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lundi 1 janvier 2024

Sainte Marie Mère de Dieu

 


1 JANVIER 2024  Sainte Marie, Mère de Dieu —

Solennité 

Lectures de la messe

Première lecture« Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénira...Nb 6, 22-27
Psaume Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !Ps 66 (67), 2-3, 5,...
Deuxième lecture« Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme »Ga 4, 4-7
Évangile« Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né. Quand fut arri...Lc 2, 16-21

Chers Frères et Sœurs,

 En cette Octave de la Nativité du Seigneur, nous avons eu la chance de réentendre une partie de l’Évangile de Noël et de l’enfance du Christ. Expulsé de Nazareth sur les routes, par la volonté d’Auguste, le Seigneur a trouvé un abri pour l’accueillir à Bethléem. Ce qui nous rappelle que Dieu fait concourir tous les événements de notre vie pour accomplir ses desseins avec nous. Jésus a  surtout croisé pour la première fois  le regard de sa mère. Elle l’a pris pour la première fois dans ses bras et là il se sent vraiment chez lui. Les tout-petits n’apprécient pas nécessairement de se faire balader dans les bras de différentes mamans. Ce ne sont pas les mêmes odeurs, le même confort et le même réconfort. Il y en a de calmes et de tolérants, mais d’autres qui le font savoir.

En cette journée mondiale de la paix nous sentons le paradoxe avec une guerre locale sur la terre d’Israël, une guerre qui n’épargne pas les plus fragiles et les plus petits.

Ce bébé est-il simplement un bébé comme un autre ? Nous pouvons dire aujourd’hui qu’il a « un plus », « un plus » d’importance exprimé dans ce titre très particulier de Marie : Elle est Mère de Dieu. Mère de celui qui est Homme et Dieu.

L’Évangile nous présente Jésus découvert par les bergers. Les bergers appartenaient à la catégorie des plus pauvres et étaient peu considérés en Israël, bien que le roi David en ait été un. Ce sont eux qui le reconnaissent qui l’accueillent et sont accueillis par lui. C’est une cour assez particulière. C’était tout une affaire que cette présentation d’un enfant impérial né dans la pourpre, porphyrogénète dira-t-on à Constantinople et qui valorisait sa mère lui conférant une dignité particulière. Dans uncommentaire du cérémonial de présentation à la cour, on lit que « La fonction primordiale de l’épouse de l’empereur est de lui donner un fils à tel point que le couronnement pour certaines d’entre elles ne s’imposa qu’à la naissance de l’héritier. » Elles n’étaient pas par la suite nécessairement de tendres mères. Les amateurs de figures récentes s’amusent parfois devant la présentation du petit roi de Rome par Napoléon sur le tableau de Rouget. Il n’était plus premier Consul. Aujourd’hui, le Seigneur se présente dans les bras de sa mère, à des pauvres. Sa dignité est d’être petit et pauvre. Bien qu’il soit Dieu et Fils de Dieu. Une de nos rengaines le dit bien : Il est né le divin enfant, une étable est son logement. Notre pauvreté et n’importe quelle pauvreté n’évacue pas le Christ, il s’est fait pauvre, le pauvre, pour nous rejoindre, là où nous sommes, avec sa Mère. C’est une personne réelle, humaine, qui nous rejoint et pas seulement une parole, il est le Verbe, mais le Verbe fait chair, le Verbe incarné.

Il est bon de nous rappeler l’origine de l’expression Mère de Dieu. Elle nous vient d’Éphèse en 431 et nous permet aussi de rejoindre un pays de soleil, Alexandrie, par son patriarche Cyrille :  pendant ce concile, saint Cyrille et de nombreux évêques considèrent, eux, que le terme adéquat pour désigner la Vierge devait être Theotokos, la Mère de Dieu (litt. « Celle qui porta Dieu » ou « Celle qui donna naissance à Dieu »). Cette terminologie permet d’attester que Jésus est bien « une personne de deux natures qui sont unies ». Le titre de « Mère de Dieu » ne signifie pas que Marie aurait existé avant Dieu ou l’aurait créé, mais qu’elle a donné naissance à Jésus qui est pleinement Dieu et pleinement homme. ce mystère est formulé ainsi aujourd’hui : « Celui qu’elle a conçu comme homme, du Saint-Esprit, et qui est devenu vraiment son Fils selon la chair, n’est autre que le Fils éternel du Père, la deuxième Personne de la Sainte Trinité. L’Église confesse que Marie est vraiment Mère de Dieu (Theotokos) (cf. DS 251). » Je vous épargne le terme barbare qui explique ce tour de passe-passe.

Ces formules un peu complexes nous conduisent à l’essentiel, mais ne nous dispensent surtout pas d’aborder ce mystère sous un autre angle. La foi n’est pas une formule, surtout une formule magique, elle doit être vécue pour nous conduire à ce que nous nous souhaitons aujourd’hui, le bonheur et la paix avec Dieu d’abord. Je mentionnerai à cette occasion Maurice Zundel qui a un vrai culte pour la modestie et la petitesse deDieu. Il insiste sur la maternité divine, parce que sous un certain aspect, notre vocation va de pair avec celle de Marie : nous avons précisément la charge d’enfanter Dieu.

La naissance de Jésus, c’est une intelligence divine qui vient à nous, certes, mais d’abord et surtout l’amour de Dieu qui vient à notre rencontre en son Fils, une personne. Il ne s’agit surtout pas d’une intelligence artificielle qui voudrait nous gouverner et nous soumettre. Il est certes nécessaire de garder l’esprit ouvert aux nouvelles technologies, bien qu’elles nous mettent parfois de mauvaise humeur. Le pape nous rappelle dans son message que : « L’intelligence est l’expression de la dignité que nous a donnée le Créateur qui nous a créés à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26) et nous a permis de répondre à son amour par la liberté et la connaissance. La science et la technologie manifestent de manière particulière cette qualité fondamentalement relationnelle de l’intelligence humaine : elles sont des produits extraordinaires de son potentiel créatif. » L'intelligence artificielle doit donc être comprise comme une galaxie de réalités différentes et nous ne pouvons pas supposer a priori que son développement contribuera de manière bénéfique à l'avenir de l'humanité et à la paix entre les peuples. Un tel résultat positif ne sera possible que si des valeurs humaines fondamentales telles que « l’inclusion, la transparence, la sécurité, l’équité, la confidentialité et la fiabilité » sont respectées.

Ayant un peu la fibre exploratrice, je tiens peut-être cela de mon père, je me suis amusé à poser une question à une intelligence artificielle ChatGPT. Elle répond presque comme un ecclésiastique : Que va faire l’Église en 2024 ? « En tant qu'intelligence artificielle, je n'ai pas la capacité de prédire l'avenir ni de fournir des informations spécifiques sur les actions ou les décisions que l'Église catholique pourrait entreprendre en 2024 ou à tout autre moment ultérieur. Les actions de l'Église catholique dépendent de divers facteurs, notamment des enseignements religieux, des événements mondiaux, des préoccupations sociales, des questions éthiques et morales contemporaines, ainsi que des dirigeants ecclésiastiques en place et de leurs interprétations des principes catholiques. »

Je crois que cela suffit. Sainte Marie Mère de Dieu, prie pour nous pécheurs. Amen.

 

dimanche 31 décembre 2023

Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph




 Homélie :

Chers frères et sœurs.

Les 3 lectures ainsi que le psaume qui nous sont proposés par la liturgie d’aujourd’hui à l’occasion de la solennité de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, ont une perspective bien particulière. Abram, « père élevé » ou Abraham « père d’une multitude de nations»  y est mentionné à 12 reprises. On y trouve heureusement une femme Sara, princesse ainsi qu’Isaac « Rire » et Jacob « celui qui supplante ». Restons-en là pour les significations. Moïse est encore mentionné dans l’Évangile ainsi que deux anciens, Anne et Syméon. Le contexte invite à méditer sur l’attente dans la foi de la venue du Messie. Celle d’Abraham est mise en valeur mais la foi de Sara n’est pas oubliée grâce à l’épître aux Hébreux. Elle nous fait penser à Élisabeth. Nous penserions presque à une sorte de galerie d’ancêtres, le regard tourné vers les plus jeunes ou plutôt le dernier né de la famille qui rentre à la maison après sa naissance. Quel trésor en particulier pour la maman. C’est toujours une joie que celle de croiser de jeunes parents portant leur enfant au sortir de la maternité. 

A Noël fréquemment on sort quelques vieilles histoires ou rengaines pour se mettre dans l’ambiance en régressant un peu. Ça fait du bien. En parcourant un des contes de Mon Moulin, de Daudet, pas les 3 messes basses, par hasard j’ai lu l’histoire d’un enfant qui avait une tête en or, or qu’au final il dilapida en totalité… Il était si beau ce moulin avec ses grandes ailes sur le chemin des vacances. Il est d’autres ailes, celles de la foi, qui nous permettent avec le vent de l’Esprit de transformer en or spirituel, et en pain de Dieu, en vie éternelle, les circonstances de notre vie.

La foi en la promesse de Dieu sous-tend nos lectures.  Elle est un trésor d’une autre nature. Sont justes, ceux qui attendaient la délivrance d’Israël, ceux qui forment ainsi une nouvelle famille.  Cette même foi va permettre à Anne et Syméon de reconnaître le Christ, le Messie du Seigneur. Une toute petite famille pauvre, dans le brouhaha du temple ! Qui d’autre que l’Esprit aurait pu la distinguer et révéler son identité ? Qu’est-ce qui aurait pu différencier ce bébé des autres ? Pour une maman, son bébé est normalement le plus beau du monde, et presque le seul au monde, parce que c’est le sien. Surtout s’il s’agit de son premier-né. Saint Luc nous présente Joseph et Marie accomplissant symboliquement dans le temple le rite du rachat. L’annonce de la conception de Jean avait eu lieu dans le temple. Dans l’Évangile il n’est pas mentionné qu’il soit rentré, alors que fils de prêtre il aurait du y officier. Voilà que le Seigneur, lui-même, tout petit enfant y entre avec sa famille... Il vient, lui, racheter non seulement son peuple, mais tous les hommes. Ce rachat, vous vous en souvenez est une tradition qui remonte à la libération d’Egypte et à la dixième plaie où les premiers-nés d’Israël avaient été épargnés. Luc se contente du symbole et fait remonter immédiatement la Sainte Famille en Galilée. Saint Matthieu, par contre fera accomplir en vrai à la Sainte Famille, tout le voyage en Égypte ainsi que le retour en Galilée, à Nazareth. 

« L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. » C’est à Nazareth, dans le cadre de son village et de sa famille, que Jésus dans son humanité va apprendre à confectionner le pain de vie, à l’écoute de Joseph et de Marie, et de la voix de son Père. Ceux qui ont jeté un coup d’œil à KTO on vu une partie de la retransmission à Nazareth, dans la maison de Joseph.

La famille est le lieu privilégié qui nous est donné pour naître, grandir et devenir capables de remplir toute notre mission. Nous y recevons les moyens pour un jour entrer dans la vie qui ne finit pas. Il est passionnant, pour moi en tout cas, de se pencher sur certains auteurs contemporains, pas nécessairement chrétiens qui nous parlent de l’importance des parents dans la construction intérieure de l’enfant. De la maman qui l’accueille et du père qui l’aide à construire sa propre personnalité. Ils soulignent aussi l’aide primordiale de la maman pour que l’enfant ait une image positive de son père. C’est passionnant de voir l’importance de l’amour d’une maman pour toute sa famille. Jésus a voulu naître dans une vraie famille et y grandir pour accomplir sa mission. 

C’est par lui et par notre foi en lui que la Bonne Nouvelle de notre réconciliation avec son Père  peut être annoncée et vécue, que nous pouvons transformer ce qui nous est donné de vivre, en pain de vie et en or spirituel. D’un seul homme, touché par la mort et ressuscité  parce qu’il est Dieu, « a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable. »


Source

Nos familles sont touchées de tout temps par les fractures, les blessures, les brisures et les difficultés de toutes sortes. Que de bricolages nous impose la vie. Nous le ressentons particulièrement en ce temps de Noël. En lisant un ouvrage récent, j’y ai retrouvé une image parlante. Il existe au Japon un art de la poterie appelé le Kintsugi qui consiste à rassembler les morceaux d’un vase brisé, en porcelaine avec une soudure en or. Les effets sont spectaculaires et remarquables. Je crois que l’illustration est suffisamment parlante par elle-même, pour nous rappeler ce que peut l’or de la charité. 

Dans ce contexte, pour essayer de comprendre ce qu’a essayé d’entreprendre récemment le pape François et qui est diversement accueilli, je crois qu’il serait bon de relire son exhortation apostolique post-synodale sur la famille. Elle commence par ces mots : La joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église. 

Nous pouvons conclure par la prière du pape à la Sainte Famille : Prière à la Sainte Famille 


Jésus, Marie et Joseph

en vous, nous contemplons la splendeur de l’amour vrai,

en toute confiance nous nous adressons à vous.

Sainte Famille de Nazareth,

fais aussi de nos familles

un lieu de communion et un cénacle de prière,

d’authentiques écoles de l’Évangile

et de petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth,

que plus jamais il n’y ait dans les familles

des scènes de violence, d’isolement et de division ;

que celui qui a été blessé ou scandalisé

soit, bientôt, consolé et guéri. 

Sainte Famille de Nazareth,

fais prendre conscience à tous

du caractère sacré et inviolable de la famille,

de sa beauté dans le projet de Dieu.

Jésus, Marie et Joseph,

Écoutez, exaucez notre prière

Amen !


dimanche 3 décembre 2023

1er Dimanche de l'Avent

 



3 DÉCEMBRE 2023

 dimanche, 1ère Semaine de l'Avent — Année B

Dimanche prochain  

Lectures de la messe

Homélie

« Veillez ! »

Chers Frères et Sœurs,

Durant tout le mois de Novembre nous avons été invités à vivre dans la vigilance le retour annoncé du Seigneur à la fin des temps. A nouveau la liturgie nous demande de veiller ! Veiller, c’est une attitude qui traverse toute l’Écriture. Pouvons-nous y parvenir seuls ? Au jardin des oliviers les Apôtres n’y étaient pas arrivés, même une heure.

Une veille imposée est une torture particulièrement odieuse et insupportable. Il vous suffit de jeter un coup d’œil sur la toile. La méthode ne date pas d’aujourd’hui. Dans un répertoire plus léger, lorsque le sommeil nous surprend, nous pensons peut-être au Cantique des Cantiques : « Je dors mais mon coeur veille... C'est la voix de mon bien-aimé ! Il frappe : " Ouvre-moi, ma soeur, mon amie, ma colombe, mon immaculée. »

Laisser son cœur veiller, n'est-ce pas la solution que nous pouvons apporter à cette invitation du Seigneur ? Comment soigner son cœur, comment lui permettre de veiller ?  La règle de Saint Benoît commence par ces mots : « Écoute ô mon fils, les préceptes de ton Maître, prête-moi l’oreille de ton cœur. » Il se réfère au livre des Proverbes (chapitre 4), qui se poursuit ainsi : « 21 ne les perds pas de vue, garde-les au profond de ton cœur : 22 pour qui les trouve, ils sont la vie, la guérison de son être de chair. Le passage se conclut : 23 Par-dessus tout, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie. »

Dans le répertoire des analogies, j’ai lu et entendu, que les mamans ont une sorte de 6ème sens pour percevoir quand les bébés commencent à s’agiter, avant la grande alerte bruyante dans la nuit et elles les tranquillisent pour qu’ils puissent se rendormir et ne pas réveiller toute la maison. Voilà aussi un exemple de cœur qui veille et de patience, merci aux mamans. Autre question, n’est-ce pas un nouveau-né qui doit nous réveiller ?

En matière spirituelle, les lampes qui nous sont données dans notre obscurité pour traverser la nuit sont au nombre de deux : Veillez et priez nous dit le Seigneur. Notre portier intérieur, notre cœur est-il apte à attendre et à entendre, à prévoir et à prévenir la venue de celui qui va venir ?

Où trouver la lumière ? Les Mages scrutaient depuis longtemps le ciel dans l’attente de l’étoile. Scrutons-nous le ciel de notre cœur ? N’y voyons-nous que l’obscurité produite par l’hypertrophie de notre moi, sans percevoir aucune lumière? Notre cœur est fait pour aimer. Il attend de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ. Et que faut-il faire ? encore et toujours veiller et prier.

Jésus va venir pauvre parmi les pauvres, un enfant exilé, mais un enfant aimé dans une petite famille aimante.

Vous savez certainement que notre pape François a eu un accroc de santé avec ses pauvres poumons. Il a du être mis sous antibiotique. Mais son message à la Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la Cop 28, a tout de même été publié. Il y manifeste son attention pour les enfants. Ils vont être un peu les rois des fêtes de Noël qui s’annoncent avec les expositions de crèches, et la fête de Saint Nicolas cette semaine. Nous nous réjouissons avec eux, mais le pape François mentionne les enfants pauvres dans un passage de son message :

« Les tentatives de faire retomber la responsabilité sur les nombreux pauvres et sur le nombre de naissances sont particulièrement frappantes. Ce sont des tabous auxquels il faut absolument mettre fin. Ce n’est pas la faute des pauvres puisque près de la moitié du monde la plus pauvre n’est responsable que de 10 % à peine des émissions polluantes, alors que l’écart entre les quelques riches et les nombreux démunis n’a jamais été aussi abyssal. »

Être éveillés et prier. Le sommeil intérieur vient du fait de toujours tourner autour de nous-mêmes et de rester bloqués, enfermés dans sa propre vie avec ses problèmes, ses joies et ses douleurs, mais tourner toujours autour de nous-mêmes, dit ailleurs le pape François. Et cela fatigue, cela ennuie, cela ferme à l’espérance. C’est là que se trouve la racine de la torpeur et de la paresse dont parle l’Evangile. Quand la solitude nous surprend-elle ? Un exemple nous est donné par Saint Charles de Foucauld. Il s’était fait cette réflexion en revenant sur sa jeunesse : « J'étais dans la nuit. Je ne voyais plus Dieu ni les hommes : Il n’y avait plus que moi. » Il avait ensuite fait du service militaire où il avait dilapidé son million, à la manière du jeune homme de la parabole, notamment avec une actrice. Puis il avait trouvé la lumière.

L’Avent nous invite à la vigilance, en regardant hors de nous-mêmes, en élargissant notre esprit et notre cœur pour nous ouvrir aux nécessités de nos frères et au désir d’un monde nouveau. Vers ceux qui souffrent de la faim, de l’injustice, de la guerre de la pauvreté, de toutes les faiblesses humaines, des solitudes des pauvres, des faibles, des abandonnés, nous avons des pistes de lumière à trouver. La venue de Jésus doit apporter chaleur et réconfort. L’Avent est un temps pour cette préparation.

Que la prière soit présente, bien sûr par la méditation des Écritures et l’oraison.  Nous faisons tous les efforts possibles pour créer une atmosphère positive destinée à vivre une lumineuse et belle fête de Noël. Ce n’est pas facile. Prier n’est-ce pas la première manière d’apprêter notre étable intérieur pour accueillir celui qui va venir.  Nous avons le bonheur de célébrer aussi cette semaine, l’Immaculée Conception vous ai-je dit. Prions-la pour conclure : Tu es la Toute Belle, ô Marie ! En toi se trouve la joie parfaite de la vie bienheureuse avec Dieu.  Fais que nous ne perdions pas le sens de notre chemin sur la terre : que la douce lumière de la foi éclaire nos journées, que la force consolante de l’espérance oriente nos pas, que la chaleur contagieuse de l’amour anime notre cœur, que nos yeux à tous restent bien fixés là, en Dieu, où se trouve la vraie joie. Sainte Mère du rédempteur, porte du ciel toujours ouverte, étoile de la mer, viens au secours du peuple qui tombe et qui cherche à se relever. Tu as enfanté, ô merveille, celui qui t’a créée. Tu demeures toujours vierge, accueille le salut de l’ange Gabriel et prends pitié de nous, pécheurs. Amen.


dimanche 26 novembre 2023

Le Christ Roi de l'Univers

 


Mais Oui! des brebis à corne!


26 NOVEMBRE 2023

 Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers — Année A - Solennité

 Lectures de la messe

Première lecture« Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis »Ez 34, 11-12.15-17

PsaumeLe Seigneur est mon berger :

rien ne saurait me manquer.Ps 22 (23), 1-2ab, 2...

Deuxième lecture« Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi, Dieu sera tou...1 Co 15, 20-26.28

Évangile« Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns de...Mt 25, 31-46

Intro

Chers frères et sœurs, 

Bienvenue à tous et à toutes pour célébrer le Christ-Roi de l’Univers. Cette célébration nous rappelle que nous sommes à la fin de l’année liturgique et que bientôt commence le temps de l’Avent.

Cette fête avait été instituée par le pape Pie XI en 1925, pour essayer de mettre en valeur une forme de royauté sociale du Christ.  Avec la réforme liturgique du Concile, elle a été placée en ce dimanche, pour signifier de manière plus liturgique le retour du Christ à la fin des temps. Ce dimanche est en même temps la 38ème journée mondiale de la jeunesse. Nous prions avec eux et pour eux. Il nous faut aussi demander pardon pour les scandales qui sont encore apparus ces jours. Nous espérons que toute la société se réforme également en profondeur. Le but est d’accueillir le mystère du Christ et le salut qu’il veut offrir au dernier jour à tous les hommes. 

Préparons-nous à célébrer le mystère de l’Eucharistie en reconnaissant que nous avons péché.

Homélie

Chers Frères et Sœurs,

 L’année liturgique arrive à son terme et s’achève sur le jugement dernier de Saint Matthieu avec le retour du Christ. Nous avions hier à l’office des lectures son annonce par le prophète Zacharie et sa description de la venue du Seigneur : « 04 Ses pieds se poseront, ce jour-là, sur le mont des Oliviers qui est en face de Jérusalem, à l’orient. Et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest ; il deviendra une immense vallée. Une moitié de la montagne reculera vers le nord, et l’autre vers le sud. » La mémoire chrétienne conserve le récit de l’Ascension de Jésus au Mont des Oliviers. Nous attendons tous son retour.

Il est extrêmement difficile aujourd’hui de douter que notre univers aura une fin, près du  zéro absolu. Mais le jugement, le retour du Christ est encore de l’ordre de la foi.

Le jugement, lors de ce retour, va s’opérer sur le critère des béatitudes et des œuvres de miséricordes. L’image est impressionnante. Il sera accompagné de la résurrection et nos corps seront semblables à celui du Christ. Cela constitue une différence d’avec les conceptions prédominantes aujourd’hui. N’est-ce pas la résurrection chrétienne qui respecte le plus notre nature humaine ? Le Christ est mort et ressuscité, avec un vrai corps glorieux et une âme. Ce compagnon, cette partie de notre oui et de nos non, pourrait-on y renoncer, comme s’il ne s’agissait que d’une enveloppe temporaire ? Mon corps, n’est-ce pas aussi moi ? Je me suis demandé au fil de mes lectures : Pourquoi est-ce qu’après une expérience de mort imminente, l’âme retournait dans son corps ? Ne serait-ce pas parce qu’elle et lui sont intimement liés ? Notre nature humaine ne peut renier cette unité. Le Christ ressuscité est vrai Dieu et vrai Homme, ayant un corps et une âme. Il veut nous ressusciter tout entier, comme lui. Pourquoi dire non ? Pourquoi ne pas respecter le cheminement d’autrui, de ceux qui nous ont tant appris sur ces questions ? Sachant que tout et tous convergent vers le Christ.

Les scénarios catastrophes des films d’aujourd’hui meublent notre imaginaire. Je vous avoue à en regarder des passages de temps à autres, de m’interroger sur cette propension, cette attirance, ce désir de mort qui habite nos sociétés, alors que le Seigneur nous appelle à la vie. Il veut nous attirer vers le haut, vers lui, vers la joie. Le Fils de l’homme apparaît dans la gloire. « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » Il est glorifié nous dit l’Écriture, lorsqu’il est mis en croix et qu’il donne sa vie pour nous. Sur le Mont Thabor, Moïse et Élie parlaient avec lui de sa montée à Jérusalem. Il s’agit maintenant de la Gloire eschatologique. Il se présente à nous en tant que Dieu, et le discernement va s’opérer sur le déroulement de sa vie humaine, la gloire de la croix, sur la manière dont nous aurons vécu les béatitudes et pratiqué les œuvres de miséricorde. Sur la manière dont nous aurons aimé, sur notre témoignage de vie, sur la manière dont nous aurons aimé notre Père.

S’agit-il d’un film catastrophe ? « Dieu aime tous les hommes et veut que tous les hommes soient sauvés, il veut qu’aucun ne se perde ». Il le veut non seulement en raison de son amour personnel pour chacun de nous, mais parce que son Fils a donné sa vie pour nous. Il coupe court à toute protestation d’injustice, y compris de notre part. Son amour dépasse celui d’une mère pour ses enfants. Il n’est limité que par notre refus d’aimer, par notre refus de pardonner et d’être comme Lui. « J’ai dit : vous êtes des dieux ». Etre des dieux, veut dire aimer comme Dieu nous aime. Le refus du pardon conduit à un endurcissement du cœur, il empêche Dieu d’y rentrer.

Pourquoi illustrer notre problématique avec l’image de ces brebis et de ces petits boucs ? Il est possible que soient en cause les cornes des seconds. Les cornes avaient diverses significations quant à leur symbole. Il y en avait de béliers et de boucs bien sûr, ce qui me permet chaque année de rappeler qu’il y a également certaines variétés de brebis à cornes. J’en ai vu de l’oberland grison, mais paraît-il dans les Pyrénées il n’en manque pas, ni en Écosse. Quant au Jura, c’est un sujet plus délicat, mais nos brebis ont du caractère. Il y aurait peut-être intérêt pour un équilibre à effectuer un croisement avec la variété grisonne. Qui sait ?

Passons la plaisanterie, pour nous rappeler que les cornes symbolisaient la force et la résistance. On les utilisait pour appeler à la guerre, mais aussi à la conversion, avec le fameux shofar du Yom-Kippour, du grand pardon. Ces cornes de bélier rappellent celles du bélier du sacrifice d’Abraham pris dans les buissons. Il avait annoncé il avait aussi provoqué la chute des murs de Jéricho. C’étaient des cornes qui étaient figurées aux 4 coins de l’autel dans le temple, manifestant la puissance de Dieu. La corne est un signe de notre volonté de puissance, mais aussi de le toute-puissance de l’amour de Dieu.

Une image m’est venue au cours de la prédication. Au temps de ma jeunesse, voici près de 40 ans, ayant participé à un pèlerinage en Terre Sainte, j’avais vu un troupeau qui avançait à la suite de son berger en direction de Jéricho. Curieusement, ils étaient regroupés par couleur, les blancs et les noirs. N’est-ce pas une image qui illustre le fait que tout concourt à notre vie et à notre bonheur, à notre joie, ce qui est bon et mauvais en nous, nos oui et nos non. Au sortir du Carmel, un troupeau s’y trouvait dans un champ voisin. Toutes les couleurs étaient mélangées. Encore une image de ce qui se passe dans nos cœurs.

Encore un élément pour nous inviter à l’espérance. Nous espérons que tous les hommes soient sauvés, nous aussi et peut-être nous d’abord. Nous pensons au fameux bouc émissaire de René Girard, envoyé au désert portant le péché d’Israël. Pour nous, il s’agit de toute évidence d’une référence au Christ, qui a pris sur lui les péchés du monde, notre refus. Comment alors faire taire en nous l’espérance, car le Juge c’est lui qui a tout pris sur lui.

« Le Christ est notre joie ». Je ne puis m’empêcher de me rappeler Mgr Otto Wüst, dont la devise était «  Au service de votre joie. » Il serait bon de nous le rappeler. Il est la porte de notre joie. Il respecte notre liberté, mais comment lui dire non ?

Pourquoi rappeler la joie, sinon en raison du message adressé par le pape François aux jeunes et intitulé : « Joyeux dans l’espérance » (cf. Rm 12, 12)

Il demande aux jeunes d’allumer le Flambeau de l’espérance, en citant Charles Péguy. Ce poète et écrivain nous invite à respecter le cheminement de chacun. J’ai découvert il y a quelques temps que le cher et grand Jacques Maritain, dans sa jeunesse, un de mes auteurs préférés, ainsi qu’un bénédictin de Solesmes en exil, avaient voulu lui faire presser le pas vers un retour effectif total à l’Église, qui incluait la renonciation de son épouse incroyante, selon les conceptions de l’époque. Il ne l’avait pas fait. Nous nous souvenons des conditions de sa mort. Il avait prié la Vierge peu avant. Le fait qu’il soit mentionné par le pape François invite encore plus au respect.

Nous terminons avec un passage du message du pape aux jeunes : Chers jeunes, n'ayez pas peur de partager avec les autres l'espérance et la joie du Christ ressuscité ! L'étincelle qui s'est allumée en vous, entretenez-la, mais en même temps donnez-la : vous constaterez qu'elle grandira ! Nous ne pouvons pas garder l’espérance chrétienne pour nous, comme un beau sentiment, parce qu'elle est destinée à tout le monde. Soyez particulièrement proches de vos amis qui peuvent sourire en apparence mais qui pleurent à l'intérieur, pauvres en espérance.

Confions toute notre vie à Marie, Mère de l'Espérance. Elle nous apprend à porter en nous Jésus, notre joie et notre espérance, et à le donner aux autres . Amen.


dimanche 12 novembre 2023

Le banquet de Saint Martin?

 


12 NOVEMBRE 2023 - 32ème semaine du Temps Ordinaire — Année A

Première lecture« La Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent »Sg 6, 12-16

Psaume Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu !Ps 62 (63), 2, 3-4, ...

Deuxième lecture« Ceux qui sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui »1 Th 4, 13-18

Évangile« Voici l’époux, sortez à sa rencontre »Mt 25, 1-13


Chers Frères et Sœurs,

Le Seigneur utilise une image bien connue de l’avènement du Royaume de Dieu, celui d’un gigantesque repas de noces qui peut nous faire penser aux festivités de la Saint-Martin. Dans l’antiquité, le banquet était considéré comme la clé  de voûte de la civilisation grecque et romaine. Il y en avait autant chez les dieux que chez les rois et dans les temples. Il faut mentionner les banquets philosophiques et poétiques. Un des ouvrages de Platon porte d’ailleurs le nom de « Banquet ».  Une curiosité entendue hier soir sur Arte, à propos de tombes étrusques : les défunts étaient disposés dans des sortes de chambres qui ressemblaient à une salle à manger de l’époque.

En Israël, on lit dans le livre des chroniques qu’on en fit durer un 14 jours. Il suffit de parcourir l’Écriture Sainte pour constater leur fréquence et leur importance. Jésus était souvent invité et il avait commencé son ministère en participant à des noces à Cana. Saint Martin quant à lui, est toutefois plutôt présenté comme un acète frugal. Il ne participe qu’une fois à un repas donné par l’empereur Maxime, selon ce que rapporte son secrétaire et biographe, Sulpice Sévère. Ce dernier était originaire de l’Aquitaine Romaine, appréciée déjà pour ses huîtres et ses vins. (Vie de Saint Martin)

Le banquet dont parle le Seigneur ne nous sera toutefois servi qu’à la fin des temps. Il nous demande bien du travail de préparation… c’est-à-dire veiller dans la prière, la foi et la charité qui en témoigne, ainsi que par notre espérance. C’est la composition de cette fameuse huile des jeunes filles… Durant ce temps de préparation il n’y a qu’un appel discret, un murmure du Christ à l’oreille des cœurs.

Le grand signal d’alarme dans la nuit, ressemble aux sirènes d’alertes. On ne les entend qu’épisodiquement lors d’exercices, sans plus faire attention. Cela n’arrivera pas… L’Écriture rapporte les traitements infligés aux prophètes tués ou tournés en dérision. Dans les Tintins de nos enfances, il y avait un professeurPhilippulus dont on riait.

Comment nous émouvoir ? Le Seigneur s’est posé la question dans son dialogue trinitaire. Comment leur faire comprendre combien leur vie dépend de leur relation avec moi ? Nous ne sommes pas faits pour vivre éternellement tout seuls, mais avec lui. Les auteurs de l’ Écriture avaient interprétés les malheurs qui arrivaient au Peuple élu comme des avertissements : dans le désert, sous les rois d’Israël, avec des guerres, des invasions, des famines, des criquets, des maladies, des déportations. Les prophètes avaient été des lanceurs d’alerte. Venait ensuite une réaction de ceux qui subsistaient : Il nous faut retourner à une vie à la Loi qui est source de vie. Ce que l’Écriture essaye de nous dire, est qu’on ne peut dissocier notre vie humaine de la communion avec Dieu, parce que nous sommes appelés à vivre ensemble un jour pour toujours avec lui. Cela dépendra de la manière dont nous avons vécu et aimé ici et maintenant. Cela dépendra des deux commandements qui résument toute cette fameuse Loi, l’amour de Dieu et du prochain.

L’Écriture montre que ce retour au Seigneur ne nous était pas possible par nous-mêmes. Nos capacités humaines sont limitées ! Elles sont dues globalement à une blessure spirituelle que lui seul est capable de réparer, ce fameux péché. Le vocabulaire et les psychologues parlent aujourd’hui de résilience. Il s’agit de trouver des ressources humaines en soi pour se reconstruire. Il s’agit aussi de retrouver une autre source en soi-même par une forme de silence intérieur, la voix du Seigneur qui vient nous parler au cœur. Même ceux qui doutent de son existence disent que la figure de Dieu est utile et même indispensable pour se relever.

Pour aller plus loin et surtout à la racine d’un relèvement et d’une réconciliation  possible, le Seigneur est allé jusqu’à envoyer son Fils dont le nom de Jésus signifie Dieu sauve. Cela veut dire qu’il est venu lui-même. Il a voulu tellement sauvegarder notre liberté créée à l’image de la sienne, il a voulu un oui tellement libre de notre part à l’amour qu’il nous proposait, qu’il s’est en quelque sorte caché. Nous lui avons fait ce que nous avons voulu et nous l’avons rejeté. C’est là quelque chose de mystérieux. Un grand anthropologue, historien et philosophe français, René Girard,  a écrit parmi de nombreux ouvrages, un petit bouquin devenu célèbre : « le bouc émissaire ». Il essaye d’y rendre compte de cette étrange loi de la violence humaine qui cristallise sur une personne ses contradictions et l’origine de ses fractures internes. Jésus est devenu pour nous un bouc émissaire, mais il a échappé à la mort comme l’oiseau pris au filet de l’oiseleur. Sa résurrection a été sa réponse à un rejet qui a un aspect collectif et personnel. Nous ne pouvons nous approcher de ce grand mystère, qu’en intégrant bien dans notre réflexion que Dieu est hors du temps, mais aussi que les conséquences d’une action humaine ont une résonnance hors du temps. Jésus est devenu un pont, un chemin, un passeur.

Les lectures de ce dimanche qui nous rapproche de la fin de l’année liturgique, viennent nous rappeler que si notre vie ici-bas a une fin, elle aussi, elle n’en a pas en définitive. « Ceux qui sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui ». Il ne s’agit pas de gober tout ce qu’on dit ou écrit, sur la vie après la vie et les états de mort imminente, mais de se laisser interpeller, de revisiter notre espérance sur ce sujet. Ce sont les termes employés ce jeudi soir par l’archevêque émérite de Paris dans une conférence. Il est ancien médecin. 

Il suffit de se tenir un peu au courant des recherches et découvertes faites depuis environ une centaine d’années sur la fin de la vie, le cerveau, la matière et autre physique quantique, l’espace et le temps, pour se rendre compte qu’il est temps de réviser nos vieilles manières de penser. Lorsqu’ on se rapproche ou qu’on a passé la barrière de ses 70 ans, nous percevons avec plus d’intérêt que c’est notre éternité à nous qui est devant nous et que personne n’a le droit de nous en priver, ni les scandales, ni les grands titres. Elle ne dépend pas de nous mais de celui qui est amour. Les chanteurs utilisent souvent les mots : Ma vie. Dans l’une d’elle il y a ceci : « Ma vie à moi c’est un combat que j’ai mené et si Dieu veut me pardonner, J’irai plus haut que les nuages… » Bien sûr et même nous ressusciterons. Nous l’espérons les uns pour les autres… Nous avons déjà  la chance d’être invités au repas des noces de l’Agneau lors de chaque Eucharistie. On ne peut conclure sans le pape François : parlant mercredi de Madeleine Delbrêl et de sa passion pour l’évangélisation : Madeleine se sent appelée à "vivre entièrement et à la lettre l'amour de Jésus, afin qu'en l'aimant sans réserve et en se laissant aimer jusqu'au bout, les deux grands commandements de la charité s'incarnent en nous et n'en fassent plus qu'un" .

Marie, Mère de l’Église et notre Mère prie pour nous. Amen.


mercredi 1 novembre 2023

Tous les Saints

 


1 NOVEMBRE 2023  Tous les Saints — Solennité 

Lectures de la messe

Première lecture : « Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de t...Ap 7, 2-4.9-14

Psaume : Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. Ps 23 (24), 1-2, 3-4...
Deuxième lecture« Nous verrons Dieu tel qu’il est »1 Jn 3, 1-3
Évangile « Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » .Mt 5, 1-12a

Chers Frères et Sœurs,

Ces seuls mots de l’Évangile devraient nous remplir de joie, tirés de leur contexte, celui des béatitudes. Hier toutefois et déjà, quelqu’un qui avait lu l’épitre du jour m’a dit avant la messe : Mais alors nous ne sommes pas sûrs d’être sauvés. C’est le genre de questions qui vous font penser : doux Jésus, que répondre ? Il faut rappeler l’amour de Dieu et sa volonté de sauver tous les hommes, mais il veut entendre une réponse libre d’un homme libre, à l’image de sa propre liberté. Il ne force pas à aimer et à l’aimer. L’autre difficulté vient des béatitudes. Elles sont un programme du bonheur. Jésus les a prononcées dans son sermon sur la montagne, au bord du lac de Tibériade sur le Mont des béatitudes. Pour ceux qui y sont allés, le cadre est idyllique. Dans ma jeunesse, au collège, j’aimais beaucoup le lac Léman par beau temps. Prises dans le détail, les béatitudes ne sont pas des mystères joyeux, mais bien ce qu’a vécu Jésus. Aimer, c’est aller jusque-là, aimer jusque-là, dans le détail :     « être  pauvre jusque dans son cœur, pleurer, être doux jusqu’au dépouillement, avoir faim et soif de la justice, c’est-à-dire avoir été maltraité et calomnié ; être miséricordieux veut dire avoir des raisons de l’être ; avoir un cœur pur, peut nous faire comprendre que nous pouvons être victimes de ceux qui ne l’ont pas ; alors que Dieu a le cœur pur et des intentions droites. Ils verront Dieu. Quant à la paix et à sa recherche, pour être appelés fils de Dieu, la difficulté de la transmettre et de maintenir cette paix est manifeste. Être persécuté pour la justice est un sentiment terrible qui vous poursuit votre vie durant, c’est le dépouillement qui mérite le royaume des Cieux, même si cela réjouit les ricaneurs qui vous traitent de naïfs. Quant on est insulté et persécuté, calomnié pour lui, le Seigneur nous assure d’une immense récompense.

Au bout d’une vie, nous comptons nos cicatrices… cela me rappelle un film d’action de ma jeunesse. Quelle liste ! Pardonnez-moi si elle a été longue.

Mais sur quoi débouchent ces béatitudes, après ces prémisses et leur côté obscur qui nous ont été imposés par le non-amour : « Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » Vivre les béatitudes c’est être assimilé à Jésus qui meurt et ressuscite.

Serions-nous naïfs ? Vous comme moi, l’avons certainement été, mais cette forme de naïveté conduit-elle à une impasse ? Il y a bien longtemps, nous blaguions entre séminaristes sur le nom de la rue qui menait au séminaire : « Impasse du cardinal Journet ». Le Cardinal Journet, Monsieur Journet, un merveilleux théologien et père du Concile. Le séminaire conduit-il à une impasse ? Non, un séminaire est là pour aider chacun de nous, par ceux qui en sortent, à relever la tête, à regarder vers la finale de ce que nous traversons : une récompense dans les cieux, le royaume des Cieux, être  fils de Dieu, voir Dieu, obtenir miséricorde, être rassasiés, avoir la terre en héritage, être consolés, obtenir le Royaume des cieux.

Est-ce si impossible ? Voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues, nous a dit saint Jean. N’est-ce pas là un signe d’espérance ? Si personne ne pouvait dénombrer cette foule, cela ne veut-il pas dire que le Seigneur nous ouvre toutes grandes les portes du Royaume, en la personne de son Fils ? Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu. Nous le sommes par notre baptême qui nous unit à Jésus et d’une certaine manière, nous identifie à lui sur un parcours qui n’est pas de tout repos. Sa clef ne peut être que l’amour. Si vous en avez une autre, je suis prêt à vous entendre. Cet amour, c’est la personne de Jésus et son Esprit, l’Esprit du Père et du Fils, qui viennent habiter en nous. L’Esprit vient nous transformer en d’autres Christ.

S’agit-il de naïveté ? Ceux qui vous annoncent ce message le sont-ils ? Sont-ils parfaits ? Certainement pas. Suffit-il de ne pas être prêtre pour être parfaits ? Certainement pas non plus.

De l’autre côté, qu’est-ce qui nous attend ? Depuis 5 ans que je parcours un peu tout le Jura, je lis aussi beaucoup et j’ai appris à connaître toute une littérature et des émissions sur des événements de mort imminente, ou d’événements qui la précèdent. Ils nous font fortement plus que soupçonner sur ce qui se produit dans cette vie après la vie. Les vérifications ne surviennent qu’après l’expérience personnelle et la rencontre,  mais les indices sont nombreux et intéressants. L’honnêteté intellectuelle nous invite à en tenir compte, tout comme les progrès scientifiques sur l’infiniment grand et l’infiniment petit. J’ai eu la chance d’aller faire un saut à l’exposition du CERN à Genève, la semaine passée. Allez-y pour vous laisser instruire et être étonnés. Nous avons dépassé les connaissances et les préjugés du 19ème siècle. Nous avons le droit de prendre notre liberté ou de la recouvrer, délivrés de ce carcan. Nous avons aussi le droit de penser que tous ceux qui nous ont précédés et n’avaient pas nos moyens, n’étaient pas des sots parce qu’ils en connaissaient moins que nous. La foi et la résurrection de Jésus sont offertes à tous les hommes de toutes les générations. Dieu veut que par lui, avec lui, et en lui tous les hommes soient sauvés. C’est lui, personnellement, que tous les hommes rencontrerons un jour. Nous ne le rencontrerons plus seulement par la foi et les sacrements. L’Esprit nous apprend à connaître les profondeurs de Dieu, en tant que Dieu en trois personnes et pas seulement l’amour immense d’une seule personne.

Une de nos priorités aujourd’hui est de consoler ceux qui sont dans la peine parce qu’ils ont perdu un proche, ou un ami. Cela fait toujours mal et encore une fois nous ne sommes pas des naïfs. Consoler ceux qui sont affligés, affligés nous le serons tous, est une œuvre de miséricorde qui passe par la communion des cœurs. Un décès ne peut que faire mal à ceux qui restent. Nous confions tous ceux d’entre nous qui souffrent d’un deuil depuis peu, ou longtemps, à Notre-Dame de Compassion, à Marie.

Je conclus avec le Pape François : Frères et sœurs, le souvenir  des saints nous incite  à lever les yeux vers le ciel: non  pour oublier les réalités de la terre, mais pour les affronter avec plus de courage, avec plus d’espérance. Que Marie, notre Très Sainte Mère, nous accompagne par son intercession maternelle, signe de consolation et d’espérance sûre.

 

dimanche 8 octobre 2023

Va, répare mon Église



8 octobre 2023

27ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A
Lectures de la messe
Première lecture « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » Is 5, 1-7
Psaume La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Ps 79 (80), 9-12, 1...
Deuxième lecture « Mettez cela en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous » Ph 4, 6-9
Évangile « Il louera la vigne à d’autres vignerons » Mt 21, 33-43

Chers frères et sœurs,

Le Seigneur utilise ce matin une parabole qui ne va pas manquer de faire réagir ses auditeurs, en particulier les prêtres, les scribes et les pharisiens, autrement dit le milieu religieux institutionnel. En même temps, elle est une référence au prophète Isaïe. Il veut leur faire comprendre l’urgence du moment et l’injustice commise envers lui et mettre en cause la qualité de leur travail, de leur pastorale dirait-on aujourd’hui. Ils ont mal soigné sa vigne et le vin a été de mauvaise qualité.

Les conditions météorologiques ont avancé la récolte chez nous, et d’après ce que j’ai lu la qualité n’est pas encore certaine. Il s’agit ici d’une récolte avant tout spirituelle qu’attend le Seigneur. Mais cela ne nous empêche pas d’être attentif à la nature qui nous entoure, d’autant plus que le Pape François a fait publier le jour de l’ouverture du Synode et de sa fête une exhortation apostolique intitulée « Laudate Deum », « Louez Dieu pour toutes ses créatures », destinée à toutes les personnes de bonne volonté, sur le thème de la crise climatique. Je ne puis que vous conseiller de la lire, même si un bon nombre d’entre nous apprécions le repos que nous laissent nos os et autres douleurs rhumatismales. Etant en tout petit nombre en comparaison des habitants des grandes nations, même si nous pouvons faire mieux encore, il y a un élément que nous avons à intégrer davantage: une éthique solide, une culture et une spiritualité du respect de ce don Dieu qu’est la nature. Nous en sommes gestionnaires. De plus, je crois que chacun comprend qu’à puiser sans réserve dans un capital, il finit par être épuisé.

Notre parabole nous dit donc qu’un homme était propriétaire d’un domaine, littéralement, un maître de maison, un chef de famille, oikodespotes, et qu’il planta une vigne, loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Au temps de la vendange, il voulut s’en faire remettre le produit. Les vignerons ont mis la main sur celui-ci, qui n’était déjà pas extraordinaire ; ils tuent les serviteurs et le fils du Maître. Il s’agit du sort réservé à Jésus qui va ressusciter et donner la vigne à d’autres. S’agit-il d’une parabole qui met seulement en garde les vignerons de son époque ? Vous admettrez avec moi que ce n’est pas le cas. Si nous parcourons un tant soit peu l’histoire de l’Église, nous voyons qu’il ne s’est pas toujours agi de moments glorieux. Nous traversons collectivement des temps de crises et des remises en question difficiles en cette période, des dépouillements, des invitations à des changements en profondeur.

Le Synode est une occasion pour l’Église institutionnelle de faire une mise à jour. On n’entend relativement peu de choses, le Pape François ayant demandé une discrétion médiatique sur les sujets traités. On nous dit cependant que parmi les thématiques discutées figurent la révision des structures de l'Église, les abus, le dialogue interreligieux et l'«option» pour les pauvres. «L'importance de se dépouiller de tout ce qui n'est pas conforme à l'Évangile». Le crucifix de saint Damien est là aussi : «Le thème de la réparation de l'Église est apparu dit un communiquant. Réparer, c'est dire: me voici, je suis au service. Celui qui se met au service répare l'Église, sert le diagnostic et le pronostic et lit les signes des temps avec un cœur pur.» Il ne s’agit pas de prendre simplement la température et de fournir un document de plus qu’on entrera dans notre base de donnée personnelle ou en ligne.

Des transformations de l’institution seront toujours nécessaires pour aider à l’écoute de l’Esprit. Il ne s’agit pas d’aides auditives au sens propre. J’ai appris l’autre jour qu’on pouvait même entendre par l’intermédiaire de nos os. On appelle cela conduction osseuse. il nous faut une conduction spirituelle par ces moyens que sont la prière, le silence intérieur et la méditation de la parole de Dieu. Le pape François a mentionné son prédécesseur mercredi : « Dieu a parlé, il a vraiment rompu le grand silence, il s'est montré, mais comment pouvons-nous faire en sorte que cette réalité parvienne à l'homme d'aujourd'hui, pour qu'elle devienne le salut. »

L’Église nous propose des modèles dans les saints pour y parvenir. Mais ne met-on pas en priorité ce qu’on appelle leurs vertus héroïques ? Cela voulait dire qu’autour d’eux ce n’était pas uniquement des mystères joyeux, les mystères joyeux de nos rosaires personnels. Ils ont écouté le Seigneur dans leur cœur et se sont mis à sa suite. Le Seigneur passe dans et par des personnes, il transforme répare et édifie son Église au travers de chacun de nous. Il nous invite à l’écoute de sa parole pour donner du fruit, mais aussi à être à l’écoute de notre temps. On rit beaucoup parfois de représentations de la vie spirituelle des chrétiens et de caricatures matérialistes issues du 19ème siècle. L’univers matériel visible est immense, nous sommes moins que des puces à cette échelle et pourtant nous sommes là. Comment est-ce possible ? Nous avons l’impression d’être stables et immobiles et nous fonçons  à 107.000 kilomètres  heure. Tout cela est trop intelligent pour être le fruit du hasard. L’univers créé a eu un commencement. D’où vient-il ? Dans l’infiniment petit, on ne sait plus à quoi on a affaire. Des ondes, des corpuscules, une dualité ondes-corpuscules, une autre dimension ? Un détour par le CERN et son exposition serait aussi intéressant. Oser tenir que toute notre personne et nos représentations, y compris de Dieu se réduisent à des connexions neuronales et des courants électriques, est de plus en plus problématique. Finalement la résurrection n’est plus si impensable  dans notre contexte et face à cette face invisible de notre univers… C’est un avis personnel. Prenons soin avant tout de notre vie spirituelle qui reçoit et véhicule un courant majeur. L’amour de Dieu et du prochain. Par lui nous verrons Dieu.

Nous pouvons conclure avec une prière du pape François à Marie Mère de l’Église .

 
Ô Mère, aide notre foi !
Ouvre notre écoute à la Parole, pour que nous reconnaissions la voix de Dieu et son appel.
Éveille en nous le désir de suivre ses pas, en sortant de notre terre et en accueillant sa promesse.
Aide-nous à nous laisser toucher par son amour, pour que nous puissions le toucher par la foi.
Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir.
Sème dans notre foi la joie du Ressuscité.
Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul.
Enseigne-nous à regarder avec les yeux de Jésus, pour qu’il soit lumière sur notre chemin. Et que cette lumière de la foi grandisse toujours en nous jusqu’à ce qu’arrive ce jour sans couchant, qui est le Christ lui-même, ton Fils, notre Seigneur ! Amen