12 avr. 2026
2ème Dimanche de Pâques ou de la Divine Miséricorde — Année A
Éléments d'Homélie
Chers frères et sœurs, chers amis,
Avez-vous remarqué dans l’Evangile la fréquence du huitième
jour ? Jésus ressuscite le 1er jour de la semaine. Il suit le
sabbat, donc le huitième jour. Jésus apparaît à ses disciples. Thomas brille
par son absence alors que Jésus donne aux autres l’Esprit-Saint et le pouvoir
de remettre leurs péchés, c’est une sorte de Pentecôte dans chez saint Jean.
L’Evangéliste mentionne qu’il apparaît huit jours après en présence de Thomas. Nous
n’y faisons pas très attention habituellement, mais ce fameux premier jour est
celui de la résurrection et de la vie nouvelle en Dieu, l’au-delà. Il survient après
le sabbat qui est le repos de Dieu. L’octogone était fréquemment employé pour
les baptistères. Le nombre 8 représente l’au-delà, le Royaume, la vie définitive
avec Dieu.
Sur certaines icônes Jésus est représenté descendant aux
enfers, au royaume de la mort. On préfère de manière plus apaisante parler d’icône
de la résurrection. Les enfers, c’est le lieu de l’impossibilité de voir Dieu,
une conséquence du péché. Jésus va rejoindre Adam et Eve et ceux qui sont là
séparés de Dieu par la faute originelle, un lieu théologique difficile. Le sommeil du Christ qui suit sa Passion, n’est
pas nécessairement un moment paisible. Adrienne von Speyer et Urs von Balthazar
l’ont exploré par la mystique et la théologie. Cette descente aux enfers et sa
remontée vers la résurrection peut signifier pour nous aujourd’hui que le
Seigneur peut nous rejoindre même au-delà de cette vie et que sa miséricorde
peut nous rejoindre partout. J’aime dire à nos anciens dont je commence à faire
sérieusement partie, que s’il ne leur est pas possible de recevoir les sacrements
et qu’ils partent : - Ayez confiance, celui qui vous accueille est miséricordieux.
Une miséricorde qui n’escamote pas la vérité mais qui l’accompagne avec nous et
nous libère. Le Christ a souffert pour nous les conséquences de nos égarements.
La miséricorde peut nous rejoindre jusque-là, mais elle a
besoin au moins de notre bonne volonté, de notre désir de voir Dieu et de nous
mettre en accord avec Lui. Comment le rejoindre, sinon par la foi et en
accueillant sa miséricorde? Le moyen le plus important qu’il nous a donné est
d’abord notre baptême. Le Seigneur est prêt ensuite à nous rattraper sans
cesse.
La miséricorde a été remise à l’honneur. Je ne sais pas si
vous avez prêté attention à une annonce faite le 31 mars dernier. On nous a
prévenu que deux mots vont changer dans la traduction du Magnificat. L’amour sera
remplacé par la miséricorde. Nous dirons dans cette prière « sa
miséricorde s’étend d’âge en âge » et non plus « son amour s’étend
d’âge en âge ». Le mouvement a commencé de se produire avec les nouvelles
traductions de la Bible au siècle passé (un mot qui m’interpelle avec mes 71
ans !). Saint Jean-Paul II l’a remis en valeur avec Sainte Faustine !
« Parler de miséricorde, c’est évoquer un amour qui pardonne, ce qui le qualifie plus précisément. »
C’est Jean-Paul II qui a instauré le dimanche de la divine miséricorde. La
miséricorde de Dieu est déjà exprimée dans l’Ancien Testament par des verbes
signifiant « être maternel » et « se pencher sur »
quelqu’un. « La miséricorde c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu
vient à notre rencontre » disait le pape
François. Il vient nous tirer de l’enfer de notre solitude intérieure. «
La miséricorde c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son
cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites du péché ».
Pour en revenir à l’Apôtre Thomas, nous nous reconnaissons en
lui, dans les temps d’obscurité, plus souvent que nous le voudrions vraiment,
surtout quand tout va mal. Nous avançons à des rythmes différents, nos
expériences ne sont pas les mêmes. C’était la même chose chez les Apôtres.
Devant le tombeau vide, Jean vit et il crut. Pierre lui-même s’interrogeait silencieusement. Un peu plus
tard, il a eu son apparition. Ils n’avaient pas cru l’annonce des femmes. Les
versions d’ailleurs diffèrent. Un
commentaire dit même que dans la justice rabbinique, le témoignage des dames
était reconnu sur elle-même ou dans le cadre de la vérification de la mort d’un
mari. Le sujet est délicat. Chez saint Marc, Marie-Madeleine et Marie mère de José
ont bien constaté l’ensevelissement de la mort de Jésus. Il est l’Epoux de
l’Eglise. Quant à la résurrection… Si vous relisez Saint Marc, vous constaterez
que l’Evangéliste dit qu’elles avaient eu tellement peur de l’ange
qu’« elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Saint
Jean nous dit que Marie-Madeleine avait témoigné la première. Les Evangiles
sont inspirés mais restent des témoignages de personnes différentes, inspirées
par l’Esprit-Saint.
Marie dans le Magnificat témoigne de la Miséricorde
prévenante de Dieu pour elle d’abord en vue de la naissance du Seigneur et de
son sacrifice. Grâce à lui, elle s’étendra d’âge en âge, à tous les hommes qui
ne veulent pas la refuser.
Les exigences de Saint Thomas sont extraordinaires dans
l’Evangile, on croirait un scientifique fin 19ème, début 20e
siècle : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je
ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans
son côté, non, je ne croirai pas ! » Aujourd’hui on exigerait aussi de
prouver qu’il n’y a pas d’hallucination collective.
( « La paix soit avec vous ! » dit le Seigneur. Il la donne.
L’évêque nous la donne en son nom au début de l’Eucharistie. Il reprend ses mots.
La représentation du Caravage est
bouleversante.) Thomas a les gestes de certains spécialistes en médecine. Les
paroles de Jésus l’apaisent. Il est bien témoin de la résurrection : « Cesse d’être incrédule, sois croyant.
» Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur
et mon Dieu ! » « (Thomas) Parce
que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Plus que le
toucher de Thomas, la foi nous met en rapport spirituel avec Jésus. C’est un
cœur à cœur où passe le courant de la guérison
et de l’amour, le courant de la miséricorde. Dans son Evangile, saint
Jean insiste sur la nécessité de la foi pour rencontrer Jésus maintenant et le
laisser agir en nous, ressusciter en nous.
La miséricorde vient nous donner la paix, à tous, sans
distinction. Je crois que vous pouvez continuer personnellement sur ce sujet. Le
pape Léon ayant demandé de prier pour la paix, nous pouvons écouter quelques
mots de lui : « pour le monde, nous demandons la paix. Nous l’implorons
tout particulièrement pour le Liban et pour tout le Levant. Mais nous savons
bien – et les saints nous le rappellent – qu’il n’y a pas de paix sans
conversion des cœurs. Que saint Charbel nous aide donc à nous tourner vers Dieu
et à demander le don de la conversion pour chacun de nous. »
Reine du ciel, réjouis-toi ! Le Christ est vraiment ressuscité ! Alléluia !
