard franchir ce seuil. Qu'est-ce qui va nous arriver ? Qu'est-ce qui se passe pour les personnes qui nous ont précédés ? Est-ce qu'il y a une vie après la mort ou est-ce que tout s'arrête là ?
Beaucoup de gens ont des difficultés avec ces questions. C'est que parler d'un au-delà possible dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Pour certains, il semble plus judicieux et peut-être aussi plus confortable de se taire. Pour Paul, ce serait catastrophique. Ce serait fatal de détourner le regard de la mort et de toutes les questions qui s'y rapportent. En effet, Paul est fermement convaincu que ce n'est qu'avec la foi en la résurrection des corps que le sens de la vie chrétienne s'accomplit. Aussi difficile soit-il de parler de la résurrection, si nous prenons au sérieux les paroles de la lecture d'aujourd'hui, nous ne pouvons pas simplement contourner les questions relatives à la résurrection ni bricoler des réponses selon nos goûts personnels.
Jésus ressuscité comme personnage-clé
Les textes bibliques de ce dimanche nous offrent une clé pour réfléchir à la résurrection. Cette clé n'est autre que Jésus Christ ressuscité lui-même. Il nous ouvre un horizon qui va au-delà de la vie terrestre. Nous pouvons entrevoir ainsi ce qui nous est promis avec la vie éternelle. Poser notre regard sur Jésus-Christ nous ouvre les yeux et nous montre pourquoi le message de la résurrection des morts est si important pour notre vie, ici et maintenant. On peut dire que la rencontre avec le Ressuscité nous donne déjà ici-bas le goût de la vie éternelle.

Deux éléments centraux de la foi en la résurrection

Paul met en évidence la signification de la résurrection pour nous tous. Il pose deux accents : l'espérance et la totalité.
L'espérance signifie ceci : Si notre regard n'est fixé que sur le présent, sans la foi en la résurrection, nous restons inéluctablement en deçà du salut qui nous est promis. La vie chrétienne n'accomplit son sens que si nous mettons en lien nos espérances et nos efforts en ce monde avec l'espérance d'un salut parfait au-delà de la mort. Ainsi, la foi en la résurrection élargit notre horizon. Elle nous fait grandir au-delà de nous-mêmes, parce qu'elle mène à contempler l'incommensurable.
Et pour le deuxième point: La résurrection concerne la totalité de l'être humain. La résurrection n'est pas uniquement un événement spirituel. En posant notre regard sur Jésus Christ ressuscité, comme Paul nous le suggère, nous le  constatons : La résurrection englobe toute notre existence, notre vie, notre histoire, notre relation à Dieu, aux autres et même à toute la création. Dans la résurrection, nous conservons totalement notre identité personnelle. Rien de ce qui nous caractérise aujourd'hui ne disparaît.

La résurrection est espérance en une vie en plénitude

Sans espérance en la résurrection, la vie chrétienne mène finalement dans le vide. Paul va même encore plus loin : Si en tant que chrétiennes et chrétiens, nous ne croyons pas à une résurrection après la mort, si nous ne mettons notre espérance que dans cette vie ici-bas, alors « nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Co 15,19).
Nous pouvons mesurer pourquoi Paul développe une pensée si radicale en mettant ses déclarations en lien avec les paroles de Jésus dans l'Evangile d'aujourd'hui : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez » (Le 6,20 s.).
Jésus s'adresse directement à ses auditeurs. Il ne fait pas de grandes théories mais parle de leur vie concrète. Beaucoup de ceux et celles qui le cherchent sont touchés par la maladie et la misère, par l'oppression et la faim. Et que fait Jésus ? Il les déclare heureux !
Il y a de quoi objecter : Est-ce que ça ne semble pas cynique ? Est-ce que ce ne sont pas là les paroles d'un idéaliste coupé du monde face à la détresse souvent persistante des personnes qui le suivent ? Où restent donc la consolation promise et le royaume de Dieu pour toutes ces personnes qui, autrefois, depuis cette époque et aujourd'hui encore souffrent de leurs conditions de vie ? Aujourd'hui comme autrefois, des hommes meurent de faim. N'y a-t-il pas jusqu'à aujourd'hui dans le monde entier des personnes qui pleurent sur leur malheur, sans trouver la consolation promise par Jésus ? La souffrance continue à se propager. Les paroles de Jésus, et même sa vie entière, tout comme sa mort sur la croix ressemblent à une farce si leur sens ne doit s'accomplir que dans le présent.
Quelle que soit la peine que nous nous donnons, il est impossible de trouver le sens de l'histoire et de notre vie personnelle exclusivement dans le présent de ce monde. Naturellement, nous pouvons promouvoir le bien dans notre entourage concret par nos paroles et nos actes, nous pouvons contribuer au bonheur et nous engager pour la justice. C'est même notre devoir ! Jésus lui-même nous encourage et nous invite avec insistance à coopérer au royaume de Dieu qui a commencé avec lui, et qui continue à se réaliser par nous pour s'achever dans l'au-delà. La résurrection comme promesse de salut commence déjà maintenant. Elle commence là où des gens ne restent pas à terre, mais se lèvent ; là où des gens sont consolés ; là où on leur donne du courage et où s'ouvrent de nouvelles perspectives pour une vie meilleure. Ressusciter commence avec se lever. Nous avons la mission de nous lever et de nous engager pour que ce bonheur devienne toujours plus réalité dans notre vie et dans celle de nos frères et sœurs en humanité. En fin de compte, c'est Dieu qui accomplit.

Partout où nous ne reconnaissons pas cela et où la vie terrestre devient la mesure de toutes choses, là où nous nous contentons de ses lois et en attendons le salut, nous ne pouvons qu'échouer. Cet échec, l'Eglise en fait actuellement l'expérience très douloureuse. Là où elle ne s'appuie que sur les structures de ce monde, où elle se suffit à elle-même et fait croire aux gens que seule sa structure de ce monde ou ses représentants terrestres décident du salut des destinées particulières, elle renverse l'Evangile en son contraire et se rend coupable face aux hommes de la manière la plus honteuse.
Il nous faut donc d'urgence porter notre regard sur Jésus-Christ ! C'est d'une toute autre manière qu'il se tourne vers les hommes. Jésus n'est ni un cynique ni un idéaliste coupé du monde. Il prend les gens au sérieux. Il en est capable parce qu'il les aime. Leurs soucis deviennent ses propres soucis. Il aime les hommes de manière concrète, justement lorsqu'ils ont particulièrement besoin d'amour, quand ils risquent d'être étouffés par leurs soucis. Par Jésus ressuscité, ce qui était vrai autrefois et reste vrai aujourd'hui, c'est que personne n'est seul, personne n'est abandonné par Dieu. Surtout pas les pauvres, les affamés, ni ceux qui pleurent. Voilà pourquoi Jésus peut les appeler heureux. Dieu est là, Dieu est proche, Dieu aime. Jésus fait ainsi le lien entre la vie présente et une espérance de salut à venir. La vie heureuse n'est pas une utopie, elle commence ici et maintenant, et son accomplissement se produit au-delà de la mort.

Résurrection signifie relation vivante à jamais

La résurrection concerne l'être humain dans son entier. A Corinthe, à l'époque de Paul, certains se représentaient la résurrection avant tout comme un événement spirituel. Selon l'opinion qui se répandait, seul l'esprit devait avoir part à la vie éternelle. Mais si seul l'esprit ou, pour le dire autrement, si l'âme seule était transformée et passait à la vie éternelle, cela impliquerait un total dénigrement du corps humain. Durant notre vie terrestre déjà, le corps n'aurait alors plus qu'une fonction subordonnée à l'esprit.
Paul conteste cette pensée dualiste. Pour l'apôtre, Jésus est aussi le point de repère essentiel dans ce cas-là. Et, selon ce que nous rapportent les évangélistes, ce Jésus est ressuscité corporellement. Cela signifie qu'il n'est pas apparu aux disciples comme un fantôme, mais comme un vis-à-vis perceptible par les sens, reconnaissable. Au matin de Pâques, le tombeau est vide. Manifestement, le corps terrestre de Jésus participe à la transformation qui se produit avec la résurrection. Jésus est apparu plusieurs fois à ses disciples après sa résurrection, il a parlé avec eux, ils pouvaient le voir, ils ont cheminé avec lui. Jésus est même allé jusqu'à demander à Thomas de toucher ses blessures. En même temps, ces rencontres sensibles avec le Ressuscité vont au-delà de tout ce que peut saisir notre raison. Jésus apparaît soudainement dans des locaux fermés et disparaît ensuite tout aussi soudainement.
Lorsque Paul souligne que la résurrection est corporelle, c'est la perspective globale qui est déterminante : Notre vie entière, notre histoire, notre relation à Dieu participent à la résurrection qui nous est promise. Le Ressuscité en est le garant. Les relations qui marquent notre vie terrestre ne sont pas déchirées par la mort. Jésus ressuscité rencontre les femmes, les disciples. Il leur promet d'avoir part à sa vie en plénitude. La foi en la résurrection englobe donc bien plus que notre seul esprit. La résurrection nous concerne corps et âme, et concerne même toute la création. La résurrection est un événement relationnel.
Dieu a le dernier mot
« Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen. » Ces derniers mots de la profession de foi affirment que Jésus vit vraiment et réellement, parce qu'il a été ressuscité par Dieu. Grâce à Jésus-Christ, nous pouvons entrevoir ce qui nous est promis avec la résurrection, même si elle dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.
La vie triomphe de la mort. La résurrection signifie qu'on peut mettre sa confiance en Dieu jusqu'à la mort et au-delà de la mort. La résurrection signifie que nous sommes toujours portés par lui, quelle que soit la situation fâcheuse que nous traversons, même si nous ne le ressentons pas ou ne pouvons plus y croire nous-mêmes.
Portés par l'espérance en la résurrection, nous devenons capables d'affronter directement et sans perdre pied les nombreuses petites et grandes morts de notre vie. Nous pouvons leur faire face sans les minimiser et sans nous y briser. Paul le souligne avec insistance : C'est dans la résurrection de Jésus Christ que se trouve le fondement de notre espérance de chrétiennes et de chrétiens. La misère et la souffrance et la mort n'ont pas le dernier mot. La résurrection signifie que c'est Dieu qui a le dernier mot. Il a le dernier mot, non pas comme un donneur de leçons imbu de lui-même, mais comme celui qui aime, qui s'intéresse à nous. C'est Dieu qui aime infiniment tout homme et sa création. C'est cela que je crois, chères sœurs et chers frères, et c'est pour cela que je le confesse : Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen.

Et vous ?

Bien à vous
+Félix Gmür Evêque de Bâle

dimanche 14 février 2016

La lettre de l'évêque

Le 1er Dimanche de Carême, est lue traditionnellement la lettre de l'évêque. Comment obtenir un bon tampon sur son passeport et le garder? Toute la problématique...

Cette lettre es accessible à cette addresse : Hirtenwort 2016 F als PDF (PDF, 181 Ko)
Une vidéo l'est à celle-ci : Video Hirtenwort F 2016 (MP4, 273.9 Mo)

Notre identité chrétienne :
Faire mémoire et confesser sa foi, être reconnaissant et miséricordieux
Lettre pastorale pour le 14 février 2016
+ Félix Gmür
Evêque de Bâle

1er dimanche de carême, année liturgique C 14 février 2016


Le texte est à lire comme homélie lors des célébrations du samedi et du dimanche, 13 et 14 février 2016, ou à diffuser d'une autre manière appropriée.


Chers frères et sœurs,
Chez nous, il est rouge. Ailleurs, il est bleu ou vert. Chaque fois que nous partons pour un long voyage, nous l'avons sur nous. Celui qui s'en va de son plein gré est souvent fier de l'avoir sur lui. Celui qui est contraint de partir le cache peut-être ou s'en débarrasse. Car il révèle l'origine et l'identité. C'est le passeport. Il atteste que nous sommes suisse, allemand, italien, syrienne, australien, congolaise ou bolivien. L'identité nationale se concrétise dans ce document. Avec un nom, une photo, une nationalité.
Ce n'est toutefois pas le passeport qui constitue la véritable identité. L'identité naît de la langue, de l'expérience, d'une histoire commune.
Et nous, qui sommes chrétiens ? Quelle est notre identité ? Si nous avions un passeport chrétien, on y trouverait sûrement le symbole des Apôtres. Celui ou celle qui professe la foi chrétienne déclare publiquement et librement qu'il croit en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. C'est une partie de notre identité chrétienne, notre identité officielle, pourrait-on dire. Elle est de notoriété publique - exactement comme un passeport. Avec un nom et une profession de foi. C'est toujours pareil.
C'est sur cette base que se développe l'autre partie de l'identité d'un chrétien ou d'une chrétienne. Elle apparaît lorsque nous croyons dans notre cœur ce qu'affirme notre bouche, comme nous l'avons entendu dans la lecture de la lettre aux Romains. La profession de foi a des conséquences, sinon elle finit par arriver à échéance, comme un passeport. C'est l'identité qui n'est pas figée une fois pour toute, mais qui se renouvelle sans cesse. C'est l'identité vécue. C'est nouveau à chaque fois.
La lecture du livre du Deutéronome nous donne un exemple. Au commencement, il y a l'expérience, c'est-à-dire l'histoire commune vécue avec Dieu. La petite profession de foi historique du peuple d'Israël repose sur ces fondations. Elle est encore répétée de nos jours, année après année, lors du rite d'action de grâce pour les récoltes. Elle raconte le départ d'un Araméen sans nationalité qui est arrivé en Egypte comme étranger et qui est devenu un grand peuple. Ce peuple a été maltraité et ses droits n'ont pas été reconnus. Les membres de ce peuple ont alors commencé à crier vers Dieu. Ils l'ont appelé à l'aide. Leur identité devient ainsi plus concrète ; elle devient vivante. Avec un nom, une profession de foi, une prière.
Et Dieu ? Dieu entend leur cri. Il voit quelle injustice ils subissent et comment ils s'effondrent sous la charge de travail. Il compatit et ressent leur détresse. Dieu montre de la compassion. Voilà pourquoi il sauve son peuple de cette misère. Il mène les hommes et les femmes vers une vie sans famine ni soif, sans persécution ni exploitation. Il les mène dans un pays où coulent le lait et le miel. Un petit paradis sur terre !
Le peuple s'en montre reconnaissant. Il sait que cela ne va pas de soi. C'est pourquoi il se remémore sans cesse ces événements et rend grâce à Dieu en lui offrant ses premiers fruits lors de la Fête des récoltes. Et il y a encore autre chose, importante elle aussi : Les membres du peuple de Dieu ne restent pas seulement entre eux. Ils fêtent avec toute la famille et « l'immigré qui réside au milieu de toi », comme nous pouvons le lire au verset 11, qui vient juste après la lecture d'aujourd'hui. Pas tout seuls, mais avec l'étranger qui est parmi nous !
Par le rite de la Fête d'action de grâce pour les récoltes, Israël interprète son histoire. Le peuple d'Israël se remémore sans cesse qu'il a été lui-même étranger, socialement déclassé, indésirable et qu'il a finalement été entendu et sauvé par Dieu. Il fait le lien entre la gratitude et la profession de foi en Dieu. Année après année, Israël fait mémoire, rend grâce et professe ainsi son identité de peuple de Dieu sauvé. Avec un nom, une profession de foi, une action de grâce. C'est toujours pareil. C'est nouveau à chaque fois.
Nous le faisons aussi, nous les chrétiens. A chaque célébration de l'eucharistie, qui est une célébration d'action de grâce, nous interprétons notre histoire avec Dieu. Nous sommes là, avec notre nom, nous professons notre foi et nous rendons grâce. Nous nous assurons de notre identité. Avec un nom, une profession de foi, une action de grâce. C'est toujours pareil. C'est nouveau à chaque fois.
Ce n'est pas sans conséquence. La gratitude envers Dieu se manifeste dans la solidarité envers les autres et les étrangers. Se souvenir avec reconnaissance de sa propre histoire est un acte qui contient déjà en lui-même l'appel à défaire les entraves de l'injustice et à respecter les étrangers. Celui qui a lui-même été étranger ne peut pas exclure les étrangers de la fête. Non parce qu'on ne pourrait pas fêter sans eux. Pas non plus parce que leur présence serait la garantie que la fête soit plus belle. Mais parce que les étrangers ont part, comme tous les autres, à la vie en abondance.
Le Dieu d'Israël est aussi notre Dieu. Il montre de la compassion car il est ému par la détresse des hommes. Il sauve. En un mot : Il est miséricordieux. Miséricorde est son nom, son identité. C'est toujours pareil. C'est nouveau à chaque fois.
Nous, les chrétiens, nous croyons en ce Dieu miséricordieux. La confession de notre foi en lui figure dans notre passeport chrétien. L'identité chrétienne vécue est la réponse que nous donnons à notre Dieu qui, à travers toute l'histoire, se montre solidaire des étrangers, des méprisés, des pécheresses et des pécheurs et qui, finalement, s'est fait homme en Jésus Christ.
En cette Année sainte de la Miséricorde, j'ai la chance de visiter des lieux dans lesquels des hommes et des femmes professent notre identité chrétienne de manière variée. C'est ici que vit la miséricorde de Dieu. C'est là que des personnes sont soutenues, que des défavorisés sont intégrés, que des marginaux sont remis au centre. C'est là que la misère des étrangers touche les cœurs. Et le cœur croit ce que la bouche affirme. Notre identité vécue marque notre passeport chrétien du sceau de la validité.
Pour que le passeport n'arrive pas à échéance et conserve sa validité, nous avons à nous assurer sans cesse de notre identité chrétienne. Elle est notre origine, notre histoire, notre présent, notre avenir. Soyons donc attentifs aux mots avec lesquels nous construisons notre identité, attentifs aux faits et aux noms qu'ils portent. Traitons avec attention les histoires et les souvenirs qui nourrissent notre identité chrétienne. Avec la mémoire et avec miséricorde. C'est toujours pareil. C'est nouveau à chaque fois.
Chacune et chacun vit cela pour soi, avec le passeport chrétien de la couleur qui lui est propre. Nous le vivons collectivement en tant que communautés chrétiennes, avec le passeport chrétien multicolore. C'est ainsi que notre voix se fait plus forte dans le monde. Que nous disait déjà la lecture ? Tous ensemble, ils ont commencé à crier, et c'est alors que Dieu les a entendus. Le monde qui nous entoure ne pourra pas non plus faire autrement.
Je nous souhaite à nous tous et toutes le souffle qui nous permet de vivre et d'affermir notre identité chrétienne, à voix forte ou peut-être à voix basse. Que Dieu pour cela soit notre force !
Bien à vous !
+Félix Gmür Evêque de Bâle