1 févr. 2026
4ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine IV du Psautier) — Année A
- Première lecture « Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit » So 2, 3 ; 3, 12-13
-
Psaume
Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux ! ou : Alléluia ! Ps 145 (146), 7, 8, ... - Deuxième lecture « Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi » 1 Co 1, 26-31
- Évangile « Heureux les pauvres de cœur » Mt 5, 1-12a
Chers frères et sœurs,
Heureux, bienheureux êtes-vous ! Nous entendons
fréquemment les béatitudes durant nos célébrations. Si la première partie des
formules nous apaise ainsi que la
finale, les qualificatifs douloureux nous interpellent : il y a de la
faim, de l’injustices, des larmes, des pardons à donner, donc des moments pénibles
à vivre. Nous pourrions mettre en regard les exigences du Notre Père.
Le Seigneur donne son enseignement sur une montagne, ce qui
nous renvoie aux Théophanies du Sinaï et au don de la Loi. Nous pourrions voir
dans les béatitudes une autre formulation ou un développement de la loi
nouvelle de l’amour de Dieu et du prochain, et de ses conséquences. Vivre les
béatitudes vise à nous faire entrer dans la béatitude, la rencontre et la
vision de Dieu.
Le pape François relève au début de Gaudete et Exsultate, que
Jésus dit à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui « Soyez dans la
joie et l’allégresse » (Mt 5, 12). Jésus
a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, avec les
béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité
du chrétien. Pour être un bon chrétien ,
il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, les béatitudes.
Quelle porte les béatitudes nous ouvrent-elle ? Saint
Paul paraît nous le dire : aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir
devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ
Jésus. Il s’agit de devenir comme lui en entrant en lui, en lui
appartenant, en devenant comme lui. Il est le pauvre, il pleure, il est doux,
il a faim et soif de justice parce que
bafoué, il est miséricordieux, il a le cœur pur, il est la paix… Bienheureux
êtes-vous. Vivre les béatitudes vise à faire de nous des saints. Il y a la
cohorte des saints canonisés. Dans l’Eglise, il semble qu’il y en a plus de
10.000 d’officiels, un peu plus que Delémont. Vous vous souvenez que saint Jean
Paul II en avait canonisé beaucoup. Les chiffres habituels en mentionnent 482
pour lui. Ce qui peut surprendre, c’est que la pape François a presque doublé
ce chiffre avec 942 canonisations. C’est pourtant bien peu par rapport aux
fidèles qui ont déjà vécu et qui vivent actuellement. Pourtant nous sommes tous
appelés à voir Dieu.
Comment un peuple, tout le peuple de Dieu peut-il être dans
le Christ ? Vous êtes dans le Christ Jésus… Nous sentons poindre une sorte
d’annonce d’un des thèmes de Saint Paul qui va apparaître plus loin : Celui
du Corps du Christ. « Vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres
chacun pour sa part. » « Je trouve ma joie dans les souffrances que
j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du
Christ pour son Corps, qui est l'Eglise. »
Nous sommes dans le Christ par un choix de Dieu, qui choisit
des opprimés, des affamés, des pauvres et des petits. Il se cache non pas
derrière eux, mais en eux. C’est pour nous stupéfiant, tant nous avons de
démonstrations de puissance et de force autour de nous, par exemple dans la
communication. Le Seigneur, n’est pas dans l’ouragan et le feu, mais dans une
brise légère. Il n’est pas dans les armes les plus puissantes, dans les
fortunes immenses. Il ne vient pas occuper toute la place, avec la sonorisation
la plus bruyante possible. Il se fait petit et silencieux.
Le prophète Sophonie un des petits prophètes du 7ème
siècle avant J-C a connu une période perturbée avec 2 sièges de Jérusalem et sa
chute. Elle donne un relief particulier à son expression : « un
peuple pauvre et petit », humble. Il mentionne un reste d’Israël qui est
recentré sur l’essentiel. Israël a perdu tous ses moyens militaires, la
maisons royale a été envoyée en exil, le peuple détruit et il ne demeure qu’un
petit reste contraint de se replier sur l’essentiel. C’est essentiel est
l’amour de Dieu et de ses commandements, la vie spirituelle et la vie
intérieure.
Il ne s’agit pas simplement de s’extasier devant les exploits
et le comportement de certains saints d’autrefois qui restent tranquillement
dans leur niche ou leur icône, il s’agit de vivre dans le quotidien les
béatitudes aujourd’hui. Nous avons la chance parfois de voir quelques beaux
films bien faits qui nous racontent leur vie, ou des reportages sur des
monuments historiques. C’est mieux que le déversement de violence ridicule
auquel on essaye de nous habituer. Mais les béatitudes dans le quotidien ne serait-ce
qu’à mesure homéopathique, n’est-ce pas mieux pour rencontrer le
Seigneur et pour être dans le Christ Jésus, non seulement
individuellement, mais en tant que communauté, en tant qu’Eglise? Cependant
quel travail. Dans un monastère, fréquemment on fait attention aux petites
choses, aux attentions envers les autres, envers les personnes, comme en
famille d’ailleurs.
Jésus y était attentif dans son ministère : à Cana, le
vin venait à manquer, Zachée très petit se cachait dans son arbre, les malades
l’appelaient, la femme qu’on voulait lapider ne pouvait même plus crier. La
brebis égarée l’intéresse toujours plus que les autres, comme la pièce qui se
cache sous un meuble.
Nous pouvons demander au Seigneur d’attirer notre attention sur
les béatitudes à vivre dans notre quotidien, avec l’aide de Marie aussi et ces
qualités que sont l’endurance, la patience et la douceur, la joie et sens de l’humour , et l’audace et la ferveur, qualités souvent
propre au monde féminin d’ailleurs. Je conclus avec les mots même du pape
François.
Marie a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. Elle est
celle qui tressaillait de joie en la présence de Dieu, celle qui gardait tout
dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle n’accepte pas
que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous
juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie. La Mère
n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions
trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Montrons-lui nos
blessures, d’abord notre étroitesse de cœur. Amen