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dimanche 15 février 2026

Quasimodo, Hermann Contract, Donna flemma et surtout Regina angelorum

 



15 févr. 2026  6ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

Chers Frères et Sœurs,

Nous avons aujourd’hui des lectures assez délicates à commenter en période de Carnaval, sur le thème de la Sagesse et sa finalité. Carnaval est une période de folie relative où certaines barrières sont franchies collectivement. Si vous avez le souvenir du roman « Notre-Damede Paris » de Victor Hugo, vous vous souvenez que Quasimodo pauvre sonneur de cloches sourd, bossu et borgne avait été choisi comme pape des fous pour le Carnaval. Cela s’était passé après un concours de grimaces. Il fit éclater un rire tel qu’Homère eût pris tous ces manants pour des dieux, dit l’auteur. Selon la légende, ilsavaient assisté dans l’Olympe à un spectacle comique. Victor Hugo mentionne même le Carnaval de Venise et Quasimodo rêvait à son Esmeralda.

La sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, a été établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire dit Saint Paul. C’est tout le contraire d’un concours de grimaces et d’éclats de rire. Le Seigneur vient nous demander de laisser tomber les masques devant lui. Il n’en porte pas, mais il se cache derrière les plus pauvres. La rencontre avec lui doit nous guérir et  nous permettre de retrouver nos qualités d’enfants de Dieu. Il nous a créés à son image, il veut la restaurer. Ce qui nous surprend le plus, c’est la perfection que demande le Seigneur, une perfection qui va au-delà de la Loi. Elle n’est pas un règlement de service, une énumération pointilleuse d’actes à remplir pour être en ordre. Le Seigneur vient nous parler au cœur et conformer notre cœur au sien. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur. Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur.

La meilleure image de cette relation avec lui, est, me semble-t-il, celle de deux amoureux qui s’aiment mais sont séparés en raison d’un voyage ou d’obligations. L’autre est bien vivant au fond de leur cœur, ils se rappellent ce qu’ils se sont dit, ils se souviennent des bons moments passés. Les messageries ne remplacent pas le réel. Certains disent parfois qu’il y a un  lien spirituel tellement fort entre certains amoureux qu’ils ont des pressentiments sur ce qui arrive à l’autre. Pourquoi pas ?

L’aspect le plus délicat pour nous est que si le Seigneur est bel bien venu, nous ne pouvons pas le rencontrer maintenant par nos sens. Nous ne le pouvons que par le témoignage qui nous en est fait, par la foi, l’Ecriture et les sacrements. « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé, c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. »

Il y a un autre intervenant,   l’Esprit-Saint qui fait le lien entre nous et entre Dieu et nous. Il scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu nous dit Saint Paul. Dire que nous scrutons, nous, le fond des choses est déjà douteux, même si depuis 150 ans environ, nous avons une meilleure compréhension du monde qui nous entoure. Dire péremptoirement que Dieu n’existe pas, devient de plus en plus  douteux, avec un minimum de réflexion. Dans un passage des Noces de Figaro, Mozart fait dire à un personnage : Avec le temps et les périls, Dame Prudence survint. En italien cela fait donna Flemma capitò. Avec le temps la prudence dans nos recherches de Dieu se transforme en léthargie, en flemme, en conservatisme et nous voilà statues de sel. Le temps du Carême vient nous rendre une nouvelle jeunesse spirituelle.

Le pape Léon nous a préparé un message de Carême que vous trouverez sans peine sur la toile. Il nous invite à deux démarches importantes et d’abord à l’écoute et au jeûne : « Cette année, dit-il, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. »  

Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. Dieu Lui-même, se révélant à Moïse depuis le buisson ardent, montre que l’écoute est un trait distinctif de son être.

Je voudrais donc vous inviter, poursuit-il, à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies. Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes.

Je crois que cela suffira pour aujourd’hui. Mettez ses paroles en réserve pour le Carême et réjouissez-vous aujourd’hui avec ceux qui se réjouissent ! Confions aussi notre Carême à Notre-Dame avec son hymne pour cette période de l’Année. Elle avait été attribuée à Saint Bernard et à un moine très handicapé comme Quasimodo, mais très savant,  Hermann Contract  (?) :

Salut, Reine des cieux ! Salut, Reine des Anges ! Salut, tige féconde ! Salut, porte du Ciel ! Par toi la Lumière s’est levée sur le monde. Réjouis-toi, Vierge glorieuse, Belle entre toutes les femmes ! Salut, splendeur radieuse ! Implore le Christ pour nous. Amen.


lundi 2 février 2026

Les Béatitudes

 




Chers frères et sœurs,

 

Heureux, bienheureux êtes-vous ! Nous entendons fréquemment les béatitudes durant nos célébrations. Si la première partie des formules nous apaise  ainsi que la finale, les qualificatifs douloureux nous interpellent : il y a de la faim, de l’injustices, des larmes, des pardons à donner, donc des moments pénibles à vivre. Nous pourrions mettre en regard les exigences du Notre Père. 

Le Seigneur donne son enseignement sur une montagne, ce qui nous renvoie aux Théophanies du Sinaï et au don de la Loi. Nous pourrions voir dans les béatitudes une autre formulation ou un développement de la loi nouvelle de l’amour de Dieu et du prochain, et de ses conséquences. Vivre les béatitudes vise à nous faire entrer dans la béatitude, la rencontre et la vision de Dieu.

Le pape François relève au début de Gaudete et Exsultate, que Jésus dit à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12).  Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, avec les béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Pour être un bon chrétien ,  il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, les béatitudes.

Quelle porte les béatitudes nous ouvrent-elle ? Saint Paul paraît nous le dire : aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus. Il s’agit de devenir comme lui en entrant en lui, en lui appartenant, en devenant comme lui. Il est le pauvre, il pleure, il est doux, il a  faim et soif de justice parce que bafoué, il est miséricordieux, il a le cœur pur, il est la paix… Bienheureux êtes-vous. Vivre les béatitudes vise à faire de nous des saints. Il y a la cohorte des saints canonisés. Dans l’Eglise, il semble qu’il y en a plus de 10.000 d’officiels, un peu plus que Delémont. Vous vous souvenez que saint Jean Paul II en avait canonisé beaucoup. Les chiffres habituels en mentionnent 482 pour lui. Ce qui peut surprendre, c’est que la pape François a presque doublé ce chiffre avec 942 canonisations. C’est pourtant bien peu par rapport aux fidèles qui ont déjà vécu et qui vivent actuellement. Pourtant nous sommes tous appelés à voir Dieu.

Comment un peuple, tout le peuple de Dieu peut-il être dans le Christ ? Vous êtes dans le Christ Jésus… Nous sentons poindre une sorte d’annonce d’un des thèmes de Saint Paul qui va apparaître plus loin : Celui du Corps du Christ. « Vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part. » « Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Eglise. »

Nous sommes dans le Christ par un choix de Dieu, qui choisit des opprimés, des affamés, des pauvres et des petits. Il se cache non pas derrière eux, mais en eux. C’est pour nous stupéfiant, tant nous avons de démonstrations de puissance et de force autour de nous, par exemple dans la communication. Le Seigneur, n’est pas dans l’ouragan et le feu, mais dans une brise légère. Il n’est pas dans les armes les plus puissantes, dans les fortunes immenses. Il ne vient pas occuper toute la place, avec la sonorisation la plus bruyante possible. Il se fait petit et silencieux.

Le prophète Sophonie un des petits prophètes du 7ème siècle avant J-C a connu une période perturbée avec 2 sièges de Jérusalem et sa chute. Elle donne un relief particulier à son expression : « un peuple pauvre et petit », humble. Il mentionne un reste d’Israël qui est recentré sur l’essentiel.  Israël a perdu tous ses moyens militaires, la maisons royale a été envoyée en exil, le peuple détruit et il ne demeure qu’un petit reste contraint de se replier sur l’essentiel. C’est essentiel est l’amour de Dieu et de ses commandements, la vie spirituelle et la vie intérieure.

Il ne s’agit pas simplement de s’extasier devant les exploits et le comportement de certains saints d’autrefois qui restent tranquillement dans leur niche ou leur icône, il s’agit de vivre dans le quotidien les béatitudes aujourd’hui. Nous avons la chance parfois de voir quelques beaux films bien faits qui nous racontent leur vie, ou des reportages sur des monuments historiques. C’est mieux que le déversement de violence ridicule auquel on essaye de nous habituer. Mais les béatitudes dans le quotidien ne serait-ce qu’à mesure homéopathique, n’est-ce pas mieux pour rencontrer le Seigneur et pour être dans le Christ Jésus, non seulement individuellement, mais en tant que communauté, en tant qu’Eglise? Cependant quel travail. Dans un monastère, fréquemment on fait attention aux petites choses, aux attentions envers les autres, envers les personnes, comme en famille d’ailleurs.

Jésus y était attentif dans son ministère : à Cana, le vin venait à manquer, Zachée très petit se cachait dans son arbre, les malades l’appelaient, la femme qu’on voulait lapider ne pouvait même plus crier. La brebis égarée l’intéresse toujours plus que les autres, comme la pièce qui se cache sous un meuble.

Nous pouvons demander au Seigneur d’attirer notre attention sur les béatitudes à vivre dans notre quotidien, avec l’aide de Marie aussi et ces qualités que sont l’endurance, la patience et la douceur, la  joie et sens de l’humour , et  l’audace et la ferveur, qualités souvent propre au monde féminin d’ailleurs. Je conclus avec les mots même du pape François.

Marie a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. Elle est celle qui tressaillait de joie en la présence de Dieu, celle qui gardait tout dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie. La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Montrons-lui nos blessures, d’abord notre étroitesse de cœur. Amen


dimanche 25 janvier 2026

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière

 


25 janv. 2026

 dimanche, 3ème Semaine du Temps Ordinaire (semaine III du Psautier) — Année A

Lectures de la messe


« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. »

Chers Frères et Sœurs,

Nous avons eu cette semaine une illustration par la nature de ce que peut être une grande lumière : Elle peut inquiéter, surtout lorsqu’elle n’est pas prévisible. La lumière apportée par le Seigneur vient consoler, réconforter et rassurer. Il est là maintenant, il est avec nous. Il est l’Emmanuel, Dieu sauve, Dieu avec nous, lumière qui se révèle aux nations.

Le Seigneur commence de prêcher, mais il ne reste pas seul. Il a besoin de témoins et il appelle ses Apôtres, presque tout de suite, le long de son lac, le long de la mer de Galilée. Il veut en faire des pêcheurs d’hommes et opérer une pêche miraculeuse. Le Seigneur veut nous tirer sur la rive, vers la lumière, nous faire entrer dans son monde. Il vient donner sens à notre vie et nous procurer la joie sans fin. Mais il ne veut pas le faire seul. Il ne vient pas délivrer un discours qui doit être écrit une fois pour toutes et répétés sans fin. Il dépose sa parole dans le cœur de ses disciples et qui la transmettront à leur manière par l’Esprit. La parole de Dieu n’est pas un livre définitivement écrit et intangible, bien rangé dans sa bibliothèque. Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Il est devenu une personne qui donne sa vie et répand son souffle de vie.  Il vient habiter en nous. « Tu as prodigué la joie, Seigneur, tu as fait grandir l’allégresse », et tu appelles encore. La parole est Esprit, et elle est Vie, elle vient transformer ceux qui l’entendent et l’accueillent, des personnes, en d’autres Christ. Elle n’est pas un écrit tout fait, ni un enregistrement, ni une intelligence artificielle. Elle passe par le cœur de l’homme pour être transmise à d’autres hommes, d’abord.

Dans son message pour la journée mondiales des communications, hier, le pape Léon écrivait que « Renoncer au processus créatif et à ses fonctions mentales et à son imagination au profit des machines, c’est enterrer les talents que nous avons acquis afin de grandir en tant qu’êtres humains par rapport à Dieu et aux autres. Cela signifie cacher notre visage et faire taire notre voix. »

Les machines sont capables d’analyser, de synthétiser et de manipuler. Mais le Seigneur et son Esprit sont venus pour s’adresser à des hommes et parler au cœur de l’homme. Il s’adresse à des libertés, il ne vient pas pour écraser, aligner et manipuler. Il vient pour aimer et apprendre à aimer, pour nous faire un jour entrer dans la lumière. Une machine peut imiter l’intelligence humaine, mais elle reste une machine. Elle n’a pas les promesses de la vie éternelle. Le Seigneur respecte notre dignité et notre liberté humaine, jusqu’à mourir. Il n’est pas un dictateur impitoyable. Il se fait homme lui-même.

En ce dimanche de la Parole de Dieu, nous pouvons être surpris en écoutant et en relisant les premières catéchèses du Pape Léon sur Dei Verbum, la Parole de Dieu au Concile Vatican II. Il ne donne pas un cours d’exégèse. Il nous explique que Dieu se révèle dans un dialogue d'alliance, dans lequel il s'adresse à nous comme à des amis : L'accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent. Nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Nous ne sommes pas des ordinateurs en réseau dirigés par une super IA. Nous sommes des personnes, des enfants de Dieu, appelés à vivre avec lui et à voir Dieu.

Le but n’est pas non plus de créer des chapelles concurrentes détentrices de toute la connaissance et de la plénitude de la vérité. Nous ne sommes pas des partis.  « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « Moi, j’appartiens à Apollos », ou bien : « Moi, j’appartiens à Pierre », ou bien : « Moi, j’appartiens au Christ ». A quel Christ d’ailleurs?

Saint Paul appelle à l’unité aujourd’hui. Il nous invite à délivrer la totalité du message du Seigneur, y compris celle qui nous dérange. Nous la reconnaissons parfois tout à coup dans une autre communion. Conserver la communion et la cohérence entre tous est ce qui est le plus difficile. La reconstituer ne l’est pas moins. Notre ancien évêque, le cardinal Koch a relevé que la Lettre aux Éphésiens choisie pour le thème de cette année est un choix hautement symbolique. C’est «un appel passionné de saint Paul à l'unité. Si l'on considère que Paul écrit cette lettre depuis sa prison, on comprend à quel point cette question lui tient à cœur. En prison, on ne s'occupe pas de banalités». A l’époque de Saint Paul dans les prisons romaines c’était encore plus vrai. Il est bon aujourd’hui de nous rappeler que nous devrions nous interroger sur notre foi en la résurrection. Saint Paul avait rencontré le Christ ressuscité le jour de sa conversion. La résurrection, ne la considérons-nous pas, parfois un peu comme la marguerite dans son vase… Oui, j’y crois un peu, mais on nous parle d’autres possibilités, alors reste encore dans ton vase un moment, le plus longtemps possible. Ces autres possibilités ne seraient-elles pas que du papier peint ? Qui   est revenu de la mort sinon le Christ. Il y a la lumière de Pâques et les porteurs de lumière.

Qui va transmettre cette lumière et ce flambeau du réconfort ? Et dans quelles conditions ? Saint Paul l’a fait dans sa prison. Le pape François avait dit aux Arméniens  en 2015 : Votre peuple, illuminé de la lumière du Christ et avec sa grâce, a surmonté beaucoup d’épreuves et de souffrances, animé par l’espérance qui vient de la Croix (Pape François). Le rapprochement nous pousser à parler de lumière du Christ sur la croix.

Nous terminons avec une prière de Grégoire de Narek à Marie  :  « O pureté des Vierges, reine des bienheureux, Mère de l’édifice indestructible de l’Église, Mère du Verbe immaculé de Dieu, (…) nous réfugiant sous la défense des ailes  immenses de ton intercession, nous levons les mains vers toi, et avec une invincible espérance nous croyons que nous serons sauvés ». Amen


dimanche 4 janvier 2026

Epiphanie

 


Atelier Saint-André

4 janv. 2026

 L'Épiphanie du Seigneur — Année A
Solennité

 
 

Lectures de la messe

Mes sœurs, chers frères et sœurs,

Nous nous réjouissons chaque année de cette manifestation du Christ aux nations, aux Gentils, par la médiation des mages. Epiphanie veut dire manifestation. Habituellement les pères disent avec saint Jean Chrysostome qu’il y a 3 manifestations, 3 épiphanies :  La visite des Mages, le baptême de Jésus dans le Jourdain et les noces de Cana. Jean-Chrysostome avait baptisé une petite fille épiphanie… Voilà une petite reine.

En parcourant l’Evangile de l’enfance de Matthieu, impossible de ne pas remarquer que l’Evangéliste est très attaché à mettre en valeur la royauté. D’abord celle de David et de sa descendance, puis un autre roi, l’usurpateur Hérode et enfin ces mages sur lesquels la royauté a fini par déteindre. Ce sont des magoi, des sages, enchanteurs, magiciens et autres astrologues. Ils apparaissent pour la première fois dans la Bible des Septante, écrite en grec avec le prophète Daniel (1-5). Ils viennent de Babylone et de Perse. Nous connaissons leurs sites d’observation, les célèbres ziggurat. La tradition les a revêtus de manteaux et de couronnes de rois. Les psaumes y ont aidé : « Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront. »  Ils représentent les nations païennes et les sagesses universelles. Cette histoire comme la fuite en Egypte, ne paraissent pas être nécessairement de pures comparaisons spirituelles, avec les pérégrinations du peuple de Dieu,  à lire entre autres M. Petitfils.  Faut-il voir une allusion à l’étoile des Mages dans l’Apocalypse de Jean : « Moi, je suis le rejeton de la race de David, l’étoile resplendissante du matin » ? Le Talmud de Babylone mentionnerait que, dans les derniers temps du règne d’Hérode Ier, un grand nombre de Gentils (goïm) s’étaient rendus à Jérusalem afin de voir se lever l’étoile de Jacob. Le sujet a intéressé   Benoît XVI, les mages de Cologne ont peut-être aidé. Divers facteurs ont concouru pour faire percevoir dans le langage lumineux de l'étoile, un message d'espérance. Mais tout cela pouvait mettre en chemin seulement un homme ayant un désir intérieur, de l’espérance, un homme à la recherche de la véritable Étoile du salut. Les réflexions sur l’étoile et sa nature ne manquent pas. Benoît XVI a creusé le sujet vous pouvez le relire.  

Le message de fond de l’Epiphanie nous est délivré par saint Paul : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » Il n’est plus question de génétique, mais bien de la foi qui nous permet de devenir enfant de Dieu. «  La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, sur la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ. » L’étoile  guida les trois mages pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre leur exemple et à être disponibles à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ, nous dit Léon le Grand… La foi d’Abraham lui fit entreprendre sa recherche de Dieu, c’est par elle aussi que nous sommes appelés à accueillir le Christ en nous (Cf Hb 11).

La fête de l’Epiphanie nous réjouit le cœur. Mais nous avons bien de la peine à entrer dans une compréhension du mystère du cheminement de Dieu parmi nous et en nous. Combien de fois nous demandons-nous où a passé notre étoile ? Aussitôt après cette rencontre, et l’adoration  des mages l’étoile disparaît au-dessus de la crèche, mais sa lumière brille dans le cœur de chacun de ces trois hommes. Ils vont avoir à la transmettre et en vivre. Le Seigneur est en eux par la foi.  

Marc Zundel dans une de ses méditations nous demande de nous étonner… Toute la Sagesse de ces hommes de science les a amenés vers un petit enfant de rien du tout. De grands savants s’inclinant devant un enfant, n’est-ce pas le plus grand des mystères ? Une plaisanterie du siècle passé disait que des pères jésuites suggéraient à des parents de leur confier leurs enfants : « Nous en ferons quelque chose ». Le mystère ici, c’est que les Mages se mettent à l’école de cet enfant.  En lui, dit Zundel, ils cherchent toute la lumière, toute la beauté, toute la sagesse, toute la grandeur, toute la vie, en lui ils reconnaissent le Dieu vivant. Le plus terrible est qu’Hérode a tellement peur de ce concurrent, qu’il va ordonner un massacre. Pourtant il est  déjà un vieil homme et ne vivra plus très longtemps. Devant cet enfant ne devrions-nous pas nous-mêmes déposer les armes… Même lorsque l’âge avance, surtout lorsque l’âge avance, ne devrions-nous pas déposer devant la crèche nos fardeaux, nos difficultés qu’il va transformer en or, en encens et en myrrhe ? Ne va-t-il pas transformer nos larmes en perles ? Ne va-t-il pas nous donner paix, joie et consolation ?

Cette fin d’année nous a provoqué quelques tristes surprises, des non-cadeaux , avec le drame vécu par ces enfants à Montana… Ce sont des gosses pour les plus anciens d’entre nous. Tout ce gâchis, nous  ne comprenons pas. Les guerres déclenchées et menées en ces temps non plus. Pourtant l’Enfant-Dieu avec toutes ces difficultés, ces tristesses vient construire un nouveau royaume et l’habiter. Il vient pour nous conduire vers une terre nouvelle. Il est le soleil invaincu.

La dernière porte sainte de l’Espérance va se fermer pour l’Epiphanie à Rome… Mais son étoile brille dans nos cœurs.  

Une étoile a guidé les Mages jusqu'à Jérusalem, puis à Bethléem. Les anciennes prophéties comparaient le Messie qui devait venir à un astre céleste. Ce symbole a également été attribué à Marie : si le Christ est l'étoile qui conduit à Dieu, Marie est l'étoile qui conduit à Jésus (cf S. JP II).

Salut, Étoile de la mer, ô très sainte mère de Dieu, toi qui es vierge à tout jamais, ô bienheureuse Porte du ciel. Tu es Mère, montre-le nous ! Montre-nous ton Fils. Que celui qui pour nous est né en acceptant d'être ton Fils accueille par toi nos prières. O Mère Très Sainte confie-nous ton Fils, donne-nous ton Fils. Amen.


jeudi 1 janvier 2026

Sainte Marie Mère de Dieu



1 janv. 2026

 Sainte Marie, Mère de Dieu —
Solennité

 
 

Lectures de la messe

 Chers frères et sœurs, chers amis,

Ce premier jour de la nouvelle année s’avère donc très particulier. Il est non seulement le jour officiel de l’agrégation de Moutier au territoire cantonal, avec ses 7302 habitants, mais c’est encore la journée mondiale de la paix. Il est l’octave de la Nativité, la fête de Marie Mère de Dieu c’est aussi le rappel de la circoncision de Jésus. Lui qui est Dieu,  est devenu petit enfant et il devient très officiellement aussi membre du Peuple de Dieu. Vous me concéderez que le cas de Jésus est vraiment particulier. La première communication de la Bonne Nouvelle de cette naissance avait été faite par un ange à des particuliers, à des pauvres qui ont la priorité. Elle n’est pas transmise une notification officielle au Sénat et à l’armée, ni aux prêtres du temple, mais par le bouche à oreille. L’ange leur a dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. » Les bergers sont les premiers apôtres. Les bergers racontent ce qu’ils ont  entendu de la part de leur messager et vu de leurs yeux à la crèche. Certains disent qu’aujourd’hui, le téléphone arabe est toujours plus rapide que les médias qui se trompent parfois au milieu de tant de mauvaises nouvelles… Quelle nouvelle est annoncée ? Celle de la naissance d’un enfant. Il porte un nom particulier : Jésus, « Dieu sauve ». Matthieu a presque fait de la naissance de Jésus, une confrontation de rois, avec un roi légitime et un usurpateur, Hérode, et même des mages d’Orient qui s’inclinent. Pas de bergers chez Matthieu, pas de téléphone arabe, mais un examen des Ecritures pour renseigner les mages qui sont devenus des rois. On parlerait plutôt de voie officielle.

La liturgie avec le titre de Mère de Dieu donné à Marie, nous fait penser qu’elle prépare Jésus à être présenté aux mages et en quelque sorte à tous les peuples de la terre. Dans ma jeunesse de religieux, j’avais été intrigué par une icône que j’avais reçue et qui montrait Marie assise sur un siège avec des coussins confortables et portant l’enfant Jésus qui bénissait. On lit que dans l’Antiquité, les femmes de pouvoir en Egypte, régnaient par leurs enfants mineurs. Un cérémonial byzantin rapporte que l’enfant impérial, porphyrogénète, était présenté officiellement et béni par le patriarche. Cela aide à comprendre l’image.

Nous ne sommes pas là pour faire de l’archéologie, bien que le pape Léon ait rappelé récemment aux intéressés qu’elle est une école d’incarnation. L’intelligence artificielle ne résout pas tout, elle n’a pas la dignité humaine, ni l’histoire humaine, elle n’est pas capable de Dieu. « Le christianisme n’est pas né d’une idée, mais d’une chair ; ni d’un concept abstrait, mais d’un sein, d’un corps, d’un tombeau. », leur a-t-il dit. C’est un petit roi sans armée qui nous est présenté aujourd’hui sur les genoux de sa mère et il vient nous annoncer la paix. Sommes-nous capables de le découvrir ce petit roi ? Je crois que la moitié du Jura ou plus, est allée admirer l’admirable crèche de Porrentruy qui est une véritable merveille. Avez-vous repéré Jésus ? Dans une église, il est d’abord dans l’Eucharistie, au tabernacle. J’avais commencé par là, mardi et ô bonheur j’ai trouvé ensuite, presque tout de suite, en remontant à contre-courant, son image toute petite au bout de l’immense crèche, « grand comme ça ». La leçon a son importance : où vais-je trouver Jésus,  Marie et Joseph, fils de David? Ce n’est pas dans un palais impérial, mais dans la vie cachée. Non dans l’infiniment grand, mais dans le petit, le discret. Léon le Grand, le pape de mon anniversaire, disait dans une de ses homélies hier : « La naissance du Seigneur Jésus, c'est la naissance de la paix. » Pour assurer la paix on pense d’abord à une force armée, pas à un petit enfant. Notre pape d’aujourd’hui nous a écrit un message pour cette journée mondiale de la paix. Il est intitulé : « La paix soit avec vous tous - Vers une paix désarmée et désarmante ». Dieu n’aime pas la guerre, sinon celle, spirituelle, que nous avons à mener à l’intérieur de nous-mêmes avec l’aide de la grâce pour ressembler à son Fils et entrer dans sa famille. 

La paix n’est malheureusement dans l’air du temps. C’est à pleurer en pensant aux victimes des guerres actuelles… L’ironie a voulu qu’un missile de superpuissance soit  tombé le soir de Noël, dans un champ d’oignons au Nigéria, un immense pays. Voulait-on totalement empêcher de pleurer le soir de Noël. Les oignons sont connus pour leurs effets. La paix devrait être désarmée et désarmante, elle doit commencer par la paix dans les cœurs : « Bien que beaucoup de personnes aujourd’hui aient un cœur disposé à la paix, un grand sentiment d’impuissance les envahit devant le cours des événements de plus en plus incertain. » Le pape Léon mentionne dans son message, Saint Jean XXIII : « la perspective d’un désarmement intégral ne peut s’affirmer que par le renouveau du cœur et de l’intelligence. » La solution proposée ne date pas d’aujourd’hui, mais de la crèche.

Le Jubilé de l’Espérance arrive à son terme et le pape formule le vœu qu’il porte un fruit de paix. Il a incité des millions d’êtres humains à se redécouvrir pèlerins et à entreprendre en eux-mêmes un désarmement du cœur, de l’esprit auquel Dieu ne tardera pas à répondre en accomplissant ses promesses de vie.

Le Jura est petit, même avec ses 82.000 habitants de bonne volonté. Nous avons accueilli cette nuit Moutier dans le territoire cantonal et dans nos institutions civiles. Nous  avons aussi une nouvelle région pastorale de La Vallée de Delémont-Moutier. C’est une chance, mais aussi une invitation à prendre conscience de nos responsabilités personnelles en Eglise et à nous interroger comment annoncer le Christ autour de nous. Il est petit et caché, ses moyens sont modestes. Nous ne pouvons nous fier qu’à une parole et à un souffle léger, celui de l’Esprit. L’Eglise n’est pas un monument historique, elle est d’abord constituée de ceux qui sont capables d’aimer, de se réunir autour de l’Eucharistie et de l’Enfant de la crèche, pour lui demander la paix. Le Seigneur la promet aux hommes et aux femmes de Bonne Volonté.  Marie Mère de Dieu, Mère de l’Eglise donne-nous ton Fils Amen.


dimanche 28 décembre 2025

La Sainte Famille

 

28 déc. 2025

 La Sainte Famille — Année A
Fête

 
 

Lectures de la messe


Chers frères et sœurs,

Nous suivons ce matin la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph en Egypte et son retour. Vous avez remarqué que les lectures changent en fonction des cycles liturgiques A, B et C. Nous avons une fois Matthieu avec la fuite en Egypte et deux fois Luc, avec la Présentation au Temple et le Recouvrement de Jésus adolescent dans le Temple.

Nous partons aujourd’hui en Egypte et nous sommes un peu chahutés, non par les pas de l’âne qui transporte vaillamment ses précieux fardeaux, mais par le calendrier. Nous n’avons pas encore fêté les rois.

La fuite en Egypte est particulièrement appréciée des coptes. Ils fêtent l’entrée de la Sainte Famille en Egypte le 1er juin. Les évangiles apocryphes relatent de belles histoires, avec des sources qui jaillissent, des palmiers qui s’inclinent pour donner leurs fruits, des idoles qui s’effondrent. Nous avons le droit de rêver.

Le rôle de saint Joseph, est mis en valeur, avec deux nouveaux songes. Le père adoptif de Jésus en a fait trois dans les évangiles. Le patriarche Joseph en avait fait et en interprétait.

Célébrer la Sainte Famille nous invite à nous rappeler que nous avons été accueillis et élevés dans une famille, que parfois nous en avons fondé et que nous sommes appelés à appartenir à une autre famille spirituelle, la famille de Dieu, l’Eglise. Elles sont donc trois. Vos prêtres sont là pour vous rappeler que nous sommes tous invités à entrer dans cette famille et que nous y appartenons déjà par le baptême. En parler est fréquemment délicat surtout au temps de Noël, en raison des difficultés qu’elles traversent toutes. Je n’ai guère besoin de les énumérer et d’arracher quelques pansements pour les rappeler.

Sur le site de l’Eglise en France, j’ai compté environ 120 documents qui en parlent. Ils n’ont pas le volume de 2 petites pages à gros caractères d’une homélie dominicale tranquille.

Le jubilé des familles a été célébré le 1er juin, alors que le pape Léon XIV venait d’être choisi le 8 mai, comme nouveau pape. Après des ordinations, c’était une de ses premières prédications en tant que pape.  Le jubilé ne s’est pas adressé pas seulement à la petite cellule familiale, mais aussi aux enfants, aux grands parents et aux personnes âgées, composition qui met le doigt certainement sur la question de souffrances et des conséquences de l’éclatement des familles, parfois de leur dissolution, des enfants isolés, de la vie que l’on retire, de celle qui s’allonge avec ses conséquences. Nous pouvons mettre également un grand point d’interrogation sur la diminution des naissances dans notre région.   Il nous avait rappelé la prière du Seigneur pour nous.  

Notre mission en nous rassemblant est de manifester que nous sommes  “un” comme le Seigneur veut que nous soyons “un”, dans nos familles et là où nous vivons, travaillons et étudions : différents, mais un, nombreux, mais un, toujours, en toutes circonstances et à tous les âges de la vie. Si nous nous aimons  sur le fondement du Christ, qui est « l’alpha et l’oméga », « le commencement et la fin » (cf. Ap 22, 13), nous serons un signe de paix pour tous, dans la société et dans le monde. C’est dans les familles que se construit l’avenir des peuples.

La prière du Seigneur nous rappelle  qu’un jour nous serons tous un et que le mariage n’est pas qu’un idéal hypothétique, pour rêver.

La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph a ceci de merveilleux qu’elle nous montre les ressources que nous pouvons puiser dans la prière et un amour mutuel pour avancer sur le chemin de la grande rencontre avec le Seigneur, vers l’unité. Même lorsque des divisions ont eu lieu, elle est le signe qu’il est possible encore de grandir et de se reconstruire dans la charité et le respect mutuel. On a beaucoup parlé de résilience depuis la 2ème partie du 20ème siècle et de cette capacité des enfants de se relever et de grandir s’ils ont été entourés d’affection pendant leur petite enfance. Cela est vrai, l’amour fait grandir et guérit.

La Sainte Famille doit fuir en Egypte, et Jésus parvient à traverser ce temps d’exil et d’épreuve grâce à l’amour de ses parents, de Joseph, son père adoptif et de Marie. Les enfants sont notre priorité et notre espérance, un trésor plus important que des richesses, parce qu’ils sont aimés de Dieu et portent le Seigneur en eux comme nous. J’ai vu une de mes petites cousines pendant ce temps de Noël. Elle était née en Australie. Avec mes 71 ans, j’étais dans l’admiration de voir cette jeunesse et ses capacités. Il faut accepter de voir le temps s’écouler et se réjouir qu’un peu de la lumière que nous avons reçue soit transmise. Les anciens ont une bonne place dans les Evangiles de l’enfance du Christ .

Que le Seigneur mette de la joie dans les yeux de ces petits pour que nous puissions l’y reconnaître.

Vous me permettez de conclure avec la prière du pape François pour le Synode de la famille, en 2013. Il a dit de très bonnes choses : Jésus, Marie et Joseph en vous nous contemplons la splendeur de l’amour véritable, à vous nous nous adressons avec confiance.

Sainte Famille de Nazareth, fais aussi de nos familles des lieux de communion et des cénacles de prière, des écoles authentiques de l’Évangile et des petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth, que jamais plus dans les familles on fasse l’expérience de la violence, de la fermeture et de la division : que quiconque a été blessé ou scandalisé connaisse rapidement consolation et guérison.

Sainte Famille de Nazareth, réveille en tous la conscience du caractère sacré et inviolable de la famille, sa beauté dans le projet de Dieu. Jésus, Marie et Joseph écoutez-nous, exaucez notre prière. Amen



dimanche 21 décembre 2025

Le songe de Joseph et sa foi

 



21 déc. 2025

 4ème Dimanche de l'Avent (semaine IV du Psautier) — Année A

 
 

Lectures de la messe


Frères et Sœurs, Mes Sœurs,

 

A quelques encablures de Noël, nous ne pouvons qu’être touchés par les lectures d’aujourd’hui, émerveillés par cette lumière qui se glisse entre les tableaux qui nous sont proposés. Depuis chez moi, je vois le soleil qui se glisse entre les sapins de la colline Sur Chaux, et qui laisse échapper quelques rayons. Il joue aussi avec le brouillard. Il va se lever et reprendre sa course comme un dormeur qui s’éveille, pour rejoindre dans 6 mois, la chapelle du Vorbourg. C’est le Carmel qui le réveille, le Carmel qui éveille le soleil invaincu et s’émerveillera devant l’enfant de la crèche.

Saint Joseph, Joseph le Juste, dans notre Evangile, s’interroge sur la situation de Marie, il cherche de la lumière, le secret de Marie et il reçoit sa réponse dans un songe. A son réveil,  en se levant de sa couche, sa décision est prise, il rejette toute crainte et choisit. « Il prit chez lui son épouse ».

Que peut signifier l’attribut de Juste que lui donne saint Matthieu? En hébreu biblique c’est tsaddiq et en grec, δίκαιος (dikaios). Jésus dira que le premier Juste fut Abel. Le juste est celui qui est fidèle à la loi et à l’alliance, celui qui craint Dieu, d’une sainte crainte révérencielle. Il est celui qui croit et qui vit en conformité avec sa foi. Joseph avait pris conscience que Marie était enceinte. Il avait passé par un dilemme. Un des éléments en avait été certainement celui de faire entrer l’enfant à naître, le nasciturus, dans la famille de David. Comment être ajusté au dessein de  Dieu, sinon dans  le discernement , l’obéissance et la miséricorde, mais aussi et d’abord l’amour.  

Les partisans d’une appartenance littérale à la lignée davidique selon un filiation génétique dirait-on aujourd’hui, se raccrochent à une possible appartenance de Marie à la famille de David, David à la conduite variable. Cette réponse avait été formulée par quelques Pères de l’Eglise dans les polémiques avec le judaïsme. On cite saint Justin, Irénée et saint Jean Damascène ainsi que le Protévangile de Jacques. Je suis allé les réexplorer hier, et les références sont toujours exactes…

Notre temps pousse les choses encore plus loin. Il est aussi  très friand de recherches génétiques. Certains sont allés jusqu’à faire des recherches sur le Saint Suaire, pour constater, ai-je lu, un obstacle en raison de ses manipulations par un grand nombre de femmes qui ont laissé des traces. Ces questionnements sont ceux d’aujourd’hui. Une réponse du Seigneur devrait d’ailleurs nous interpeller : Mt 3, 9 « Produisez donc un fruit digne de la conversion. 09 N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. » Il peut ressusciter les morts, nous ressusciter. Or, c’est bien la foi d’Abraham qui est mise en valeur par l’épître aux Hébreux. « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu ». Il devient juste par elle.

Joseph homme des songes, comme le patriarche, a assumé la responsabilité de protéger sa petite famille, de la nourrir aussi, jusqu’en Egypte. Il a été l’image du Père son lieutenant et sa présence.

La prophétie d’Isaïe prononcée 800 ans avant la naissance de Jésus se réalise. Le roi Achaz mentionné dans la généalogie de Jésus par Matthieu, avait 20 ans lorsqu'il devint roi et il régna 16 ans à Jérusalem. Mais Isaïe et le Seigneur lui reprochent son manque de foi. Pourtant Dieu lui promet un signe : Voici que la Vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).

C’est par la foi de Joseph qui avait manqué à Achaz que Jésus entre dans la maison de David. C’est par la foi que nous entrons nous-mêmes dans la maison de Dieu, et pas par la génétique. Marie a cru en la parole de l'Ange. Tout commence par la foi.

Ayons soin de cet enfant de la foi qui veut naître en nous et que nous avons à protéger et à soigner. Les enfants attendent les cadeaux et les chocolats pour Noël. La première lecture nous a dit que l’Enfant-Dieu a commencé de se nourrir de crème et de miel jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Accompagnons les enfants, entourons-les de notre amour pour qu’ils puissent se faire une provision de bonheur et de lumière intérieure qui leur sera utile toute leur vie. Surtout n’oublions pas de leur transmettre la lumière du Christ, la foi. 

Essayons d’aménager notre crèche intérieure pour bien le recevoir. Il y aura aussi le bœuf et l’âne, les animaux serons présents. J’aime partager un souvenir de famille. Ma mère lorsqu’elle était toute petite, il y a un peu moins de 100 ans, allait se réfugier à l’étable parce qu’il y faisait plus chaud… Nous avons aussi à veiller sur un foyer de chaleur intérieure, celui de notre prière.

Hier le pape Léon à l’audience a rappelé que la prière chrétienne est  profondément mariale, parce qu’en Marie de Nazareth nous voyons l’une des nôtres qui engendre. Dieu l’a rendue féconde et est venu nous rencontrer avec ses traits. Elle est la Mère de Dieu et notre Mère. « Notre espérance ». Elle ressemble à son Fils, et le Fils lui ressemble. Et nous ressemblons à cette Mère qui a donné visage, corps, voix à la Parole de Dieu. Nous lui ressemblons, car nous pouvons engendrer la Parole de Dieu ici en dessous. Jésus veut renaître en nous : nous pouvons lui donner corps et voix, notre corps et notre voix, avec notre coeur. C’est la naissance que la création attend. Rendons grâce aussi à saint Joseph qui a fait grandir le Christ et à su s’effacer devant son fils adoptif. Amen.