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samedi 8 décembre 2018

L'Immaculée Conception aujourd'hui



Frères et Sœurs,
Pourquoi ne pas commencer notre médiation par l’impressionnante définition de Pie IX
La doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu'elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.
Lorsque l’on parle de l’Immaculée Conception, que reste-t-il dans la mémoire commune aujourd’hui ? Un empêchement au commerce le samedi avant Noël, dans les cantons où c’est fête chômée… Une contestation commerciale… Sur France, on envisage plutôt de manifester, le sujet passe au second plan, mais la pauvreté ne se tait plus, ce qui veut dire qu’elle est grave. L’archevêque de Paris Mgr Aupetit disait dans son message que la conscience de Dieu le Père qui nous apprend à nous « aimer les uns les autres » et a façonné l’âme de son pays a été oubliée. L’oubli de Dieu nous laisse déboussolés et enfermés dans l’individualisme et le chacun pour soi. La proclamation du dogme de l’Immaculée Conception qui se réfère à un don fait à Marie en même temps que son existence, est victime d’un oubli communautaire, pour moi, c’est assez de me souvenir qu’il a 164 ans cette année. Fort heureusement, Notre-Dame a obtenu du Père une permission pour ne pas oublier cette proclamation, il s’agit de Lourdes. « Je suis l’Immaculée Conception… » a dit Notre-Dame à Bernadette 4 ans plus tard. Et depuis Marie se révèle aux petits et à ceux qui se laissent toucher. Ses paroles ne sont plus mentionnées qu’en parler Bigourdan depuis bien longtemps, au pied de sa statue.
L’Immaculée Conception ce privilège de Marie, est un don pour elle, mais aussi pour nous Pie IX le disait dans sa Constitution Apostolique Ineffabilis Deus « Que les enfants de l'Église catholique dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes,  se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. »
Si l’on oublie ce privilège mystérieux de Marie, c’est que nous sommes aidés par l’air du temps qui a tendance à mettre entre parenthèses la notion de péché et celle de péché originel. Il est mystérieux quant à sa communication et à sa nature. Les théologiens ont bien de la peine sur ce sujet, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas et que Marie soit venue à Lourdes pour ne rien dire. Pardonnez-moi mes sœurs, mais il y a une sorte d’absence d’amour qui nous colle à la peau.
Marie n’étant pas touchée par ce phénomène, ce non-être, nous comprenons combien elle nous est utile, nous aime et veut nous ouvrir à l’amour de Dieu. Ce qu’elle veut pour nous, c’est la vie éternelle.
Terminons avec une pétale de rose du Carmel et Thérèse de l’Enfant-Jésus : Comment le Bon Dieu se laisserait-Il vaincre en générosité? Comment purifierait-Il dans les flammes du purgatoire des âmes consumées des feux de l'amour divin? Il est vrai que nulle vie humaine n'est exempte de fautes, seule la Vierge Immaculée se présente absolument pure devant la Majesté-Divine.. Quelle joie de penser que cette Vierge est notre mère! Puisqu'elle nous aime et qu'elle connaît notre faiblesse, qu'avons nous à craindre.  (Père Rouland.)



dimanche 2 décembre 2018

Heureux Avent!


Bénédiction de la couronne et ces cierges de l'Avent :

Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, dans le principe, uni au Père et à l’Esprit, Tu créas du néant l’espace et le temps, et tous les êtres visibles et invisibles. Quand les temps furent accomplis, Tu devins homme par la puissance du Saint-Esprit et le consentement de Marie, la Vierge d’Israël, devenue ainsi la Mère de son Seigneur et son Dieu. Tu es au principe et au milieu du temps. Tu es encore à la fin des temps, comme terme de toute chose, Toi l’Alpha et l’Oméga. Dans la crèche, à Bethléem, en ta naissance selon la chair, Tu as commencé à te manifester comme un homme parmi les hommes, Toi, Dieu créateur de tout. Au cœur de la nuit des temps, Tu t’es montré comme la lumière du monde. Du lever du soleil à son coucher, du Nord au Midi, tous les peuples se prosternent devant ta majesté et ta douceur, et ils te louent avec les anges.

Que ta bénédiction descende sur ces cierges et les couronnes de l’Avent de nos familles. + Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen

(Inspiré de Sagesse Orthodoxe)


Frères et Sœurs,

Quand les choses ne se déroulent pas selon nos vœux, nous avons pour habitude de nous dire : Finalement ailleurs les choses vont plus mal encore, que ce soit chez nos voisins Français que nous plaignons fréquemment ou dans le Sud. Du côté des soins médicaux les listes de comparaison s’allongent en matière de maladie, de traitements, de médicaments, de prothèses, de diagnostiques et de malchance.
Qui aujourd’hui n’est pas en recherche d’espérance ? Je ne souhaite à personne d’avoir une douleur violente, mais cela arrive. Parfois nous nous demandons lorsque les difficultés nous contraignent à nous recentrer sur l’essentiel et que nous touchons aux limites de nos possibilités ou de notre existence : Seigneur, vas-tu venir enfin nous sauver ? Au secours, nous crions et nous t’attendons. L’Avent a pour but de raviver le désir de salut, nous aimerions de toute nos forces que le Messie revienne, que la lumière revienne. L’obscurité qui s’étend encore accroît ce désir. Pour ma part, je déteste cette période de l’année où la nuit occupe une telle partie de la journée.
Il faut bien constater que le Seigneur a dans l’Evangile des annonces peu rassurantes. Il nous dit par exemple : Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées.
L’Évangile parle d’abord de la fin des temps alors que nous associons plus volontiers cette période de l’année liturgique à l’attente de Noël, à la joie, les illuminations aidant. Les liturgistes ont curieusement divisé ce temps entre une première période qui a quelques ressemblances avec l’environnement de la Toussaint, et le retour du Christ à la fin du monde. Et une seconde durant laquelle, la liturgie prépare directement à Noël, à la Nativité. C’est discutable, mais c’est ainsi… On verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Si la peur nous habite, c’est que nous avons besoin d’un puissant remède. Pourquoi avoir tant de crainte alors que le remède est là. Il va venir, et il est déjà à l’œuvre.
Nous entendons un appel à la sainteté. Le Seigneur nous demande de nous tenir prêts à cette rencontre. Sa venue est l’annonce d’une joie sans fin qui doit couronner cette rencontre, celle d’Israël, dans la première lecture.
Elle exprime cette attente fondamentale et l’annonce de la venue d’un personnage mystérieux : « 15 En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. » Tous attendaient la fin d’une oppression après la déportation à Babylone. Ce sera le même sentiment qui dominera dans le Peuple avant la naissance Jésus.
La promesse des prophètes va être exaucée, non seulement pour les juifs, mais pour tous les hommes.



Le bref passage de l’épître de Saint Paul aux Thessaloniciens contient le mot de venue, celle de notre Seigneur Jésus. « Qu'ainsi il affermisse vos cœurs les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les Saints. Amen » Une traduction littérale utilise ici le mot « avènement », l’avènement de notre Seigneur (Kurios), Jésus, d’où le nom de Jésus-Christ. L’avènement, c’est « parousia » en grec. La parousie c’est la fin des temps. Comme cela a été fréquemment dit, l’avènement a une consonance particulière chez les latins puisqu’elle fait référence à la première entrée glorieuse de l’empereur dans une ville importante. On trouve mentionnées sur d’anciennes monnaies romaines l’expression « Felix adventus », (ce qui est l’occasion d’avoir une prière pour notre évêque). Heureux avènement… Nous pouvons nous souhaiter un heureux Avent. Le contexte plaît à Thessalonique, puisque la cité bien que située en Grèce est complètement romanisée. Elle porte le nom d’une demi-sœur d’Alexandre le Grand porte le nom de « victoire » Niké. Victoire des Thessaliens… Vous voyez qu’on fabriquait des prénoms autrefois, de quoi inspirer de nouveaux prénoms originaux aujourd’hui…
Saint Paul fait entendre un appel à la sainteté, le cœur des Thessaloniciens doit s’affermir, les rendant irréprochable « en sainteté devant Dieu notre Père ». Comment y parvenir ? Saint Paul n’utilise pas simplement une référence au droit et à la justice, mais à l’amour : « que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. » Nous voilà en présence du grand moyen qui va nous permettre d’accueillir dans la paix, Celui qui vient.
Intérieurement nous attendons la venue du Seigneur avec une espérance qui paraît être aussi vacillante et frêle que celle de la bougie qui a été allumée. Il nous faut la protéger et l’alimenter, comme Marie protège et conserve précieusement en elle celui qui est la lumière du monde : « Que Marie, Fille de Sion élue par Dieu pour devenir la Mère du Rédempteur, nous guide et nous accompagne; qu'Elle rende fructueuse et riche de joie notre préparation à Noël. » En toi, sainte Vierge Marie,  S'éveille la source de la vie, Bénie sois-tu, Arche d'alliance ! Apprends-nous aujourd’hui encore à attendre la venue de ton Fils. Amen

mercredi 28 novembre 2018

Les arbres dansent de joie, les fleuves battent des mains, la mer mugit et résonne...




Aujourd’hui encore nous constatons une sorte de contraste assez remarquable, entre une annonce de fin des temps, le jugement dernier, avec des psaumes qui manifestent la joie de la nature.
Ces psaumes appartiennent donc aux « chants du règne ».
Saint Augustin dans son commentaire sur les psaumes (97) dit que les arbres, les fleuves, la mer, les montagnes c’est nous. Qu’est-ce qu’applaudir des mains? C’est témoigner sa joie par des oeuvres.
Nous pouvons prendre l’angle d’une interprétation plus liturgique.
Avez-vous déjà vu des arbres des forêts danser de joie, des fleuves battre des mains, des montagnes chanter de joie ? Hier La conclusion était qu’il s’agissait d’une sorte de liturgie cosmique. La nature participe à cette régénération, à cette sorte de restauration que sera le retour du Christ et ce fameux jugement, on pourra même parler d’exaltation et d’élévation. Les piliers des temples représentaient des sortes de forêts, comme dans les églises d’ailleurs, il suffit d’être attentif aux décorations ; le temple de Jérusalem est au sommet d’une montagne… Nous pouvons aussi et encore voir une allusion au Temple dans la mer d’airain, une cuve de 45 tonnes d’eau, auquel est attachée tout un symbolisme.
Le Seigneur nous fait comprendre, qu’il faut passer par sa mort, par le sacrifice pour entrer dans sa résurrection et dans la gloire. Tout ce qui ne sera pas ajusté à son amour, s’évanouira comme de la vapeur, pour prendre un autre type d’images, sera brûlé et disparaîtra. Dieu étant amour, tout ce qui ne l’est pas ne peut participer aux noces de l’époux.
Ces psaumes appartiennent donc aux « chants du règne ». Le roi qui vient, c’est le Christ, lui-même. Il vient nous sauver de tous nos ennemis et de la mort qu’il a vaincue. Il vient tout régénérer. Nous retrouverons tous nos cheveux, je crois que c’est la seconde fois que cette image revient dans l’Évangile depuis mon retour de l’hôpital. Quel bonheur ! Même s’il faut accepter nos situations respectives. Le Seigneur va revenir bientôt !  Réjouissons-nous.

** Psaume 95

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

** Ps 97 aujourd’hui

Que résonnent la mer et sa richesse,
le monde et tous ses habitants ;
que les fleuves battent des mains,
que les montagnes chantent leur joie.

dimanche 18 novembre 2018

Dites 33 et réjouissez-vous, il revient!



Homélie 33e Dimanche B
Apparemment difficile évangile que celui du retour du Christ à la fin des temps, mais pourquoi en ce 33ème dimanche ne pas le voir sous l’angle du divin médecin. Les nôtres nous demandent bien en consultation de dire parfois 33…
Frères et Sœurs,
Quel tableau apocalyptique nous dresse le Seigneur, lorsqu’il annonce son retour à la fin des temps.
Nous sommes peut-être blasés, tant nos médias nous abreuvent d’images de catastrophes anciennes ou à venir, ou de fictions sanglantes. Vous avez peut-être été attentifs aux commémorations de la première guerre mondiale et aux illustrations des horreurs qui se sont déroulées il y a cent ans. Ne parlons pas de celles qui ont précédé cette guerre-là, les siècles précédents, ni de la 2ème guerre mondiale, ni de celles qui se déroulent à plus de mille kilomètres, sans parler des guerres du silence dans les milieux scientifiques. Nous oublions tout rapidement. Peut-être parce que nous voulons vivre et survivre, de toutes nos forces. « Ceux qui ont l’intelligence et les maîtres de justice, pour reprendre l’expression de Daniel, combien y en a-t-il ? » Qui tire les leçons du passé ? Qui écoute l’enseignement des Écritures ? Nous avons parfois l’impression de vivre sous administration d’une forme de morphine, parlant le langage de l’ennemi. Ne sommes-nous pas d’une certaine façon, aveugles, sourds et muets, parce que nous ne voulons ni voir, ni entendre, ni parler… Scotch sur les yeux, scotch sur les oreilles et scotch sur la bouche. La Bible c’est un recueil de livres et d’histoires anciennes et dépassées que nos anciennes grands-mamans n’arrivent même plus à porter, ni à lire pensons-nous. Les nouvelles l’ouvrent-elles encore ? Bien sûr que oui peut-être que non ? Certains anciens disaient que la fin des temps aurait lieu lorsque la mousse pousserait sur les marches des églises. Aujourd’hui, ascenseurs et touristes ne permettent plus, il est vrai de vérifier le proverbe.
Pourtant ce temps, le temps, aura une fin affirment même nos scientifiques. Ils parlent de milliards d’années. Bon, nous disons-nous, de toutes façons il est assez éloigné, pour que ce ne soit pas mon premier problème. Il est bien vrai que notre apocalypse personnelle est plus rapprochée. Notre horloge biologique, nos consultations chez les médecins nous le rappellent, ainsi que les semainiers pour les médicaments qui se remplissent, sans parler de certaines pages de nos journaux où nos contemporains apparaissent de plus en plus souvent ou se font plus rares.
Voilà de bonnes raisons pour nous rappeler que le credo mentionne le retour du Christ pour juger les vivants et les morts, la résurrection de la chair et la vie éternelle. Nous ne pouvons négliger ce point.
Dans son Credo du Peuple de Dieu saint Paul VI exprimait ainsi ce moment : « Il est monté au ciel et il viendra de nouveau, en gloire cette fois, pour juger les vivants et les mort: chacun selon ses mérites - ceux qui ont répondu à l’amour et à la pitié de Dieu allant à la vie éternelle, ceux qui les ont refusés jusqu’au bout allant au feu qui ne s’éteint pas. Et son règne n’aura pas de fin. »
Le Seigneur, dans son ministère a utilisé à dessein des images fortes, dans un but pédagogique certainement. Un théologien connu le Père Sesboüé engageait à ne pas essayer de régler par nous-mêmes le point des fins dernières. « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. ». Nous ne sommes ni maîtres du temps, ni de l’espace, ni du cœur des hommes, ni de leurs erreurs ou de leurs fautes, et encore moins de Dieu lui-même.
Seul un enfant a l’impression qu’il est quasiment divin et que le monde est à son service.
Nous devrions être comme lui, face à celui qui est notre Père. Non pas inconscients, mais confiants en lui. La peur vient de l’ignorance et de la méconnaissance de Dieu, notre Père, qui respecte toutefois notre liberté.
Le pape François au début de son pontificat avait adressé des paroles d’encouragements et incitait à la confiance : « Quand nous pensons au retour du Christ et à son jugement dernier, qui manifestera, jusqu’à ses dernières conséquences, le bien que chacun aura accompli ou aura omis d’accomplir durant sa vie terrestre, nous sentons que nous nous trouvons face à un mystère qui nous dépasse, que nous ne réussissons même pas à imaginer. Un mystère qui, presque instinctivement, suscite en nous un sens de crainte, et peut-être même d’inquiétude. Cependant, si nous réfléchissons bien sur cette réalité, celle-ci ne peut qu’élargir le cœur d’un chrétien et constituer un grand motif de réconfort et de confiance. » Il disait encore que ce jugement était déjà commencé maintenant. L’accueil que nous réservons à sa parole, à nos frères, c’est à lui que nous le réservons. Si nous pensons au jugement dernier dans la perspective de la rencontre de l’épouse et de l’époux (du Christ et de son Église que nous formons), toute peur et hésitation disparaît et laisse place à l’attente et à une joie profonde.
Sur les icônes orientales du jugement dernier on représente à la droite du Fils la Vierge Très Pure qui implore sa pitié par son amour maternel. Elle est la Mère de Dieu et de tout le genre humain et donc la nôtre. Elle touche le cœur de son Fils en notre faveur, lui qui a voulu qu’il soit toujours ouvert. Faisons-lui confiance, il présente sans cesse ses blessures au Père, il est notre intercesseur auprès de lui. Dieu est miséricorde. Amen.

dimanche 14 octobre 2018

Que demandez-vous? La Vie? Quelle vie?




Dimanche 14 octobre canonisations

Frères et Sœurs,

Dans l’Évangile le Seigneur dit au jeune homme riche : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras  un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
S’il est un risque que chacun mesure ou a mesuré un jour, n’est-ce pas celui de devenir pauvre pour suivre le Christ pauvre. A Paris dans le métro ou ailleurs, vous avez parfois de tristes surprises qui vous rappellent que vous êtes un privilégié. Vincent de Paul a tant travaillé sa vie durant pour les démunis. Des figures prophétiques sont régulièrement suscitées. Mgr Romero qui a tant défendus et a lutté contre la pauvreté, voulait-il ajouter quelques pauvres de plus en demandant aux riches de secourir leurs frères? Certainement pas, il voulait que les puissants ouvrent leur cœur au Christ présent en eux et manifestent que tous les hommes sont solidaires et fils d’un même Père. Nous avons d’illustres exemples dans l’antiquité comme Paulin de Nolles. Toute la doctrine sociale de l’Église à laquelle ont tant œuvré Paul VI et d’autres en notre temps, ont une importance fondamentale. Guerres et révolutions surviennent en partie en raison de la pauvreté.
Des pauvres vous en aurez toujours… Mais moi vous ne m’aurez pas toujours?
L’orgueil de la richesse, et sa puissance élèvent des murs entre le Christ et ceux qui les possèdent. Il est vrai que ce danger pourra concerner aussi dans l’Église ceux qui détiennent l’autorité sur ses finances, clercs ou laïques. Une connaissance minimale de l’histoire de l’Église est suffisamment parlante, que ce soient des ecclésiastiques ou des gestionnaires cupides. Cela sent si bon, et quels parfums attirants…  C’est une certitude, le danger n’est pas inexistant. Mais, il est bon de se rappeler cette parole du Seigneur   « 25 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une coudée à la longueur de sa vie?  (Luc (BJ) 12) »
Notre trésor ne doit pas être entre lui et nous, mais dans les cieux. Il est vrai toutefois qu’en ce temps, un contradicteur aura quelques bonnes raison d’apporter un grain de sel en disant qu’une très bonne assurance, des réserves financières alliées à la technologie peuvent permettre un certain allongement de notre vie ici-bas. Quelles différences entre ce que nous bénéficions et les plus pauvres !
Mais alors nous pouvons légitimement nous poser la question : Qu’est-ce que la vie ? Bios ou Zoé ?
Une bonne assurance vie, ne serait-elle pas celle qui permet de rejoindre le lieu où se trouveraient les biens de ce jeune homme, en sécurité ? « Désirons ensemble la patrie céleste, soupirons vers la patrie céleste, sentons-nous pèlerins ici-bas, dit saint Augustin » (Commentaire de l’Évangile de saint Jean, Homélie 35, 9).
Ne s’agit-il pas de la vie éternelle ?
Quelles primes payer ? On ne peut acheter le ciel ! Et moi, nous demande le Seigneur ? Moi… non plus.
Les autres textes nous ont appris à aller  à l’essentiel. Ce qui est le plus important est la Sagesse, la Parole de Dieu vivante, nous a dit l’épître aux Hébreux.
Qu’est-ce qui est donc si important ? Simplement MOI… Alors que faire ? Nous tourner vers Lui qui est l’essentiel.
Qu’est donc le plus grand bien de l’Église et dans l’Église ? N’est-ce pas le Christ ? Ecclesiam Suam, Son Eglise… L’Église du Christ. Paul VI dont deux miracles ont été reconnus qui concernent des enfants à naître, souhaitait de toute son âme, un rajeunissement de l’Église pour qu’elle puisse au Christ de de nouveaux enfants.
Il avait émis 3 pensées dans cette encyclique : D'abord la pensée que l'heure sonne pour l'Eglise d'approfondir la conscience qu'elle a d'elle-même, de méditer sur le mystère qui est le sien, d'explorer, pour sa propre instruction et sa propre édification, la doctrine qu'elle connaît déjà  
Puis, disait-il, de cette conscience éclairée et agissante, dérive un désir spontané de confronter à l'image idéale de l'Eglise, telle que le Christ la vit, la voulut et l'aima comme son Epouse sainte et immaculée. (Eph.., 5, 27), le visage réel que l'Eglise présente aujourd'hui.
Notre troisième pensée a pour objet les relations que l'Église doit aujourd'hui établir avec le monde qui l'entoure et dans lequel elle vit et travaille ;
Là se présente ce qu'on appelle le problème du dialogue entre l'Eglise et le monde moderne.
Paul VI, malgré sa faiblesse, avait l’œil perçant, au propre et au figuré. Je me souviens l’avoir croisé un jour, en 1977. Il a réussi à tenir ferme le vaisseau de l’Église, alors qu’à l’image de grands paquebots que l’on met en cale sèche, on changeait d’une certaine manière ses moteurs en lui ouvrant les entrailles. C’est impressionnant. Il l’a conduit ensuite au large. Quel courage.
Il mentionnait Notre-Dame dans sa réflexion sur cet idéal fascinant d'un christianisme plénier, humblement et profondément vécu. Il nous demandait de ramener notre pensée vers la Vierge Marie, qui l’accueillit avec une fidélité merveilleuse ; bien plus, qui l'a vécu dans son existence terrestre et qui maintenant, au ciel, en goûte tout l'éclat et le bonheur. Marie Mère de l’Église, prie pour nous pauvre pécheur et donne-nous le Christ notre seule vraie richesse. Amen.

dimanche 9 septembre 2018

Vers un renouvellement de ses "OUI"

Hier, je fêtais mes 30 ans de profession solennelle et 33 ans de profession tout court... Me voilà aujourd'hui prêtre auxiliaire du Vorbourg et en approfondissement de mon appel. Le blog aura bientôt un nouveau nom, le temps de quelques jours de réflexion.

lundi 9 juillet 2018

"Voici, je reviens bientôt" - Un aurevoir du gardien de la chapelle du Vorbourg.




Merci d’être venus participer à cette célébration du 14ème dimanche du Temps Ordinaire. Elle est assez particulière, puisque nous bénéficions de la participation de la chorale de Courtételle dirigée par M. Joël Voyame. Elle l’est aussi parce que pour moi, c’est certainement le dernier dimanche que je célèbre en tant que Gardien du Vorbourg, le mandat de la communauté prenant fin le 31 juillet. Il y aura des prolongations pour le mois d’août, mais c’est le Père Jean-Marie qui va assumer la finale en tant que gardien remplaçant. Pardonnez les analogies sportives, je n’ai pu m’empêcher. Je vous donnerai de brèves explications après l’Évangile.
Le Seigneur nous interpelle aujourd’hui sur la manière dont nous recevons la parole de Dieu de la part de ceux que nous connaissons et côtoyons. Il n’est pas facile d’annoncer l’Évangile chez soi, vous en faites l’expérience en famille. Mais les prêtres de nos paroisses savent que cela n’est pas toujours, mais avec la grâce de Dieu, rien n’est impossible.
Prions les uns pour les autres et reconnaissons que nous avons besoin de pardon et de miséricorde.




Frères et Sœurs,

L’Évangile nous interpelle certainement et si le Seigneur a rencontré des difficultés dans son pays, il est difficile de relativiser son expérience, le Seigneur étant le Seigneur.
La question peut être d’ailleurs retournée… qui est notre famille ? Ceux qui nous ont vu grandir, passer nos examens comme les plus jeunes aujourd’hui… S’agit-il de nos familles religieuses ? Le problème est de reconnaître le Seigneur dans l’autre, tant les étiquettes et les préjugés créent des murs aussi efficaces que ceux qui divisent certains pays aujourd’hui.
Aujourd’hui, je vais me permettre de donner une certaine satisfaction à ceux qui souhaitaient d’avoir de temps à autre, ce qu’on appelait le sermon des foins autrefois. Ils sont terminés depuis longtemps, en tout cas dans la vallée, mais ça ne fait rien.
Mon sermon sera une fameuse petite phrase de saint Augustin que je vous laisse appliquer : « Aime et fais ce que tu veux. » Amen.

Quelques explications maintenant. Il y a eu de nouvelles options pastorales pour le sanctuaire et nous aurons la joie d’accueillir un nouveau gardien en la personne de l’abbé Bernard Miserez que vous connaissez presque tous. Mais en sus, vous vous demandez peut-être pourquoi, je dois déjà m’absenter, car il était prévu que je fasse la transition jusqu’en septembre. Je préfère être clair. Depuis au moins une année et demie, je ressentais de la fatigue et j’ai passé un hiver vraiment éprouvant. Après toute une batterie d’examens, on a enfin découvert la raison majeure de ces problèmes qui n’étaient pas psychologiques : mes coronaires sont sérieusement obstruées et s’il n’y a pas de pontages, les conséquences sont celles que vous devinez. Les médecins voulaient me garder à Bâle, mais j’ai promis d’être sage pour vous dire au revoir, pas totalement toutefois… Beaucoup sont passés par là et on sait que la chirurgie ainsi que ses procédures ont bien évoluées depuis 40 ans. Mon papa, Jean, qui s’était beaucoup dépensé pour ses constructions de réseaux de télévision, les premiers de Suisse, est mort à 44 ans, dans ces circonstances. J’en ai 20 de plus, et les temps ont changé. Alors on y va dans la confiance avec votre prière. J’aimerais pouvoir encore vous rendre service. Pour le futur, je serai encore prêtre auxiliaire dans la région et au Vorbourg. On ne déracine pas facilement, un jurassien qui a passé tout son ministère de prêtre dans son pays. J’avais célébré ma première messe à Develier, ce fut un bon moment.
Je ne pensais pas revenir dans le Jura une fois entré au monastère, il y a 33 ans et j’ai vécu 2 fois plus longtemps ici que là-bas depuis que je suis religieux. Je ne m’étonne pas trop de ce qui m’arrive, en me rappelant les derniers gardiens de la communauté présente ici depuis 1949, le Père Maurice Ioset, mais aussi le Père Robert Martin. Le Père Jean Ribeaud avait aussi eu une période difficile à la fin de son mandat. Il nous faut tous avancer dans la confiance. C’est Notre-Dame du Vorbourg qui attire ici, aide et soutien. Quant à nous, gardiens, nous ne faisons que passer.
La communauté est, bien entendu, attachée à la chapelle. Quand vous regarderez de temps à autre le petit vitrail à côté de celui de Mgr Haenggi, ayez une pensée pour elle. Portez aussi fr. Paul dans votre prière. Il s’est beaucoup dépensé au service du chant, des fleurs et de l’entretien. Nous avons fait tout ce que nous avons pu avec notre pauvreté et nos qualités personnelles.
Durant les 13 premières années, je m’étais consacré à votre service, mais aussi à un autre travail, en faisant des numérisations d'écrits de Pères de l’Église : Jean Chrysostome, Augustin et autres http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm que je vous ai resservi fréquemment, ils ont été repris par un très grand nombre de séminaristes francophones de par le monde, ce qui a été pour moi une forme d’apostolat missionnaire. Les 10 ans qui ont suivi, cela a été le sanctuaire. La charge de gardien dans la communauté est éminemment inconfortable. Vous êtes soumis au pape, à l’évêque, au chapelain puis recteur, à l’Abbé. Bien que responsable de communauté sur le papier, vous êtes court-circuité urbi et orbi, vous n’avez aucune autorité, mais la sympathie des pèlerins et le secours de Notre-Dame. Elle est là heureusement. Et en plus tous les devoirs et les réclamations à certains moments. C'est tout un labeur diplomatique et de suggestions perpétuelles au risque de paraître parfois importun… Un grand merci aussi à la Bourgeoisie de Delémont, toujours attentive. 
Pour synthétiser une expérience, si vous aimez les comparaisons parlantes, il m’en est venu une en voyant des chameaux à la télévision il y a quelques jours. Au temps de Noël, et de l’Épiphanie, quelqu’un avec un petit cadeau, nous avait surnommé les 3 rois, ce qui nous avait bien fait rire. Nous étions venus des bords du lac avec des dromadaires à une bosse, mais il a fallu passer au chameau à 2 bosses. Il y a les principes et la discussion, une forme de pastorale. Ainsi fonctionne l’Église, dans la durée…
Même si le passage officiel de témoin ne doit avoir lieu qu’en septembre aux fêtes du Vorbourg, je voudrais déjà remercier tous ceux qui nous ont aidés dans ce service. Un merci particulier à la bourgeoisie de Delémont, aux chapelains puis recteurs qui se sont succédés et aussi à ma famille. Nous avons vu passer plusieurs générations d’anciens et nous passons aussi de ce côté de la barrière, mais le cœur spirituel reste jeune, et nous vous assurons tous que nous vous portons dans notre prière.
Quant à moi, pour paraphraser la devise locale, avec les médecins, la grâce de Dieu, et votre prière… « Je reviens bientôt ».
Le pape François m’a fait parvenir par la secrétairerie d’État quelques mots chaleureux et une bénédiction à destination de tous.  Je vous lis cette lettre :