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dimanche 18 juillet 2021

Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

 

Brebis cornues : Le mystère est résolu.

 18 juillet 2021

16ème dimanche du Temps Ordinaire — Année B

Lectures de la messe

Première lecture « Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pa... Jr 23, 1-6

Psaume Le Seigneur est mon berger :     rien ne saurait me manquer. Ps 22 (23), 1-2ab, 2...

Deuxième lecture « Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait... Ep 2, 13-18

Évangile « Ils étaient comme des brebis sans berger »

Homélie de vacances.

Chers Frères et Sœurs,

Je me demande quelle est votre impression à la lecture de cet Évangile. Le Seigneur qui connaît tout, pour lequel le temps est ramassé comme en un point, il n’y a pour lui ni passé, ni futur, tout est présent, paraît se laisser surprendre. Après un temps de prédication dans les villages d’alentour où il a envoyé ses Apôtres annoncer la Bonne Nouvelle, nous dirions presque en stage pastoral avant l’ordination, il les invite à se reposer à l’écart ; lui aussi est fatigué. Que se passe-t-il ? On les aperçoit de loin sur la barque et les gens comprennent où ils vont débarquer. Adieu le repos et les vacances. Cet épisode rappellerait presque la chasse aux vedettes qui se font poursuivre par les paparazzi. En fait, ce sont des pauvres qui cherchent, la lumière, qui cherchent Dieu.

Nous aspirons tous à un moment de repos et à des vacances, surtout lorsque la météo a fait des siennes comme ces derniers jours. De Sohyières à l’Ajoie, quelle galère ! Et pourtant il nous faut bénir notre sœur l’eau comme saint François, mais elle n’est assurément pas toujours sage : Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Eau, laquelle est très utile et humble et précieuse et chaste. Ces épisodes arrivent malheureusement avec une certaine fréquence, mais je crois que l’image qui me restera cette fois est celle de ces masses de bonne terre et ces maisons englouties dans une mine ou une carrière à ciel ouvert en Allemagne. C’était une vraie apocalypse. A notre niveau, je crois que nous pouvons éprouver une certaine satisfaction après les travaux effectués à Delémont. Je crois qu’il y a eu du soulagement, ça a tenu et fonctionné. Poursuivons, ce n’est pas tout à fait notre sujet.

Les foules qui approchent de Jésus paraissent avides de l’entendre, elles recherchent un maître spirituel. Le désir d’être écoutés, guéris, soignés est là. Quelle aspiration au bonheur et à la Lumière. Les reproches adressés aux pasteurs et bergers d’Israël par le Seigneur et la bouche de Jérémie sont violents : Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles ! Ce n’est pas leur faute ! Pourtant, en faisant mon petit exercice de dialectique personnel, je me suis rappelé m’être amusé, voici quelques années au  spectacle de brebis à cornes, dans les Pyrénées, des Basco-Béarnaises. J’en ai vu encore récemment, mais des écossaises, Soay. Il y a encore d’autres variétés anciennes avec 2 ou 3 paires de cornes pour les béliers. Devant cet arsenal leurs bergers ont quelques raisons de se montrer parfois prudents.

 Ce qui nous intéresse particulièrement est le fait que le Seigneur lui-même annonce qu’il viendra rassembler ses brebis dispersées par ces bergers négligents et parfois peu courageux face aux cornes. Il est doux et humble de cœurs, il les aime, il les protège comme David qui avec sa fronde ne craignait ni le loup, ni l’ours.

L’intention du Seigneur est de rassembler tous les peuples, tous les troupeaux avec celui d’Israël pour qu’ils n’en forment plus qu’un seul. C’est le sens explicite du passage de l’épître aux Éphésiens que nous avons entendus : « maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ.  C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. »

Entendre saint Paul dire que le Seigneur a supprimé le mur de la haine qui sépare tous les hommes ne peut avoir qu’un seul sens, celui de la primauté de l’amour. Nous n’avons tous qu’un seul Père. Le Seigneur a supprimé les barrières qui nous séparaient. Cela a été un des grands soucis de Saint Paul dans son ministère. En lui nous sommes en quelque sorte recréé, par le Baptême nous renaissons en Homme Nouveau. Nous recevons un même Esprit et grâce à cet Esprit, en lui, nous nous avons accès auprès du Père.

Ces chutes de barrières se reproduisent de temps à autre à travers le temps, lorsque les cultures changent, lorsque que nous ne comprenons plus une forme de langage, même les mots changent de sens. En société, c’est un sujet qu’il est parfois très difficile de gérer, de l’orthographe, aux anglicismes, sale ne veut pas dire sale, mais à vendre, etc… Il faut apprendre à gérer les commandes en ligne, les virus informatiques et les autres, le port des masques, etc… Nous sommes passés à une liturgie en langue vernaculaire, le latin, une très belle langue, comme le grec, n’étant plus compris, par exemple. C’était une barrière pour le plus grand nombre. Ces langues sont toutefois très importantes pour la compréhension de la nôtre. Les ajustements et l’évolution en ce domaine sont constants. Nous allons encore avoir quelques changements dans la liturgie à la rentrée et l’occasion de nous faire quelques croche-pieds à gérer dans la bonne humeur.

Dans l’office des lectures de ce matin, nous avions une lecture de saint Ignace d’Antioche, qui nous indique le chemin qui permet la permanence d’un dialogue dans l’écoute mutuelle : « Apprenant que votre charité est parfaitement ordonnée selon Dieu, j'ai décidé, dans ma joie, de vous adresser la parole dans la foi en Jésus Christ. » Il a été martyr au début du 2ème siècle. C’était à l’époque les mêmes problèmes très humains, que ceux d’aujourd’hui, la clef est la charité parfaitement ordonnée selon Dieu. Il est le but de notre foi et de notre amour. Cela ne peut se réaliser que dans la communion ecclésiale : « Il convient donc de ne pas seulement se faire appeler chrétien, mais de l'être aussi. », dit-il. Autrement dit, non seulement d’éviter de jouer de la corne, mais d’aimer en vérité. Cette communion débouche sur l’union à Dieu.

Nous n’allons pas trop compliquer aujourd’hui, vu les émotions de ces derniers jours en plus de la pandémie. N’oublions pas de nous mettre à l’écoute de la parole du Seigneur en lisant durant nos vacances, l’Évangile qui est la voix de notre Bon Pasteur. Priez aussi pour vos pasteurs habituels et occasionnels. Le pape François le demandait récemment : « Demandons aujourd'hui au Seigneur qu'il parle toujours aux pasteurs de l'Eglise, parce qu'il les aime tant: qu'il nous parle toujours, qu'il nous dise comment sont les choses, qu'il nous explique et surtout qu'il nous enseigne à ne pas avoir peur du peuple de Dieu (et même des cornes), à ne pas avoir peur d'être proches. » Notre-Dame du Vorbourg, Priez pour nous ! Amen.

 

dimanche 11 juillet 2021

Baptisés, annoncer le Christ!


11 juillet 2021 dimanche, 15ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B 

(Fête de Saint Benoît, patron de l'Europe.)

Lectures de la messe

• Première lecture « Va, tu seras prophète pour mon peuple » Am 7, 12-15

• Psaume Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,

et donne-nous ton salut. Ps 84 (85), 9ab.10,...

• Deuxième lecture « Il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde » Ep 1,3-14

• Évangile « Il commença à les envoyer » Mc 6,7-13

Chers Frères et Sœurs,

Nous venons d’entendre un passage de l’Évangile de saint Marc sur l’envoi en Mission des douze, après que Jésus ait été mal reçu à Nazareth. Le contraste est notable avec la manière dont saint Matthieu traite du même sujet en lui consacrant tout un chapitre. Il porte même un titre, celui de « discours sur la Mission ». Le Seigneur envoie ses apôtres porter la Bonne Nouvelle, chasser les esprits impurs, guérir et faire des onctions d’huile aux malades. Ce discours est placé après le Sermon de Jésus sur la Montagne chez Matthieu, alors que ce dernier n’est pas explicitement présent chez Marc, ici. Dans saint Luc, Jésus choisit ses disciples sur la Montagne, puis descend dans la plaine donner cet enseignement. La manière dont ces événements sont rapportés témoignent du fait que la Bonne Nouvelle passe par des témoins, et par ceux qui bénéficient d’un charisme particulier d’inspiration. Rappelons que « Selon la foi de l’Église, tous ces écrits, l’Écriture Sainte, sont inspirés, ont Dieu pour auteur — Dieu s’étant servi d’hommes choisis par lui pour leur rédaction. Du fait de leur inspiration divine, les livres bibliques communiquent la vérité. Leur valeur pour la vie et la mission de l’Église est liée à leur inspiration et à leur vérité. » Il y a eu sur ce sujet toute une réflexion d’un synode des évêques en 2008 sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Benoît XVI avait à sa suite demandé une réflexion sur l’inspiration et la vérité dans l’Écriture Sainte. Si vous avez du temps puisque la pluie nous tient compagnie en plus de la pandémie, vous avez là un terrain d’exercice, en sus des jeux de cartes et autres distractions épuisées.

Les apôtres sont envoyés aujourd’hui en Mission par le Seigneur, sans les Évangiles, sans le Nouveau Testament, sans formation exégétique, ni docteurs, ni Pères de l’Église, ni documents du Saint-Siège. Les voilà envoyés avec un bagage ultra léger et le Saint-Esprit, bien avant la Pentecôte, obéissant au Seigneur. Tout cela est mystérieux, et surtout encourageant. En effet, pour annoncer la Bonne Nouvelle, nous voilà déjà avec une assurance, celle de ne pas avoir nécessairement besoin d’une bibliothèque et d’un titre universitaire, ni de vérifier sans cesse, la justesse de notre propos sur une base de donnée. Nous devrions nous réjouir de pouvoir voyager sans soucis. Il est vrai cependant que le Pape François nous conseille avec constance, d’avoir un évangile dans notre poche pour le méditer. Vous avez aussi tout ce qu’il faut sur votre électronique avec l’application de l’AELF. Par la méditation, la parole entre dans notre cœur et y vient y habiter. Une fois qu’elle s’est installée chez nous, et pas seulement sur vos appareils, elle est vivante et le Seigneur peut ouvrir une fenêtre sur le monde, même s’exprimer par votre bouche. Mais ne nous prenons pas pour le balcon de Saint-Pierre… (Le pape était de toutes façons à celui de Gemelli ! Prions pour lui!) et détenteurs de la vérité, il n’y a pas que les politiques à se faire piéger.

En lisant le texte de saint Marc, il semble que l’accent a été mis sur le choix et l’envoi des disciples par Jésus. Saint Luc montre bien qu’ils ont fait l’objet d’un choix particulier de sa part, symboliquement, sur la montagne. Il s’agit de personnes, pas de bibliothèques et de diplômes qui sont envoyés.

Le prophète Amos que Dieu avait mis à part prêchait à Béthel en Samarie, malgré le mécontentement des responsables du sanctuaire. Ce lieu se trouvait en Samarie et dépendait du roi d’Israël et non de Juda d’où il venait. Dieu lui avait dit : « ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ » Il avait bénéficié d’un appel et avait été envoyé. Dieu n’a pas écrit, il n’a pas mis un sceau et une signature sur un beau parchemin : signé Dieu, sous tel figuier où paissait la vache « pâquerette » et son veau, en moins 750 au royaume de Juda. Dieu l’a inspiré de franchir la frontière et de délivrer son message. Amos avait eu 5 visions. A Béthel, lui qui n’avait pas de diplôme de prophète local, est prié de rentrer chez lui. Sur le mode léger, c’est son histoire, selon ce que disent les sources consultées.

En Église pour venir annoncer la Bonne Nouvelle ici dans le Jura, nous bénéficions de ce qu’on appelle une mission canonique renouvelable. Nous sommes envoyés en mission. La mission d’un baptisé ne concerne cependant pas seulement un territoire déterminé, éventuellement une église. Nous recevons tous de par notre baptême et notre confirmation, la mission d’annoncer le Christ ressuscité autour de nous.

Le psaume nous disait tout à l’heure que le Seigneur voulait la paix pour son peuple et ses fidèles, il parlait de salut, de gloire, d’amour et de vérité, de justice et de paix, de bienfait. Dieu veut établir avec chacun une relation qui corresponde à notre nature et à notre mission. Sa présence en nous permet d’y faire croître l’amour et de le transmettre. La mission nous fait nous-mêmes grandir.

Ce psaume commence par un petit mot : écoute. Puisque nous fêtons aussi saint Benoît patron de l’Europe, rappelons que sa règle commence par le même mot : « Ecoute ô mon fils, les préceptes de ton Maître, prête-moi l’oreille de ton cœur. » Ce passage est tiré du livre des proverbes. Benoît parle ensuite de l’obéissance à ce que demande le Maître. Annoncer l’évangile nécessite une écoute et une obéissance à un appel reçu, une obéissance à un cœur qui aime et qui veut apprendre à aimer, à se communiquer et à faire grandir. 

Parler d’Europe, pour nous c’est relativement grand... La pandémie nous a rappelé que nous avons un monde intérieur à habiter et un invité à recevoir qui nous demande de lui prêter l’oreille de notre cœur. Il nous y transmet une parole vivante. Saint Benoît n’a jamais cherché à conquérir de grands territoires, sa méthode a été de vouloir rejoindre Dieu et de laisser sa parole le rejoindre d’abord au fond d’une grotte, dans son propre cœur. Et puis, les choses se sont faites, Dieu lui a amené des bergers du voisinage, des frères. C’est la méthode monastique. Tout n’a pas été facile entre les jalousies des clercs, les révoltes des frères et les tentatives d’empoisonnements (en milieu fermé tout peut arriver), les guerres. Mais saint Benoît a pu remplir sa mission. En plus de la sienne, il y a d’autres méthodes indispensables, celles de l’annonce directe, non seulement par les agents pastoraux, mais par nous tous, autour de nous, avec toujours ces moyens fondamentaux et indispensables de l’Écoute et de la Prière. C’est le Seigneur qui construit sa demeure, qui est l’Église. Il nous demande de le laisser vivre en nous. Puissions-nous faire nôtre l’hymne aux Éphésiens et transformer notre vie en louange au Père : Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Marie Mère de l’Église, prie pour nous. Amen.

 

dimanche 27 juin 2021

« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »

 


 27 juin 2021 dimanche, 13ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B
  Première lecture « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde... Sg 1, 13-15 ; 2, 23-...
Psaume Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. 29 (30), 2.4, 5-6ab,...
Deuxième lecture « Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvre... 2Co 8, 7.9.13-15
Évangile « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Mc 5, 21-43

Chers Frères et Sœurs,

Un temps de grâce qu’il a d’abord été donné à quelques-uns de percevoir, tel a été ce moment privilégié où Dieu a visité son Peuple dans la personne de Jésus. Saint Paul VI disait de lui qu’il est « le Christ Jésus est le principe et la fin, l'alpha et l'oméga, le roi du monde nouveau, l'explication mystérieuse et ultime de l'histoire humaine et de notre destinée ; il est le médiateur et pour ainsi dire le pont entre la terre et le ciel. Il est, de la façon la plus haute et la plus parfaite, le Fils de l'homme, parce qu'il est le Fils de Dieu, éternel, infini. » Il se manifeste au monde, tout en se cachant dans l’Évangile d’aujourd’hui. Il enseigne et donne des signes, chasse les esprits impurs et aujourd’hui accomplit deux miracles concernant deux femmes.

Ces deux signes cachés nous touchent particulièrement. Ils concernent deux femmes l’une très jeune au chevet de laquelle Jésus est appelé d’abord, et la seconde concerne une femme adulte, mise au ban de la communauté en raison de sa maladie, de pertes de sang. Elle n’avait pas le droit d’aller prier avec les autres, on s’écartait d’elle parce qu’on craignait de contracter une  impureté rituelle. Le sang mystérieusement porteur de vie, devient une cause de mise à l’écart. Nous avons beaucoup de la peine à le comprendre aujourd’hui, qu’y pouvait-elle ? Elle qui avait reçu le don et la mission de donner la vie, elle est en quelque sorte sanctionnée parce qu’elle est une femme. Saint Matthieu précise qu’elle avait voulu toucher ne serait-ce que la frange du vêtement de Jésus. Celui que Jésus portait avait certainement, comme pour tous les juifs pieux un fil violet représentant le ciel et des franges aux nombres de 613 symbolisant les commandements de la loi, selon une prescription du lévitique « Quand vous aurez ces franges, vous les regarderez et vous vous souviendrez de tous les commandements de l'Éternel, pour les mettre en pratique, Vous vous souviendrez ainsi de Mes commandements, vous les mettrez en pratique et vous serez saints pour votre Dieu. » Leur finalité est la sainteté et c’est la foi en Jésus qui rend à cette femme non seulement la guérison, mais la sainteté et qui la réintègre au Peuple de Dieu. Ce ne sont pas les prescriptions de la Loi. Jésus réagit à la foi de cette femme. Beaucoup l’approchent, le touchent, mais ils n’ont pas cette clef qui ouvre la porte de la grâce. Jésus poursuit son chemin, mais elle doit percevoir qu’il est maintenant toujours avec elle, ce qui est le plus grand des cadeaux et ne peut que nous interpeller sur notre foi en la personne de Jésus. Croyons-nous  qu’il est toujours avec nous ?

Le Seigneur arrive ensuite chez Jaïre, le chef de la synagogue, et là encore intervient la foi. Lorsqu’on annonce à Jaïre que sa fille est morte, qu’il n’y a plus rien à faire : « À quoi bon déranger encore le Maître ? » . Quel bouleversement cela doit être pour lui. Lorsque des parents perdent un enfant, leur douleur est telle, que ce qu’ils disent, le plus souvent est : « Vous ne pouvez pas comprendre. » Qui le peut en effet, le chagrin est si fort qu’il isole. Jésus le réconforte et suscite à nouveau sa foi et celle de sa mère : « Ne crains pas, crois seulement. » Avec comme témoins privilégiés, Pierre, Jacques et Jean, il accomplit cette première résurrection, ce retour à la vie, en faveur d’une femme. Est-il nécessaire de le souligner ? Quel a dû être son éblouissement au moment où elle s’est réveillée ! On se plairait à croire qu’elle l’a suivie, qu’elle est devenue une de ses disciples. Il ne peut y avoir eu avoir qu’une histoire d’amour spirituel. Nous le saurons lorsque nous serons auprès de lui. Il n’empêche que le sujet n’est pas seulement émouvant et touchant. Ce miracle annonce la résurrection de Jésus, c’est évident. L’ancien pape Benoît relève dans un commentaire, qu’un rapprochement peut être fait avec la Transfiguration en raison de la présence des 3 témoins privilégiés, en plus des parents. Jésus avec Moïse et Élie parlait de sa montée vers Jérusalem et de sa propre résurrection. Le miracle qui se produit aujourd’hui est une image de la résurrection. Il s’agit surtout d’une réanimation d’un cadavre, comme pour le jeune homme de Naïm et Lazare. L’ancien pape mentionne la réanimation, grâce à l'habileté des médecins, de personnes cliniquement mortes.

Le sujet intéresse beaucoup aujourd’hui avec ce qu’on appelle les états de mort imminente, depuis les recherches de Mme Kübler-Ross. Ce sont des situations limites, naturellement, et qui sait les merveilles et la complexité qui se cache dans un cerveau humain, quels sont les modes de relation de notre corps et de notre âme ? C’est un grand mystère, et il est prudent de ne pas se fier à tout ce qu’on entend et lit sur ce sujet, en laissant toutefois, un point d’interrogation bienveillant. Les publications de toutes sortes, voire abusives foisonnent.

La Résurrection de Jésus est d’un autre ordre, « s’il ne s'était agi que du miracle d'un cadavre réanimé, cela ne nous intéresserait, en fin de compte, en aucune manière. », dit l’ancien pape Benoît. Tout de même un peu…

La Résurrection de Jésus est « l'évasion vers un genre de vie totalement nouveau, vers une vie qui n'est plus soumise à la loi de la mort et du devenir mais qui est située au-delà de cela - une vie qui a inauguré une nouvelle dimension de l'être-homme, une sorte de « mutation décisive »,  un saut de qualité. Je me permets une citation le sujet étant sensible.

Relevons encore que la Résurrection de Jésus et la nôtre est un des points de divergence irréductibles avec les religions orientales. On prend mieux conscience de cela avec l’expérience spirituelle du Père Henri Le Saux et certaines réflexions à ce sujet. La résurrection est historique, et nos personnalités ont un caractère irréductible. Elles ne sont pas appelées à se fondre dans un grand tout spirituel et divin. Il y aussi cette sorte de conservation et de transformation de notre dimension matérielle et corporelle. Rien de la création issue de Dieu n’est rejeté, tout est assumé jusque dans la vision de Dieu. A la résurrection notre corps sera « intégré » à la béatitude et y participera. Il est difficile d’utiliser des mots simples. Nous sommes créés à l’image de Dieu. Le sujet est vaste et appelle un saut dans la foi. Notre résurrection surviendra à la suite de la résurrection de Jésus, vrai Dieu et vrai Homme. « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. »

Nous sommes tous invités à la joie : « Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi, et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce ! » Puisse-t-elle habiter en nous. Le Christ veut nous communiquer sa joie, que Notre-Dame nous aide à l’accueillir. Amen.

dimanche 13 juin 2021

Le Cédre du Liban chez nous. Ce n'est pas un rêve!

 




13 juin 2021 - dimanche, 11ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B
Lectures de la messe
Première lecture « Je relève l’arbre renversé » Ez 17, 22-24
Psaume Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! 91 (92), 2-3, 13-14,...
Deuxième lecture « Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition... 2 Co 5, 6-10
Évangile « C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit... Mc 4, 26-34

 Chers Frères et Sœurs,

Lorsque nous entendons des mots tels que règne, et règne de Dieu, nous avons diverses représentations qui nous viennent à l’esprit, de l’épopée napoléonienne à la royauté de droit divin en passant par les intégrismes de tout poil, puis en intégrant l’abomination de la désolation de notre époque contemporaine, l’horreur totale : les personnalités narcissiques perverses, manipulatrices, incapables d’empathie, toxiques, etc… l’horreur à petite et grande échelle. Le vocabulaire est riche. L’Église étant composée de personnes humaines et donc faillibles et pécheresses n’est pas exempte… Il n’y a pas eu que les Borgia, et même Marozie et Théodora qui avait de la suite dans les idées.  

Le royaume de Dieu ce n’est pas cela. Les disciples ont eu bien de la peine à le comprendre. Même après la résurrection et avant l’Ascension, ils songeaient à un royaume terrestre, une domination d’Israël sur toute la terre. Les Apôtres envisageaient des postes de ministres, avec des miracles et Jésus ressuscité à leur tête, ç’aurait été une heureuse promenade de santé, le paradis sur terre. Jésus avec toute sa pédagogie n’arrivait pas à le leur faire comprendre. L’auraient-ils suivi s’il leur avait dévoilé tout ce qu’ils auraient du souffrir comme lui. Comme traumatisme, il ne pouvait d’ailleurs rien y avoir de plus fracassant et destructeur que sa propre mort. C’est bien ce qu’escomptaient pharisiens et grands-prêtres qui avaient condamné et fait exécuter Jésus : A la mort du berger, le troupeau aurait du se disperser. Les évangiles, les Actes et saint Paul nous disent pourtant que c’est le contraire qui s’est produit et vous-mêmes en êtes les témoins. Nous ne serions pas ici, si une force discrète et incroyablement puissante n’était entrée en scène et n’agissait pas en nous, n’agissait pas dans l’Église.

Même après des glaciations ou des hivers très rudes, la vie surgit à nouveau. Jésus prend l’exemple de la croissance des blés ; nous les voyons pousser dans nos champs en cette saison. Dans nos jardins, il arrive même qu’après avoir bien retourné la terre, surgissent quelques plants issus de l’année précédente. La vie est têtue, j’allais dire comme l’Esprit-Saint, mais il l’est encore plus, il est encore plus fort.

Vous avez retenu l’image du cèdre de la première lecture. « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. » Il paraît qu’en Ajoie on va en tester en raison du réchauffement climatique. Je les aime beaucoup, parce que étant tout petit, il y en avait un à côté de la maison de mon grand-père. Je les aime, non seulement à cause du plus vieux de Suisse à Genève près de la gare, qui a vu Napoléon, mais encore parce qu’il rappelle le Liban qui souffre beaucoup aujourd’hui. Il nous faut prier pour ce pays. La lecture parle d’une tige emportée par le grand aigle, ce type de multiplication est plutôt difficile pour cette espèce. Le grand aigle, c’est le Seigneur, qui l’emporte sur la montagne où Jésus est mort et ressuscité. Le grand arbre va symboliser pour les Pères la première alliance et le rameau qui va devenir un grand arbre, l’Église. C’est la lecture qui en est faite aujourd’hui. L’Église grandit toujours.

Est-ce visible en permanence ? Mais alors ce fameux Royaume où se construit-il et quand? Il paraît bien discret et vieillissant en certaines périodes. Comment le discerner, quels chemins de croissance utilise-t-il ? Lorsque le Seigneur s’est élevé pour aller siéger auprès de son Père , il a demandé à ses Apôtres d’aller apporter la Bonne Nouvelle à toutes les Nations et de les baptiser au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit jusqu’à ce qu’il revienne. Rappelons-nous que nous avons reçu avec notre baptême et avec la confirmation deux dons extraordinaires qui laissent une marque dans notre âme. Les théologiens disent qu’il s’agit de sacrements à caractère. Ce sont des sources de vie, non seulement pour nous, mais pour ceux qui nous entourent.

Nous fêtions vendredi le Sacré-Cœur et un très beau texte de saint Bonaventure nous expliquait qu’il est la source de la vie et que le sang et l’eau signes de la vie et de l’amour de Jésus s’écoulait et se divisait en 4 fleuves qui arrosaient le paradis. Nous pourrions aussi dire qu’ils entrent dans le sol et la terre de notre humanité pour ressortir en nous et se répandre autour de nous, à la manière de résurgences comme certaines rivières, par la porte des sacrements que nous avons reçu. Le Seigneur entre en nous pour nous faire grandir et faire grandir son Église, pour que son amour vienne imprégner toutes nos vies. Le sacrement de mariage sert à fortifier et grandir l’amour de ceux qui se le donnent, par seulement pour que s’améliore leur confort personnel… « Notre chez nous à nous tous seuls, prière de ne pas déranger pour l’éternité », c’est au contraire pour que se répande le véritable amour dans sa totalité pour le bien de tous et pour que grandisse la communauté de ceux qui ont le bonheur de rencontrer Dieu. L’Église a un aspect visible et invisible. Elle est destinée à accueillir tous les hommes, car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et il veut qu’aucun ne se perde, il aime toutefois notre liberté qui est à l’image de la sienne. Dieu est parfaitement libre et aime parfaitement. La Trinité est un mystère d’amour où les trois personnes se donnent totalement. Nous sommes appelés à partager cet amour, à notre place d’hommes et de femmes. Jésus en sa personne est venu montrer qu’il est possible à l’homme de rencontrer Dieu et de participer à son bonheur, non pas en restant à côté de la porte d’entrée en écoutant la musique de la fête, mais en devenant nous-mêmes participants du bonheur de ce Royaume où Dieu sera tout en tous. L’Eucharistie nous a été donnée pour grandir, pour marcher vers le Royaume. Notre croissance s’achèvera dans notre rencontre avec le Seigneur qui n’est pas une fin, mais une participation à son bonheur.

Le Royaume de Dieu est au-dedans de nous et nous serons un jour totalement en Dieu. Mais ce Royaume commence dès maintenant, l’invisible englobe le visible. Le pape François aime à rappeler que nous ne pouvons pas établir un mur de séparation entre le bonheur à venir et ce que nous vivons maintenant. « Le royaume de Dieu n’est pas seulement à placer dans le futur. « Le royaume de Dieu est parmi vous », il est déjà présent et nous pouvons dès maintenant faire l’expérience de sa puissance spirituelle. Dieu vient établir sa seigneurie dans notre histoire, dans l’aujourd’hui de tous les jours, dans notre vie ; et là où elle est accueillie avec foi et humilité germent l’amour, la joie et la paix. Le signe que nous pouvons retenir est celui de la joie qu’avait allumée dans le cœur des Apôtres l’Esprit-Saint. Il est assez particulier d’avoir reçu la bastonnade, d’avoir traversé les épreuves de Saint Paul et d’être joyeux. Nous pouvons demander à l’Esprit de nous donner cette joie que rien ne devrait pouvoir éteindre. Que Marie dont nous fêtions le Cœur Immaculé hier nous apprenne à accueillir cet Esprit et à le donner pleinement par notre oui. Amen.