Rechercher dans ce blog

mardi 15 janvier 2019

Il enseignait avec autorité



Frères et Sœurs,

Un des éléments qui frappait les contemporains de Jésus était qu’il enseignait avec autorité. Cette autorité s’exprime ou s’illustre par le fait qu’il opérait des guérisons, mais aussi chassait des esprits mauvais et leur imposait le silence. Les démons selon ce que disent les Évangiles sentaient une force qui s’imposait à eux.
Jésus vient réconcilier les hommes avec son Père. Dans les guérisons de malades et le fait de chasser les esprits mauvais, il nous donne à comprendre qu’il s’agit là d’une des conséquences du retour de Dieu qui vient nous libérer, car il nous aime.
Lorsque Jésus enseigne, il ne le fait pas à la manière des scribes et des pharisiens en s’appuyant sur des traditions et de grands maîtres, il le fait parce qu’il est Dieu… L’Écriture est le fruit d’une inspiration divine qui passe par des hommes, mais là c’est celui qui est le Verbe de Dieu qui enseigne. On retrouve cela fréquemment dans des formules telles que Je vous dis, Moi je vous dis… Il enseignait à ceux qui l’entendaient, la conduite à tenir, les comportements à adopter pour être de vrais fils de Dieu.
Benoît XVI l’explique ainsi dans son « Jésus de Nazareth » : L'enseignement de Jésus ne vient pas d'un apprentissage humain, quelle qu'en soit la nature. Il provient du contact direct avec le Père, du dialogue « face à face » - de la vision de celui qui est dans « le sein du Père » (Jn   1, 18). C'est la parole du Fils. Privée de ce fondement intérieur, elle serait de la présomption. À l'époque de Jésus, c'était d'ailleurs l'opinion des scribes justement parce qu'ils refusaient d'accepter ce fondement intérieur : la vision et la connaissance face à face.
(Jean-Paul II le disait à des évêques de Colombie : « La miséricorde de Jésus et sa compassion face à la fragilité humaine ne l'empêchaient pas d'indiquer avec clarté quelle était la conduite à suivre ou les attitudes les plus conformes à la volonté divine, réduisant souvent à néant les propos insidieux de ses adversaires; cela lui gagna l'admiration des foules. »)
Ce qu’il demande nous contraint à sortir de nous-mêmes et n’est pas immédiatement confortable, vous êtes certainement d’accord avec moi, mais il nous donne sa paix déjà maintenant. Le grand confort sera bien entendu celui du Royaume… 
De toute évidence, ce passage d’Évangile nous invite à nous demander si nous prenons au sérieux la parole de Jésus. Il nous donne aussi la force de la mettre en pratique, ce n’est pas simplement l’enseignement d’un maître parmi d’autres… Il nous accompagne sur notre chemin vers son Père. Il est vrai que le fardeau est parfois bien lourd, ne craignons pas de lui demander son aide avec insistance ainsi qu’à Notre-Dame. Amen.

lundi 7 janvier 2019

Au revoir, fr. Paul




Lors de la célébration de l’Epiphanie, nous avons fait mémoire de mon confrère Fr. Paul (François de Cornulier-Lucinière)

Chers frères et sœurs, 

Nous avons une pensée particulière ce matin envers les personnes qui nous sont recommandées durant cette Eucharistie et pour leurs familles. Vous me permettrez quelques mots après le départ pour la maison du Père de mon confrère, frère Paul. Au commencement de notre ministère ici au Vorbourg, nous étions trois  avec le Père Robert, ce qui nous permettait de méditer sur la Trinité. Certains nous surnommaient les trois rois, ce qui nous amusait bien. Puis vint le temps où nous nous sommes retrouvés à deux avec fr. Paul, ce qui permettait de méditer sur les deux natures du Christ. Maintenant je suis pour ainsi dire contraint de me pencher sur le mystère de Dieu un. La galette des rois aurait dû attendre toute la semaine pour que soit trouvée la fève pour le seul roi disponible, heureusement, j’ai obtenu de l’aide cette année.
Frère Paul qui était diacre est donc finalement parti suite à une leucémie aiguë le 29 décembre, à l’âge de 80 ans, étant né à Meknès au Maroc le 10 décembre 1938. Sa famille, de très ancienne tradition, s’en revint ensuite dans la région de Nantes. Frère Paul y effectua sa scolarité, puis entra au séminaire et voulut faire son service militaire, ce qui le conduisit en Algérie, où il sut montrer qu’il n’appréciait pas du tout voir de mauvais traitements infligés parfois aux prisonniers. Au séminaire, il côtoya, parmi  ses confrères séminaristes 2 futurs martyrs de Tibhirine, récemment béatifiés.
A la fin de son séminaire, ayant rencontré presque par hasard dans le train, le Père Bonaventure Sodar, un des fondateurs de notre monastère, il s’était retrouvé en Suisse.
Sa principale amitié spirituelle, il la réservait à Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui l’aidait à faire usage de son ascenseur pour le ciel et à se simplifier. Il appréciait également beaucoup Saint Louis-Marie Grignon de Montfort qui avait œuvré dans sa région. Vous l‘avez vu persévérant fidèlement dans son service et la prière, au cours des 23 ans qu’il a passés ici au Vorbourg. Si nous avons dans l’esprit l’image de son état de malade, il est certainement bon de rappeler ses qualités en période où il accomplissait différemment sa mission. Etre malade, c’est aussi accomplir un service pour l’Église, la remarque est valable pour tout le monde.
Fr. Paul était connu pour son amour du Latin et ses qualités de traducteur. Il a d’ailleurs prêté ses services pour traduire bon nombre de vie de nos saints jurassiens que vous trouvez sur le site abbaye-saint-benoit.ch.
Ici au sanctuaire, il avait la responsabilité du chant en raison d’une des fonctions occupée et reconnue au monastère du Bouveret où il était chantre. Il était aussi était féru de poésie, capable de nous débiter tout un train de quatrain. Par modestie, il tenait fermement que son frère de Nantes, était bien plus doué que lui dans cet exercice. Tant qu’il le put, il travailla à la cuisine commune mais s’occupa aussi des fleurs. Il aimait beaucoup observer les oiseaux et la nature, ce qui est commun aux moines habituellement.
En retournant à la maison du Père, il a retrouvé ses parents et 5 de ses frères et sœurs, dont l’un Pierre-Noël qui était parachutiste, avait sauté à Dien Bien Phu. Il en gardait un souvenir ému. Je vous serais reconnaissant de prier pour son frère Benoît, dernier survivant de la fratrie, qui est affecté par ce départ et pour lui, bien entendu,. Demandons au Seigneur et à Notre-Dame de montrer une semblable fidélité à nos missions que lui à la sienne et  à ses vœux (51 ans de vie monastique).

Epiphanie : Le Christ est à Bethléem, pas à l'Hérodion




Frères et Sœurs,

Comment aborder l’Épiphanie ? L’habitude la plus ancrée dans nos traditions est celle de la galette des rois. Vous trouverez certainement des explications sur internet qui la feront remonter à l’antiquité romaine païenne. Aujourd’hui, chacun aborde précautionneusement son morceau de gâteau espérant la couronne. Le problème, outre les risques encourus pour les dentitions est qu’il n’y a qu’un roi, parfois accompagné d’une reine. Un roi terrestre ne peut qu’être seul dans son royaume, surtout dans un contexte où la royauté était considérée comme de droit divin. Hors les rois de l’Évangile, qui sont des sages, des magoï, étaient trois. Il suffit de modestes recherches pour trouver très facilement des explications sur les origines de ce glissement royal qui n’a rien d’un faux-pas. Il commença par Tertullien, puis s’approfondit avec Origène, tous deux figurent parmi les plus anciens auteurs ecclésiastiques et commentateurs de l’Écriture.
Les rois évoquent des idées de pouvoir, de gloire, de richesse, tout ce que nous n’avons pas. Ceux d’aujourd’hui nous sont si sympathiques que nous nous sentons tous appartenir à un environnement qui paraît attirant. Or, que font ces mages ? Ils viennent dans une étable s’incliner devant un jeune enfant… qui serait le Messie, un terme qui va effrayer Hérode. Ils ont suivi l’étoile de l’Orient, fait un long voyage… poursuivant avec anxiété et ardeur cet astre qui s’éclipse au-dessus de Jérusalem. Mystérieusement, ils ne trouveront leur chemin que par l’intermédiaire des prêtres et des scribes qui connaissaient les Écritures et le lieu où devait naître le Messie. L’indication est valable pour nous aussi qui recherchons le Seigneur. L’Écriture nous apporte une lumière, elle brille avec plus de force encore pour nous, depuis que le Seigneur a ouvert nos esprits à leur compréhension. La recherche de la vérité et du Messie, de l’Enfant-Dieu produit immédiatement des réactions de la part des forces du mal… Prêtres et scribes donnent leur réponse devant Hérode seul. Et c’est Hérode lui-même qui envoya les Mages à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. ». Il paraît s’être méfié du lieu puisqu’il avait déjà construit tout près de là, une immense forteresse où il aura son tombeau.
N’est-ce pas mystérieux ? Dieu lui-même utilise Hérode comme intermédiaire et messager auprès des mages. Il utilise pour révéler aux représentants de toutes les nations, celui qui veut la mort de son Fils. Pourquoi ? C’est une grande question. Pourquoi l’étoile s’éteint-elle, pourquoi Dieu met-il son Fils en danger ? Pourquoi l’envoie-t-il déjà en Egypte avec ces personnages ? Voir les mages arriver, ce n’est pas du tout la sécurité, mais déjà l’envoi en mission et le commencement de la lutte contre le mal, par la fuite.  
« L’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, (hors de Jérusalem) jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. »
Et les trois sages s’inclinent, non à l’Hérodion mais devant l’étable. Avec eux, tous les hommes viennent s’agenouiller devant ce petit pauvre et déposent leurs trésors, l’or, l’encens et la myrrhe. Benoît XVI relevait dans une de ses homélies pour l’Épiphanie que   « selon la mentalité qui régnait à cette époque en Orient, ces cadeaux représentent la reconnaissance d'une personne comme Dieu et Roi: Ils sont donc un acte de soumission. Ils veulent dire qu'à partir de ce moment, les donateurs appartiennent au souverain et reconnaissent son autorité. »
Pour cette raison, ils n’obéiront plus à Hérode, comme ils l’ont fait à Jérusalem. Ils changent de roi et vont aussi changer de chemin pour rentrer.
Un auteur ancien, Maxime le Confesseur, nous résume à sa manière l’Épiphanie. (Centuries sur la charité). Il ne s’agit plus seulement de changer de souverain terrestre, il faut aller plus loin : « L'étoile venue de l'Orient apparaît et elle conduit les Mages à l'endroit où se trouve le Verbe incarné ; elle montre ainsi de façon mystérieuse, qu'elle dépasse la parole contenue dans la Loi et les Prophètes, et qu'elle conduit les nations vers la lumière de la connaissance supérieure du Verbe incarné. L'étoile, considérée avec piété, conduit ceux qui répondent volontiers à l'appel de la grâce. »
A quoi sert la grâce ? Elle est notre étoile intérieure, elle nous apporte la miséricorde de Dieu et veut faire de nous, des enfants de Dieu, des rois avec ce petit roi de la crèche ; il s’agit de rois qui avec lui et avec elle, doivent se bouger et se mettre en chemin, selon la thématique chère au pape François.
Que manque-t-il souvent dans notre cœur ? « A la fin, ce qui manque, c'est l'humilité authentique, qui sait se soumettre à ce qui est plus grand, mais également le courage authentique, qui conduit à croire à ce qui est vraiment grand, même si cela se manifeste dans un Enfant sans défense. »
Aujourd’hui nous nous sommes retrouvés pour fêter les rois, n’est-ce pas pour fêter avec les rois, l’Enfant sans défense ? Il nous invite à devenir comme lui.
Regarde-donc autour de Toi, petit Roi des Juifs et Roi du ciel, dans les richesses qui sont là, les nations qui ne savent pas que Tu les aimes.
Marie pourra te raconter qu'avec nous, après les bergers tout l'univers s'est rassemblé sous ton étoile. Amen.



mercredi 26 décembre 2018

Saint Etienne le premier couronné




Frères et Sœurs,

Ne trouvez-vous pas étrange qu’au lendemain de Noël, le calendrier liturgique nous demande de fêter un martyr, en la personne de saint Etienne. Nous avions une crèche pleine de cadeaux pour fêter le petit enfant de la crèche. Il y en avait tant que la Sainte Vierge n’arrivait pas trouver de place pour déposer son enfant et nous le montrer. Voilà que le premier cadeau ouvert le lendemain de Noël est un martyr, saint Etienne, drôle de cadeau tout de même. Son nom signifie le couronné, il a reçu la couronne du vainqueur, le premier.
Une question que nous nous pourrions nous poser : - Si la conséquence de Noël est de la violence, finalement ne vaut-il pas mieux qu’il n’y ait que des cadeaux ? La question se prolonge à travers les siècles, en voyant ce qu’on eût à souffrir un grand nombre de ceux qui ont suivi Jésus, jusqu’au 20ème siècle, le plus grand siècle des martyrs de l’histoire de l’Église. L’Église est-elle vraiment la maison du bonheur ? La crèche de Bethléem a été la première église, d’une certaine manière. Elle était en tout cas, la maison du bonheur pour un temps (pas celle de Dany Boon).
On appelle saint Etienne le proto-martyr, ce qui veut dire le premier martyr. La date de sa fête est placée juste après la naissance de Jésus parce qu’Etienne est le premier des disciples qui soit entré au ciel, qui soit né à la vie éternelle. Cela veut aussi dire que lorsque chacun de nous entrera dans la vie éternelle, ce sera comme une nouvelle naissance. Je ne sais pas si vous avez déjà vu les icônes orientales de la dormition de Marie, avant son Assomption. L’Orient n’a qu’une seule position, il dit que Marie est morte. Et à côté d’elle on voit Jésus qui recueille l’âme de sa mère qui a la forme d’un petit enfant, comme dans des langes. Son corps et son âme sont ensuite réunis pour monter au ciel, bien sûr. Une partie de l’idée est que l’entrée dans la vie éternelle est une seconde naissance. « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. », dit Etienne l’un des 7 premiers diacres. C’est le Christ qui va l’accueillir et qui lui donne la force de témoigner. N’est-il pas beau que le Seigneur ait voulu un diacre auprès de lui, avant tout autre ? C’est dire le respect qu’il faut avoir envers nos diacres. Ils s’occupaient des services caritatifs, dit Benoît XVI, mais Etienne accomplit également une tâche d'évangélisation à l'égard de ses compatriotes, de ceux qu'on appelle "hellénistes", des juifs qui venaient de la diaspora. Luc insiste   sur le fait qu’Etienne était "plein de grâce et de puissance" (Ac 6, 8). Il relit l'Ancien Testament à la lumière de l'annonce de la mort et de la résurrection de Jésus. Il fait comprendre à ceux qui l’entendent, que le culte du temple est fini et que Jésus, le ressuscité, est le nouveau et véritable "temple". Pour cela on le lapide et il naît au ciel. Sa mort n’est pas inutile, puisque les Actes des Apôtres nous font comprendre qu’elle a pour fruit la conversion de Saul qui va devenir le grand saint Paul. Les martyrs du 20ème siècle auront eux aussi un fruit dont nous pouvons être certains.
Quel rapport avec nous aujourd’hui ? Nous voyons la peine que Jésus a de trouver la place parmi tous les cadeaux de ce temps de Noël. Nous nous disons que parfois, nous oublions le premier qui est Jésus lui-même. Comme Etienne, ils sont nombreux aujourd’hui à avoir compris son importance et à en avoir témoigné par le sacrifice de leur vie. Il n’y en jamais eu autant depuis le début de l’Église. Quel sera le résultat ? Nous pouvons être certains que Dieu va exaucer leur prière et qu’il y aura un printemps de l’Église. Il écoute aussi nos prières, il y est attentif, comme il l’est à notre fidélité dans le quotidien. Continuons de prier pour notre village, nos familles et nos enfants et petits-enfants. Le Seigneur se laisse toucher, demandons-lui de faire grandir notre confiance, comme le grain de sénevé et le petit enfant de la crèche. Amen.

mardi 18 décembre 2018

O Adonaï - L'Expectation, une fête à étendre?



Nous avons entamé la semaine qui prépare immédiatement Noël. C’est l’enfant-Dieu lui-même qui s’annonce. Comme je vous l’ai rappelé l’an passé, nous entendons à Vêpres et partiellement dans le Verset de l’Alléuia de l’Évangile les célèbres antiennes O. Celle d’aujourd’hui nous dit ceci : « O Adonai, chef de ton peuple Israël, tu te révèles à Moïse dans le buisson ardent et tu lui donnes la Loi sur la montagne : Viens, Seigneur, nous délivrer par la vigueur de ton bras. » Elles s’assembleront au dernier jour pour former le fameux acrostiche, « Ero cras ». Demain, je serai là.
Dom Guéranger l’interprète en disant : « O Seigneur suprême ! Adonaï ! viens nous racheter, non plus dans ta puissance, mais dans ton humilité. Autrefois tu t’es manifesté à Moïse, ton serviteur, au milieu d'une flamme divine ; tu as donné la Loi à ton peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s'agit plus d'effrayer, mais de sauver. C'est pourquoi ta très pure Mère Marie ayant connu, ainsi que son époux Joseph, l'Edit de l'Empereur qui va les obliger d'entreprendre le voyage de Bethléhem, s'occupe des préparatifs de ton heureuse naissance.»
J’arrête là la citation, mais les préparatifs de l’heureuse naissance  permettent de mettre en avant, une fête dédiée à la Vierge Marie en Espagne. Le même auteur nous raconte qu’on avait déplacé à la date romaine du 25 mars l’Annonciation, on l’avait remplacée au 18 décembre par une fête de l’Expectation de l’Enfantement de la Sainte Vierge, nommée, Notre-Dame de l'O, ou la Fête de l’O. Pendant les huit jours qu'elle dure, dit-il, on célèbre une Messe solennelle de grand matin, à laquelle toutes les femmes enceintes, de quelque rang qu'elles soient, se font un devoir d'assister, afin d'honorer Marie dans sa divine grossesse, et de solliciter pour elles-mêmes son secours.
On ajoutait cette antienne : O Vierge  des vierges ! comment cela se pourra-t-il faire ? Nulle autre n'a jamais été, ni ne pourra jamais être semblable à vous. — Pourquoi vous étonnez-vous de moi, filles de Jérusalem ? Ce que vous voyez est un mystère divin.
Comment ne pas rendre grâce aussi pour saint Joseph qui prit chez lui Marie son Epouse. Que le saint protecteur du Carmel nous aide à préparer la naissance du Sauveur dans la paix et à l’accueillir. Amen.

Dom Guéranger ; Expectation ; Valladolid ;

P.S. On retrouve le même thème dans l'icône de la Vierge du Signe et aussi plus discrètement dans l'image de Notre-Dame de Guadalupe.


jeudi 13 décembre 2018

Le Saint Crucifix de Develier




Le Saint Crucifix de Develier

Le présent opuscule a été publié le 3 mai 1937, fête de l'Invention de la Sainte Croix, à l’occasion du tricentenaire du Saint Crucifix.      L. B., curé.

NOTICE

Le saint Crucifix de Develier est en bois ; il a 1 m. 40 de hauteur et porte la date de l’année 1600. Il est exposé à la vénération des fidèles sur un autel latéral, dans l’église de cette paroisse. A proximité, on peut lire sur une grande plaque de marbre, l’inscription suivante :
« Crucifix miraculeusement conservé lors de l’embrasement de cette église, pendant la Guerre de 30 ans, en 1637. »
Nulle image du Sauveur crucifié n’est entourée d’une plus grande vénération dans notre pays. L’origine de cette dévotion populaire remonte à l’année 1637, rappelée dans l’inscription ci-dessus. La vallée de Delémont était alors dans la désolation et sans cesse traversée par les troupes françaises, allemandes, suédoises, qui rivalisaient entre elles d’indiscipline, de rapacité et de barbarie. Un jour, une bande de soldats suédois pénètre dans l’église de Develier, la pille, et la livre aux flammes. Au lendemain du désastre, le saint Crucifix, qui auparavant était suspendu à l’arc de l’entrée du chœur, se retrouva intact dans les cendres fumantes. Ce fut une immense consolation au milieu de cette épreuve cruelle.
Dès lors, le saint Crucifix de Develier n’a cessé d’être, non seulement pour la paroisse, mais pour toute la vallée de Delémont. un objet de vénération et un but de pèlerinage. Le culte rendu à cette sainte image s’est transmis de génération en génération. Dans les malheurs et dans les souffrances de la vie, la première pensée fut souvent de recourir au saint Crucifix, objet d’une pieuse dévotion et source de bien des grâces. C’est surtout dans les maladies, que le secours de la sainte image est invoqué avec plus de confiance et plus d’empressement. Il est peu de familles à Develier et dans les environs qui n’aient à remercier le saint Crucifix de quelque faveur spéciale.
Avant la Révolution française, la ville de Delémont venait chaque année en procession au saint Crucifix, et en outre faisait célébrer une messe à l'autel de la sainte image, les trois premiers vendredis après l’invention de la Sainte-Croix. Cette dévotion, interrompue depuis 1793, a été rétablie en 1816, à la demande du magistrat de la ville, et a continué jusqu’au milieu du 19e siècle. Depuis, la procession est remplacée par trois messes au saint Crucifix.
Autrefois, la paroisse de Bassecourt venait aussi tous les ans, au mois de mai, en procession au saint Crucifix. D’autres paroisses y vinrent dans des temps de calamité.
En 1861 un don a été fait à la paroisse de Develier, à charge par elle de faire célébrer annuellement quelques messes à l’autel du saint Crucifix, et d’entretenir une lampe allumée devant cet autel, tous les dimanches et fêtes de l’année.
Ainsi, dès 1637, le culte envers un objet si cher à la piété des fidèles a toujours existé. Le 12 septembre 1869 fut notamment pour le saint Crucifix un jour à jamais mémorable. La manifestation religieuse de cette belle fête restera dans l’histoire de la sainte image comme le plus éclatant témoignage de vénération qu’elle ait reçu.
C’est en ce jour, deuxième dimanche de septembre, que Mgr Eugène Lachat,  évêque de Bâle, assisté du Rme Père Abbé de la Pierre et de plusieurs membres du chapitre cathédral de Soleure, en présence d’un clergé nombreux et d’un peuple immense, couronna au nom de N. S. P. le Pape Pie IX, la statue miraculeuse de Notre-Dame du Vorbourg, dans l’église paroissiale de Delémont, où elle avait été transportée pour la circonstance.
M. le doyen Vautrev avait eu l’heureuse idée de convier le saint Crucifix de Develier à la fête du Couronnement. Il était bien juste, en effet, que l’image du Fils fit cortège à la Mère couronnée et glorieuse.
Répondant avec empressement et avec bonheur à cette invitation, la paroisse de Develier se rendît processionnellement à la fête, avec son antique et bien aimé Crucifix, porté entre un chœur d’hommes et un chœur de jeunes filles, qui chantaient alternativement le Vexilla regis et le cantique Vive Jésus ! Vive sa croix !
Lorsque le saint Crucifix franchit la porte de Delémont, tous les fronts se découvrirent avec respect ; une émotion religieuse s’empara de tous les cœurs, et c’est au milieu d’une multitude respectueuse et au chant des saints cantiques, que la sainte image du Sauveur arriva triomphalement à l’église St-Marcel.
La grande procession, de Delémont au Vorbourg, fut une manifestation très solennelle. La foule immense avança pleine de respect et de piété, à travers les rues pavoisées et ornées de guirlandes, au son de la musique et des chants sacrés, vers la sainte chapelle. Le saint Crucifix et la Vierge couronnée attiraient tous les regards et remplissaient les âmes des sentiments les plus touchants : sentiments de compassion et de reconnaissance à la vue de l’image du divin Rédempteur crucifié pour notre salut ; sentiments de joie, de confiance et d’espérance, à la vue de l’image de sa très-sainte Mère et de la nôtre.
Arrivée au sommet de la montagne, la procession s’arrêta, et le cortège épiscopal pénétra seul dans la chapelle, où la sainte statue fut replacée sur son autel. La procession reprit ensuite le chemin de la ville, au chant des litanies de la Ste-Vierge et du Te Deum, et arriva à l’église de St-Marcel. Le saint Crucifix fut déposé dans le chœur, et y demeura jusqu’au 24 septembre, exposé à la vénération des fidèles, qui s’empressèrent de venir, chaque jour, en grand nombre, lui présenter leurs hommages et lui adresser leurs supplications. Les voix éloquentes qui avaient annoncé la parole de Dieu, le jour du couronnement, ne se faisaient plus entendre ; mais on peut dire que le saint Crucifix, pendant les douze jours qu’il passa dans l’église de Delémont, y remplit l’office d’un prédicateur capable de convaincre et de ramener au bien.

Le vendredi, 24 septembre, la paroisse de Delémont rapporta processionnellement le saint Crucifix dans l’église de Develier.
La paroisse de Develier revit avec bonheur sur son autel le saint Crucifix, et depuis lors il continue à être l'objet de la vénération des habitants et des pèlerins.
Rappelons qu’en 1918, à l’occasion du rétablissement des processions dans le Jura bernois, le saint Crucifix, grâce à l’initiative intelligente de M. le curé Paul Aubry, fut une seconde fois porté solennellement à l’église paroissiale de Delémont pour y être exposé pendant plusieurs jours à la vénération des fidèles.
Que le saint Crucifix, préservé des flammes, et la Vierge miraculeuse du Vorbourg daignent garder notre vallée et notre Jurande tout malheur, et nous conserver à jamais le trésor inappréciable de la foi catholique ! Amen.



PRIÈRE au Saint Crucifix de Develier

Adorable Sauveur, Dieu tout-puissant et miséricordieux, je vous remercie d’avoir, pour ranimer la foi et la piété des fidèles, conservé intact au milieu des flammes le saint Crucifix de Develier.
Très doux Jésus ! plein de confiance en votre douloureuse Passion et en votre cruelle agonie sur la croix, je m’offre à Vous en sacrifice de reconnaissance pour tout ce que vous avez fait et souffert pour mon salut. Et comme vous avez préservé des flammes votre sainte image, je vous supplie, par vos mérites infinis, et ceux de Marie, co-rédemptrice du genre humain, de me préserver du péché et de garder mon âme pour la vie éternelle. Ainsi soit-il.
(50 j. d’indulg., François von Streng, Evêque de Bâle et Lugano, 3 mai 1937)


INVOCATIONS

Nous Vous adorons, ô Jésus, et nous Vous bénissons, parce que Vous avez racheté le monde par votre sainte Croix ! (100 j. d’indulg.)
*
Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de vos saintes plaies !
(300 j. d'indulg.)
*
Père éternel, je Vous offre les plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour guérir celles de nos âmes ! (300 j. d'indulg.)




L’AMI DE TOUS LES JOURS
Pieuses réflexions du R. P. d’Alzon

Avez-vous un crucifix et comment vous comportez-vous à son égard ?
Quittez-le le moins possible : mettez-le sur votre table quand vous écrivez, sur vos genoux quand vous travaillez, afin de le regarder de temps en temps, et quand vous vous endormez, laissez-le entre vos mains.
Certes, rien n’est plus sanctifiant que la communion fréquente et l’adoration du Saint-Sacrement ; mais on ne peut toujours avoir Notre Seigneur Jésus-Christ substantiellement présent dans le cœur, on ne peut être constamment à ses pieds ; on peut toujours avoir son image sur soi, et cette image vous dit bien des choses.
Si, le matin en vous levant, vous baisez votre crucifix avec amour et vous promettez à Notre Seigneur Jésus-Christ de porter votre croix tout le long du jour ;
Si, pendant votre méditation, vous tenez la Croix entre vos mains et vous vous proposez de vous immoler 6ur l’autel du sacrifice de Jésus-Christ ;
Si pour réveiller votre ferveur, vous portez de temps en temps la main sur votre crucifix ;
Si vous le serrez fortement dans les moments d’angoisse, de peines, de luttes, de tentations ;
Si, au moment de partir pour quelque bonne œuvre, vous l’adorez en vous rappelant que c’est encore Jésu6-Christ que vous allez secourir dans la personne des pauvres et des petits ;
Si, au moment de pratiquer quelque sacrifice, vous baisez les plaies divines qui sont les fontaines de la vie de l’Eglise et les sources de notre perfection ;
Si, le soir, vous allez à ses pieds rendre compte de votre journée, de votre orgueil devant ses abaissements, de vos vanités devant ses humiliations, de votre lâcheté devant ses angoisses, de votre paresse en présence de la sueur de sang répandue sur ce corps divin, de votre égoïsme en face de son amour infini, de votre impatience, de vos dépits, de votre défaut de charité en face de ses longues attentes sur votre cœur ;
Ah ! il me paraît bien difficile que votre crucifix ne devienne pas pour vous un ami, un confident.
Notre Seigneur vous aimera, vous instruira, vous fortifiera à travers son image ; et, dans un commerce plus continuel, uni à Dieu par cet intermédiaire muet, vous sentirez comme une transformation de tout votre être : ce ne sera plus seulement le bois, le métal qui reproduira pour vous les traits du Seigneur, ils se graveront d’une manière plus vivante dans votre âme. Vous sentirez Faction plus immédiate de Celui qui, pour vous, a été attaché à la Croix. Vous voudrez vous transformer en Lui et dire comme saint Paul : Vivre, pour moi, c’est Jésus-Christ. Et votre vie, prenant un caractère nouveau, vous découvrira de nouveaux horizons dans la science chrétienne, si vous vous laissez emporter par l’amour ; et toute vie, toute science, tout bonheur se résumeront pour vous dans ces deux mots : Jésus-Christ crucifié.
Vous avouerai-je en toute simplicité que le meilleur moment pour moi est surtout le soir avant de m’endormir. Il ne faut pas beaucoup d’efforts pour se laisser aller à penser à ce bon Maître dont on tient les mains. On lui dit qu’on l’aime ; on lui demande pardon de ses sottises ; on est tout à coup frappé de ce pardon qui tombe du haut de la Croix ; on songe au mal que l’on a fait au bon Dieu, au temps que l’on a perdu, aux grâces que l’on a reçues. On le remercie de ses bienfaits ; on lui fait des promesses enflammées ; on rougit d’être dans un bon lit, quand il est mort sur le gibet ; on s’excite à l’amour, à réparer le temps perdu. On adore Dieu le Père en lui présentant son Fils ; on invoque le Saint-Esprit qu’il nous a envoyé ; on prie pour l’Eglise qui naquit sur le Calvaire ; puis on prend courage dans la pensée de l’amour et de la puissance de Dieu ; et, si le sommeil n’est pas venu, on trouve le temps court en pareille compagnie.
Voilà quelques idées qui, je le désire, vous porteront à lier un commerce intime avec votre crucifix. Il vous rendra Jésus-Christ présent à l’esprit et au cœur ; que voulez-vous de plus ?

Priez la sainte Vierge qu’elle vous apprenne comment vous devez coller vos lèvres sur les plaies de son divin Fils et y prendre le courage...
Que la croix soit votre bien, votre espoir, votre vie, votre récompense !

N. B. — La Fête du Saint Crucifix de Develier se célèbre le lundi qui est ou qui suit le 3 mai, Invention de la Sainte-Croix.

IMPRIMATUR.
Solodori, die 26 Aprilis 1937.
E. FOLLETÊTE. Vic. gen.

samedi 8 décembre 2018

L'Immaculée Conception aujourd'hui



Frères et Sœurs,
Pourquoi ne pas commencer notre médiation par l’impressionnante définition de Pie IX
La doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu'elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.
Lorsque l’on parle de l’Immaculée Conception, que reste-t-il dans la mémoire commune aujourd’hui ? Un empêchement au commerce le samedi avant Noël, dans les cantons où c’est fête chômée… Une contestation commerciale… Sur France, on envisage plutôt de manifester, le sujet passe au second plan, mais la pauvreté ne se tait plus, ce qui veut dire qu’elle est grave. L’archevêque de Paris Mgr Aupetit disait dans son message que la conscience de Dieu le Père qui nous apprend à nous « aimer les uns les autres » et a façonné l’âme de son pays a été oubliée. L’oubli de Dieu nous laisse déboussolés et enfermés dans l’individualisme et le chacun pour soi. La proclamation du dogme de l’Immaculée Conception qui se réfère à un don fait à Marie en même temps que son existence, est victime d’un oubli communautaire, pour moi, c’est assez de me souvenir qu’il a 164 ans cette année. Fort heureusement, Notre-Dame a obtenu du Père une permission pour ne pas oublier cette proclamation, il s’agit de Lourdes. « Je suis l’Immaculée Conception… » a dit Notre-Dame à Bernadette 4 ans plus tard. Et depuis Marie se révèle aux petits et à ceux qui se laissent toucher. Ses paroles ne sont plus mentionnées qu’en parler Bigourdan depuis bien longtemps, au pied de sa statue.
L’Immaculée Conception ce privilège de Marie, est un don pour elle, mais aussi pour nous Pie IX le disait dans sa Constitution Apostolique Ineffabilis Deus « Que les enfants de l'Église catholique dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes,  se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. »
Si l’on oublie ce privilège mystérieux de Marie, c’est que nous sommes aidés par l’air du temps qui a tendance à mettre entre parenthèses la notion de péché et celle de péché originel. Il est mystérieux quant à sa communication et à sa nature. Les théologiens ont bien de la peine sur ce sujet, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas et que Marie soit venue à Lourdes pour ne rien dire. Pardonnez-moi mes sœurs, mais il y a une sorte d’absence d’amour qui nous colle à la peau.
Marie n’étant pas touchée par ce phénomène, ce non-être, nous comprenons combien elle nous est utile, nous aime et veut nous ouvrir à l’amour de Dieu. Ce qu’elle veut pour nous, c’est la vie éternelle.
Terminons avec une pétale de rose du Carmel et Thérèse de l’Enfant-Jésus : Comment le Bon Dieu se laisserait-Il vaincre en générosité? Comment purifierait-Il dans les flammes du purgatoire des âmes consumées des feux de l'amour divin? Il est vrai que nulle vie humaine n'est exempte de fautes, seule la Vierge Immaculée se présente absolument pure devant la Majesté-Divine.. Quelle joie de penser que cette Vierge est notre mère! Puisqu'elle nous aime et qu'elle connaît notre faiblesse, qu'avons nous à craindre.  (Père Rouland.)