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dimanche 21 juillet 2019

Entre chêne et couronnes




21 JUILLET 2019  dimanche, 16ème Semaine du Temps Ordinaire — Année C de la Férie

Lectures de la messe
Première lecture« Mon seigneur, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur »Gn 18, 1-10a
PsaumeSeigneur, qui séjournera sous ta tente ?Ps 14 (15), 2-3a, 3...
Deuxième lecture« Le mystère qui était caché depuis toujours mais qui maintenant a été...Col 1, 24-28
Évangile« Marthe le reçut. Marie a choisi la meilleure part »Lc 10, 38-42

Intro

Chers frères et sœurs bonjour à tous et à toutes, nous célébrons aujourd’hui le 16e dimanche du temps ordinaire qui est centré sur l’hospitalité, l’accueil d’Abraham aux 3 anges celui de Marthe et Marie à Jésus et enfin celui de Jésus par nous, afin que « Le mystère qui était caché depuis toujours, qui maintenant a été manifesté soit révélé au monde.»
Je vous ai sorti 2 nouvelles couronnes de Marie et de Jésus, aujourd’hui dans le contexte du 150ème anniversaire du couronnement. Marie en avait déjà une, vous le voyez sur les anciens ex-votos. Mais il s’agissait en 1869 d’un couronnement au nom du pape à une époque difficile pour notre région et pour l’Église en Occident. Marie nous réunit tous aujourd’hui, nous ne sommes plus au 19ème siècle vous l’aurez constaté.
Nous pouvons écouter une traduction de la bénédiction qui avait eu lieu au moment du cérémonial du couronnement, selon l’ancien rituel.  Il a été rénové, avec la nouvelle liturgie, mais il n’est encore en latin. Le nouveau rituel en français, des bénédictions a une très belle et longue bénédiction des statues.

ORAISON.
Dieu tout-puissant et éternel, qui par un effet de votre souveraine bonté, avez créé toutes choses de rien, nous supplions ardemment votre Majesté, afin qu'elle daigne bénir et sanctifier ces couronnes, faites pour orner l'image sacrée de la Mère de votre Fils notre Seigneur. Ainsi soit-il.
Le Prélat asperge les couronnes avec l'eau bénite et les encense, puis précédé de la croix et de huit acolytes qui entourent les couronnes et portent des cierges allumés, il s'avance au pied de l'autel, entonne l'hymne O gloriosa virginum, que continue le choeur; les couronnes sont ensuite déposées sur l'autel au coin de l'épître, c’est-à-dire du côté droit de l’autel, dans une église, en faisant face à l’autel.
ORAISON.
O Dieu qui avez bien voulu choisir pour palais le sein virginal de la Bienheureuse Marie toujours vierge : faites que, fortifiés et défendus par elle, nous assistions avec bonheur à son couronnement. Ainsi soit-il.
Une hymne est chantée, puis  l’évêque couronne l’enfant puis la mère en disant pour chacun ces mots :

Puissions-nous mériter que le Christ nous couronne de gloire et d'honneur dans les cieux comme nos mains vous couronnent sur la terre. 

Homélie

Chers frères et sœurs,

Nous nous trouvons en ce début de nouvelle période caniculaire  à bénéficier de l’accueil de Lazare, Marthe et Marie, et sous les chênes de Mambré. Un détail pour les amateurs de nature, les chênes s’acclimateront paraît-il mieux à la canicule et au réchauffement climatique que bon nombre de nos autres espèces sylvicoles locales. A quand des truffes de Delémont et d’Ajoie ? Qu’il fait bon en cette période de l’année, de pouvoir bénéficier d’un peu d’ombre et de fraîcheur y compris sous le chêne de Châtillon. Il est vrai qu’il y a des problèmes parfois piquants partout.
Je suis toujours ému lorsque reviennent les textes d’aujourd’hui dans nos liturgies. Ils sont vous ai-je dit sur le thème de l’accueil. Accueilli dans la maison de ses amis, le Seigneur, dans l’Évangile, parle de vie spirituelle avec Marie qui écoute avec attention sa parole. Le Seigneur lui transmet la parole de vie. Prendre du temps pour le Seigneur est important pour chacun de ses disciples. Comment vivre sans la parole de vie ? Les règles monastiques sont explicites ainsi saint Benoît : « Chaque fois qu'un frère désire se recueillir dans le secret de l'oraison dans l’oratoire, qu'il entre simplement et qu'il prie, non en élevant la voix, mais avec les larmes du cœur et la ferveur de l'esprit.» La prière nous relie à Dieu, le mot de religion vient de relier dit-on habituellement.
Marthe a le mérite de prier plutôt par l’action et son activité. Qui ne la comprend, il y a tant à faire pour accueillir et préparer le repas, rendre la maison agréable, etc… En cette époque du partage des tâches tout le monde en est conscient.
Mais d’un autre côté, un hôte doit être bien accueilli. Si de nos jours, on se contentait par exemple de le planter devant la télé avec un apéro… le tableau ne serait pas édifiant. Rester avec son hôte, ne pas le laisser seul, est, me semble-t-il, une règle de base du savoir vivre.
Qu’est-ce que Jésus pouvait bien dire à Marie ? La prière et l’oraison sont des secrets. Elles appartiennent au secret du roi.
Nous avons un autre tableau de l’accueil dans la première lecture qui nous rapporte l’hospitalité d’Abraham aux trois anges. Lorsque j’étais très jeune, j’avais été émerveillé par les couleurs, la disposition et l’atmosphère de l’icône d’Andréï Roublev intitulée habituellement la Trinité. Les interprétations de cette icône sont diverses. Pourquoi ne pas tenter celle-ci ? Les trois anges sont assis en face de nous autour d’une table, et nous sommes pour ainsi dire attablés avec eux en la personne d’Abraham. Le quatrième invité non figuré, c’est nous. Les trois ont un bâton qui peut être considéré comme signe d’autorité. Au-dessus du personnage de gauche, on voit une maison, la maison du Père. Les deux autres anges le regardent, attendant pour ainsi dire sa parole. Celui du centre a un manteau bleu et une tunique d’un brun, rouge qui rappelle la pourpre impériale et la passion. Près de lui, un arbre qui fait penser au bois de la croix et l’arbre du paradis.  Sa main s’approche de la coupe dans un geste de bénédiction. Dans le troisième ange nous pouvons voir le Saint-Esprit. Il regarde le Père qui paraît l’envoyer, lui donner une mission qu’il accomplit en dirigeant sa main vers la coupe. C’est l’action de l’Esprit qui fait de l’Eucharistie le corps et le sang du Chris. La coupe paraît en effet contenir un agneau symbolique, lequel rappelle la partie centrale du pain levé servant à l’Eucharistie chez les orientaux. Il est appelé prosphore et cette partie se nomme d’ailleurs l’Agneau. Nous sommes invités à la table de Dieu. Nous en sommes les invités, alors que c’est lui qui s’est invité chez nous. Quelle invitation ! Il est aussi curieux de voir le profil d’une autre coupe que forment les personnages.
Si vous allez voir l’original à la galerie Tretiakov de Moscou, vous la trouverez peut-être un peu grande, 1 m sur 1 m 50. Pour la méditation on peut préférer une reproduction plus petite.
La dernière lecture tirée de l’épître aux Colossiens, conduit à une conclusion qui est elle aussi fondamentale. Marie a certes choisi la meilleure place qui ne lui sera point ôtée, elle représente la primauté de la contemplation, mais pas de manière absolue, la parole n’est pas faite pour être conservée à l’abri, tel un son sur un appareil. Elle doit être vécue et transmise. La contemplation sans fin et l’échange éternel dans l’amour, ce sera dans la gloire.
Le Christ vient habiter en nous, en ceux qui le reçoivent et reçoivent cette parole. Il est dans l’Église et la communauté des croyants « Le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire ! » Que fait le Seigneur, que font les envoyés du Seigneur et tout disciple qui parle de lui en transmettant la bonne nouvelle? Amener tout homme à la perfection. Autant chez le contemplatif que chez celui qui agit dans l’Évangélisation directe par la parole ou l’exemple de sa vie, le but est de faire grandir le Christ dans le cœur et l’âme de chacun, dans la société, pour qu’il soit tout en tous. Nous sommes en chemin et c’est Dieu qui vient à notre rencontre comme pour les pèlerins d’Emmaüs.
Qui peut mieux nous aider que la Vierge Marie que nous fêtons comme notre reine cette année du 150ème anniversaire du couronnement de Notre-Dame du Vorbourg ? Pendant nos vacances, nous avons un modeste instrument pour méditer sur le mystère du Christ : Notre chapelet ou nos dix doigts à la limite. Marie participe à l’œuvre de notre rédemption et elle joue aussi un rôle très important dans la distribution des trésors de la grâce ainsi que de toutes les grâces, une reine sert à distribuer les trésors du roi en particulier aux plus pauvres, c’est pour cela que chacun de nous s’adresse à elle. Marie notre mère et notre reine, réjouis-toi, car celui qui est venu habiter en toi, est vraiment ressuscité ! Fais-nous partager à ta joie ! Amen !

dimanche 14 juillet 2019

« Par-delà le bien et mal… » - Le Bon Samaritain et la Compassion

Le Bon Samaritain (Vincent van Gogh)

14 JUILLET 2019
 dimanche, 15ème Semaine du Temps Ordinaire — Année C
Lectures de la messe
Première lecture« Elle est tout près de toi, cette Parole, afin que tu la mettes en pr...Dt 30, 10-14
Deuxième lecture« Tout est créé par lui et pour lui »Col 1, 15-20
Évangile« Qui est mon prochain ? »Lc 10, 25-37


Frères et Sœurs,

Nous avons entendu tout à l’heure le splendide hymne aux Colossiens que Benoît XVI avait analysée dans une audience : Le cœur de l'hymne est constitué par les versets 15-20, dans lesquels le Christ entre en scène de manière directe et solennelle, il est défini comme « image » du « Dieu invisible » (v. 15). Le terme grec eikon, « icône », est cher à l'Apôtre: dans ses Lettres, il l'utilise neuf fois en l'appliquant aussi bien au Christ, icône parfaite de Dieu (cf. 2 Co 4, 4), qu'à l'homme, image et gloire de Dieu (cf. 1 Co 11, 7). Toutefois, avec le péché, celui-ci « a changé la gloire du Dieu incorruptible, contre une représentation, simple image d'hommes corruptibles » (Rm 1, 23), choisissant d'adorer les idoles et devenant semblable à elles.
Celui qui est au-dessus de tous est venu à nous en se dépouillant de sa divinité. Il s’est fait homme, petit enfant. Il s’est fait serviteur et a donné sa vie. C’est un anéantissement au terme duquel, il est relevé, exalté à la droite du Père où et d’où il va tous nous attirer.
Nous parlions de couronnes au début de cette célébration, ce qui fait frémir nos cœurs de démocrates. Ils le font également devant la description de Paul si nous en prenons la mesure. Qui donc est au-dessus de nous et de la volonté commune et collective ? Nous avons toutefois une hésitation devant notre fragilité perceptible tous les jours et nos limites bien palpables. Sommes-nous vraiment maîtres du bien et du mal ou « Par-delà le bien et mal… » pour prendre le titre d’un ouvrage connu de Friedrich Nietzsche philosophe et professeur de philologie à Bâle. Une sorte de surhomme, serait-il né en notre temps ? Le philosophe disait selon certains que « Dieu est mort ». Un autre personnage, Loisy ironisait avant lui : « Jésus annonçait le royaume, et c’est l’Eglise qui est venue ».
Si nous ne sommes pas au-delà de Dieu, si nous ne sommes pas comme Dieu, nous avons la faculté de l’approcher. « J’ai dit : Vous êtes des dieux… ». Certes, mais par participation.  Comment atteindre Dieu, comme le toucher, comment toucher la frange de son manteau ? Comment se laisser toucher par lui ? Par le moyen des commandements et de la loi.
Le docteur de la loi posait à Jésus tout à l’heure une question qui paraît un peu cérébrale. Jésus le fait répondre lui-même : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »
Où est-elle donc cette parole de Dieu ? On pourrait imaginer une immense bibliothèque virtuelle avec un moteur de recherche ultrapuissant… qui nécessite encore d’autres programmes pour trier les résultats ? Comment assimiler et embrasser tout ça ? En opérant une première réduction…
Nous n’avons pas besoin de courir chercher cette Parole au-delà des mers, sur les rivages de nos vacances, nous n’avons pas besoin d’escalader les montagnes : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. »
Un évangile, c’est tout petit, on peut l’apprendre par cœur, ou le porter sur soi, sur son cœur et même aller avec lui au-delà des mers ou sur des rivages, on peut faire la file pour escalader le Mont-Blanc, et l’Everest si on en est capable… Tant mieux ! Mais le Seigneur est là tout près. Il est aussi tout près de nous. Lire c’est bien, mettre en pratique cette parole, c’est encore mieux.
Deuxième réduction et retour au réel et tangible, celui du prochain ! Le pape François dans une audience commentait : « cet homme pose une question, qui devient très précieuse pour nous : « Et qui est mon prochain ? » (v. 29), en sous-entendant : « Mes parents ? Mes concitoyens ? Ceux de ma religion ?... ». En somme, il veut une règle claire qui lui permette de classifier les autres entre les « prochains » et les « non-prochains », entre ceux qui peuvent devenir prochains et ceux qui ne peuvent pas devenir prochains. » C’est exactement cela. Il y a mes proches prochains et mes pas du tout prochain, surtout mon voisin qui pourrait être plus discret parce qu’il a des problèmes trop visibles. Quant on se considère comme étant vraiment très bien on a de la peine à trouver des prochains et on porte de ces lunettes d’étoffe noires pour faire la sieste en plein jour. Cool, je ne vois personne… Donc « Moi, Je suis ! » Ego eimi. Je suis tout seul en effet, alors que j’ai besoin de pouvoir décoller dans la vie spirituelle.
Qui est donc mon prochain ? Nous avons bien souvent l’occasion de répondre… Cent fois en regardant autour de nous aujourd’hui. Cela nous fait cent fois cent prochain… de quoi nous emmêler, pire que sur la toile internet… Vous connaissez ces sortes de liens dessinés entre des bustes de bons hommes. On aime dire que le mot de religion vient de relier, tisser des liens. Avec Dieu en haut dans le ciel, certainement, mais aussi tout près entre les hommes. Il est dans leur coeur. Cela permet de créer une immense toile pour nous faire voler jusqu’au ciel, jusqu’au Père qui nous attrape. Voilà un trampolino spirituel, si vous aimez les images.
Oui le Christ est l’image du Dieu invisible, oui il siège à la droite de son Père, oui tout pouvoir lui a été donné, mais pour nous apprendre à aimer et ce pouvoir est celui de l’Esprit-Saint qui nous accompagne.
Salut, Reine, Couronnée d’étoiles, Mère de Miséricorde, notre Vie, notre Douceur, et notre espérance, salut. Tourne donc, ô notre Avocate, tes yeux miséricordieux vers nous. Amen !

dimanche 23 juin 2019

Qui suis-je? Certainement pas un compromis fédéral

Couper la poire en deux et plus?

23 JUIN 2019 -  dimanche 12ème Semaine du Temps Ordinaire — Année C
de la Férie -  Suisse |
Messe du jour
Première lecture« Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19,37)Za 12, 10-11a ; 13, ...
PsaumeMon âme a soif de toi,
Seigneur, mon Dieu.Ps 62 (63), 2, 3-4, ...
Deuxième lecture« Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Chris...Ga 3, 26-29
Évangile« Tu es le Christ, le Messie de Dieu. – Il faut que le Fils de l’homme...Lc 9, 18-24


Frères et Sœurs,

Vous aurez constaté que l’Evangile d’aujourd’hui et les lectures tournent sur l’identité de Jésus. « Que dit-on de moi », que dit-on de Jésus ?
Le Seigneur avait commencé par demander ce que disaient de lui les foules. Elles disaient qu’il était Jean-Baptiste décapité par Hérode, ou le prophète Élie qui devait revenir à la fin des temps.  Nous allons fêter saint Jean-Baptiste demain, celui qui va diminuer et laisser croître le Christ. Nous sommes au solstice. Le soleil est arrivé au Zénit…
« Pour vous qui suis-je ? » Jésus s’adresse à Pierre comme représentant les disciples. Celui-ci dit sa foi en Jésus, il la confesse : « Tu es le Christ, le Messie de Dieu. » L’ancienne traduction disait simplement : « Le Messie de Dieu. » Qui a raison ? Le grec dit « Christon tou Theou ». Le Christ de Dieu. L’utilisation des deux mots a une valeur explicative. Christ est la traduction de  Messie en hébreu et signifie "celui qui a reçu l'onction". Le roi Saül est ainsi le premier "Oint" dans la Bible. Dans la Bible des Septante ou Bible d’Alexandrie, l’ancien testament traduit en grec à Alexandrie si vous préférez, on avait déjà traduit Messie, Messiah, par Christ. Si vous avez le courage d’utiliser internet, ce n’est pas très difficile à vérifier.
Le Messie est donc l’oint et le consacré, celui qui a une mission divine. Le terme est utilisé pour le grand-prêtre et le roi.
Vous avez peut-être entendu parler des distinctions qui ont été faites entre le « Jésus de l’histoire » et le « Christ de la foi », on pourrait aussi parler du Jésus de la piété, de celui qui est doux et humble de cœur en ce mois du Sacré-Coeur. Mais nous ne pouvons dissocier les deux mots qui forment le nom de « Jésus-Christ ».
Si le peuple est impressionné par son message et voient en lui le grand prophète, dans la réponse de Pierre, nous sentons déjà une distinction. Les Apôtres sont pour ainsi dire plus impressionné par le Christ, le Messie avec sa connotation politique, et aussi de pouvoir qu’il avait dans l’esprit du Peuple de Dieu à l’époque. Ils voient en Jésus le Roi qui va venir restaurer la puissance politique et la vraie royauté en Israël. Ils pensent certainement aux postes à occuper.
Jésus va alors lui expliquer ainsi qu’aux autres, sa mission. A vues humaines son message est une vraie catastrophe qui fera s’indigner Pierre et le faire appeler du nom de Satan par Jésus.
« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Pour ses disciples, le chemin sera le même. La prophétie qu’est la première lecture ne laisse aucun doute : « Ils regarderont vers moi. Celui qu’ils ont transpercé, ils feront une lamentation sur lui… » Pourtant le Psaume annonce la gloire après la croix.
Nous allons revêtir le Christ, nous a dit saint Paul, c’est-à-dire prendre le même chemin que lui.
Si Jésus a interrogé ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Cette question il nous la pose aujourd’hui. « Pour vous, qui suis-je ? » Allons-nous lui répondre : « On ne sait plus trop. Au pays du compromis fédéral, nous en sommes à ton sujet, au 5e, 6e, ou 7ème accord sur ton identité. » Sans compter les théologiens et théologiennes. Puisque la canicule est annoncée, irions-nous jusqu’à comparer notre réponse à ces apéritifs que l’on prend par grande chaleur et auxquels on ajoute sans arrêt de l’eau pour remplir son verre. A la fin qu’est-ce qu’il reste ? Peut-être quelques molécules. « Vous êtes le sel de la terre ! » Croyons-nous vraiment que Jésus se contentera d’aller son chemin en se demandant « Qui suis-je ? « Moi, je suis ! », dit-il dans saint Jean. Il nous le dit aujourd’hui parce qu’il nous aime et son message ne change pas, même s’il faut se l’approprier sans cesse.
Fêtant aujourd’hui le 40ème anniversaire de notre jeune canton qui a toutefois des racines historiques bien plus profondes, nous pouvons nous permettre quelques questions. Nous ne sommes pas totalement aveugles devant la quasi-dissolution ou l’évaporation de la pensée politique chrétienne devant les idéologies à la mode, qu’elles portent le nom de gender ou de transhumanisme. Le pape François dans Amoris laetitia parlait ainsi : « Il est inquiétant que certaines idéologies, qui prétendent répondre à des aspirations parfois compréhensibles, veulent s’imposer comme une pensée unique qui détermine même l’éducation des enfants. »
Si vous avez un peu de temps, en deux ou trois clics de souris, vous pourrez retrouver très facilement les discours du pape François destinés à l’Europe. Nous sommes bien petits, certes, mais nous apprécions presque de manière méridionale, les grandes idées, alors pourquoi ne pas s’intéresser aux siennes.  « L’Église peut et doit contribuer à la renaissance d’une Europe affaiblie, mais encore dotée d’énergie et de potentialités. Son devoir coïncide avec sa mission : l’annonce de l’Évangile, qui aujourd’hui plus que jamais se traduit surtout par le fait d’aller à la rencontre des blessures de l’homme, en portant la présence forte et simple de Jésus, sa miséricorde consolante et encourageante. Dieu désire habiter parmi les hommes, mais il ne peut le faire qu’à travers des hommes et des femmes qui, comme les grands évangélisateurs du continent, soient touchés par lui et vivent l’Évangile, sans chercher autre chose. » Ce n’est pas un retour aux Princes-Évêques, mais de l’annonce de l’Évangile dont il est question.
Nous n’avons d’avenir qu’en confessant le nom de Jésus, en revêtant le Christ et en l’annonçant. C’est ainsi que se construit son Église. Marie, Mère de l’Église, Notre-Dame du Vorbourg, prie pour nous et notre pays. Amen.

dimanche 9 juin 2019

Le menu de Pentecôte





Solennité de Pentrecôte - Messe du jour

Première lecture« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres...Ac 2, 1-11
Psaume
Ô Seigneur, envoie ton Esprit
qui renouvelle la face de la terre !
Deuxième lecture« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là son...Rm 8, 8-17
Séquence
Évangile« L’Esprit Saint vous enseignera tout »Jn 14, 15-16.23b-26




Frères et sœurs,
L’image de la Pentecôte que nous retenons et qui est représentée le plus souvent les artistes, est celle de la descente de l’Esprit-Saint sous forme de langues de feu sur ceux qui étaient réunis autour de Marie et de tous les Apôtres. Matthias, désigné par tirage au sort entre l’Ascension Pentecôte, était là aussi. La méthode était celle utilisée par les prêtres du temple.
Qui était vraiment présent au Cénacle ? S’agissait-il des 120 disciples ayant participé au choix de Matthias ? Les Actes relèvent la présence de Marie au Cénacle avec les Apôtres demeurant dans l’attente et la prière. Qui plus qu’elle, pouvait attirer l’Esprit alors qu’elle en est l’épouse, lui qui l’avait prise sous son ombre. Au pied de la croix, elle avait été investie d’une nouvelle maternité non seulement envers Jean, mais tous les disciples. Au cénacle, elle avait prié pour que chacun reçoive des dons à la mesure de la mission qui allait lui être confiée. Les douze avec Marie représentent l’Église. « Il n'y a pas d'Église sans Pentecôte. Et je voudrais ajouter : il n'y a pas de Pentecôte sans la Vierge Marie. » disait Benoît XVI. Le jour de la Pentecôte, cinquante jours après Pâques, le Peuple Juif célébrait également le don de la Loi au Sinaï. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » nous a dit Jésus dans l’Évangile. Il nous a laissé le commandement de l’amour qui inclut tous les autres. C’était aussi la fête des Moissons, et pourrait-on dire dans une optique chrétienne, la fête de la récolte et de la distribution du trésor de grâces que Jésus avait accumulé.
Vous me permettrez un contraste un peu délicat que s’était autorisé le pape Benoît XVI dans son « Jésus de Nazareth ». Il avait mentionné un passage de Flavius Josèphe dans son livre sur la guerre des Juifs. A la Pentecôte peu avant l’année 70 et la destruction du Temple, il rapporte que les prêtres auraient entendu dans celui-ci des mouvements, des grondements et de curieuses paroles : « Votre maison va vous être laissée déserte » - « Partons d'ici ! »
C’est l’inverse pour l’Église en prière réunie dans le Cénacle : « Un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. » L’Esprit vient reposer sur elle, habiter en elle et la rend féconde, comme Marie.
Un des éléments qui intrigue le plus nos contemporains est celui du don des langues. Tous comprenaient ce que disaient les Apôtres et Pierre qui s’exprime avec éloquence. C’est l’inverse du phénomène provoqué par la construction de la tour de Babel. Ce n’est plus une demeure construite par la main de l’homme pour atteindre les cieux qui va s’édifier, mais l’Église, dont l’architecte et l’inspirateur est l’Esprit-Saint. Il va se faire entendre de tous ceux qui participeront à la construction de cet édifice spirituel qui va durer jusqu’à la fin des temps. Il va assurer la cohésion de ceux qui y collaboreront et en seront en même temps les pierres vivantes.
 Quelle est cette langue que tous comprennent ? Le Latin, grand Dieu non ! diront les grecs, les coptes, les arméniens, les syriaques et presque tous nos prêtres de l’Église latine aujourd’hui. Pour nous, c’est de l’Hébreu !  Il est vrai que certains n’en ont pas que des rudiments.
Quelle est la langue de l’Esprit aujourd’hui? Comment reconnaître ses appels pour aujourd’hui ? Comment représenter l’Esprit-Saint aujourd’hui ? Quelles formes vont revêtir ses appels ? « Tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » disaient ceux qui entendaient les Apôtres à la Pentecôte. Cela se comprend de tous les hommes de tous les temps.
Saint Ephrem le Syrien, surnommé la harpe du Saint-Esprit, et fêté aujourd’hui, décrit la Pentecôte dans un de ses poèmes. : 8 L’Esprit Lui aussi / Vêtit les Apôtres / Et les envoya / Des quatre Côtés / Accomplir leurs tâches.
Quand l’hiver de Satan fut mâté : 26 Alors gazouillèrent / Les moineaux du ciel / En nouveaux ramages, / Bravant l’épervier, / Méprisant l’hiver.
27 Voilà ce qu’opère / La chaleur ; et puis / Voilà ce qu’achève / L’Esprit Saint aussi : / Qui donc y suffit ?
Quel est le vêtement dont l’Esprit-Saint veut nous revêtir nous, pour cette année et pour la Nouvelle Évangélisation ? Nous pouvons nous inspirer des interpellations de l’Église à commencer par Gaudium et Spes, L'Église dans Le Monde de ce Temps et Evangelii Gaudium du pape François, La joie de l’Évangile, si vous n’avons pas le don du latin. L’annonce de l’Évangile est un l’axe principal du pontificat du Pape François. L’Église doit se transformer pour être en ‘sortie’ missionnaire. Le Carmel en sortie, c’est particulier… nous avons nos manières propres d’annoncer l’Évangile dans les médias, par l’accueil, mais aussi par la prière. Il est coutumier de rappeler que Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus est patronne des missions avec François-Xavier. Pour la mission de proximité, au noviciat, elle a aussi de grandes qualités.
L’annonce de l’Évangile ce n’est pas que l’affaire des agents pastoraux patentés et méritants qui ont des tentations disait le pape François dans son document, c’est l’affaire de tout le Peuple de Dieu.
Mais c’est aussi celle du prédicateur…  Une homélie devrait se baser sur la conviction que c’est Dieu qui veut rejoindre les autres à travers le prédicateur, et qu’il déploie sa puissance à travers la parole humaine.
Mon Dieu comme c’est difficile, de donner à manger et à boire, alors qu’il y a tant de goûts différents : l’entrée, le rôti, le roastbeef, le veau de Pentecôte, les frites, la dinde de thangsgiving, le couscous et le méchoui, les frites, pas de salades, les loukoumi, les pâtisseries très sucrées du côté du Liban et de la Syrie, les glaces, les fraises ou la tarte et je ne sais quoi, sans parler des vins, symboles de la joie de Pentecôte. Il ne faut surtout pas oublier les végétariens. Pierre aura droit peu après à une immense nappe avec toutes les nourritures de la création. Je ne connais pas le menu du Carmel aujourd’hui, mais la joie et la prière y ont certes une bonne part. Difficile de tout placer en quelques mots d’une prédication. Il y a aussi les remèdes à administrer. Avec ou sans antalgique. Autrefois au service militaire il n’y avait encore qu’un remède universel, le Treupel toujours en service… Il en faut de plusieurs variétés en Église. Parfois, on applique le vieil adage aimé de Molière « corriger les mœurs en riant ». Il est en latin, mais vous en avez eu déjà assez. D’autrefois il faut aussi, mission pénible, se transformer en Jonas, sonner le réveil et être bien entendu. « Tout à tous » :  l’Esprit-Saint est passé maître en cet art. Mais il doit aussi aider à comprendre… Nous ne pouvons parler qu’en une langue et manifestement, il a fait office de traducteur, mieux que Google et sans fautes. Qu’il pallie à nos difficultés et nos limites.
Chacun de nous a reçu l’Esprit-Saint au baptême et à la Confirmation, je ne vous demande pas de vous rappeler votre date de Confirmation, peut-être le nom de celui qui vous l’a donnée… Je vous propose simplement une petite minute de silence, pour essayer de savoir si le Maître de votre cœur et la source de toutes vos bonnes et saintes idées, ne vous propose pas quelque chose… Si vous ne l’entendez pas, il vous attend peut-être après la célébration et vous inspirera lorsque vous vous exprimerez sur ce que vous direz de Jésus. Quel menu allez-vous servir ? Va-t-on nous comprendre ? Comment vous représentez-vous l’Esprit-Saint ? Comment annoncer et faire aimer Jésus, comment transmettre la joie de la résurrection ?  Comment reconnaissons-nous l’inspiration de l’Esprit-Saint dans les paroles de nos interlocuteurs ? Comment écoutons-nous ? N’oublions jamais que l’Esprit donne de parler, mais aussi d’écouter. S’il n’intervient pas dans le cœur des auditeurs, rien ne passe. Pour grandir et pour que grandisse l’Église demandons le don de la parole, mais aussi celui de l’écoute.
Viens, Esprit-Saint, en nos coeurs, et envoie du haut du ciel, un rayon de ta lumière. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen. Et merci de votre patience.

lundi 27 mai 2019

Rogations




Un official m'avait passé voici plusieurs années un formulaire dont les oraisons paraissent être très anciennes et remonter aux Wisigoths. Il peut très bien être utilisé lors de la célébrations des Rogations. Non seulement nos jardins ont besoin de bénédictions, mais nos agriculteurs et éleveurs pris par toute sorte de soucis, bagarre entre subventions variables, OGM, contrôles de toutes sortes, sans parler du réchauffement climatique et de ses aléas très médiatisés. 


Célébration de la bénédiction du territoire (Rituel du diocèse de Perpignan)


1/ Au Levant (à l’Est)

lecture de l’Evangile selon St Jean :
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu, et il était auprès de Dieu. Tout a été fait par Lui, et rien ne s’est fait sans lui. Il était la Vie, et la Vie était la Lumière des Hommes. Et la Lumière brille dans les Ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont pas saisie. Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. Il vint pour témoigner, pour rendre témoignage à la Lumière. Il n’était pas la lumière, mais il était le témoin de la lumière. Le Verbe était la Lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde. Le Verbe était dans le monde, et le monde a été fait par lui. Il est venu chez les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu. A ceux qui l’ont reçu et cru, il a été donné le pouvoir de devenir enfants de dieu. A ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous.

Avec le reliquaire de la Sainte Croix, le Célébrant  trace un signe de croix en direction du levant, et répand de l’eau bénite.


Oraison

Dieu Eternel et Tout Puissant, daigne bénir ce territoire, pour lequel, nous, tes faibles serviteurs, nous te prions. ET Que ta bénédiction nous sanctifie, afin qu’avec ton Eglise, nous parvenions jusqu’à ta lumière sans déclin, par J. C. N. S





2/ Au Midi  (Sud) :

Lecture de l’Evangile selon St Luc
En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé  par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David. Et le nom de la jeune fille était Marie. L’Ange entra chez elle et lui dit : réjouis-toi, Marie, tu as toute la faveur de Dieu. Le Seigneur est avec toi. A ces mots, elle fut toute troublée et se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit sois sans crainte Marie, car tu as trouvé grâce devant Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père. Il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. Marie dit à l’ange : comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ?  L’ange lui répondit : l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’enfant qui va naître sera saint, et sera appelé Fils de Dieu. Marie dit alors : je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. Et l’ange la quitta.

Oraison :
Dieu créateur et maître de toutes choses, toi qui as posé les semences sur la terre, les fais fructifier et nous les donne en usage par ta miséricorde, accorde nous, par l’intercession de la bienheureuse Mère de Dieu, de bénir toutes les terres cultivées et les semences qui y ont été déposées. Fais germer en nous un esprit nouveau, pour qui nous puissions donner des fruits pour ta gloire, par J. C. N. S.


3/ Au Couchant (Ouest)

lecture de l’Evangile selon saint Marc
En ce temps-là, Jésus Ressuscité se manifesta aux Onze Apôtres , alors qu’ils étaient à table, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. Et il leur dit : Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures. Celui qui croira sera sauvé, et celui qui ne croira pas sera condamné .

Oraison :
Dieu Eternel et tout Puissant, bâtisseur et gardien de la Jérusalem céleste : construis et garde nos cités, et notre territoire avec ses maisons, afin qu’en nos foyers habitent la paix et la charité, par J. C. N. S.

4/ Au Nord :

lecture de l’Evangile selon St Matthieu :
En ce temps-là , Jésus dit à ses disciples : il en sera de la venue du Fils de l’homme comme de l’éclair qui traverse le ciel d’Orient en Occident. Après ce signe, le ciel s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière. Les étoiles tomberont du ciel. Alors seront rassemblés toutes les nations, et le Fils de l’homme apparaîtra, venant des nuées, avec une grande foule et en majesté. Il enverra ses anges avec la trompette, et ils appelleront les élus des quatre points de la terre. Lorsque le figuier est vert, vous dites : déjà les feuilles sont sorties, et vous savez que l’été est proche. De même, lorsque vous verrez ces signes, vous comprendrez que le passage est proche. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

Oraison :
Ecarte de nos maisons, Seigneur, le mal qui nous éloigne de toi, et écarte de nous les orages et les tempêtes. Garde-nous de tout malheur, afin que nous puissions jouir des fruits de la terre et de notre travail, et marcher vers ton royaume dans la paix, par J. C. N. S.



Cette célébration, indiquée dans les plus anciens rituels  du diocèse de Perpignan, se faisait autrefois pour la fête de l’invention de la croix, le 3 Mai, surtout lors du fameux « pardon de Marcevol » On avait l’habitude de la célébrer aussi lors des quatre-temps du printemps, ou dans les ermitages tels que Força Réal. Il est probable que cette magnifique liturgie aux accents cosmiques, qui va de la création à la Parousie en passant par le temps de l’Incarnation et le temps de l’Eglise, nous vienne de la liturgie Wisigothique qui avait cours avant la liturgie Romano-Franque imposé par Charlemagne et ses successeurs.
Elle se célèbre généralement en procession, où l’on peut chanter un chant de procession entre les stations aux quatre points cardinaux, ou les Litanies.



dimanche 19 mai 2019

Ce mal qui empoisonne le bien que vous faites! Mais aimez-vous les uns les autres!




Homélie  5e Dimanche de Pâques, 19 mai 2019  :

« Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres. »
Frères et Sœurs,
Avec ce passage du chapitre 13 de saint Jean et le dernier entretien de Jésus, nous sentons se rapprocher son Ascension et sa séparation d’avec ses Apôtres. Il donne ses dernières recommandations avec le commandement ultime et nouveau, celui de l’amour que nous avons à nous porter les uns aux autres.
Le Fils de l’Homme va être glorifié dans ces élévations que seront le calvaire, la remontée des enfers et la résurrection, l’Ascension et sa session à la droite de Dieu son Père, dans son humanité. 
Que veut dire le Seigneur en parlant de commandement nouveau ? Joseph Ratzinger dans sa retraite donnée au Vatican et intitulée le Ressuscité disait ceci : On ne reçoit l'amour qu'en aimant. Chez Jean, l'amour fraternel s'insère dans l'amour trinitaire. Il constitue le « commandement nouveau », non pas au sens d'un commandement extérieur, mais comme réalisant la structure intime de l'essence chrétienne. … Jean exprime une vérité extrêmement importante : l'amour abstrait n'aura jamais de force dans le monde s'il ne plonge ses racines dans des communautés concrètes bâties sur l'amour fraternel. La civilisation de l'amour ne se construit qu'à partir de petites communautés fraternelles. On doit commencer par le particulier pour parvenir à l'universel. L'édification d'espaces de fraternité est aujourd'hui non moins importante qu'au temps de saint Jean ou de saint Benoît (ou de sainte Thérèse)… les fraternités de moines, proposent les modèles de la nouvelle cité de frères dans la foi.
Nous avons de beaux exemples contemporains de l’amour fraternel dans la vie des saints fondateurs, non seulement hier, mais aujourd’hui, comme l’a fait Jean Vanier avec ceux qui ont fondé l’Arche.
L’Apocalyse nous a dit que Dieu va établir sa demeure parmi les hommes qu’il demeurera avec eux et qu’ils seront son Peuple. Cette réalisation avec son architecte invisible commence maintenant.
Jésus ne laisse apparemment que ce commandement de l’amour comme pierre fondamentale du temple spirituel. L’amour fraternel est pour ainsi dire le feu qui brûle le nouvel holocauste et le transforme en parfum d’agréable odeur qui monte devant Dieu et lui plaît. Ce ne sont plus les odeurs de sainte cuisine qui envahissaient la ville sainte, mais un sacrifice spirituel qui n’en est pas moins un sacrifice réel. « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Les épreuves viennent du dehors de la communauté chrétienne, mais aussi de son intérieur, du scandale, et également du péché qui nous a touché personnellement.
Ayant entendu la mention de Juda, tout à l’heure, nous pouvons nous demander : En quoi est-ce que Dieu peut être glorifié avec cette trahison ? Ne serait-ce pas d’abord parce qu’elle va permettre la manifestation de l’amour que Dieu a pour tous les hommes, un amour qui va jusqu’au don de sa vie, mais pas au prix de la vérité.
L’amour est parfois sali par notre humanité tortueuse dans l’expression des actes bons qu’elle pose, comme si le diable essayait d’en empoisonner la racine. C’est Judas dans le groupe des douze, c’est la partie blessée de nous-mêmes qui se révolte, qui se dresse contre Dieu, est prête au reniement, tout en s’indignant comme Pierre de sa fidélité.
Le Seigneur nous demande de porter l’Évangile en vivant son commandement. Si nous ne le respectons pas, ce n’est plus la ville sainte que nous bâtissons, mais des châteaux de sable au bord de la mer. Nous célébrons alors des cultes païens contemporains.
La commission théologique internationale dans son dernier document nous parle de l’évangélisation en ces termes «  L’évangélisation ne consiste pas seulement dans la proclamation confiante de l’amour salvifique de Dieu, mais dans la mise en œuvre d’une vie fidèle à la miséricorde qu’Il a manifestée dans l’événement de Jésus Christ, par lequel l’histoire tout entière s’ouvre à la réalisation du Règne de Dieu. » (citation d'une note doctrinale de la cdf)
L’Évangélisation a toujours rencontré des obstacles que ce soit face à l’ancien empire ou aux diverses idéologies totalitaires. Nous avons à faire face aujourd’hui, à celles qui subsistent, mais également à ce que la commission théologique internationale appelle « La réduction « libérale » de la liberté religieuse », une forme de neutralité religieuse qui s’étend au-delà des rapports du citoyen avec l’État, à la culture et à l’éthique. « Le moralement neutre », se met à contrôler le domaine de tous les jugements humains, il commence à assumer les traits d’un État « éthiquement autoritaire ». Il impose ses dogmes et sa vision de l’homme. Les personnes touchées d’un handicap mental sont chères à Jean Vanier, ce qui nous amène prendre pour exemple les enfants trisomiques qui sont aujourd’hui massivement victimes de ce « moralement neutre » et du silence. Où est la charité ?
Le plus grand obstacle à l’annonce de l’Évangile demeurera l’oubli du respect du commandement nouveau : Nous aimer les uns les autres. « L'amour abstrait n'aura jamais de force dans le monde s'il ne plonge ses racines dans des communautés concrètes bâties sur l'amour fraternel. »

Prière de Jean Vanier à Marie :

Ô Marie, donne-nous des cœurs attentifs,
humbles et doux
pour accueillir avec tendresse et compassion
tous les pauvres que tu envoies vers nous.

Donne-nous des cœurs pleins de miséricorde
pour les aimer, les servir,
éteindre toute discorde
et voir en nos frères souffrants et brisés
la présence de Jésus vivant.

Seigneur, bénis-nous de la main de tes pauvres.
Seigneur, souris-nous dans le regard de tes pauvres.
Seigneur, reçois-nous un jour
dans l’heureuse compagnie de tes pauvres.

Amen !



mardi 30 avril 2019

Notre Pâque et notre éternelle jeunesse avec Nicodème


Nous sommes en pleine période de célébration de la résurrection de Jésus et voilà que nous est présentée la figure de Nicodème. Il est touché par cette résurrection aussi et peut faire une relecture de ce que Jésus lui avait donné de vivre. Pour son ensevelissement, Nicodème apporta un mélange de myrrhe et d'aloès, « d'environ cent livres ». Comme le serpent de bronze avait été élevé par Moïse dans le désert, ainsi le Fils de l’homme avait été élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Nous pouvons faire sans peine le rapprochement entre ces deux passages d’Évangile. Comment naître d’en haut et se renouveler quand passent les années ? Où trouver une fontaine de jouvence ? « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux? Est-ce qu'on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois? » (Jn 3, 4). Jésus répond: « Personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n'est que chair; ce qui est né de l'Esprit est esprit » (Jn 3, 5-6). Jésus, disait Jean-Paul II avait fait passer Nicodème des réalités visibles aux réalités invisibles. Chacun de nous est né de l'homme et de la femme, d'un père et d'une mère ; cette naissance est le point de départ de toute notre existence. Nicodème pense à cette réalité naturelle. Au contraire, le Christ est venu dans le monde pour révéler une autre naissance, la naissance spirituelle.
D’une certaine manière c’est une jeunesse perpétuelle dont nous bénéficions par notre baptême et l’action du Saint-Esprit. De son côté transpercé ont jailli le sang et l’eau et il a remis l’Esprit, le souffle. Celui qui était venu reposer sur Lui, il l’a envoyé et libéré.
« Nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu. » On voit dans cette parole du Seigneur une allusion à la Trinité.
C’est le même Esprit qui nous donne d’être témoins de ce mystère qui doit nous apporter une perpétuelle jeunesse. Chacun à notre manière, nous devons être des hommes du réconfort, du réconfort qu’apporte l’Esprit, Aujourd’hui, Demain, A jamais pour reprendre la formule du Jubilé de l’an 2000 qui m’est restée en mémoire.
« Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. » C’est ce même Esprit qui nous fera monter au ciel. Saint Augustin nous le dit ainsi : « Si donc personne que Jésus-Christ n’est pas descendu du ciel et n’y est pas remonté, quelle espérance ont les autres ? Leur espérance est fondée sur ce fait que le Christ est descendu du ciel pour que tous les hommes ne fassent qu’un en lui et avec lui, pour être à même d’y monter par lui. » (12e traité sur Saint Jean.). La Résurrection de Jésus est notre résurrection et son Ascension sera la nôtre… Alléluia, Louange à Dieu.
Amen.