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dimanche 14 juin 2026

Appel des douze et envoi en mission

 


14 juin 2026

 11ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine III du Psautier) — Année A

 
 

Lectures de la messe


Intro

Le Seigneur envoie ses disciples prêcher pour la première fois. Il les envoie vers les brebis perdues de la maison d’Israël. La question majeure pourrait être celle-ci, sommes-nous des brebis perdues ?  Le Seigneur veut nous rejoindre où que nous soyons.

En juin 2026, nous sommes invités à prier pour les valeurs du sport, le slowup et le foot nous le rappelle. Mais les intéressés ont déjà oublié la soirée d’hier, Bibracte et Alésia connais pas (un match nul c’est Alésia). Juin est avant tout le mois du Sacré-Cœur. Nous fêtions vendredi la solennité du Sacré-Cœur de Jésus et hier c’était le Cœur Immaculé de Marie. Le samedi lui est d’ailleurs habituellement consacré dans la liturgie. C’est la raison pour laquelle Marie est célébrée régulièrement dans les sanctuaires et les communautés le matin de ce jour-là  durant l’année.

Homélie 

Chers frères et sœurs,
Comme vous êtes connaisseurs de qualité des Ecritures, vous avez remarqué que cette péricope est tirée de la première partie de l’Evangile de Matthieu qui compte 28 chapitres. Jésus après son passage au désert a commencé d’enseigner, il guérit les malades, chasse un bon nombre de démons, calme la tempête. Il donne le sermon sur la montagne et enseigne sa prière, le Notre Père. Les foules qui accourent sont immenses… Que fait Jésus ? il envoie en mission ses Apôtres mais avec une sorte de modération. Il ne demande pas à ses disciples de partir au loin.  « Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. » Jésus s’intéresse à ceux qui n’ont pas voulu ou qui n’ont pas pu venir. Il les appelle les brebis perdues de la maison d’Israël. Il n’envoie ses Apôtres ni aux Samaritains, considérés comme des sectaires d’Israël, ni aux païens. Il les envoie un peu à ceux que quelques années en arrière, on appelait la génération « bof »… , les indifférents. Aujourd’hui, nous avons une nouvelle version d’indifférents en programmation; on met en place des machines qui pensent à notre place et  veulent nous conduire là où d’autres voudraient nous faire aller. Nous avons pourtant une différence fondamentale avec les machines.
Le Seigneur vient s’intéresser à nous personnellement et il transforme ses jeunes Apôtres en messagers de proximité. Pourquoi ? Depuis le commencement il est passionné non par des slogans de masse et adressés à des foules. Il est passionné par ceux qui les composent, par des personnes, par des individus. Il s’est d’abord adressé à des personnes : Abraham, Moïse, David. Il aime ce qui est petit. Il a d’abord créé  le tout petit peuple qu’est Israël. Ce qui l’intéresse, c’est la qualité de son rapport à des personnes. Il n’a pas l’intention de faire du chiffre mais de rencontrer chacun sans exclure personne. Cela veut bien dire qu’il veut  rassembler tout le monde par son message. Pour lui chacun de nous est unique. Il va mettre en œuvre ses puissances de calculs et d’appréciations autrement plus puissantes que les nôtre aujourd’hui, pour préserver ce qui pour lui est le plus précieux en nous, notre capacité de voir Dieu et d’aimer. C’est là sa bourse.
Que le Seigneur s’intéresse à des personnes signifie bien qu’elles ont une qualité particulière. Elles ne sont pas simplement belles à regarder ou dignes de participer à un défilé sportif ou de mode. Plus profondément, le Seigneur considère chaque personne comme son ciel. Chacune est belle parce qu’Il  peut s’y refléter et s’y regarder, parce qu’il peut entrer en relations avec elles, non pas superficiellement, mais depuis son intérieur, depuis son coeur. Chacune est pour lui comme une sorte de miroir vivant. Il voit, et se voit, et nous voit, en lui. 
Il n’abandonne jamais la partie. Pourtant il va passer le flambeau à un autre, tant nous avons, non seulement la tête, mais le cœur dur. Il va aller jusqu’à laisser transpercer son coeur. 
Nous pouvons citer l’abbé Maurice Zundel qui est particulièrement apprécié, y compris par moi, pour nous l’expliquer. Il nous rappelle qu’avant sa passion le Seigneur avait dit : «Il est bon que je m’en aille, sinon l’Esprit Saint ne viendra pas à vous.» Aucune parole dit-il ne peut traduire l’échec de Jésus mieux que celle-là. Il a si bien échoué qu’il faut l’Esprit Saint pour que ses disciples découvrent enfin qui il est et j’ajoute : ce qu’il veut.
Israël comme ceux qui se considèrent comme propriétaire de Dieu l’ont limité. Zundel dit : « Ils en ont fait un dieu local, un dieu national, le dieu d’une nation comme si Dieu pouvait se monopoliser et ils ont attendu de Jésus qu’il serve à l’exaltation de cette nation, à la réalisation de ses ambitions. » 
Si nous parlons de petits, nous pensons aussi aux bébés. Ils se croient maître du monde en bout de table et crient très fort à table, ce qui fait rire tout le monde. Nous savons être patient, Dieu aussi avec nous et il veut nous faire grandir, pour être capables de l’accueillir pleinement. Pour annoncer la Bonne Nouvelle notre grand problème est d’essayer de faire comprendre que Dieu est au-dedans de nous. Ceux qui entendaient Jésus n’ont pas compris que le véritable sanctuaire de Dieu, c’est l’homme. Ils n’ont pas compris que le ciel authentique, c’est notre âme. «Le ciel, c’est l’âme du juste», comme dit saint Grégoire. Comment s’y prendre pour que ceux vers qui nous sommes envoyés comprennent ce message ? Comment d’abord le faire nous-mêmes ? Aux disciples les 2/3 restant de l’Evangile seront nécessaires et la venue de l’Esprit-Saint. Il en est ainsi à chaque génération.
Je ne sais pas si vous avez suivi la semaine de notre pape Léon en  Espagne, un mot sur l’amour. L’amour nous est révélé dans l’humanité du Sauveur et dans les mouvements de son Très Saint Cœur: immuable et fidèle même face à l’incompréhension et au rejet, à la peur, à la tristesse et à la résistance humaine (cf. Lc 22, 39-46).
L’amour fait vivre Dieu en nous : La vocation à l’amour, n’est pas fondée sur le calcul, ni sur le simple sentiment, n’est pas réductible à une simple philanthropie, mais  envahit notre être tout entier: feu pour l’âme, lumière pour l’esprit, élan irrésistible pour la liberté, paix et en même temps tourment pour le cœur qui bat à l’unisson avec d’autres cœurs, impliquant toute la personne. Car aimer est inhérent à l’homme, mieux encore, c’est la condition de la plénitude de son existence même. 
Ô Marie Tu es la splendeur qui n'ôte rien à la lumière du Christ, car tu existes en Lui et par Lui. En Toi, tout est « fiat » : tu es l'Immaculée, tu es transparence et plénitude de grâce (S. Jean-Paul II). Amen

dimanche 7 juin 2026

Miséricorde trinitaire

 


 7 juin 2026 10ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

 Intro

 Ce 10ème dimanche du temps ordinaire et 1er Dimanche en vert nous conduit sur les chemins de la miséricorde à la rencontre du Seigneur. Le thème nous est cher et familier, tant les papes Jean-Paul II et François ont insisté sur cette question. Nous en avons besoin tant pour nous, personnellement, que communautairement, en Eglise. Vous avez entendu que le pape Léon s’est rendu visite en Espagne. Il a longuement parlé aux autorités qui l’accueillaient de la spiritualité du carmel avec Jean de la Croix et Thérèse d’Avila. Leur passion pour le mystère divin a fait d’eux des amis. Leur mystique est une mystique « des yeux ouverts », c’est-à-dire qu’elle n’est pas étrangère à l’histoire. Au contraire, elle nous conduit à la racine des questions, au cœur de la réalité. 
Nous allons recevoir ici à Develier une visiteuse de marque venant du Carmel de Dijon, sainte Elisabeth de la Trinité. Elle vient aussi nous partager son expérience spirituelle de carmélite et nous inviter à ouvrir l’oreille de notre cœur, et les yeux de notre foi. 

 Homélie

« Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Chers frères et sœurs

Les thèmes d’aujourd’hui et  l’Evangile nous sont familiers. Mais n’y sommes-nous pas un peu trop habitués ? L’office des lectures a commencé par ces mots d’un évêque et martyr adressés à l’Eglise de Rome : « Ignace, appelé aussi Théophore (Porte-Dieu), à l'Église, qui a obtenu miséricorde par la magnificence, du Père très-haut et de Jésus Christ, son Fils unique. »

L’Eglise de Rome a commencée par un cadeau, celui de la miséricorde venue par la magnificence,  la grandeur, la majesté du Père Très-Haut et de Jésus-Christ, son Fils unique. La miséricorde nous vient du cœur de la Trinité : De l’échange et du don d’amour du Père, dans l’Esprit qui peut nous être transmis par le sacrifice de Jésus.  L’Esprit répandu vient nous rendre capable de participer au mystère de la Trinité. Il a saisi le cœur d’Elisabeth pour la transformer. Elle a pris dans son nom de Carmélite, ce mystère. Toutes nos sœurs ont une noble particule spirituelle.

Le Seigneur avait fait comprendre à Pierre au soir du Jeudi Saint la nécessité d’une purification venant de lui : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. ». Devant sa réaction, il l’a rassuré, mais en même temps avec l’exemple de Juda, il a mis ses Apôtres en garde de ne pas se prendre pour Dieu, de ne pas s’établir en juges du mystère divin et de la miséricorde divine. Il y a un secret entre Dieu et les âmes de chacun d’entre nous.  Les pharisiens s’étaient portés juges de ce qu’accomplissait le Seigneur durant son ministère.

La miséricorde passe aussi par le service du lavement des pieds que nous nous rendons les uns aux autres, par ce travail de l’amour qui nous vient du Seigneur. Nous nous disons parfois qu’il pourrait nous transformer par sa grâce sans nous faire franchir des étapes qui nous font pousser bien des soupirs. « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. » La connaissance de Dieu, n’est pas qu’une affaire de  concept, mais bien de vie avec le Christ, en mettant en pratique ce qu’il demande. La formule du pape François reprise par son successeur hier à Madrid, a du juste : « la réalité est supérieure à l’idée ». Le Christ ne peut naître et grandir en nous que par la réalité, le vécu. C’est son mode de de connaissance privilégié. Nous pourrions faire un jeu de mot avec naissance et connaissance. En rester à une connaissance intellectuelle, fais de nous des pharisiens qui pensent mettre la main sur Dieu.

Saint Paul prend l’exemple d’Abraham pour nous demander de persévérer d’espérer contre toute espérance : «  Devant la promesse de Dieu, il n’hésita pas, il ne manqua pas de foi. » « Il est devenu le père d’un grand nombre de nations. »

Les saints héritent de ce type de maternité ou de paternité spirituelle.  Fréquemment, nous sommes d’abord intéressés par les miracles retenus lorsqu’il y a de nouveaux saints et bienheureux dans l’Eglise.

En raison des circonstances, vous me permettez de rappeler ceux retenus pour  Elisabeth. Le premier concerne un cistercien,  Dom Jean Chanut, moine de l’Abbaye de Cîteaux avait été guéri en 1943 d’une tuberculose des reins. Il est devenu Abbé de cette Abbaye, puis est décédé en Afrique en 1980. Notre carmélite a été bienveillante envers un pratiquant de la règle de saint Benoît. Il n’y a pas que Cluny en Bourgogne… La charité du Carmel englobe les fils de Saint Benoît.

Le deuxième miracle concerne une professeur de religion atteinte d’une maladie orpheline, elle a été guérie sur le parking du Carmel le 2 avril 2002. Comme quoi nous pourrions aussi y être exaucé !

Les  écrits d’Elisabeth ( prières, poésies et lettres) nécessitent pour les approcher de les parcourir tranquillement chez soi, il ne s’agit pas de faire de la lecture à grande vitesse. Elle était pianiste de grande qualité. Laissez résonner la musique de ses mots en vous. Ce sont de belles lectures de vacances. Les tempéraments et les styles sont différents au Carmel, mais Dieu joue juste de tous ses instruments et les accorde constamment à son fils.

Pour la vie de l’Eglise le miracle le plus important est celui de la miséricorde du Seigneur. Elle lui permet et nous permet de grandir, d’accueillir le don de la foi, de vivre dans l’espérance et la charité.

Nous allons conclure avec le début de la  prière de Sainte Elisabeth à la Trinité, la très très très sainte Trinité comme le disait Saint Jean-Paul II .

O mon Dieu, Trinité que j’adore,

aidez-moi à m’oublier entièrement

pour m’établir en vous, immobile et paisible

comme si déjà mon âme était dans l’éternité!

Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous,

ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte

plus loin dans la profondeur de votre Mystère.

Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel,

votre demeure aimée et le lieu de votre repos;

que je ne vous y laisse jamais seul,

mais que je sois là tout entière,

tout éveillée en ma foi, tout adorante,

toute livrée à votre action créatrice.

Notre-Dame du Mont-Carmel : priez pour nous ! Amen.

 

dimanche 17 mai 2026

Il est dans la gloire! Il siège à la droite du Père!

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 17 mai 2026

7ème Dimanche de Pâques (semaine III du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

 « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. » 
Cher frères et sœurs,
Elevé sur la croix, le Seigneur s’est encore élevé parmi les ovations, aux éclats du cor, dit le refrain d’un psaume. Il est entré dans la nuée, la Shekhina, le lieu de la présence divine. Le mot signifie  être installé, habiter, résider. On pourrait aussi dire le lieu de la  gloire de Dieu. En tant que Dieu, le Seigneur y est demeuré toujours. Mais il y est entré maintenant en tant qu’homme, il nous a donc ouvert à tous et à toutes, dans son humanité, la porte de la vie divine avec son Père. Il y est en tant qu’homme, et il est bon de rappeler que Marie lors de son Assomption y a été accueillie en tant que femme. 
Cette présence du Seigneur dans la gloire pourrait nous faire penser à un éloignement, « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé… la tristesse remplit votre cœur» avons-nous entendu.  Leur cœur a pourtant été dans la joie lors de la résurrection. Elle sera plus grande encore lorsque l’Esprit viendra sur eux. Le don de la foi a été plus fort en eux parce que le Seigneur est entré dans cette gloire. Léon le Grand explique que l’Ascension du Seigneur fit accomplir aux Apôtres de tels progrès que tout ce qui, auparavant, leur avait inspiré de la crainte, les rendait joyeux. Ils avaient dirigé leur contemplation vers la divinité de celui qui avait pris place à la droite du Père. Ils en avaient reçu une grâce. L’Esprit agissait déjà en eux puisqu’ils choisirent Matthias pour remplacer Juda avant la Pentecôte.
Nous avons eu d’autres signaux cette semaine dans la liturgie, sur les dons de Dieu qui nous ont été promis pour accomplir notre marche vers le Royaume, vers la Gloire, à l’image du Peuple de Dieu dans le désert. Ils avaient passé à travers la mer rouge, nous avons reçu le baptême, ils ont marché à travers les difficultés du désert et la nuée les accompagnait. Nous  le sommes aussi, mais maintenant certains que le Seigneur est avec nous en tant qu’homme auprès de son Père. Le chemin est sûr et balisé, mais la persévérance et la confiance en lui nous sont demandés.  Le chemin est rude, mais une force nouvelle va  être donnée à ceux qui croient en lui, celle du Saint-Esprit. Être disciple du Christ n’est « hélas » pas un chemin de facilité. Prétendre le contraire serait un mensonge, celui  de sirènes contemporaines. Notre tête est dans les cieux, mais nous marchons avec lui, maintenant. Nous écoutons sa voix dans les Ecritures et par l’Esprit dans notre cœur. Encore faut-il tendre l’oreille. 
Dans quelle direction tendre l’oreille, à quelle voix être attentif ? Elles sont  nombreuses à nous perturber dans notre quotidien, ces sirènes… Il y a eu le cirque pour le romains, et pour chaque génération, les modes, les vedettes, nos habitudes, nos obsessions et autres dadas de tous les jours. 
Je me suis un peu amusé hier matin en voyant une illustration de l’Ascension. Elle figurait le Christ escaladant décontracté un escalier de petits nuages pour entrer dans la nuée. Elle fait penser à la tradition bien connue de la représentation d’une échelle sainte qu’escaladent des moines. Le Christ les attend au sommet sur son nuage. Un bon nombre est précipité en bas par des diablotins mal intentionnés. Mais il n’y a pas de dames. Elles seront donc toutes sauvées. Quelle serait la juste représentation chrétienne ? Suivre le Christ dans la confiance n’est pas tous les jours une séance de relaxation , mais il est là. Avoir confiance c’est littéralement, mettre sa foi en lui.
Permettez-moi encore un mot sur l’Ascension. Le pape Benoît XVI a écrit un petit livre intitulé « La mort et l’au-delà ». Il y mentionne notamment le développement qu’a connu le mystère de la rencontre avec le Père et l’au-delà de cette vie, en fonction du mystère du Christ. Le plus important était l’annonce de la résurrection (cf p. 139 ss). La réflexion sur l’Ascension, sur l’anthropologie, la rencontre avec Dieu, l’attente de la résurrection sont venues ensuite. Il n’y a plus d’état intermédiaire, les saints n’attendent plus « sous l’autel » mais voient Dieu. Il a fallu aussi écarter les représentations de la mythologie grecque.
En ce dimanche des médias, le message du pape Léon est centré sur la très problématique utilisation, de l’intelligence artificielle. On nous invite à voir confiance en elle, à la croire. Notre jeune pape nous met en garde contre cet envahisseur. Les médias en sont aussi, et ils peuvent vouloir manipuler plus qu’informer, personne n’est dupe. Il  est bon de prendre des temps de retrait et de se mettre à l’abri des écrans avec une lecture et de s’exercer à une réflexion personnelle critique. Des images et même des icônes, l’IA peut en confectionner de très ressemblantes et canoniques, mais elle se démasque souvent. Cette toute-puissance va aussi jusqu’à constituer des photos de personnes truquées et des films, vous l’avez lu dans vos journaux. On essaye par exemple de cloner des voix de proches pour faire sortir la carte de crédit. Il vaut mieux maintenant laisser celui qui vous appelle, s’annoncer. L’IA  n’est pas une excuse pour ne pas aider ! J’ai cru que c’était l’IA. Le Pape Léon pour cette 60ème journée des communications sociales nous rappelle d’abord que le visage et la voix sont des traits uniques et distinctifs de chaque personne. Je vous invite à le lire sur la toile ou à demander à quelqu’un un tirage papier. Il existe un désir de domination et de toute-puissance dans le cœur humain, mais il  ne peut être comblé que par celui qui est tellement tout-puissant qu’il va jusqu’au don de lui-même et se faire le tout-petit et le tout-proche, parce qu’il aime. Un mot qui a bien de la peine à être entendu dans le tintamarre du « MOI JE ». Si nos homélies sont parfois un peu longues, pardonnez-nous, nous obéissons et composons donc sans IA. 
Le Père a aimé son Fils jusqu’à nous le donner. Avec Marie demandons pour nous la venue de l’Esprit-Saint, avec nos sœurs du Carmel. Il est de coutume de faire en ce temps de préparation à la Pentecôte. Viens Esprit-Saint en nos cœurs allume en nous le feu de ton amour. Amen.

dimanche 10 mai 2026

Le Défenseur vient bientôt.

 10 mai 2026

 6ème Dimanche de Pâques (semaine II du Psautier) — Année A

 
 
Lectures de la messe

Fêtes des mères en Suisse :



Carmel 6e Dimanche de Pâques A - 10 mai 2026

Introduction
Mes sœurs, chers frères et sœurs, 
Bienvenue et merci de venir célébrer ce 6e Dimanche de Pâques. Il est aussi la fête des mères cette année. Alors bonne fête à toutes les mamans, leurs enfants ne les oublieront pas aujourd’hui, celles qui sont parmi nous et celles qui veillent sur nous auprès de Dieu. Nous n’oublions pas les mères spirituelles. Sainte Thérèse d’Avila était surnommée la Madre, la mère des spirituels. Il me semble que c’est une coutume au Carmel d’adopter un frère missionnaire. Nos sœurs et mères spirituelles portent le souci des prêtres notamment. Je crois n’avoir oublié personne. Le Seigneur va confier à sa mère l’Eglise naissante dans l’attente du Saint-Esprit. Il s’en va Jeudi. 




Homélie
Chers Frères et Sœurs, chers Amis,
« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur ». Le ton liturgique nous est donné par le titre de notre Evangile. Le Seigneur s’en va bientôt, mais il fait une promesse qu’illustrent les premières lectures : le don d’un défenseur, un inspirateur de locuteurs. Belle expression pour nous faire sourire. 
Le Seigneur veut nous  faire envoyer un défenseur le Paraclet, Paracletos, le terme est utilisé par saint Jean, à 5 reprises, pour l’Esprit-Saint, mais il l’est aussi une fois pour Jésus dans sa 1ère épître comme intercesseur auprès du Père. Dans l’antiquité, il fallait habituellement se défendre tout seul, lorsqu’on était accusé. Les avocats sont apparus progressivement, mais plutôt comme des orateurs, c’étaient des  gens instruits. Saint Augustin en était un.
Il va toucher les cœurs pour que la Bonne Nouvelle soit transmise à toutes les générations. Et qu’elles puissent dire à Marie qu’elle est bienheureuse. Nous avons besoin de bons parleurs en Eglise et de haut-parleurs, mais aussi de murmurateurs dans le creux de l’oreille, de témoins de tous les jours par les actes. Nous avons besoin également de diacres. Il n’est pas nécessaire qu’ils soient très jeunes. Philippe faisait partie des 7 premiers diacres. Ce défenseur va permettre de construire l’Eglise, en transformant les cœurs. Il va la construire sur le modèle du Christ. Il va mieux encore faire vivre le Christ en elle. L’Eglise est le Corps du Christ, le temple de l’Esprit-Saint, n’est-ce pas le sens du passage de l’épître de Saint Pierre. « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense » . Comment la présenter ? Pourquoi pas avec l’Alléluia Pascal ? Nous avons entendu hier à l’Office des lectures une réflexion de Saint Augustin. Il nous expliquait son sens :  « Alléluia. Loue le Seigneur. Tu le dis à un autre, lui-même te dit la même chose. Lorsque tous font la même exhortation, tous y répondent. Mais louez-le par tout vous-mêmes : c'est-à-dire que votre langue et votre voix ne doivent pas être seules à louer Dieu ; louez-le aussi par votre conscience, par votre vie, par vos actions. » 
Le Seigneur demande en permanence à son Père qu’il nous envoie l’Esprit, il est notre intercesseur notre Grand-Prêtre et il est exaucé. L’Esprit du Père et du Fils vient à nous pour nous transformer. Il vient en nous pour nous transformer en d’autres Christ, une expression de Sainte Catherine de Sienne que j’apprécie beaucoup. La petite troupe de ses disciples la considéraient aussi comme leur mère spirituelle.
Lorsque le père s’en va dans une famille, par exemple lors d’un décès ou même dans le cas extraordinaire de Nicolas de Flüe (il nous écoute au fond de la chapelle), les mères de famille font preuve de ressources spirituelles et personnelles parfois extraordinaires. Le Seigneur en partant auprès de son Père va confier l’Eglise naissante à Marie qui va intercéder pour elle et prier aussi pour la venue de l’Esprit et l’accueillir comme elle  l’avait fait à l’Annonciation. Nous ne comprendrons pleinement son rôle, me semble-t-il que lorsque nous serons là-haut. 
Il est intéressant pour moi de remarquer que le départ du Seigneur nous fait penser à celui d’un père qui s’en va, mais il ne veut pas de ce titre. Il est le Fils. Et nous devenons fils dans le Fils. Fils de qui donc ? de Dieu qui est le seul Père. Il est notre tête qui est déjà dans les cieux.
Nous pouvons illustrer cela par Isaac de l’Etoile, un cistercien du 12e siècle nous disait cette semaine : « Par cet Esprit, il est né du sein de la Vierge comme Fils de l'homme, et comme notre Tête ; par le même Esprit, nous renaissons pour notre part de la source baptismale comme fils de Dieu, comme son corps. » 
Entrelacs mystérieux, de la grâce et des saints d’hier, d’aujourd’hui, de demain, pour que grandisse à jamais le corps du Christ, selon la formule du Jubilé de l’an 2.000. « Oui, je viens sans tarder. » dit-il à la fin de l’Apocalypse.
En ce mois de Mai, mois de Marie, mois le plus beau, nous prions Marie avec notre pape Léon qui  a fêté l’anniversaire de son élection à Pompéi. Marie nous rassemble, elle est la Mère de l’Eglise, chaque jour elle nous apprend à accueillir l’Esprit pour devenir fils dans le Fils, enfants de Dieu. 
Je termine avec le Pape Léon : Saint Bartholoméo Longo, pensant à la foi de Marie, la définit comme « toute-puissante par la grâce ». Par son intercession, que du Dieu de la paix vienne un élan de miséricorde qui touche les cœurs, apaise le ressentiment et la haine fratricide, et éclaire ceux qui ont des responsabilités particulières de gouvernement.  Frères et sœurs, aucune puissance terrestre ne sauvera le monde, mais seulement la puissance divine de l’amour, cette puissance divine de l’amour que Jésus, le Seigneur, nous a révélée et donnée. Nous croyons en lui, nous espérons en lui, nous le suivons ! » Amen ! 




dimanche 26 avril 2026

Le Bon Pasteur

 


26 avr. 2026 - 4ème Dimanche de Pâques (semaine IV du Psautier) — Année A


Chers Frères et Sœurs, chers amis,

Le Seigneur dans l’Evangile se présente comme le « bon berger ». Ce thème du berger est bien connu dans les Ecritures et fait certainement d’abord référence à David, le jeune homme que Dieu était allé chercher derrière son troupeau pour devenir roi d’Israël. Les références ne manquent pas d’Abel le juste à Abraham et Isaac, Jacob, Moïse. Nous gardons encore en Eglise un peu de ce langage avec la pastorale justement.

Ce passage de l’Evangile de saint Jean se déroule dans un contexte conflictuel avec les pharisiens. Le Seigneur fait un mystérieux rapprochement. A propos de cette bergerie, il mentionne un portier qui ouvre la porte au berger. Saint Augustin en  commentant ce passage réfléchit à plusieurs options. La bergerie est le peuple de Dieu, les pharisiens et responsables religieux sont les portiers. Ici ils sont sourds à l’appel. Le Seigneur devient la porte. Le Saint-Esprit, le portier qui l’ouvre. Nous pouvons sans peine faire un rapprochement sur un autre plan, personnel, avec notre cœur, notre propre conscience et notre discernement qui nous rendent sensible à l’appel du Seigneur.

Il frappe ! Alors qui est ce pasteur et que veut-il ? « Quel pasteur, en effet, appelle ses brebis par leur nom, et les conduit de ce monde jusqu’à la vie éternelle ? ». Le Seigneur à coup sûr il nous a créés pour entrer en communion avec nous et il nous parle au coeur. Nous avons tous une vocation, un appel à le suivre.

 Le pape Léon nous a donné un message pour la journée mondiale des vocations. Il en est de nombreuses dans l’Eglise, mais les vocations sacerdotales et religieuses ainsi qu’une réponse positive ont une grande importance. Je crois qu’à Moutier nous en sommes conscient.

Il nous y dit notamment que « Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. » J’ai été surpris par l’utilisation du mot « beau » à la place de « bon » : le bon berger. Le grec   kalos est traduit par beau ou bon. En français, nous avons dans l’oreille le « bon » maître. Mais c’est agathos qui est utilisé. Jésus dit avec ce mot, dans ce contexte-là que Dieu seul est bon. La Bible des Septante utilise le mot καλὸν lorsqu’elle traduit l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est tov en hébreu. Nous retrouvons derrière ces 2 mots en grec un idéal de l’antiquité Kalos kagathos , littéralement : « bel et bon ».  Il s’agissait d’un idéal d'harmonie de corps et d'esprit dont l'athlète grec aurait été le modèle. Vous aurez remarqué que le bon berger a été mentionné dans le verset de l’alléluia, mais pas dans l’Evangile pourtant il suit bien le passage lu. Lire l’Ecriture est passionnant, et c’est toujours une véritable enquête qui nous dévoile des trésors. Je vous laisse poursuivre par vous-mêmes, mais ni perdons pas notre latin… Surtout n’oublions pas que le plus important est notre frère et notre sœur : Nous avons aussi un voix intérieure, un instinct spirituel qui nous guide et doit être éclairé.

Le Seigneur ne se laisse pas arrêter par les portes du Cénacle à la résurrection. Elles sont closes par peur des Juifs et voilà qu’il est là. L’Esprit va faire ouvrir toute grande à la Pentecôte celles du Cénacle. Si vous me permettez, il y a aussi là une relation avec la Vierge Marie. Les 3 étoiles sur son vêtement signifient Vierge, avant, pendant et après l’enfantement. Ce qui est impossible sans une action de Dieu. Il n’y a pas besoin d’être médecin pour poser cette affirmation.

Le berger a donc ouvert et reconnu le chemin par sa mort, sa descente aux enfers et sa résurrection. Il protège et défend ses brebis. Elles doivent grandir, selon un idéal de bonté et de beauté évangélique, à l’image de leur pasteur. Il ne s’agit pas de rester un de ces petits agneaux qui vous font craquer au printemps. Ils devraient tout le temps rester ainsi. La clef de notre croissance est la charité. Si la production de laine est problématique en Suisse, le Seigneur veut valoriser les produits de notre charité pour le royaume.

Le Seigneur et l’Esprit veulent que ses disciples grandissent à son image pour entrer dans le royaume et ressusciter. Ce qui n’est pas confortable, je crois que nous ne nous faisons pas d’illusions. Mais lui est là, il est notre gardien. Il nous conduit vers notre nouvelle naissance. Elle a commencé par notre baptême. Sa résurrection est déjà en nous. Chaque année par la liturgie, il vient nous le rappeler pour nous inviter à la confiance et nous rassurer. Nous le rencontrons dans son Eglise par les sacrements, la méditation des Ecritures, et des frères pour nous accompagner. Il est le bon et le beau berger qui veille toujours à la porte de notre coeur et nous aide dans nos discernements.

« Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour » dit le pape Léon dans son message. Il nous accompagne dans nos choix et les missions qu’il nous donne, pour nous-même, nos familles, dans la société et l’Eglise. « Toute vocation, dit-il, ne peut que commencer par la conscience et l’expérience d’un Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 16) : Il nous connaît profondément, il a compté les cheveux de notre tête (cf. Mt 10, 30) (et ceux que nous avons déjà perdu) et il a pensé pour chacun un chemin unique de sainteté et de service. »  

Les appels et vocations au service de l’ Eglise, en particulier, le sacerdoce et la vie religieuse sont particulièrement importants aujourd’hui. Nous ne prions pas, seulement aujourd’hui, pour les vocations. Je vous rappelle que le service romand des vocations nous a communiqué que  2026 et 2027 est une année de prière pour les vocations. Je vous laisse consulter leur site. Une vocation naît dans le cœur de la personne. C’est le rôle de la famille et de la communauté de l’accompagner et de l’aider à mûrir. Ne l’oubliez pas. Le réservoir de prêtres s’amenuise. La communauté a besoin de bergers pour célébrer et poursuivre sa marche.

Reine du ciel, réjouis-toi ! Alléluia !