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dimanche 15 février 2026

Quasimodo, Hermann Contract, Donna flemma et surtout Regina angelorum

 



15 févr. 2026  6ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

Chers Frères et Sœurs,

Nous avons aujourd’hui des lectures assez délicates à commenter en période de Carnaval, sur le thème de la Sagesse et sa finalité. Carnaval est une période de folie relative où certaines barrières sont franchies collectivement. Si vous avez le souvenir du roman « Notre-Damede Paris » de Victor Hugo, vous vous souvenez que Quasimodo pauvre sonneur de cloches sourd, bossu et borgne avait été choisi comme pape des fous pour le Carnaval. Cela s’était passé après un concours de grimaces. Il fit éclater un rire tel qu’Homère eût pris tous ces manants pour des dieux, dit l’auteur. Selon la légende, ilsavaient assisté dans l’Olympe à un spectacle comique. Victor Hugo mentionne même le Carnaval de Venise et Quasimodo rêvait à son Esmeralda.

La sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, a été établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire dit Saint Paul. C’est tout le contraire d’un concours de grimaces et d’éclats de rire. Le Seigneur vient nous demander de laisser tomber les masques devant lui. Il n’en porte pas, mais il se cache derrière les plus pauvres. La rencontre avec lui doit nous guérir et  nous permettre de retrouver nos qualités d’enfants de Dieu. Il nous a créés à son image, il veut la restaurer. Ce qui nous surprend le plus, c’est la perfection que demande le Seigneur, une perfection qui va au-delà de la Loi. Elle n’est pas un règlement de service, une énumération pointilleuse d’actes à remplir pour être en ordre. Le Seigneur vient nous parler au cœur et conformer notre cœur au sien. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur. Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur.

La meilleure image de cette relation avec lui, est, me semble-t-il, celle de deux amoureux qui s’aiment mais sont séparés en raison d’un voyage ou d’obligations. L’autre est bien vivant au fond de leur cœur, ils se rappellent ce qu’ils se sont dit, ils se souviennent des bons moments passés. Les messageries ne remplacent pas le réel. Certains disent parfois qu’il y a un  lien spirituel tellement fort entre certains amoureux qu’ils ont des pressentiments sur ce qui arrive à l’autre. Pourquoi pas ?

L’aspect le plus délicat pour nous est que si le Seigneur est bel bien venu, nous ne pouvons pas le rencontrer maintenant par nos sens. Nous ne le pouvons que par le témoignage qui nous en est fait, par la foi, l’Ecriture et les sacrements. « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé, c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. »

Il y a un autre intervenant,   l’Esprit-Saint qui fait le lien entre nous et entre Dieu et nous. Il scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu nous dit Saint Paul. Dire que nous scrutons, nous, le fond des choses est déjà douteux, même si depuis 150 ans environ, nous avons une meilleure compréhension du monde qui nous entoure. Dire péremptoirement que Dieu n’existe pas, devient de plus en plus  douteux, avec un minimum de réflexion. Dans un passage des Noces de Figaro, Mozart fait dire à un personnage : Avec le temps et les périls, Dame Prudence survint. En italien cela fait donna Flemma capitò. Avec le temps la prudence dans nos recherches de Dieu se transforme en léthargie, en flemme, en conservatisme et nous voilà statues de sel. Le temps du Carême vient nous rendre une nouvelle jeunesse spirituelle.

Le pape Léon nous a préparé un message de Carême que vous trouverez sans peine sur la toile. Il nous invite à deux démarches importantes et d’abord à l’écoute et au jeûne : « Cette année, dit-il, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. »  

Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. Dieu Lui-même, se révélant à Moïse depuis le buisson ardent, montre que l’écoute est un trait distinctif de son être.

Je voudrais donc vous inviter, poursuit-il, à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies. Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes.

Je crois que cela suffira pour aujourd’hui. Mettez ses paroles en réserve pour le Carême et réjouissez-vous aujourd’hui avec ceux qui se réjouissent ! Confions aussi notre Carême à Notre-Dame avec son hymne pour cette période de l’Année. Elle avait été attribuée à Saint Bernard et à un moine très handicapé comme Quasimodo, mais très savant,  Hermann Contract  (?) :

Salut, Reine des cieux ! Salut, Reine des Anges ! Salut, tige féconde ! Salut, porte du Ciel ! Par toi la Lumière s’est levée sur le monde. Réjouis-toi, Vierge glorieuse, Belle entre toutes les femmes ! Salut, splendeur radieuse ! Implore le Christ pour nous. Amen.


lundi 2 février 2026

Les Béatitudes

 




Chers frères et sœurs,

 

Heureux, bienheureux êtes-vous ! Nous entendons fréquemment les béatitudes durant nos célébrations. Si la première partie des formules nous apaise  ainsi que la finale, les qualificatifs douloureux nous interpellent : il y a de la faim, de l’injustices, des larmes, des pardons à donner, donc des moments pénibles à vivre. Nous pourrions mettre en regard les exigences du Notre Père. 

Le Seigneur donne son enseignement sur une montagne, ce qui nous renvoie aux Théophanies du Sinaï et au don de la Loi. Nous pourrions voir dans les béatitudes une autre formulation ou un développement de la loi nouvelle de l’amour de Dieu et du prochain, et de ses conséquences. Vivre les béatitudes vise à nous faire entrer dans la béatitude, la rencontre et la vision de Dieu.

Le pape François relève au début de Gaudete et Exsultate, que Jésus dit à ceux qui sont persécutés ou humiliés à cause de lui « Soyez dans la joie et l’allégresse » (Mt 5, 12).  Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, avec les béatitudes (cf. Mt 5, 3-12 ; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Pour être un bon chrétien ,  il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, les béatitudes.

Quelle porte les béatitudes nous ouvrent-elle ? Saint Paul paraît nous le dire : aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus. Il s’agit de devenir comme lui en entrant en lui, en lui appartenant, en devenant comme lui. Il est le pauvre, il pleure, il est doux, il a  faim et soif de justice parce que bafoué, il est miséricordieux, il a le cœur pur, il est la paix… Bienheureux êtes-vous. Vivre les béatitudes vise à faire de nous des saints. Il y a la cohorte des saints canonisés. Dans l’Eglise, il semble qu’il y en a plus de 10.000 d’officiels, un peu plus que Delémont. Vous vous souvenez que saint Jean Paul II en avait canonisé beaucoup. Les chiffres habituels en mentionnent 482 pour lui. Ce qui peut surprendre, c’est que la pape François a presque doublé ce chiffre avec 942 canonisations. C’est pourtant bien peu par rapport aux fidèles qui ont déjà vécu et qui vivent actuellement. Pourtant nous sommes tous appelés à voir Dieu.

Comment un peuple, tout le peuple de Dieu peut-il être dans le Christ ? Vous êtes dans le Christ Jésus… Nous sentons poindre une sorte d’annonce d’un des thèmes de Saint Paul qui va apparaître plus loin : Celui du Corps du Christ. « Vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part. » « Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Eglise. »

Nous sommes dans le Christ par un choix de Dieu, qui choisit des opprimés, des affamés, des pauvres et des petits. Il se cache non pas derrière eux, mais en eux. C’est pour nous stupéfiant, tant nous avons de démonstrations de puissance et de force autour de nous, par exemple dans la communication. Le Seigneur, n’est pas dans l’ouragan et le feu, mais dans une brise légère. Il n’est pas dans les armes les plus puissantes, dans les fortunes immenses. Il ne vient pas occuper toute la place, avec la sonorisation la plus bruyante possible. Il se fait petit et silencieux.

Le prophète Sophonie un des petits prophètes du 7ème siècle avant J-C a connu une période perturbée avec 2 sièges de Jérusalem et sa chute. Elle donne un relief particulier à son expression : « un peuple pauvre et petit », humble. Il mentionne un reste d’Israël qui est recentré sur l’essentiel.  Israël a perdu tous ses moyens militaires, la maisons royale a été envoyée en exil, le peuple détruit et il ne demeure qu’un petit reste contraint de se replier sur l’essentiel. C’est essentiel est l’amour de Dieu et de ses commandements, la vie spirituelle et la vie intérieure.

Il ne s’agit pas simplement de s’extasier devant les exploits et le comportement de certains saints d’autrefois qui restent tranquillement dans leur niche ou leur icône, il s’agit de vivre dans le quotidien les béatitudes aujourd’hui. Nous avons la chance parfois de voir quelques beaux films bien faits qui nous racontent leur vie, ou des reportages sur des monuments historiques. C’est mieux que le déversement de violence ridicule auquel on essaye de nous habituer. Mais les béatitudes dans le quotidien ne serait-ce qu’à mesure homéopathique, n’est-ce pas mieux pour rencontrer le Seigneur et pour être dans le Christ Jésus, non seulement individuellement, mais en tant que communauté, en tant qu’Eglise? Cependant quel travail. Dans un monastère, fréquemment on fait attention aux petites choses, aux attentions envers les autres, envers les personnes, comme en famille d’ailleurs.

Jésus y était attentif dans son ministère : à Cana, le vin venait à manquer, Zachée très petit se cachait dans son arbre, les malades l’appelaient, la femme qu’on voulait lapider ne pouvait même plus crier. La brebis égarée l’intéresse toujours plus que les autres, comme la pièce qui se cache sous un meuble.

Nous pouvons demander au Seigneur d’attirer notre attention sur les béatitudes à vivre dans notre quotidien, avec l’aide de Marie aussi et ces qualités que sont l’endurance, la patience et la douceur, la  joie et sens de l’humour , et  l’audace et la ferveur, qualités souvent propre au monde féminin d’ailleurs. Je conclus avec les mots même du pape François.

Marie a vécu comme personne les béatitudes de Jésus. Elle est celle qui tressaillait de joie en la présence de Dieu, celle qui gardait tout dans son cœur et qui s’est laissée traverser par le glaive. Elle n’accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger. Parler avec elle nous console, nous libère et nous sanctifie. La Mère n’a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n’a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive. Montrons-lui nos blessures, d’abord notre étroitesse de cœur. Amen