12 juil. 2026
15ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine III du Psautier) — Année A
Jésus était assis au bord de la mer, au bord du lac qu’on appelait la mer de Galilée parce qu’il y faisait frais tout simplement. Le lieu est aussi commode pour s’adresser à une foule par temps calme. Certains disent que la voix est réverbérée par l’eau, ce qui est utile à un orateur. L’eau réagit comme une surface dure, mais l’onde sonore n’est pas de la meilleure qualité si bien qu’il faut tendre l’oreille et réclamer le silence des bavards et autres perturbateurs comme dans les spectacles.
Jésus enseigne et utilise des images simples pour se mettre à la portée de ses auditeurs, mais intentionnellement, il en reste à une énigme et ne donne pas de solution. Il affirme au chapitre précédent, il voulait pourtant des disciples qui soient pour lui des frères et des sœurs, une mère même. La fin de notre Evangile se termine sur une parole curieuse : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Mais que veut dire entendre dans sa bouche ? Entendre peut vouloir dire dans un premier sens percevoir par l’ouïe. Si elle est déficiente, c’est un classique de mettre la main en cornet ou maintenant de trafiquer son téléphone pour augmenter le son de ses aides auditives qui ont des variantes, musique, concert enregistré quand un discours ou une prédication embête, etc… Je me souviens d’une personne qui faisait exprès de faire croire qu’elle n’entendait pas lorsqu’on abordait certains thèmes. On l’avait surnommé « qu’est-ce qui dit ? ». La première raison d’une incompréhension peut être l’acoustique. J’ai lu sur cath.ch qu’une église de Winterthur avait une si mauvaise acoustique qu’on ne comprenait plus les sermons après plusieurs millions de francs de rénovation. Le mot entendre selon d’autres vient du verbe latin intendere, qui signifie « tendre vers » ou « diriger son attention vers ». Pourquoi pas ? Saint Benoît commence sa règle par ces quelques mots : « Ecoute, mon fils, les préceptes de ton Maître, prête-moi l'oreille de ton cœur »
Qu’est-ce que le Seigneur a bien voulu dire ? Pour attirer des disciples normalement il faut des miracles, valoriser ses auditeurs, même leur présenter un paradis facile.
Ca n’est pas le cas. Jésus va donner des explications à ses Apôtres et à eux seuls pour qu’ils transmettent son enseignement.
Que fait Jésus ? il prend une parabole, une comparaison tirée de la terre.
Le semeur a besoin d’un terrain bien préparée et de bonnes conditions climatiques pour que le grain jeté en terre, germe et donne du fruit.
La parole du Seigneur qui entre dans un cœur disponible et bien préparé en produit aussi, ce n’est pas difficile à comprendre même pour moi. Comment lui prêter l’oreille de son cœur ?
Existe-t-il un listing, de ce qu’on doit faire pour bien préparer cette terre-là, c’est-à-dire se disposer soi-même pour accueillir l’Esprit-Saint. Nous avons des signaux. Comme nous fêtions saint Benoît patron de l’Europe, je suis allé me replonger dans sa règle. Au début, il donne un mode d’emploi relativement long qu’il a intitulé de l’outillage des bonnes œuvres. Le mot fait penser aux œuvres de miséricordes qu’aimait beaucoup le pape François. Chez saint Benoît c’est plutôt l’étape qui précède, la remise d’un outillage avec leur mode d’emploi que sont les commandements, à commencer par l’amour de Dieu et du prochain. Chez les moines, il y a une devise ora et labora, prie et travaille. Benoît compare son monastère à un atelier pour bien préparer sa terre… Il compte, tenez-vous bien, 73 outils des bonnes œuvres. Le chek-up final devait prendre bien du temps après une journée de travail aux champs et dans les scriptoriums. Comment ai-je utilisé mes outils matériels et spirituels ? Qui me dira si je l’ai bien fait.
Le Seigneur, dans la partie de l’Evangile que je n’ai pas lue explique en particulier aux Apôtres, le sens de ses comparaisons. Il est mystérieux pour nous de constater sa manière de procéder. Pourquoi ne nous explique-t-il pas à nous tout et tout de suite. Il ne se contente pas de nous dire. Un examen personnel vous suffit. Mais il veut que nous passions par l’explication d’un autre. Pourquoi faut-il passer par les explications d’autres parfois ? Il existe dans l’Eglise, ce qu’on appelle un Magistère. Il a la charge d'interpréter authentiquement la parole de Dieu, transmise ou écrite. Cela ne veut surtout pas dire que nous n’avons rien à discerner, à dire ou à faire, pour que la parole donne du fruit dans notre quotidien. Nous avons été créés avec une liberté. Le Seigneur signale à ses apôtres que certains comprennent moins vite que d’autres et sont moins perméables à l’action de l’Esprit-Saint. Il veut que tous les hommes soient sauvés et qu’aucun ne se perde, nous compris.
Vouloir semer est peut-être un signal que nous avons entendu confusément un appel du Seigneur à transmettre la bonne nouvelle. Soyons y attentifs. Je vous dis cela parce que nos autorités fédérales paraissent dire que les disciples du Christ ne sont plus assez importants pour qu’on donne des dispenses pour le service militaire. Quel mystère au regard de l’histoire de l’Eglise dans ses débuts.
Terminons avec Maurice Zundel. Il dit dans un de ses sermons que « les âmes de bonne volonté seront seules touchées et orientées vers une connaissance plus parfaite du Seigneur. Les âmes de lumière comprendront le sens miséricordieux de cette pédagogie et verront plus loin que les mots. » L’entêtement génère parfois une surdité profonde… Comme en forêt ces jours, notre cœur peut devenir aussi dur et imperméable que du béton. « Seigneur rends-nous doux et humble de cœur, fais-de nous des témoins de ta miséricorde. » O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours avec vous ! Amen.

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