19 juil. 2026
16ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine IV du Psautier) — Année A
La semaine dernière le Seigneur nous a proposé une parabole sur la qualité du sol nécessaire aux grains de blés pour qu’ils puissent produire jusqu’à cent pour un : Production extraordinaire pour l’époque, aujourd’hui normalement c’est 30 à 50 pour un.
Le terrain bien préparé n’est pas encore l’assurance d’une récolte facile. Tout jardinier amateur connaît les mauvaises herbes et les maladies, sans compter les insectes. Le Seigneur parle dans sa parabole de semis sauvages d’un ennemi. Il sème de mauvaises herbes, de l’ivraie. J’aime beaucoup cette parabole, parce qu’on peut tirer des éléments intéressants dans la seule traduction des mots. En grec le mot pour désigner l’ivraie est zizania, zizanie. Semer la zizanie signifie aujourd’hui : « Provoquer une mésentente, une mésintelligence. » Dans les statistiques le terme a connu un regain d’intérêt, voilà encore une expression tirée du monde de l’agriculture. La courbe de la fréquence d’utilisation du mot a été extraordinaire depuis 1974 avec personnage de BD Astérix et en 1978, année de la sortie du film de de Funès, pardonnez ces citations non bibliques…
En latin, on appelait l’ivraie ebriaca herba, l’herbe qui rend ivre… Elle avait la réputation de faire tourner la tête et d’abîmer les récoltes. Effectivement, la bactérie responsable produit une toxine qui s’attaque au cerveau. Les Romains punissaient les semeurs de cette zizanie. Nous sommes en vacances, je peux donc vous dire qu’ elle figure dans un recueil de l’empereur Justinien, le Digeste. Elle est pourtant indigeste. Il y avait deux actions en droit romain pour se défendre des fauteurs de trouble.
L’ivraie La zizanie est très utilisée pour le bétail. Elle peut prêter à sourire pour un autre motif : certaines variétés servent à aménager nos pelouses, toute une perspective de tranquillité et de distraction. Nous penserions à la vie contemplative, mais il ne s’agit pas de se reposer et de ne rien faire, même si le but est le repos en Dieu. La devise des moines est « prière et du travail ».
Nous remarquons que le Seigneur parle encore une fois à la foule comme dimanche dernier, avec seulement une parabole. Dans l’Evangile complet d’aujourd’hui que je vous ai épargné, il donne son explication détaillée aux disciples. Les difficultés de compréhension des Apôtres sont mises en évidence et aussi la nécessité de l’intervention de l’Esprit-Saint pour leur rappeler tout ce que le Seigneur leur avait dit. L’Esprit-Saint donne d’actualiser et de développer la compréhension de la parole, mais il n’invente pas. Il ne peut pas y avoir de nouvel Evangile par une révélation privée. Le Seigneur forme ses Apôtres pour leur futur ministère, même s’ils ne s’en rendent pas compte. Ils auront à répéter ce que le Seigneur leur a dit et actualiser cette parole avec l’aide de l’Esprit.
Dans la conclusion de la parabole, le Seigneur n’y va pas par 4 chemins, il parle du diable, de l’ennemi, des fils du Mauvais, de la moisson qui sera la fin du monde et des anges qui opéreront un discernement final.
Avec la Liturgie, il faut le rappeler, nous disons que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu’aucun ne se perde. Cependant Dieu veut de notre part une réponse d’amour libre à son appel. C’est une sorte de quadrature du cercle… dont seul le Seigneur a la clef. Il nous met cependant devant une importante responsabilité. L’ivraie peut avoir des conséquences terribles, elle empêche la moisson et rend malade, elle détruit la capacité de discernement. Nous le voyons dans les guerres d’aujourd’hui et celles d’hier, dans les atteintes volontaires à la vie humaine et à sa dignité du commencement à la fin, nous le voyons dans le quotidien.
Certains proverbes nous interpellent sur les remèdes à apporter pour éliminer l’ivraie : Le mieux est l’ennemi du bien, par exemple. Le pape François a donné un autre exemple : « Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Quel est l’herbicide humain parfait ? La tentation de la toute-puissance et la perfection technique engendrent aujourd’hui un effet dangereux. Notre humanité doit elle devenir parfaite génétiquement ? De grands savant étaient pourtant handicapés. Un monde matériellement parfait est-il possible et viable ? L’IA aujourd’hui et certains films de fiction habitent notre imagination. Pourrait-on s’extraire de la matière dont nous avons été tirés ? Les amateurs de mondes parallèles peut-être. Faut-il éliminer le mal à tout prix ?
Or le Seigneur nous demande au contraire d’accepter de continuer de vivre au cœur d’un environnement imparfait, de frères et sœurs qui ne le sont pas. Surtout, il nous demande non pas d’accepter que nous-mêmes sommes définitivement imparfaits, mais de croire qu’il est capable de nous faire don de sa miséricorde où que nous soyons et où que nous en soyons personnellement. Viser à obtenir un monde parfait sans le Christ c’est exclure la révélation et la miséricorde. Le pape François avait une grande estime pour le sacrement de réconciliation, pour lui-même et pour le donner. Il y a donc un champ où nous pouvons et devons faire le ménage: c'est le champ de notre cœur, le seul sur lequel nous puissions intervenir directement. Là aussi, il y a le blé et l'ivraie, et c'est même à partir de là qu'ils se répandent dans le grand champ du monde.
Nous avons fêté la semaine passé Notre-Dame du Mont-Carmel et bien confions-nous à elle, et écoutons son invitation pour aller à la recherche du Seigneur au fond de notre cœur. Amen.

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