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dimanche 14 octobre 2018

Que demandez-vous? La Vie? Quelle vie?




Dimanche 14 octobre canonisations

Frères et Sœurs,

Dans l’Évangile le Seigneur dit au jeune homme riche : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras  un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
S’il est un risque que chacun mesure ou a mesuré un jour, n’est-ce pas celui de devenir pauvre pour suivre le Christ pauvre. A Paris dans le métro ou ailleurs, vous avez parfois de tristes surprises qui vous rappellent que vous êtes un privilégié. Vincent de Paul a tant travaillé sa vie durant pour les démunis. Des figures prophétiques sont régulièrement suscitées. Mgr Romero qui a tant défendus et a lutté contre la pauvreté, voulait-il ajouter quelques pauvres de plus en demandant aux riches de secourir leurs frères? Certainement pas, il voulait que les puissants ouvrent leur cœur au Christ présent en eux et manifestent que tous les hommes sont solidaires et fils d’un même Père. Nous avons d’illustres exemples dans l’antiquité comme Paulin de Nolles. Toute la doctrine sociale de l’Église à laquelle ont tant œuvré Paul VI et d’autres en notre temps, ont une importance fondamentale. Guerres et révolutions surviennent en partie en raison de la pauvreté.
Des pauvres vous en aurez toujours… Mais moi vous ne m’aurez pas toujours?
L’orgueil de la richesse, et sa puissance élèvent des murs entre le Christ et ceux qui les possèdent. Il est vrai que ce danger pourra concerner aussi dans l’Église ceux qui détiennent l’autorité sur ses finances, clercs ou laïques. Une connaissance minimale de l’histoire de l’Église est suffisamment parlante, que ce soient des ecclésiastiques ou des gestionnaires cupides. Cela sent si bon, et quels parfums attirants…  C’est une certitude, le danger n’est pas inexistant. Mais, il est bon de se rappeler cette parole du Seigneur   « 25 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une coudée à la longueur de sa vie?  (Luc (BJ) 12) »
Notre trésor ne doit pas être entre lui et nous, mais dans les cieux. Il est vrai toutefois qu’en ce temps, un contradicteur aura quelques bonnes raison d’apporter un grain de sel en disant qu’une très bonne assurance, des réserves financières alliées à la technologie peuvent permettre un certain allongement de notre vie ici-bas. Quelles différences entre ce que nous bénéficions et les plus pauvres !
Mais alors nous pouvons légitimement nous poser la question : Qu’est-ce que la vie ? Bios ou Zoé ?
Une bonne assurance vie, ne serait-elle pas celle qui permet de rejoindre le lieu où se trouveraient les biens de ce jeune homme, en sécurité ? « Désirons ensemble la patrie céleste, soupirons vers la patrie céleste, sentons-nous pèlerins ici-bas, dit saint Augustin » (Commentaire de l’Évangile de saint Jean, Homélie 35, 9).
Ne s’agit-il pas de la vie éternelle ?
Quelles primes payer ? On ne peut acheter le ciel ! Et moi, nous demande le Seigneur ? Moi… non plus.
Les autres textes nous ont appris à aller  à l’essentiel. Ce qui est le plus important est la Sagesse, la Parole de Dieu vivante, nous a dit l’épître aux Hébreux.
Qu’est-ce qui est donc si important ? Simplement MOI… Alors que faire ? Nous tourner vers Lui qui est l’essentiel.
Qu’est donc le plus grand bien de l’Église et dans l’Église ? N’est-ce pas le Christ ? Ecclesiam Suam, Son Eglise… L’Église du Christ. Paul VI dont deux miracles ont été reconnus qui concernent des enfants à naître, souhaitait de toute son âme, un rajeunissement de l’Église pour qu’elle puisse au Christ de de nouveaux enfants.
Il avait émis 3 pensées dans cette encyclique : D'abord la pensée que l'heure sonne pour l'Eglise d'approfondir la conscience qu'elle a d'elle-même, de méditer sur le mystère qui est le sien, d'explorer, pour sa propre instruction et sa propre édification, la doctrine qu'elle connaît déjà  
Puis, disait-il, de cette conscience éclairée et agissante, dérive un désir spontané de confronter à l'image idéale de l'Eglise, telle que le Christ la vit, la voulut et l'aima comme son Epouse sainte et immaculée. (Eph.., 5, 27), le visage réel que l'Eglise présente aujourd'hui.
Notre troisième pensée a pour objet les relations que l'Église doit aujourd'hui établir avec le monde qui l'entoure et dans lequel elle vit et travaille ;
Là se présente ce qu'on appelle le problème du dialogue entre l'Eglise et le monde moderne.
Paul VI, malgré sa faiblesse, avait l’œil perçant, au propre et au figuré. Je me souviens l’avoir croisé un jour, en 1977. Il a réussi à tenir ferme le vaisseau de l’Église, alors qu’à l’image de grands paquebots que l’on met en cale sèche, on changeait d’une certaine manière ses moteurs en lui ouvrant les entrailles. C’est impressionnant. Il l’a conduit ensuite au large. Quel courage.
Il mentionnait Notre-Dame dans sa réflexion sur cet idéal fascinant d'un christianisme plénier, humblement et profondément vécu. Il nous demandait de ramener notre pensée vers la Vierge Marie, qui l’accueillit avec une fidélité merveilleuse ; bien plus, qui l'a vécu dans son existence terrestre et qui maintenant, au ciel, en goûte tout l'éclat et le bonheur. Marie Mère de l’Église, prie pour nous pauvre pécheur et donne-nous le Christ notre seule vraie richesse. Amen.

dimanche 9 septembre 2018

Vers un renouvellement de ses "OUI"

Hier, je fêtais mes 30 ans de profession solennelle et 33 ans de profession tout court... Me voilà aujourd'hui prêtre auxiliaire du Vorbourg et en approfondissement de mon appel. Le blog aura bientôt un nouveau nom, le temps de quelques jours de réflexion.

lundi 9 juillet 2018

"Voici, je reviens bientôt" - Un aurevoir du gardien de la chapelle du Vorbourg.




Merci d’être venus participer à cette célébration du 14ème dimanche du Temps Ordinaire. Elle est assez particulière, puisque nous bénéficions de la participation de la chorale de Courtételle dirigée par M. Joël Voyame. Elle l’est aussi parce que pour moi, c’est certainement le dernier dimanche que je célèbre en tant que Gardien du Vorbourg, le mandat de la communauté prenant fin le 31 juillet. Il y aura des prolongations pour le mois d’août, mais c’est le Père Jean-Marie qui va assumer la finale en tant que gardien remplaçant. Pardonnez les analogies sportives, je n’ai pu m’empêcher. Je vous donnerai de brèves explications après l’Évangile.
Le Seigneur nous interpelle aujourd’hui sur la manière dont nous recevons la parole de Dieu de la part de ceux que nous connaissons et côtoyons. Il n’est pas facile d’annoncer l’Évangile chez soi, vous en faites l’expérience en famille. Mais les prêtres de nos paroisses savent que cela n’est pas toujours, mais avec la grâce de Dieu, rien n’est impossible.
Prions les uns pour les autres et reconnaissons que nous avons besoin de pardon et de miséricorde.




Frères et Sœurs,

L’Évangile nous interpelle certainement et si le Seigneur a rencontré des difficultés dans son pays, il est difficile de relativiser son expérience, le Seigneur étant le Seigneur.
La question peut être d’ailleurs retournée… qui est notre famille ? Ceux qui nous ont vu grandir, passer nos examens comme les plus jeunes aujourd’hui… S’agit-il de nos familles religieuses ? Le problème est de reconnaître le Seigneur dans l’autre, tant les étiquettes et les préjugés créent des murs aussi efficaces que ceux qui divisent certains pays aujourd’hui.
Aujourd’hui, je vais me permettre de donner une certaine satisfaction à ceux qui souhaitaient d’avoir de temps à autre, ce qu’on appelait le sermon des foins autrefois. Ils sont terminés depuis longtemps, en tout cas dans la vallée, mais ça ne fait rien.
Mon sermon sera une fameuse petite phrase de saint Augustin que je vous laisse appliquer : « Aime et fais ce que tu veux. » Amen.

Quelques explications maintenant. Il y a eu de nouvelles options pastorales pour le sanctuaire et nous aurons la joie d’accueillir un nouveau gardien en la personne de l’abbé Bernard Miserez que vous connaissez presque tous. Mais en sus, vous vous demandez peut-être pourquoi, je dois déjà m’absenter, car il était prévu que je fasse la transition jusqu’en septembre. Je préfère être clair. Depuis au moins une année et demie, je ressentais de la fatigue et j’ai passé un hiver vraiment éprouvant. Après toute une batterie d’examens, on a enfin découvert la raison majeure de ces problèmes qui n’étaient pas psychologiques : mes coronaires sont sérieusement obstruées et s’il n’y a pas de pontages, les conséquences sont celles que vous devinez. Les médecins voulaient me garder à Bâle, mais j’ai promis d’être sage pour vous dire au revoir, pas totalement toutefois… Beaucoup sont passés par là et on sait que la chirurgie ainsi que ses procédures ont bien évoluées depuis 40 ans. Mon papa, Jean, qui s’était beaucoup dépensé pour ses constructions de réseaux de télévision, les premiers de Suisse, est mort à 44 ans, dans ces circonstances. J’en ai 20 de plus, et les temps ont changé. Alors on y va dans la confiance avec votre prière. J’aimerais pouvoir encore vous rendre service. Pour le futur, je serai encore prêtre auxiliaire dans la région et au Vorbourg. On ne déracine pas facilement, un jurassien qui a passé tout son ministère de prêtre dans son pays. J’avais célébré ma première messe à Develier, ce fut un bon moment.
Je ne pensais pas revenir dans le Jura une fois entré au monastère, il y a 33 ans et j’ai vécu 2 fois plus longtemps ici que là-bas depuis que je suis religieux. Je ne m’étonne pas trop de ce qui m’arrive, en me rappelant les derniers gardiens de la communauté présente ici depuis 1949, le Père Maurice Ioset, mais aussi le Père Robert Martin. Le Père Jean Ribeaud avait aussi eu une période difficile à la fin de son mandat. Il nous faut tous avancer dans la confiance. C’est Notre-Dame du Vorbourg qui attire ici, aide et soutien. Quant à nous, gardiens, nous ne faisons que passer.
La communauté est, bien entendu, attachée à la chapelle. Quand vous regarderez de temps à autre le petit vitrail à côté de celui de Mgr Haenggi, ayez une pensée pour elle. Portez aussi fr. Paul dans votre prière. Il s’est beaucoup dépensé au service du chant, des fleurs et de l’entretien. Nous avons fait tout ce que nous avons pu avec notre pauvreté et nos qualités personnelles.
Durant les 13 premières années, je m’étais consacré à votre service, mais aussi à un autre travail, en faisant des numérisations d'écrits de Pères de l’Église : Jean Chrysostome, Augustin et autres http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm que je vous ai resservi fréquemment, ils ont été repris par un très grand nombre de séminaristes francophones de par le monde, ce qui a été pour moi une forme d’apostolat missionnaire. Les 10 ans qui ont suivi, cela a été le sanctuaire. La charge de gardien dans la communauté est éminemment inconfortable. Vous êtes soumis au pape, à l’évêque, au chapelain puis recteur, à l’Abbé. Bien que responsable de communauté sur le papier, vous êtes court-circuité urbi et orbi, vous n’avez aucune autorité, mais la sympathie des pèlerins et le secours de Notre-Dame. Elle est là heureusement. Et en plus tous les devoirs et les réclamations à certains moments. C'est tout un labeur diplomatique et de suggestions perpétuelles au risque de paraître parfois importun… Un grand merci aussi à la Bourgeoisie de Delémont, toujours attentive. 
Pour synthétiser une expérience, si vous aimez les comparaisons parlantes, il m’en est venu une en voyant des chameaux à la télévision il y a quelques jours. Au temps de Noël, et de l’Épiphanie, quelqu’un avec un petit cadeau, nous avait surnommé les 3 rois, ce qui nous avait bien fait rire. Nous étions venus des bords du lac avec des dromadaires à une bosse, mais il a fallu passer au chameau à 2 bosses. Il y a les principes et la discussion, une forme de pastorale. Ainsi fonctionne l’Église, dans la durée…
Même si le passage officiel de témoin ne doit avoir lieu qu’en septembre aux fêtes du Vorbourg, je voudrais déjà remercier tous ceux qui nous ont aidés dans ce service. Un merci particulier à la bourgeoisie de Delémont, aux chapelains puis recteurs qui se sont succédés et aussi à ma famille. Nous avons vu passer plusieurs générations d’anciens et nous passons aussi de ce côté de la barrière, mais le cœur spirituel reste jeune, et nous vous assurons tous que nous vous portons dans notre prière.
Quant à moi, pour paraphraser la devise locale, avec les médecins, la grâce de Dieu, et votre prière… « Je reviens bientôt ».
Le pape François m’a fait parvenir par la secrétairerie d’État quelques mots chaleureux et une bénédiction à destination de tous.  Je vous lis cette lettre :


dimanche 24 juin 2018

Nativité de saint Jean Baptiste


24 JUIN 2018
Nativité de Saint Jean Baptiste — Solennité
Première lecture« Je fais de toi la lumière des nations »Is 49, 1-6
PsaumeJe te rends grâce, ô mon Dieu,
pour tant de merveilles.Ps 138 (139), 1-2.3b...
Deuxième lecture« Jean le Baptiste a préparé l’avènement de Jésus »Ac 13, 22-26
Évangile« Son nom est Jean »Lc 1, 57-66.80

Texte non corrigé

Frères et Sœurs,

Nous célébrons rarement la Nativité de Jean-Baptiste le dimanche. Il vaut la peine d’en dire quelques mots. Saint Augustin dans son commentaire affirme que « l'Église considère la naissance de Jean comme particulièrement sacrée : on ne trouve aucun des saints qui nous ont précédés dont nous célébrions solennellement la naissance. Nous ne célébrons que celle de Jean et celle du Christ. » Heureusement nous avons aussi la Nativité de la Vierge Marie, mais c’est une fête et non une solennité. Pourquoi cette mise en valeur ? En raison de l’évangile de Luc et d’une réflexion théologique et liturgique s’articulant autour du mystère du Christ. Au 4ème et 5ème siècle avaient émergé un certain nombre d’interprétations, dont celle d’Arius, qui mettaient en cause sa nature divine et sa nature humaine, ses qualités de vrai Dieu et de vrai Homme. Augustin est un témoin de ces maturations.
Nous sommes proche du solstice d’été, le soleil est à son zénit, ce sont les jours les plus longs et dans 6 mois nous arriverons au solstice d’hiver, la lumière vient dans le monde et l’illuminera. La luminosité va bientôt diminuer… l’évènement astronomique est rattaché aux paroles de Jean à propos du Christ : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Son martyre, identique à celui de saint Paul que nous avons entendu dans la deuxième lecture, exprima de la manière la plus brutale et violente cette diminution. Il est impossible de ne pas voir un lien entre ces festivités des nativités et les célébrations païennes qui accompagnaient les phénomènes solaires. Parmi elles les feux de la saint Jean existent encore dans certaines régions. Toutefois, certains calculs basés sur les périodes de service de la classe des prêtres à laquelle appartenait Zacharie, au temple estiment que le rapprochement n’est pas nécessairement artificiel. La symbolique est de toutes façons parlante.  
La fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste est donc la Noël d’été. Marie a-t-elle été présente ? Si elle n’est pas mentionnée, sa présence est probable. Saint Luc relate la visitation et l’annonce de l’ange à Marie, alors qu’Élisabeth en était à son sixième mois. « La conception prodigieuse du Christ lui avait été annoncée par l’ange, comme le signe que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37), six mois avant le grand prodige qui nous donne le salut, l’union de Dieu avec l’homme par l’action du Saint- Esprit. »
Cette naissance est un joyeux moment, comme devrait l’être toute naissance. La voix de celui qui va crier dans le désert aura été relayée toutes les montagnes de Judée, « la crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements. »
« "Dès les entrailles de ma mère tu m'a appelé", dit le psaume. Dieu nous a connus et aimés avant encore que nos yeux puissent contempler les merveilles de la création, disait saint Jean-Paul II. En naissant, chaque homme reçoit un nom humain. Mais avant encore, il possède un nom divin:  le nom avec lequel Dieu le Père le connaît et l'aime depuis toujours et pour toujours. Il en est ainsi pour tous, sans exclusion. Aucun homme n'est anonyme pour Dieu! Tous possèdent une valeur égale à ses yeux:  ils sont tous différents, mais tous égaux, tous appelés à être des fils dans le Fils. »
« "Jean est son nom" (Lc 1, 63). Zacharie confirme le nom de son fils, révélé par l’ange, en l'écrivant sur une tablette. Dieu lui-même, par l'intermédiaire de son ange, avait indiqué ce nom, qui en hébreux signifie "Dieu est favorable". Dieu est favorable à l'homme:  il veut qu'il vive, il veut son salut. Dieu est favorable à son peuple:  il veut en faire une bénédiction pour toutes les nations de la terre. Dieu est favorable à l'humanité:  il en guide le chemin vers la terre où règnent la paix et la justice. Tout cela est inscrit dans ce nom: Jean! » 
Jean est le fils de Zacharie et d’Élisabeth, l’enfant du miracle. Laissez-moi vous rappeler la beauté, l’importance et la gravité de devenir parents d’un enfant et d’accueillir la vie. Il vous faut du courage, de l’audace, mais surtout beaucoup d’amour et de confiance en Dieu. Des enfants vous les élevez ou avez élevé pour les conduire à pouvoir aimer librement le Seigneur, pour qu’ils parviennent à un épanouissement humain et spirituel, pour que la vie soit transmise. Ils sont un don et non un dû. Devenir père ou mère devrait conduire à un épanouissement humain, malgré les difficultés inhérentes au fait d’être parents. Mais aimer Dieu et son prochain y conduit aussi. Notre temps aime les séquençages et les prestations. J’ai lu un article hier, dans lequel on rapportait que dans certains pays on commercialisait les services de femmes pauvres pour porter des enfants. Il est triste que la maternité soit ainsi transformée en contrat de bail. Un enfant n’est pas simplement une sorte de locataire d’un organe féminin. Curieuse civilisation.
La naissance de Jean est une bonne nouvelle annonciatrice de la Bonne Nouvelle.  « Jean, dit saint Augustin, c'est la voix pour un temps ; le Christ, c'est le Verbe au commencement, c'est le Verbe éternel. »
Les moines le vénèrent en raison de son genre de vie. Il vit en ascète, il crie dans le désert, il annonce le Christ, il s’efface devant lui. Il baptise… Les moines qui ne deviennent pas nécessairement prêtres, s’efforcent de répondre à la grâce de leur baptême. Saint Benoît avait consacré une église de son monastère du Mont-Cassin à Jean-Baptiste, mais aussi à saint Martin. saint Jean baptiste est aussi le prototype de la vie monastique : il a conduit une vie de prière, d’abstinence et de chasteté, proclamant la venue du Messie, devenant un messager de Dieu comme les anges. Ce mode de vie est souvent comparé à celui des anges.

Il est une question que nous pouvons nous poser aujourd’hui avec saint Jean-Paul II qui avait interpellé nos voisins de l’hexagone : Que faisons-nous de notre baptême ?

Marie s’est réjouie de la naissance de Jean, sa joie a été grande également lors de la nôtre, demandons-lui de nous aider à le vivre et à vivre en enfants de Dieu. Amen.

mercredi 20 juin 2018

MIséricorde

Image Zénit

A la veille de la venue du pape François qui insiste tant sur la miséricorde, un très beau texte de son prédécesseur :

APPELÉS A LA COMMUNION - Comprendre l'Église aujourd'hui - Joseph, cardinal Ratzinger.


Il me semble que c'est là un élément d'une très grande importance. Au coeur même de cette nouvelle charge, qui enlève le pouvoir aux puissances de la destruction, il y a la grâce du pardon. C'est elle qui constitue l'Église. L'Eglise est fondée sur le pardon. Pierre lui-même en est l'exemple personnalisé : lui qui, après avoir trébuché, a reconnu sa faute et reçu le pardon, est habilité à détenir les clefs. L'Église est, par son essence, le lieu du pardon et le chaos en est banni. Elle est maintenue par le pardon, et Pierre en est l'image pour toujours : elle n'est pas une communauté de parfaits, mais une communauté de pécheurs qui ont besoin du pardon et qui le cherchent. Derrière le discours sur l'autorité suprême, la puissance de Dieu se révèle être miséricorde, et en tant que telle pierre angulaire de l'Église. Nous entendons en arrière-plan ces mots du Seigneur : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades : je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs» (Mc 2, 17).

L'Eglise ne peut naître que là où l'homme rejoint sa vérité, et cette vérité consiste précisément dans le fait qu'il a besoin de la grâce. Là où l'orgueil l'empêche d'accéder à cette connaissance, il ne trouve pas le chemin qui mène à Jésus. Les clefs du Royaume des cieux sont les paroles du pardon, que bien sûr aucun homme ne peut prononcer de lui-même, mais que seule la puissance de Dieu rend effectives. Nous sommes maintenant en mesure de comprendre également pourquoi cette péricope est suivie immédiatement d'une annonce de la Passion : par sa mort, Jésus a barré la porte à la mort, à la puissance des enfers, et ainsi il a expié toutes les fautes, de sorte que de cette mort sourd continuellement la force du pardon.

mardi 19 juin 2018

A propos de la première lecture de la messe d'aujourd'hui : Pélagianisme - Néo-Pélagianisme et Miséricorde


19 JUIN 2018
 mardi, 11ème Semaine du Temps Ordinaire — Année Paire
 S. Romuald
Mémoire facultative
 Lectures de la messe
Première lecture« Tu as fait pécher Israël »1 R 21, 17-29
Psaume Pitié, Seigneur, car nous avons péché !Ps 50 (51), 3-4, 5-6...
Évangile« Aimez vos ennemis »Mt 5, 43-48


Faire retomber les conséquences du péché des parents sur leurs enfants est-ce juste ? Pour moi, comme pour vous, je pense que c’est très mystérieux et même incompréhensible. Achab s’est humilié devant Dieu et celui-ci lui épargne de voir une peine terrible survenir sur sa maison de son vivant. David s’était aussi humilié, nous nous souvenons de ce passage du livre de Samuel et de l’épisode de Bethsabée. C’est l’enfant qui mourut, mais vint ensuite la naissance de Salomon, ancêtre du Seigneur ou du moins figurant dans sa généalogie… Dieu paraît s’arranger de tout et tirer le bien du mal, mieux encore, faire preuve de miséricorde.  
Saint Augustin avait cité le passage de l’Écriture que nous avons lu lors d’une controverse avec Julien d’Éclan, un évêque italien qui défendait l’enseignement de Pélage dont vous n’avez peut-être jamais entendu parler. Cet auteur niait la transmission du péché originel et prônait la capacité de l’homme de se sauver lui-même. Ci-gît le lièvre de l’énigme semble-t-il… Je vous cite un passage de notre saint auteur :
« Nous lisons même dans les livres sacrés dit Augustin, que le roi Achab ayant commis un péché énorme, Dieu épargna ce prince et attendit que son fils soit monté sur le trône pour exercer sur lui ce qu’il appelle sa vengeance (III Rois, XXI, 29.) … » il donne d’autres exemples pour remonter à Adam dont la faute a eu des conséquences sur toute sa descendance… avec un enchaînement de maux sans fin qui affligent l'humanité, et qui, depuis les premiers pleurs de l'enfant au berceau jusqu'au dernier souffle du moribond… » Il y a une sorte de schéma récurrent dans l’Ancien Testament qui fait allusion au premier péché. C’est le seul moyen de comprendre cette notion de punition héritée ou héréditaire. Il y a faute dont les conséquences punitives, s’étendent à des générations, mais aussi miséricorde qui n’efface pas tous les effets de la faute.
Le pélagianisme qui niait donc la transmission du péché originel, est sous une forme contemporaine est un des thèmes favoris du pape François. Il est contraire à l’Écriture. Non, l’homme ne peut se sauver lui-même et oui ! ce péché a des conséquences !  La lettre Placuit Deo de Mgr Ladaria préfet pour la Congrégation pour la doctrine de la foi, le dit ainsi. « Le salut que Dieu nous offre ne s’obtient pas par les seules forces de l’individu, comme le voudrait le néo-pélagianisme, mais à travers les rapports qui naissent du Fils de Dieu incarné et qui forment la communion de l’Église. » Le culte de la toute-puissance de l’homme seul et sans Dieu, est un des problèmes de notre culture contemporaine.
L’humilité d’Achab et celle de David, sont des invitations pour nous à demander au Seigneur sa miséricorde. Pour être parfaits comme notre Père céleste est parfait, il n’y a pas d’autre moyen que d’aimer comme lui, et cela nous ne pouvons y parvenir que par la grâce. J’aimerais encore ajouter une remarque de Benoît XVI à la question d’un journaliste :  Dieu (qui punit les hommes sur plusieurs générations) est-il aujourd'hui encore aussi colérique qu'autrefois, ou bien a-t-il changé ? disait-il en substance.
Je voudrais ajouter à ce que vous dites, répond Benoît XVI que l’Écriture affirme sa fidélité à des milliers de génération. La miséricorde est multipliée par mille, comparée à la colère. La parole me dit : lorsque j'ai mérité la punition et me suis éloigné de cet amour, je sais que la miséricorde de Dieu est mille fois supérieure.  
Demandons-là les uns pour les autres. Amen.

dimanche 17 juin 2018

Comme le cèdre de Genève




17 JUIN 2018 - 11ème dimanche du Temps Ordinaire — Année B
Lectures de la messe
Première lecture« Je relève l’arbre renversé »Ez 17, 22-24
Psaume Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce !91 (92), 2-3, 13-14,...
Deuxième lecture« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’es...2 Co 5, 6-10
Évangile« C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit...Mc 4, 26-34



Frères et Sœurs,
Le Seigneur nous donne une leçon de pédagogie dans l’Évangile d’aujourd’hui. Les paraboles sont apparemment un langage qui peut permettre à chacun de comprendre, mais si l’on approfondit, d’autres instruments deviennent nécessaires. Il n’en demeure pas moins qu’il a voulu tous puissent globalement comprendre. Son enseignement n’a pas été réservé à une caste d’universitaires ou ni voulu mettre en place une gnose avec ses castes. Il n’en demeure pas moins qu’il a vu une utilité certaine dans le savoir de Paul, de saint Paul, qu’il a appelé à son service… La liturgie nous a donc offert des paraboles et des comparaisons qui sont en harmonie avec cette période printanière de l’année, et aux portes de l’été… Le pape vient à Genève pour le 1er jour de l’été, le 21 juin et non le 14 juillet…
L’ensemble des lectures veulent nous faire comprendre la mystérieuse croissance du règne de Dieu. Elle se réalise grâce à la lumière de Dieu, mais dans une mystérieuse obscurité. Le Seigneur prend l’exemple du blé et d’un champ de blé. Le grain peut se multiplier de manière assez extraordinaire. Je ne sais pas ce que donneront les récoltes cette année, il est plus que prudent de laisser aux professionnels de terrain et non de bureau le soin de faire des prévisions.
Puis vient une autre comparaison, celle d’une graine de moutarde. Cette graine minuscule produit une plante qui  grandit à un point tel que les oiseaux viennent nicher dans ses branches. Nous avions déjà vu que de tels développements se produisent parfois au Proche-Orient. La petite graine de 1 à 2 mm produit une plante qui peut atteindre entre 2 et 3 m. Le mot sénevé, sinapis est mentionné à 5 reprises dans les Évangiles, pour expliquer la croissance de la foi.  
La 1ère lecture et le psaume ne peuvent me laisser indifférents. Qui a vu des cèdres millénaires ne peut qu’en avoir été impressionné. Ils étaient employés dans l’antiquité pour la construction des navires, le bois étant réputé imputrescible, et pour la construction des temples, dont celui de Salomon. Ceux qui connaissent un peu Genève savent que ce canton-ville possède les plus anciens exemplaires de Suisse, plantés officiellement en 1735. Les plus âgés du Liban le sont 10 X plus paraît-il…  « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige et la planterai sur une haute montagne d’Israël… Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. » Voilà qui dépasse encore le sénevé. Quel passionnant exercice que celui de l’observation de la nature et des oiseaux. En rentrant de notre réunion avec le Jura Pastoral à Courgenay, j’ai vu un vol de martinets ou d’hirondelles pour la première fois de l’année. C’est heureux, ils se font fait beaucoup attendre cette année.
Le Seigneur aime la nature qu’il a créée, et qu’il nous a confiée, mais il porte encore plus d’intérêt à notre vie spirituelle, puisque nous sommes les plus proches de lui dans l’ordre de la création. Il crée directement nos âmes immortelles.
Le symbole du sénevé et celui du cèdre peuvent être interprétés comme renvoyant à l’Église et à l’annonce du Royaume. Tous les peuples viendront se réfugier comme ces oiseaux à l’ombre de ses branches. Comme c’est aujourd’hui le dimanche des réfugiés, pourquoi ne pas relever aussi la belle image qu’est celle de l’Église et du Christ rejetés? Issue d’Israël, rejetée, elle a été transplantée ailleurs et a donné son fruit. Elle rassemble maintenant les peuples de toutes les nations… Elle en fait un seul Peuple, le Peuple de Dieu. D’Israël, l’Église a hérité le meilleur, en la personne du Christ. Mystérieusement elle est issue aussi de son côté transpercé.
Ceux qui arrivent de l’extérieur dans notre pays, nous apportent  des éléments positifs de leurs cultures, des rameaux issus de celles-ci.  Il n’y a pas que leur capacité de travail… ou leur misère parfois, mais aussi une sagesse ou un surcroît d’humanité, des valeurs. Nous sommes dans un monde globalisé où difficultés, richesses et misères ne restent pas longtemps cachées et ne peuvent être ignorées. Un peu de chaleur méridionale de l’Italie, de l’Espagne du Portugal et d’ailleurs, un sens de la famille, ne nuisent certes pas à une certaine raideur germanique… attribuée aux gens du nord. Pour un peu de bonne humeur, vous m’excuserez de rappeler un vieux film classique, le fameux faiseurs de Suisses qui nous a fait passer d’excellents moments. Cela dit, il ne s’agit pas de nier les problèmes. Mais combien d’entre nous n’ont-ils pas eu aussi de membres de leurs familles qui ont du s’exiler ? On comptait en 2017, 752 000 Suisses de l’étranger. Il y a de quoi tempérer certains agacements. Nous vivons grâce à notre commerce et à notre industrie où beaucoup d’immigrés travaillent, encore un argument modérateur. « Qui vous accueille, m’accueille. » dit le Seigneur. Le pape François pour qui ce thème est cher nous permet une citation puisqu’il vient nous rendre visite. « Une attention spéciale doit être réservée, disait-il récemment, aux enfants migrants, à leurs familles, à ceux qui sont victimes des réseaux de trafic humain et à ceux qui sont déplacés en raison de conflits, de désastres naturels et de persécutions.» Tous les migrants attendent «que nous posions sur eux notre attention, notre compassion et notre dévouement».
La foi nous permet de devenir au final un seul Peuple, pouvons-nous oublier qu’elle est un puissant facteur d’intégration ? Elle tisse des réseaux et unit. « L’interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau : le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle-même. Elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres » (catéchisme et laudato si). Pour les hommes c’est la même chose, nous dépendons les uns des autres et du créateur.
Notre ambition à tous, c’est de plaire au Seigneur. Le reste qu’importe, tout passe si vite. Tout passe Dieu seul demeure et nous-mêmes ne faisons que passer. Ne sommes-nous pas en migration vers la vie éternelle, comme ces hirondelles qui passent d’un continent à l’autre. Alors, ce sera d’un monde à l’autre. 
Marie est comparée au cèdre du Liban dans certaines Litanies et à la Sagesse.  Demandons-lui d’être disponibles à l’action de l’Esprit comme elle l’a été, pour donner leur chance à ceux qui en ont besoin. Par son oui, elle nous a donné à tous notre grande chance, son Fils qui nous a obtenu la vie éternelle. Amen.