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dimanche 26 septembre 2021

L'unité, le nous, un homme et une femme, un père et une mère

 



26 septembre 2021

dimanche, 26ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

Première lecture « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tou... Nb 11, 25-29
Psaume Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur. Ps 18 (19), 8, 10, ...
Deuxième lecture « Vos richesses sont pourries » Jc 5, 1-6
Évangile « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Si ta main est pour t... Mc 9, 38-43.45.47-48

Chers Frères et Sœurs,

Les textes de ce jour sont d’un abord un peu difficile et donnent l’impression d’une certaine confusion. Un commentaire dit que notre passage d’évangile contient des thèmes assez peu liés entre eux et qu’il donne l'impression d'une conversation libre de Jésus avec les siens qu'il enseigne selon leurs questions.

Ces textes permettent toutefois des ouvertures et remettent en cause quelques idées qui semblent s’établir dans l’esprit des disciples, à savoir une certaine idée d’une communauté fermée à l’image d’Israël. Israël ne devait pas se mélanger avec les autres peuples en tant que peuple élu dépositaire d’une alliance et vivant sur une terre qui lui avait été donnée. On peut donc y voir une ouverture de frontières intérieures et extérieures. La foi en Jésus devient le moyen d’appartenance au nouveau Peuple. Jésus vient appeler tous les hommes, il veut qu’aucun ne se perde et que tous soient sauvés. Cette annonce commence par le Peuple dépositaire de l’Alliance. Sa mission débute par les brebis perdues de la maison d’Israël auxquelles il a été envoyé. L’action de l’Esprit oblige de reconnaître une action de Dieu dans celle de prédicateurs n’appartenant pas au cercle étroit de ses Apôtres. Le même phénomène se reproduira lorsque l’Esprit viendra se manifester à des personnes païennes dans les Actes des Apôtres. La première lecture témoigne également d’un phénomène analogue, à un point tel que Moïse conclut dans sa réponse à Josué:  « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! » Sa prière est exaucée par la la Pentecôte, le don de l’Esprit que nous recevons tous à notre baptême et à la confirmation.

Dans le passage d’évangile qui précède le nôtre, les Apôtres venaient de se quereller sur la route pour savoir qui était le plus grand et Jésus avait désigné un enfant. « Qui l’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé ». Nous aurions envie d’ajouter que, maintenant, il va encore plus loin. Alors que les Apôtres pensaient mettre la main sur une autorité et un pouvoir, d’autres n’appartenant pas à leur groupe chassent des démons au nom de Jésus. Ce nom signifie Dieu sauve. Personne ne peut mettre la main sur Dieu et l’Esprit-Saint. Le Seigneur essaye par ce signe de leur faire comprendre que l’amour de Dieu ne se laisse pas emprisonner. Il ne veut que conduire à la communion avec lui et à celle de tous les hommes entre eux par la foi en lui. Nous sommes destinés à former une seule Nation, un seul Peuple en Lui, une seule famille, parce que nous avons aussi une seule origine.

Quelle est cette l’origine? Dans son message, le pape François commence par rappeler la Genèse : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds et multipliez-vous” » (Gn 1,27-28). Dieu nous a créés homme et femme, des êtres différents et complémentaires pour former ensemble un nous destiné à devenir toujours plus grand avec la multiplication des générations. Dieu nous a créés à son image, à l’image de son Être Un et Trine, communion dans la diversité. »

Il veut dire que nous appartenons donc à une seule famille, la famille humaine et malheureusement, la faute, la désobéissance, le péché viennent apporter la division, le scandale, l’aveuglement, l’incapacité de comprendre et de reconnaître le Seigneur, d’entendre sa parole pour ce qu’elle est, une parole qui pardonne, fait grandir et conduit à la communion.

« L’histoire du salut , dit-il, voit donc un nous au début et un nous à la fin, et au centre le mystère du Christ, mort et ressuscité « afin que tous soient un » (Jn 17,21). Le temps présent, cependant, nous montre que le nous voulu par Dieu est brisé et fragmenté, blessé et défiguré. Et cela se produit surtout dans les moments de grande crise, comme maintenant avec la pandémie. Les nationalismes fermés et agressifs (cf. Fratelli tutti, n. 11) et l’individualisme radical (cf. ibid., n. 105) émiettent ou divisent le nous, tant dans le monde qu’au sein de l’Église. »

Voilà donc que le scandale vient diviser, il brise et empêche la communion. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de rappeler qu’il ne faut pas appliquer au sens littéral ce que dit Jésus, « se couper une main, un pied, etc… » ce sont des images. Le Seigneur met en garde contre les conséquences d’un vrai scandale qui écarte de lui, un scandale qui fait tomber. Malheureusement, il s’en produit toujours en Église, dans l’Institution et de la part de baptisés dans la vie de tous les jours, que ce soit en matière de mœurs, d’argent (saint Jacques est terrible), de trahisons, d’abus. Il y a aussi les faux jugements issus de l’aveuglement et du péché qui nous écartent du Christ. Les exigences de l’Évangile, les paroles du Seigneur font scandales lorsqu’elles ne sont pas comprises. La croix elle-même est cause de scandale, une épreuve pour la foi. Annonçant sa passion, le Seigneur dira à ses disciples : "Je vous ai dit cela afin que vous ne soyez pas scandalisés " (Jn. 16,1). Nous demandons à Dieu de ne pas nous laisser entrer tentation, de ne pas y succomber. Il est nécessaire de recevoir le don de discernement et de force, et de se rappeler dans l’épreuve que le Seigneur a fait des promesses à Pierre et à l’Église, malgré les scandales provoqués par ses membres. L’Église aurait-elle pu subsister depuis sa fondation, si elle n’avait pas reçu une assistance particulière ?

Le Seigneur insiste sur l’importance de ne pas mettre d’obstacle à l’amour de Dieu et à sa transmission qui apporte la communion. Nous ne pouvons nous permettre de rejeter des paroles vraies et bien discernées qui viennent de nos frères en humanité conduits par un esprit de communion et de respect. Dieu peut passer par eux. L’Évangile a donné l’exemple de ceux qui chassaient les démons en utilisant le nom de Jésus. Nous pouvons également mentionner Jéthro, le beau-père de Moïse, prêtre de Madiane, qui avait aussi offert des sacrifices à Dieu au Sinaï. C’est un assez curieux mélange qui mentionne au moins une bonne disposition. Ce prêtre, un étranger pour Israël, avait donné à Moïse des conseils pour nommer des juges et ne pas s’épuiser. Il existe d’autres exemples.

Nous sommes tous frères en humanité, Fratelli tutti, dit le pape. Le Seigneur s’est fait l’un de nous, il nous a communiqué sa richesse, une richesse regardée avec beaucoup de scepticisme aujourd’hui et de points d’interrogations. Nous sommes en effet — comme dirait saint Paul — tenus «pour pauvres, nous qui faisons tant de riches; pour gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout» (2 Co 6, 10). Notre tout est l’Evangile, qui manifeste la puissance du nom de Jésus et qui accomplit des prodiges.

En tant que chrétien nous ne pouvons nous permettre de douter qu’il nous soit possible de construire un chemin de paix et de communion avec les nouveaux arrivants dans notre pays, ne pouvant oublier que nous avons tous une part d’immigrés en nous et que nous sommes en pèlerinage vers le royaume, vers la patrie. Nicolas de Flüe dans sa lettre aux Bernois, parlait  d’obéissance, de sagesse , de paix qui est toujours en Dieu, de protection des plus pauvres, de bonheur. Nous pouvons tous en rêver, les rêves ouvrent des chemins, même chez les as de la physique quantique dans leur matière, pourquoi pas en nous.

Marie, Mère du bel Amour, réunit, ta famille autour de ton Fils, ici et dans la maison du Père. Amen.

 

dimanche 25 juillet 2021

Dimanche des personnes âgées, dimanche des rêveurs et des semeurs de lumière.

 


Dimanche des personnes âgées.

25 juillet 2021

dimanche, 17ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

  • Première lecture « On mangera, et il en restera » 2 R 4, 42-44
  • Psaume Tu ouvres la main, Seigneur : nous voici rassasiés. Ps 144 (145), 10-11,...
  • Deuxième lecture « Un seul Corps, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » Ep 4, 1-6
  • Évangile « Ils distribua les pains aux convives, autant qu’ils en voulaient » Jn 6, 1-15

 

Chers Frères et Sœurs,

Bonjour et bien venue à tous et à toutes pour célébrer ce 17ème dimanche du temps ordinaire. "Le Seigneur vient nous donner force et puissance". L’Évangile d’aujourd’hui nous relate la multiplication des pains d’orge et des poissons, annoncées par celle qu’avait faite Élisée. Elles préfigurent l’Eucharistie qui nous rassemble, elle est une action de grâce et notre pain pour le chemin, elle nous unit au Seigneur et entre nous. 

Nous prierons pour nos agriculteurs qui ont des soucis avec la qualité de leurs moissons cette année. Nous prierons également pour l’unité, des tiraillements sont perceptibles. Prier il faut aussi le faire pour les personnes âgées, puisque ce dimanche leur est consacré à la demande du pape François. La problématique de la moyenne d’âge notamment en Europe  est connue. Ce dernier thème m’a fait revenir en mémoire, deux anecdotes, (permettez un peu de bonne humeur et de rajeunissement d'un "rentier" AVS,). Il y a d’abord une bande dessinée avec le petit héros gaulois en Corse et  une équipe d’anciens faisant des commentaires assis sur leur tronc d’arbre. C’est ensuite un passage de l’Illiade, où Priam, le vieux roi de Troie, « était assis à la porte de la ville avec les anciens qui ne pouvaient plus combattre. Mais, dit Homère, c’étaient d’agréables causeurs, pareils à des cigales qui chantent au soleil. » Le soleil nous l’attendons à nouveau, et nous chantons les louanges du Seigneur, annonçant la Bonne Nouvelle avec les moyens qui sont les nôtres. Nous pouvons encore "causer" du Seigneur au plus jeunes et méditer sur le Royaume où Il qui est la lumière sans fin, le seul soleil.

 Homélie,

Mes chères Sœurs, chers frères et sœurs,

Nous avons entendu un bon nombre d’allusion au blé et à la moisson, dans les évangiles de ces dernières semaines, hier encore. Saint Augustin dans son commentaire sur ce passage, nous livre en introduction son interprétation de la symbolique des cinq pains et deux poissons : Les cinq pains signifiaient pour lui les cinq livres de la loi de Moïse; car dit-il, cette loi est à l'Evangile, ce que l'orge est au froment. De même que dans l’orge la moëlle est cachée sous la paille, ainsi le Christ est voilé sous les mystères de la loi. Les cinq mille hommes désignent le peuple soumis aux cinq livres de la loi ; les douze corbeilles sont les douze Apôtres remplis aussi des débris de cette même loi. Quant aux deux poissons, ils représentent ou les deux préceptes de l'amour de Dieu et du prochain (le coeur de la loi et de la loi nouvelle!)… Exposer ces mystères, c'est rompre le pain; les comprendre, c'est le manger.

Nous voilà déjà avec une nourriture patristique surabondante.

La multiplication des pains rappelle la manne au désert. Mais il y a plus, elle est une annonce d’un plus grand mystère. Les foules avaient voulu faire Jésus roi pour bénéficier d’un pain gratuit. Le souci du pain quotidien nous habite tous. Nous connaissons la formule romaine pour maintenir la paix à Rome et éviter les révoltes : Du Pain et des Jeux. Il est certainement bon de se rappeler de cette ancienne  formule en période olympique. Elle est toujours valable. Cependant, où est l’essentiel ?

Benoît XVI s’était plu à mentionner qu’à l’occasion du "signe" des pains, saint Jean souligne que le Christ, avant de les distribuer, les bénit par une prière d'action de grâce (cf. v. 11). Le verbe grec est eucharistein, et renvoie directement au récit de la Dernière Cène, dans lequel, en effet, Jean ne raconte pas l'institution de l'Eucharistie, mais le lavement des pieds. On a ici une sorte d’anticipation de l'Eucharistie à travers le grand signe du pain de vie. Le pain qu'il veut donner, c'est lui-même, et la multiplication des pains se prolonge tout au long de l'histoire jusqu'à nos jours. Il est pour ainsi dire inépuisable. Des multiplications extraordinaires de nourriture et même de l’eucharistie, il y en a un certain nombre qui a été conservée dans la mémoire de l’Église, mais ce qui est important, c’est le pain de vie, l’Eucharistie, ce don de lui-même que le Seigneur nous fait constamment pour nous accompagner et nous donner la force d’avancer à sa suite vers le Royaume. Il est devant nous, à côté de nous et en nous.

Ce dimanche étant le dimanche des personnes âgées, nous pouvons nous interroger, avec le pape François sur ce que peut dire avancer et faire avancer vers le Royaume avec les personnes âgées et en personnes âgées, terme délicat à manie. Nous restons jeunes, et pas seulement parce que nous avons pu fêter plus de 45 fois nos 20 ans. Ne sommes-nous pas tout de même pas encore capables de transmettre ce que nous avons appris et  nous renouveler, même si nous pestons contre les tentatives de changement de l’orthographe.

Le Saint-Père commence par dire : “Je suis avec toi tous les jours” (cf. Mt 28, 20) ! Telle est la promesse que le Seigneur a faite à ses disciples avant de monter au ciel et c’est la même promesse qu’il répète aussi aujourd’hui. Le Pape François rappelle qu’il a dit son oui à  un appel particulier que le Seigneur lui a fait à la veille de prendre sa retraite épiscopale. Nous percevons cette mystérieuse singularité. Il a en vérité un âge d’arrière-grand-père. Il mentionne Joachim et Anne. La chapelle du Vorbourg ou j’ai passé 3 semaines en immersion liturgique a 2 statues des grands-parents maternels de Jésus. Il est étonnant entre parenthèses de remarquer le peu de notoriété des parents de Joseph, peut-être est-ce pour marquer la seule paternité de Dieu quant à Jésus.

Le pape François nous dit que pendant la pandémie Dieu a envoyé ses anges pour consoler notre solitude et nous répéter « Je suis avec toi tous les jours. » Cela est ma foi bien vrai et si les petits-enfants ont manqué à ceux qui en ont, nous avons eu aussi la grâce des téléphones d’amis, de communication par skype, zoom, whatsap et autres. Cela a été pour nous certainement une grâce que celle de la découverte de ces technologies. Les soutiens psychologiques en ligne ont fait un très bon travail. Nous pouvons remercier et rendre grâce. Nous en avons eu également à travers la prière et la parole de Dieu ce qui est le mode habituel du Carmel.

Dieu est fidèle et présent, mais quel soulagement de pouvoir le rencontrer à nouveau dans des personnes « en vrai ». Cela nous a manqué à tous. Il y a heureusement des lucarnes et de la lumière. Malheureusement par contre, il semble d’après des sondages délicats, que nous avons de la peine à gérer les réactions à la problématique vaccinale conseillée. C’est encore un cap psychologique à  dépasser. Demandons au Seigneur de nous y aider.S'il vous plaît, continuez à vous protéger.

Le Saint-Père nous rappelle que le Seigneur envoie des ouvriers à sa vigne à toutes les heures de la journée (cf. Mt 20, 1-16), à chaque saison de la vie. Le Seigneur est toujours proche de nous, toujours, avec de nouvelles invitations, avec de nouvelles paroles, avec sa consolation. Il  est éternel et ne prend jamais sa retraite, jamais.

Il nous aide à mieux comprendre que notre vocation est celle de conserver les racines, de transmettre la foi aux jeunes et de prendre soin des plus petits. Nous lui demandons qu’il mette fin à la problématique actuelle pour que ceux qui le peuvent puissent reprendre cette forme d’évangélisation directe.

Nous avons à nous remettre à l’œuvre pour construire une monde nouveau sur trois piliers : les rêves, la mémoire et la prière.  « Vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1). L’avenir du monde réside dans une alliance entre les jeunes et les personnes âgées. Qui, mieux que les jeunes, peut prendre les rêves des personnes âgées et les mener à bien ? Il ne suffit pas de dire, n’est-ce pas, qu’il n’y a que des panthères grises à l’église comme je l’ai entendu cette semaine. Il ne faut pas négliger le fait qu’il y en a encore. Ne sont-elles pas peut-être l’arme secrète de Dieu qui prend ce qu’il y a de plus petit et fragile pour montrer sa puissance ?

Le plus important est que chacun de nous apprenne à répéter à tous, et aux plus jeunes en particulier, ces paroles de consolation qui nous ont été adressées aujourd’hui : “Je suis avec toi tous les jours” ! Allons de l’avant et courage ! Que le Seigneur vous bénisse, conclut-il. Maintenant que vous êtes quasiment tous connectés et en ligne, je ne puis que vous suggérer de relire pour vous ce message d’encouragement. Il vient d’un connaisseur qui travaille sans cesse dans la vigne du Seigneur. Notre-Dame du Carmel et de sa vigne, priez pour nous ! Amen.

 

dimanche 18 juillet 2021

Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

 

Brebis cornues : Le mystère est résolu.

 18 juillet 2021

16ème dimanche du Temps Ordinaire — Année B

Lectures de la messe

Première lecture « Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pa... Jr 23, 1-6

Psaume Le Seigneur est mon berger :     rien ne saurait me manquer. Ps 22 (23), 1-2ab, 2...

Deuxième lecture « Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait... Ep 2, 13-18

Évangile « Ils étaient comme des brebis sans berger »

Homélie de vacances.

Chers Frères et Sœurs,

Je me demande quelle est votre impression à la lecture de cet Évangile. Le Seigneur qui connaît tout, pour lequel le temps est ramassé comme en un point, il n’y a pour lui ni passé, ni futur, tout est présent, paraît se laisser surprendre. Après un temps de prédication dans les villages d’alentour où il a envoyé ses Apôtres annoncer la Bonne Nouvelle, nous dirions presque en stage pastoral avant l’ordination, il les invite à se reposer à l’écart ; lui aussi est fatigué. Que se passe-t-il ? On les aperçoit de loin sur la barque et les gens comprennent où ils vont débarquer. Adieu le repos et les vacances. Cet épisode rappellerait presque la chasse aux vedettes qui se font poursuivre par les paparazzi. En fait, ce sont des pauvres qui cherchent, la lumière, qui cherchent Dieu.

Nous aspirons tous à un moment de repos et à des vacances, surtout lorsque la météo a fait des siennes comme ces derniers jours. De Sohyières à l’Ajoie, quelle galère ! Et pourtant il nous faut bénir notre sœur l’eau comme saint François, mais elle n’est assurément pas toujours sage : Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Eau, laquelle est très utile et humble et précieuse et chaste. Ces épisodes arrivent malheureusement avec une certaine fréquence, mais je crois que l’image qui me restera cette fois est celle de ces masses de bonne terre et ces maisons englouties dans une mine ou une carrière à ciel ouvert en Allemagne. C’était une vraie apocalypse. A notre niveau, je crois que nous pouvons éprouver une certaine satisfaction après les travaux effectués à Delémont. Je crois qu’il y a eu du soulagement, ça a tenu et fonctionné. Poursuivons, ce n’est pas tout à fait notre sujet.

Les foules qui approchent de Jésus paraissent avides de l’entendre, elles recherchent un maître spirituel. Le désir d’être écoutés, guéris, soignés est là. Quelle aspiration au bonheur et à la Lumière. Les reproches adressés aux pasteurs et bergers d’Israël par le Seigneur et la bouche de Jérémie sont violents : Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles ! Ce n’est pas leur faute ! Pourtant, en faisant mon petit exercice de dialectique personnel, je me suis rappelé m’être amusé, voici quelques années au  spectacle de brebis à cornes, dans les Pyrénées, des Basco-Béarnaises. J’en ai vu encore récemment, mais des écossaises, Soay. Il y a encore d’autres variétés anciennes avec 2 ou 3 paires de cornes pour les béliers. Devant cet arsenal leurs bergers ont quelques raisons de se montrer parfois prudents.

 Ce qui nous intéresse particulièrement est le fait que le Seigneur lui-même annonce qu’il viendra rassembler ses brebis dispersées par ces bergers négligents et parfois peu courageux face aux cornes. Il est doux et humble de cœurs, il les aime, il les protège comme David qui avec sa fronde ne craignait ni le loup, ni l’ours.

L’intention du Seigneur est de rassembler tous les peuples, tous les troupeaux avec celui d’Israël pour qu’ils n’en forment plus qu’un seul. C’est le sens explicite du passage de l’épître aux Éphésiens que nous avons entendus : « maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ.  C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. »

Entendre saint Paul dire que le Seigneur a supprimé le mur de la haine qui sépare tous les hommes ne peut avoir qu’un seul sens, celui de la primauté de l’amour. Nous n’avons tous qu’un seul Père. Le Seigneur a supprimé les barrières qui nous séparaient. Cela a été un des grands soucis de Saint Paul dans son ministère. En lui nous sommes en quelque sorte recréé, par le Baptême nous renaissons en Homme Nouveau. Nous recevons un même Esprit et grâce à cet Esprit, en lui, nous nous avons accès auprès du Père.

Ces chutes de barrières se reproduisent de temps à autre à travers le temps, lorsque les cultures changent, lorsque que nous ne comprenons plus une forme de langage, même les mots changent de sens. En société, c’est un sujet qu’il est parfois très difficile de gérer, de l’orthographe, aux anglicismes, sale ne veut pas dire sale, mais à vendre, etc… Il faut apprendre à gérer les commandes en ligne, les virus informatiques et les autres, le port des masques, etc… Nous sommes passés à une liturgie en langue vernaculaire, le latin, une très belle langue, comme le grec, n’étant plus compris, par exemple. C’était une barrière pour le plus grand nombre. Ces langues sont toutefois très importantes pour la compréhension de la nôtre. Les ajustements et l’évolution en ce domaine sont constants. Nous allons encore avoir quelques changements dans la liturgie à la rentrée et l’occasion de nous faire quelques croche-pieds à gérer dans la bonne humeur.

Dans l’office des lectures de ce matin, nous avions une lecture de saint Ignace d’Antioche, qui nous indique le chemin qui permet la permanence d’un dialogue dans l’écoute mutuelle : « Apprenant que votre charité est parfaitement ordonnée selon Dieu, j'ai décidé, dans ma joie, de vous adresser la parole dans la foi en Jésus Christ. » Il a été martyr au début du 2ème siècle. C’était à l’époque les mêmes problèmes très humains, que ceux d’aujourd’hui, la clef est la charité parfaitement ordonnée selon Dieu. Il est le but de notre foi et de notre amour. Cela ne peut se réaliser que dans la communion ecclésiale : « Il convient donc de ne pas seulement se faire appeler chrétien, mais de l'être aussi. », dit-il. Autrement dit, non seulement d’éviter de jouer de la corne, mais d’aimer en vérité. Cette communion débouche sur l’union à Dieu.

Nous n’allons pas trop compliquer aujourd’hui, vu les émotions de ces derniers jours en plus de la pandémie. N’oublions pas de nous mettre à l’écoute de la parole du Seigneur en lisant durant nos vacances, l’Évangile qui est la voix de notre Bon Pasteur. Priez aussi pour vos pasteurs habituels et occasionnels. Le pape François le demandait récemment : « Demandons aujourd'hui au Seigneur qu'il parle toujours aux pasteurs de l'Eglise, parce qu'il les aime tant: qu'il nous parle toujours, qu'il nous dise comment sont les choses, qu'il nous explique et surtout qu'il nous enseigne à ne pas avoir peur du peuple de Dieu (et même des cornes), à ne pas avoir peur d'être proches. » Notre-Dame du Vorbourg, Priez pour nous ! Amen.