19 avr. 2026
3ème Dimanche de Pâques (semaine III du Psautier) — Année A
Chères
Frères et Sœurs,
Les disciples d’Emmaüs se sont mis en chemin, mais dans quel
état ? Les pauvres ne paraissent plus croire à rien et en rien. Le Jésus
qu’ils imaginaient roi d’Israël et souverain de son peuple, est mort crucifié
comme un bandit. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’étaient pas
crédules. Ils partent mais Jésus ne les abandonne pas. Il vient lui-même les
rechercher alors que les témoignages du tombeau vide et des femmes n’ont pas pu
les convaincre de la résurrection. Ils se sont mis en chemin vers Emmaüs, à 2
heures de Jérusalem. Emmaüs a été localisé à 2 ou 3 endroits. Les croisés ont
bâti une église sur l’un d’eux des cites présumés, l’actuel monastère des
bénédictins olivétains d’Abu Gosh, un autre à Emmaüs-Nicopolis et le 3ème
à Kiriath-Jearim près d’Abu Gosh justement. Un bon nombre d’interpellation avec
le tombeau vide, les premiers témoignages et difficultés à croire, l’aide du
Seigneur qui culmine dans l’Eucharistie.
Nos deux disciples dont l’un se nomme Cléophas paraissent
bien sceptiques. La tradition dit que Cleophas était le père de Jacques le
Mineur, l’époux de la sœur de Marie, mère de Jésus, et le frère de Joseph. Se
peut-il qu’il n’ait pas cru ce que disait sa femme ? Son nom signifie
« mes échanges »… Cela fait penser à un commerçant méfiant. Nous nous
disons qu’ils auraient tout de même pu attendre. S’agit-il de la peur d’une
psychose collective selon l’appellation d’aujourd’hui ?
J’aime à souligner ces jours la diversité des témoignages de
la résurrection, ils sont de bons signes en sa faveur. Nous n’avons pas affaire
à un mot à mot d’une version unique dictée directement par Dieu à une sorte de
saint notaire, mais de témoignages de communautés et des témoignages personnels.
Ces deux disciples avancent sur leur chemin et voilà qu’ils
sont interpellés par un inconnu qui chemine avec eux. Ils témoignent de ce
qu’ils ont vécu, et de leur réaction devant l’annonce de ce fameux tombeau vide
surtout avec des femmes qui ont vu des anges… Nous sentons une certaine retenue
masculine devant le témoignage féminin et celui d’une possibilité du témoignage
des anges. Pourtant ils ont bien été les premiers témoins de la résurrection, tout
comme les messagers de la nativité… Mais il faut des témoignages humains celui
d’hommes plus durs à convaincre. Ils verront Jésus ressuscité et ils ne seront
que 11 Apôtres en plus des autres disciples. Selon certaines opinions
rabbiniques, à l’époque, les femmes ne pouvaient témoigner que de la mort de
leur mari, notamment. Parmi les pécheurs que nous sommes, Marie Madeleine a
pourtant été l’Apôtre des Apôtres ayant vu la première Jésus ressuscité. La
mort du Christ, oui, en quelque sorte, mais sa résurrection ! C’est autre
chose. La résurrection paraît être non une lumière mais un obstacle insurmontable,
pour la plupart. Elle est un de ces surplombs en montagne qui cache le ciel de
la connaissance. Heureusement pour moi, je ne suis pas varappeur. J’aurais trop
peur et l’âge venant c’est problématique. Excusez mon jeu de mot.
L’obstacle du mot « résurrection » est un de ceux
qui font le plus peur aujourd’hui. On en rit facilement. Mais pourquoi la
résurrection serait-elle moins impossible que la création de notre univers visible
? Il paraît bien avoir eu un commencement minuscule mais il est si
complexe et si merveilleux dans son déploiement. Affirmer que nous ne
serions que matière n’est qu’une sorte d’acte de « foi »
matérialiste, une affirmation qui ne peut être prouvée. Dire aussi que nous
serions dissous au final, dans une entité spirituelle qui aurait eu quelques
distractions. En quelques sorte elle aurait laissé par mégarde se répandre
quelques parties d’elle-même dans la matière. Un croyant ne peut qu’être
interpellé par le témoignage des Apôtres et de la première communauté. Quant à
nous, le Seigneur veut nous rejoindre par la foi.
Il est pourtant si loin apparemment. Un mot m’interpelle dans
la 2ème lecture, celui de « crainte » de Dieu. Elle n’est
pas en contradiction avec un amour confiant. Elle représente un aspect
caractéristique de l’amour de Dieu : on ne peut reconnaître et aimer Dieu qu’en
reconnaissant et en aimant la différence absolue par laquelle on est, soi-même,
séparé de lui. Elle provient du fait que nous constatons nos limites devant lui
qui est pourtant le tout présent dans son rapport de communion avec nous et
nous avec lui, mais aussi le tout autre. Ce tout autre s’est fait tout proche
et petit, il est ressuscité et vient nous rejoindre sur le chemin. C’est Jésus.
Jésus vient à notre aide sur nos chemins de foi, il nous
accompagne, il nous donne des explications non seulement par les témoignages et
leur réconfort, par la médiation des Ecritures. Il l’a fait pour les disciples
d’Emmaüs. Il nous parle au cœur, il nous faut conserver précieusement ce qu’il
nous dit et le discerner. Le pape Léon a encouragé les pays d’Afrique à la
justice sociale et a aussi mis en garde contre les manipulations et une
domination de l’intelligence artificielle lorsqu’elle veut remplacer progressivement la réalité par sa
simulation.
Je ne peux que conseiller de prendre du temps pour vous et
pour le Seigneur, avec l’Ecriture, et de vous laisser parler au cœur. Il est
plus grand que nous, infiniment, mais il est en nous. Il chemine à notre rythme
humain. C’est pour cela que nous comprenons mal ce qui se faisait autrefois. Il
s’était adapté à nos propres lenteurs humaines. Mais il nous aime à un tel
point qu’il nous accompagne et nous rejoint par les sacrements, en particulier
par l’Eucharistie où il s’est fait reconnaître. Il nous demande de donner notre
témoignage, là où nous sommes et où nous en sommes, avec humilité.
Marie est très silencieuse après la résurrection. Elle nous
invite à donner notre témoignage elle qui se réjouit la première de la
résurrection de son Fils. Elle a été en quelque sorte l’Eglise en prière, ou
plutôt elle se préparait à être Mère de l’Eglise.
Reine du ciel réjouis-toi, Alléluia !
