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dimanche 7 juin 2026

Miséricorde trinitaire

 


 7 juin 2026 10ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

 Intro

 Ce 10ème dimanche du temps ordinaire et 1er Dimanche en vert nous conduit sur les chemins de la miséricorde à la rencontre du Seigneur. Le thème nous est cher et familier, tant les papes Jean-Paul II et François ont insisté sur cette question. Nous en avons besoin tant pour nous, personnellement, que communautairement, en Eglise. Vous avez entendu que le pape Léon s’est rendu visite en Espagne. Il a longuement parlé aux autorités qui l’accueillaient de la spiritualité du carmel avec Jean de la Croix et Thérèse d’Avila. Leur passion pour le mystère divin a fait d’eux des amis. Leur mystique est une mystique « des yeux ouverts », c’est-à-dire qu’elle n’est pas étrangère à l’histoire. Au contraire, elle nous conduit à la racine des questions, au cœur de la réalité. 
Nous allons recevoir ici à Develier une visiteuse de marque venant du Carmel de Dijon, sainte Elisabeth de la Trinité. Elle vient aussi nous partager son expérience spirituelle de carmélite et nous inviter à ouvrir l’oreille de notre cœur, et les yeux de notre foi. 

 Homélie

« Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Chers frères et sœurs

Les thèmes d’aujourd’hui et  l’Evangile nous sont familiers. Mais n’y sommes-nous pas un peu trop habitués ? L’office des lectures a commencé par ces mots d’un évêque et martyr adressés à l’Eglise de Rome : « Ignace, appelé aussi Théophore (Porte-Dieu), à l'Église, qui a obtenu miséricorde par la magnificence, du Père très-haut et de Jésus Christ, son Fils unique. »

L’Eglise de Rome a commencée par un cadeau, celui de la miséricorde venue par la magnificence,  la grandeur, la majesté du Père Très-Haut et de Jésus-Christ, son Fils unique. La miséricorde nous vient du cœur de la Trinité : De l’échange et du don d’amour du Père, dans l’Esprit qui peut nous être transmis par le sacrifice de Jésus.  L’Esprit répandu vient nous rendre capable de participer au mystère de la Trinité. Il a saisi le cœur d’Elisabeth pour la transformer. Elle a pris dans son nom de Carmélite, ce mystère. Toutes nos sœurs ont une noble particule spirituelle.

Le Seigneur avait fait comprendre à Pierre au soir du Jeudi Saint la nécessité d’une purification venant de lui : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. ». Devant sa réaction, il l’a rassuré, mais en même temps avec l’exemple de Juda, il a mis ses Apôtres en garde de ne pas se prendre pour Dieu, de ne pas s’établir en juges du mystère divin et de la miséricorde divine. Il y a un secret entre Dieu et les âmes de chacun d’entre nous.  Les pharisiens s’étaient portés juges de ce qu’accomplissait le Seigneur durant son ministère.

La miséricorde passe aussi par le service du lavement des pieds que nous nous rendons les uns aux autres, par ce travail de l’amour qui nous vient du Seigneur. Nous nous disons parfois qu’il pourrait nous transformer par sa grâce sans nous faire franchir des étapes qui nous font pousser bien des soupirs. « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. » La connaissance de Dieu, n’est pas qu’une affaire de  concept, mais bien de vie avec le Christ, en mettant en pratique ce qu’il demande. La formule du pape François reprise par son successeur hier à Madrid, a du juste : « la réalité est supérieure à l’idée ». Le Christ ne peut naître et grandir en nous que par la réalité, le vécu. C’est son mode de de connaissance privilégié. Nous pourrions faire un jeu de mot avec naissance et connaissance. En rester à une connaissance intellectuelle, fais de nous des pharisiens qui pensent mettre la main sur Dieu.

Saint Paul prend l’exemple d’Abraham pour nous demander de persévérer d’espérer contre toute espérance : «  Devant la promesse de Dieu, il n’hésita pas, il ne manqua pas de foi. » « Il est devenu le père d’un grand nombre de nations. »

Les saints héritent de ce type de maternité ou de paternité spirituelle.  Fréquemment, nous sommes d’abord intéressés par les miracles retenus lorsqu’il y a de nouveaux saints et bienheureux dans l’Eglise.

En raison des circonstances, vous me permettez de rappeler ceux retenus pour  Elisabeth. Le premier concerne un cistercien,  Dom Jean Chanut, moine de l’Abbaye de Cîteaux avait été guéri en 1943 d’une tuberculose des reins. Il est devenu Abbé de cette Abbaye, puis est décédé en Afrique en 1980. Notre carmélite a été bienveillante envers un pratiquant de la règle de saint Benoît. Il n’y a pas que Cluny en Bourgogne… La charité du Carmel englobe les fils de Saint Benoît.

Le deuxième miracle concerne une professeur de religion atteinte d’une maladie orpheline, elle a été guérie sur le parking du Carmel le 2 avril 2002. Comme quoi nous pourrions aussi y être exaucé !

Les  écrits d’Elisabeth ( prières, poésies et lettres) nécessitent pour les approcher de les parcourir tranquillement chez soi, il ne s’agit pas de faire de la lecture à grande vitesse. Elle était pianiste de grande qualité. Laissez résonner la musique de ses mots en vous. Ce sont de belles lectures de vacances. Les tempéraments et les styles sont différents au Carmel, mais Dieu joue juste de tous ses instruments et les accorde constamment à son fils.

Pour la vie de l’Eglise le miracle le plus important est celui de la miséricorde du Seigneur. Elle lui permet et nous permet de grandir, d’accueillir le don de la foi, de vivre dans l’espérance et la charité.

Nous allons conclure avec le début de la  prière de Sainte Elisabeth à la Trinité, la très très très sainte Trinité comme le disait Saint Jean-Paul II .

O mon Dieu, Trinité que j’adore,

aidez-moi à m’oublier entièrement

pour m’établir en vous, immobile et paisible

comme si déjà mon âme était dans l’éternité!

Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous,

ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte

plus loin dans la profondeur de votre Mystère.

Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel,

votre demeure aimée et le lieu de votre repos;

que je ne vous y laisse jamais seul,

mais que je sois là tout entière,

tout éveillée en ma foi, tout adorante,

toute livrée à votre action créatrice.

Notre-Dame du Mont-Carmel : priez pour nous ! Amen.

 

dimanche 17 mai 2026

Il est dans la gloire! Il siège à la droite du Père!

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 17 mai 2026

7ème Dimanche de Pâques (semaine III du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

 « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. » 
Cher frères et sœurs,
Elevé sur la croix, le Seigneur s’est encore élevé parmi les ovations, aux éclats du cor, dit le refrain d’un psaume. Il est entré dans la nuée, la Shekhina, le lieu de la présence divine. Le mot signifie  être installé, habiter, résider. On pourrait aussi dire le lieu de la  gloire de Dieu. En tant que Dieu, le Seigneur y est demeuré toujours. Mais il y est entré maintenant en tant qu’homme, il nous a donc ouvert à tous et à toutes, dans son humanité, la porte de la vie divine avec son Père. Il y est en tant qu’homme, et il est bon de rappeler que Marie lors de son Assomption y a été accueillie en tant que femme. 
Cette présence du Seigneur dans la gloire pourrait nous faire penser à un éloignement, « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé… la tristesse remplit votre cœur» avons-nous entendu.  Leur cœur a pourtant été dans la joie lors de la résurrection. Elle sera plus grande encore lorsque l’Esprit viendra sur eux. Le don de la foi a été plus fort en eux parce que le Seigneur est entré dans cette gloire. Léon le Grand explique que l’Ascension du Seigneur fit accomplir aux Apôtres de tels progrès que tout ce qui, auparavant, leur avait inspiré de la crainte, les rendait joyeux. Ils avaient dirigé leur contemplation vers la divinité de celui qui avait pris place à la droite du Père. Ils en avaient reçu une grâce. L’Esprit agissait déjà en eux puisqu’ils choisirent Matthias pour remplacer Juda avant la Pentecôte.
Nous avons eu d’autres signaux cette semaine dans la liturgie, sur les dons de Dieu qui nous ont été promis pour accomplir notre marche vers le Royaume, vers la Gloire, à l’image du Peuple de Dieu dans le désert. Ils avaient passé à travers la mer rouge, nous avons reçu le baptême, ils ont marché à travers les difficultés du désert et la nuée les accompagnait. Nous  le sommes aussi, mais maintenant certains que le Seigneur est avec nous en tant qu’homme auprès de son Père. Le chemin est sûr et balisé, mais la persévérance et la confiance en lui nous sont demandés.  Le chemin est rude, mais une force nouvelle va  être donnée à ceux qui croient en lui, celle du Saint-Esprit. Être disciple du Christ n’est « hélas » pas un chemin de facilité. Prétendre le contraire serait un mensonge, celui  de sirènes contemporaines. Notre tête est dans les cieux, mais nous marchons avec lui, maintenant. Nous écoutons sa voix dans les Ecritures et par l’Esprit dans notre cœur. Encore faut-il tendre l’oreille. 
Dans quelle direction tendre l’oreille, à quelle voix être attentif ? Elles sont  nombreuses à nous perturber dans notre quotidien, ces sirènes… Il y a eu le cirque pour le romains, et pour chaque génération, les modes, les vedettes, nos habitudes, nos obsessions et autres dadas de tous les jours. 
Je me suis un peu amusé hier matin en voyant une illustration de l’Ascension. Elle figurait le Christ escaladant décontracté un escalier de petits nuages pour entrer dans la nuée. Elle fait penser à la tradition bien connue de la représentation d’une échelle sainte qu’escaladent des moines. Le Christ les attend au sommet sur son nuage. Un bon nombre est précipité en bas par des diablotins mal intentionnés. Mais il n’y a pas de dames. Elles seront donc toutes sauvées. Quelle serait la juste représentation chrétienne ? Suivre le Christ dans la confiance n’est pas tous les jours une séance de relaxation , mais il est là. Avoir confiance c’est littéralement, mettre sa foi en lui.
Permettez-moi encore un mot sur l’Ascension. Le pape Benoît XVI a écrit un petit livre intitulé « La mort et l’au-delà ». Il y mentionne notamment le développement qu’a connu le mystère de la rencontre avec le Père et l’au-delà de cette vie, en fonction du mystère du Christ. Le plus important était l’annonce de la résurrection (cf p. 139 ss). La réflexion sur l’Ascension, sur l’anthropologie, la rencontre avec Dieu, l’attente de la résurrection sont venues ensuite. Il n’y a plus d’état intermédiaire, les saints n’attendent plus « sous l’autel » mais voient Dieu. Il a fallu aussi écarter les représentations de la mythologie grecque.
En ce dimanche des médias, le message du pape Léon est centré sur la très problématique utilisation, de l’intelligence artificielle. On nous invite à voir confiance en elle, à la croire. Notre jeune pape nous met en garde contre cet envahisseur. Les médias en sont aussi, et ils peuvent vouloir manipuler plus qu’informer, personne n’est dupe. Il  est bon de prendre des temps de retrait et de se mettre à l’abri des écrans avec une lecture et de s’exercer à une réflexion personnelle critique. Des images et même des icônes, l’IA peut en confectionner de très ressemblantes et canoniques, mais elle se démasque souvent. Cette toute-puissance va aussi jusqu’à constituer des photos de personnes truquées et des films, vous l’avez lu dans vos journaux. On essaye par exemple de cloner des voix de proches pour faire sortir la carte de crédit. Il vaut mieux maintenant laisser celui qui vous appelle, s’annoncer. L’IA  n’est pas une excuse pour ne pas aider ! J’ai cru que c’était l’IA. Le Pape Léon pour cette 60ème journée des communications sociales nous rappelle d’abord que le visage et la voix sont des traits uniques et distinctifs de chaque personne. Je vous invite à le lire sur la toile ou à demander à quelqu’un un tirage papier. Il existe un désir de domination et de toute-puissance dans le cœur humain, mais il  ne peut être comblé que par celui qui est tellement tout-puissant qu’il va jusqu’au don de lui-même et se faire le tout-petit et le tout-proche, parce qu’il aime. Un mot qui a bien de la peine à être entendu dans le tintamarre du « MOI JE ». Si nos homélies sont parfois un peu longues, pardonnez-nous, nous obéissons et composons donc sans IA. 
Le Père a aimé son Fils jusqu’à nous le donner. Avec Marie demandons pour nous la venue de l’Esprit-Saint, avec nos sœurs du Carmel. Il est de coutume de faire en ce temps de préparation à la Pentecôte. Viens Esprit-Saint en nos cœurs allume en nous le feu de ton amour. Amen.

dimanche 10 mai 2026

Le Défenseur vient bientôt.

 10 mai 2026

 6ème Dimanche de Pâques (semaine II du Psautier) — Année A

 
 
Lectures de la messe

Fêtes des mères en Suisse :



Carmel 6e Dimanche de Pâques A - 10 mai 2026

Introduction
Mes sœurs, chers frères et sœurs, 
Bienvenue et merci de venir célébrer ce 6e Dimanche de Pâques. Il est aussi la fête des mères cette année. Alors bonne fête à toutes les mamans, leurs enfants ne les oublieront pas aujourd’hui, celles qui sont parmi nous et celles qui veillent sur nous auprès de Dieu. Nous n’oublions pas les mères spirituelles. Sainte Thérèse d’Avila était surnommée la Madre, la mère des spirituels. Il me semble que c’est une coutume au Carmel d’adopter un frère missionnaire. Nos sœurs et mères spirituelles portent le souci des prêtres notamment. Je crois n’avoir oublié personne. Le Seigneur va confier à sa mère l’Eglise naissante dans l’attente du Saint-Esprit. Il s’en va Jeudi. 




Homélie
Chers Frères et Sœurs, chers Amis,
« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur ». Le ton liturgique nous est donné par le titre de notre Evangile. Le Seigneur s’en va bientôt, mais il fait une promesse qu’illustrent les premières lectures : le don d’un défenseur, un inspirateur de locuteurs. Belle expression pour nous faire sourire. 
Le Seigneur veut nous  faire envoyer un défenseur le Paraclet, Paracletos, le terme est utilisé par saint Jean, à 5 reprises, pour l’Esprit-Saint, mais il l’est aussi une fois pour Jésus dans sa 1ère épître comme intercesseur auprès du Père. Dans l’antiquité, il fallait habituellement se défendre tout seul, lorsqu’on était accusé. Les avocats sont apparus progressivement, mais plutôt comme des orateurs, c’étaient des  gens instruits. Saint Augustin en était un.
Il va toucher les cœurs pour que la Bonne Nouvelle soit transmise à toutes les générations. Et qu’elles puissent dire à Marie qu’elle est bienheureuse. Nous avons besoin de bons parleurs en Eglise et de haut-parleurs, mais aussi de murmurateurs dans le creux de l’oreille, de témoins de tous les jours par les actes. Nous avons besoin également de diacres. Il n’est pas nécessaire qu’ils soient très jeunes. Philippe faisait partie des 7 premiers diacres. Ce défenseur va permettre de construire l’Eglise, en transformant les cœurs. Il va la construire sur le modèle du Christ. Il va mieux encore faire vivre le Christ en elle. L’Eglise est le Corps du Christ, le temple de l’Esprit-Saint, n’est-ce pas le sens du passage de l’épître de Saint Pierre. « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense » . Comment la présenter ? Pourquoi pas avec l’Alléluia Pascal ? Nous avons entendu hier à l’Office des lectures une réflexion de Saint Augustin. Il nous expliquait son sens :  « Alléluia. Loue le Seigneur. Tu le dis à un autre, lui-même te dit la même chose. Lorsque tous font la même exhortation, tous y répondent. Mais louez-le par tout vous-mêmes : c'est-à-dire que votre langue et votre voix ne doivent pas être seules à louer Dieu ; louez-le aussi par votre conscience, par votre vie, par vos actions. » 
Le Seigneur demande en permanence à son Père qu’il nous envoie l’Esprit, il est notre intercesseur notre Grand-Prêtre et il est exaucé. L’Esprit du Père et du Fils vient à nous pour nous transformer. Il vient en nous pour nous transformer en d’autres Christ, une expression de Sainte Catherine de Sienne que j’apprécie beaucoup. La petite troupe de ses disciples la considéraient aussi comme leur mère spirituelle.
Lorsque le père s’en va dans une famille, par exemple lors d’un décès ou même dans le cas extraordinaire de Nicolas de Flüe (il nous écoute au fond de la chapelle), les mères de famille font preuve de ressources spirituelles et personnelles parfois extraordinaires. Le Seigneur en partant auprès de son Père va confier l’Eglise naissante à Marie qui va intercéder pour elle et prier aussi pour la venue de l’Esprit et l’accueillir comme elle  l’avait fait à l’Annonciation. Nous ne comprendrons pleinement son rôle, me semble-t-il que lorsque nous serons là-haut. 
Il est intéressant pour moi de remarquer que le départ du Seigneur nous fait penser à celui d’un père qui s’en va, mais il ne veut pas de ce titre. Il est le Fils. Et nous devenons fils dans le Fils. Fils de qui donc ? de Dieu qui est le seul Père. Il est notre tête qui est déjà dans les cieux.
Nous pouvons illustrer cela par Isaac de l’Etoile, un cistercien du 12e siècle nous disait cette semaine : « Par cet Esprit, il est né du sein de la Vierge comme Fils de l'homme, et comme notre Tête ; par le même Esprit, nous renaissons pour notre part de la source baptismale comme fils de Dieu, comme son corps. » 
Entrelacs mystérieux, de la grâce et des saints d’hier, d’aujourd’hui, de demain, pour que grandisse à jamais le corps du Christ, selon la formule du Jubilé de l’an 2.000. « Oui, je viens sans tarder. » dit-il à la fin de l’Apocalypse.
En ce mois de Mai, mois de Marie, mois le plus beau, nous prions Marie avec notre pape Léon qui  a fêté l’anniversaire de son élection à Pompéi. Marie nous rassemble, elle est la Mère de l’Eglise, chaque jour elle nous apprend à accueillir l’Esprit pour devenir fils dans le Fils, enfants de Dieu. 
Je termine avec le Pape Léon : Saint Bartholoméo Longo, pensant à la foi de Marie, la définit comme « toute-puissante par la grâce ». Par son intercession, que du Dieu de la paix vienne un élan de miséricorde qui touche les cœurs, apaise le ressentiment et la haine fratricide, et éclaire ceux qui ont des responsabilités particulières de gouvernement.  Frères et sœurs, aucune puissance terrestre ne sauvera le monde, mais seulement la puissance divine de l’amour, cette puissance divine de l’amour que Jésus, le Seigneur, nous a révélée et donnée. Nous croyons en lui, nous espérons en lui, nous le suivons ! » Amen ! 




dimanche 26 avril 2026

Le Bon Pasteur

 


26 avr. 2026 - 4ème Dimanche de Pâques (semaine IV du Psautier) — Année A


Chers Frères et Sœurs, chers amis,

Le Seigneur dans l’Evangile se présente comme le « bon berger ». Ce thème du berger est bien connu dans les Ecritures et fait certainement d’abord référence à David, le jeune homme que Dieu était allé chercher derrière son troupeau pour devenir roi d’Israël. Les références ne manquent pas d’Abel le juste à Abraham et Isaac, Jacob, Moïse. Nous gardons encore en Eglise un peu de ce langage avec la pastorale justement.

Ce passage de l’Evangile de saint Jean se déroule dans un contexte conflictuel avec les pharisiens. Le Seigneur fait un mystérieux rapprochement. A propos de cette bergerie, il mentionne un portier qui ouvre la porte au berger. Saint Augustin en  commentant ce passage réfléchit à plusieurs options. La bergerie est le peuple de Dieu, les pharisiens et responsables religieux sont les portiers. Ici ils sont sourds à l’appel. Le Seigneur devient la porte. Le Saint-Esprit, le portier qui l’ouvre. Nous pouvons sans peine faire un rapprochement sur un autre plan, personnel, avec notre cœur, notre propre conscience et notre discernement qui nous rendent sensible à l’appel du Seigneur.

Il frappe ! Alors qui est ce pasteur et que veut-il ? « Quel pasteur, en effet, appelle ses brebis par leur nom, et les conduit de ce monde jusqu’à la vie éternelle ? ». Le Seigneur à coup sûr il nous a créés pour entrer en communion avec nous et il nous parle au coeur. Nous avons tous une vocation, un appel à le suivre.

 Le pape Léon nous a donné un message pour la journée mondiale des vocations. Il en est de nombreuses dans l’Eglise, mais les vocations sacerdotales et religieuses ainsi qu’une réponse positive ont une grande importance. Je crois qu’à Moutier nous en sommes conscient.

Il nous y dit notamment que « Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. » J’ai été surpris par l’utilisation du mot « beau » à la place de « bon » : le bon berger. Le grec   kalos est traduit par beau ou bon. En français, nous avons dans l’oreille le « bon » maître. Mais c’est agathos qui est utilisé. Jésus dit avec ce mot, dans ce contexte-là que Dieu seul est bon. La Bible des Septante utilise le mot καλὸν lorsqu’elle traduit l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est tov en hébreu. Nous retrouvons derrière ces 2 mots en grec un idéal de l’antiquité Kalos kagathos , littéralement : « bel et bon ».  Il s’agissait d’un idéal d'harmonie de corps et d'esprit dont l'athlète grec aurait été le modèle. Vous aurez remarqué que le bon berger a été mentionné dans le verset de l’alléluia, mais pas dans l’Evangile pourtant il suit bien le passage lu. Lire l’Ecriture est passionnant, et c’est toujours une véritable enquête qui nous dévoile des trésors. Je vous laisse poursuivre par vous-mêmes, mais ni perdons pas notre latin… Surtout n’oublions pas que le plus important est notre frère et notre sœur : Nous avons aussi un voix intérieure, un instinct spirituel qui nous guide et doit être éclairé.

Le Seigneur ne se laisse pas arrêter par les portes du Cénacle à la résurrection. Elles sont closes par peur des Juifs et voilà qu’il est là. L’Esprit va faire ouvrir toute grande à la Pentecôte celles du Cénacle. Si vous me permettez, il y a aussi là une relation avec la Vierge Marie. Les 3 étoiles sur son vêtement signifient Vierge, avant, pendant et après l’enfantement. Ce qui est impossible sans une action de Dieu. Il n’y a pas besoin d’être médecin pour poser cette affirmation.

Le berger a donc ouvert et reconnu le chemin par sa mort, sa descente aux enfers et sa résurrection. Il protège et défend ses brebis. Elles doivent grandir, selon un idéal de bonté et de beauté évangélique, à l’image de leur pasteur. Il ne s’agit pas de rester un de ces petits agneaux qui vous font craquer au printemps. Ils devraient tout le temps rester ainsi. La clef de notre croissance est la charité. Si la production de laine est problématique en Suisse, le Seigneur veut valoriser les produits de notre charité pour le royaume.

Le Seigneur et l’Esprit veulent que ses disciples grandissent à son image pour entrer dans le royaume et ressusciter. Ce qui n’est pas confortable, je crois que nous ne nous faisons pas d’illusions. Mais lui est là, il est notre gardien. Il nous conduit vers notre nouvelle naissance. Elle a commencé par notre baptême. Sa résurrection est déjà en nous. Chaque année par la liturgie, il vient nous le rappeler pour nous inviter à la confiance et nous rassurer. Nous le rencontrons dans son Eglise par les sacrements, la méditation des Ecritures, et des frères pour nous accompagner. Il est le bon et le beau berger qui veille toujours à la porte de notre coeur et nous aide dans nos discernements.

« Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour » dit le pape Léon dans son message. Il nous accompagne dans nos choix et les missions qu’il nous donne, pour nous-même, nos familles, dans la société et l’Eglise. « Toute vocation, dit-il, ne peut que commencer par la conscience et l’expérience d’un Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 16) : Il nous connaît profondément, il a compté les cheveux de notre tête (cf. Mt 10, 30) (et ceux que nous avons déjà perdu) et il a pensé pour chacun un chemin unique de sainteté et de service. »  

Les appels et vocations au service de l’ Eglise, en particulier, le sacerdoce et la vie religieuse sont particulièrement importants aujourd’hui. Nous ne prions pas, seulement aujourd’hui, pour les vocations. Je vous rappelle que le service romand des vocations nous a communiqué que  2026 et 2027 est une année de prière pour les vocations. Je vous laisse consulter leur site. Une vocation naît dans le cœur de la personne. C’est le rôle de la famille et de la communauté de l’accompagner et de l’aider à mûrir. Ne l’oubliez pas. Le réservoir de prêtres s’amenuise. La communauté a besoin de bergers pour célébrer et poursuivre sa marche.

Reine du ciel, réjouis-toi ! Alléluia !


dimanche 19 avril 2026

Emmaüs

 

19 avr. 2026

3ème Dimanche de Pâques (semaine III du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

Chères Frères et Sœurs,

Les disciples d’Emmaüs se sont mis en chemin, mais dans quel état ? Les pauvres ne paraissent plus croire à rien et en rien. Le Jésus qu’ils imaginaient roi d’Israël et souverain de son peuple, est mort crucifié comme un bandit. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’étaient pas crédules. Ils partent mais Jésus ne les abandonne pas. Il vient lui-même les rechercher alors que les témoignages du tombeau vide et des femmes n’ont pas pu les convaincre de la résurrection. Ils se sont mis en chemin vers Emmaüs, à 2 heures de Jérusalem. Emmaüs a été localisé à 2 ou 3 endroits. Les croisés ont bâti une église sur l’un d’eux des cites présumés, l’actuel monastère des bénédictins olivétains d’Abu Gosh, un autre à Emmaüs-Nicopolis et le 3ème à Kiriath-Jearim près d’Abu Gosh justement. Un bon nombre d’interpellation avec le tombeau vide, les premiers témoignages et difficultés à croire, l’aide du Seigneur qui culmine dans l’Eucharistie.

Nos deux disciples dont l’un se nomme Cléophas paraissent bien sceptiques. La tradition dit que Cleophas était le père de Jacques le Mineur, l’époux de la sœur de Marie, mère de Jésus, et le frère de Joseph. Se peut-il qu’il n’ait pas cru ce que disait sa femme ? Son nom signifie « mes échanges »… Cela fait penser à un commerçant méfiant. Nous nous disons qu’ils auraient tout de même pu attendre. S’agit-il de la peur d’une psychose collective selon l’appellation d’aujourd’hui ?

J’aime à souligner ces jours la diversité des témoignages de la résurrection, ils sont de bons signes en sa faveur. Nous n’avons pas affaire à un mot à mot d’une version unique dictée directement par Dieu à une sorte de saint notaire, mais de témoignages de communautés et des témoignages personnels.

Ces deux disciples avancent sur leur chemin et voilà qu’ils sont interpellés par un inconnu qui chemine avec eux. Ils témoignent de ce qu’ils ont vécu, et de leur réaction devant l’annonce de ce fameux tombeau vide surtout avec des femmes qui ont vu des anges… Nous sentons une certaine retenue masculine devant le témoignage féminin et celui d’une possibilité du témoignage des anges. Pourtant ils ont bien été les premiers témoins de la résurrection, tout comme les messagers de la nativité… Mais il faut des témoignages humains celui d’hommes plus durs à convaincre. Ils verront Jésus ressuscité et ils ne seront que 11 Apôtres en plus des autres disciples. Selon certaines opinions rabbiniques, à l’époque, les femmes ne pouvaient témoigner que de la mort de leur mari, notamment. Parmi les pécheurs que nous sommes, Marie Madeleine a pourtant été l’Apôtre des Apôtres ayant vu la première Jésus ressuscité. La mort du Christ, oui, en quelque sorte, mais sa résurrection ! C’est autre chose. La résurrection paraît être non une lumière mais un obstacle insurmontable, pour la plupart. Elle est un de ces surplombs en montagne qui cache le ciel de la connaissance. Heureusement pour moi, je ne suis pas varappeur. J’aurais trop peur et l’âge venant c’est problématique. Excusez mon jeu de mot.

L’obstacle du mot « résurrection » est un de ceux qui font le plus peur aujourd’hui. On en rit facilement. Mais pourquoi la résurrection serait-elle moins impossible que la création de notre univers visible ? Il paraît bien avoir eu un commencement minuscule mais il est si complexe et si merveilleux dans son déploiement. Affirmer que nous ne serions que matière n’est qu’une sorte d’acte de « foi » matérialiste, une affirmation qui ne peut être prouvée. Dire aussi que nous serions dissous au final, dans une entité spirituelle qui aurait eu quelques distractions. En quelques sorte elle aurait laissé par mégarde se répandre quelques parties d’elle-même dans la matière. Un croyant ne peut qu’être interpellé par le témoignage des Apôtres et de la première communauté. Quant à nous, le Seigneur veut nous rejoindre par la foi.

Il est pourtant si loin apparemment. Un mot m’interpelle dans la 2ème lecture, celui de « crainte » de Dieu. Elle n’est pas en contradiction avec un amour confiant. Elle représente un aspect caractéristique de l’amour de Dieu : on ne peut reconnaître et aimer Dieu qu’en reconnaissant et en aimant la différence absolue par laquelle on est, soi-même, séparé de lui. Elle provient du fait que nous constatons nos limites devant lui qui est pourtant le tout présent dans son rapport de communion avec nous et nous avec lui, mais aussi le tout autre. Ce tout autre s’est fait tout proche et petit, il est ressuscité et vient nous rejoindre sur le chemin. C’est Jésus.

Jésus vient à notre aide sur nos chemins de foi, il nous accompagne, il nous donne des explications non seulement par les témoignages et leur réconfort, par la médiation des Ecritures. Il l’a fait pour les disciples d’Emmaüs. Il nous parle au cœur, il nous faut conserver précieusement ce qu’il nous dit et le discerner. Le pape Léon a encouragé les pays d’Afrique à la justice sociale et a aussi mis en garde contre les manipulations et une domination de l’intelligence artificielle lorsqu’elle veut remplacer progressivement la réalité par sa simulation.

Je ne peux que conseiller de prendre du temps pour vous et pour le Seigneur, avec l’Ecriture, et de vous laisser parler au cœur. Il est plus grand que nous, infiniment, mais il est en nous. Il chemine à notre rythme humain. C’est pour cela que nous comprenons mal ce qui se faisait autrefois. Il s’était adapté à nos propres lenteurs humaines. Mais il nous aime à un tel point qu’il nous accompagne et nous rejoint par les sacrements, en particulier par l’Eucharistie où il s’est fait reconnaître. Il nous demande de donner notre témoignage, là où nous sommes et où nous en sommes, avec humilité.

Marie est très silencieuse après la résurrection. Elle nous invite à donner notre témoignage elle qui se réjouit la première de la résurrection de son Fils. Elle a été en quelque sorte l’Eglise en prière, ou plutôt elle se préparait à être Mère de l’Eglise.

Reine du ciel réjouis-toi, Alléluia !