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dimanche 17 février 2019

Lettre pastorale de Mgr Félix Gmür



Je crois à la résurrection de la chair
et à la vie éternelle.
Amen.

Lectures du 6ème dimanche du temps ordinaire, année C
1re lecture : Psaume responsorial : 2e lecture : Evangile :   Jr 9,8-15 Ps 1,1-2.3.4 et 6 1 Co 15,12.16-20 Le 6,17.20-26
Le texte est à lire comme homélie lors des célébrations du samed et du dimanche, 16 et 17 février 2019, ou à diffuser d'une autre manière appropriée.
Embargo jusque samedi, 16 février 2018, 10h00

Chers sœurs et frères en Jésus Christ,

Est-ce que vous aimez avoir le dernier mot ? Ou bien est-ce que vous vous énervez contre ceux qui veulent décider de l'issue d'une discussion ? Quoi que vous en pensiez, les dernières phrases d'une discussion ou d'un discours jouissent d'un statut particulier. Elles résument souvent ce qui a été dit jusque là et soulignent encore une fois l'essentiel de la pensée.
Notre profession de foi se termine ainsi : « Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen. » Voilà des mots de poids ! Pas des détails ni des broutilles ! Ils nous parlent du tout, de la vie et de la mort, de ce qu'on appelle les choses dernières, celles qui comptent vraiment.

Ce qui est actuel et fondamental

Les choses dernières ? Le dernier mot ? A-t-il déjà été dit ? Si nous regardons les discussions actuelles dans notre Eglise, il est évident que le dernier mot n'a pas encore été prononcé. Où en sommes-nous avec les structures de décision dans l'Eglise ? Comment allons-nous garantir pour l'avenir que tout ce qui est humainement possible soit fait pour empêcher les abus et les agressions de toute sorte dans l'Eglise ? De quelle pastorale avons-nous besoin aujourd'hui et demain ? Et de quels agents pastoraux ? Comment notre foi en Dieu-Trinité peut-elle nous donner de la force pour relever les défis de chaque jour ? Et qui transmettra la foi aux prochaines générations ?
Ces questions nous pressent, et bien d'autres encore. C'est pourquoi nous en débattons dans toute l'Eglise, en fonction des compétences, des intérêts et de l'urgence. Parfois âprement. Cette passion montre qu'il s'agit bien de questions d'importance. Elles touchent à l'avenir de l'Eglise et donc de la foi que nous vivons et confessons. Oui, en fin de compte, c'est bien de notre foi en Dieu-Trinité qu'il s'agit. Elle est le cœur de notre espérance, le fondement qui unit et porte tous les chrétiennes et chrétiens. C'est notre signe distinctif, notre caractère unique, notre identité. En effet, en Dieu, « nous avons la vie, le mouvement et l'être ». Et même encore plus : « Nous sommes de sa race » (Ac 17,28). Les réponses à ces questions pressantes puisent leur force dans cette certitude : Nous sommes de sa race. Et « être de sa race » nous pousse, nous chrétiennes et chrétiens, à confesser : « Je crois en la résurrection des morts et à la vie éternelle. Amen ». Est-ce que nous le croyons ? C'est précisément en des temps difficiles comme aujourd'hui qu'il faut réfléchir à ce qui est fondamental.
Les paroles de la profession de foi nous glissent sur les lèvres de manière tellement automatique, qu'il nous est d'autant plus difficile de les interpréter. Qu'est-ce que nous nous représentons quand nous disons résurrection des morts ? Qu'est-ce que la vie éternelle? Qui a le dernier mot ? Dieu ou la mort ?
La raison seule ne nous permet pas de saisir ce qu'est la mort. Elle est le seuil d'un domaine totalement inconnu. Tous, nous devrons tôt ou tard franchir ce seuil. Qu'est-ce qui va nous arriver ? Qu'est-ce qui se passe pour les personnes qui nous ont précédés ? Est-ce qu'il y a une vie après la mort ou est-ce que tout s'arrête là ?
Beaucoup de gens ont des difficultés avec ces questions. C'est que parler d'un au-delà possible dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Pour certains, il semble plus judicieux et peut-être aussi plus confortable de se taire. Pour Paul, ce serait catastrophique. Ce serait fatal de détourner le regard de la mort et de toutes les questions qui s'y rapportent. En effet, Paul est fermement convaincu que ce n'est qu'avec la foi en la résurrection des corps que le sens de la vie chrétienne s'accomplit. Aussi difficile soit-il de parler de la résurrection, si nous prenons au sérieux les paroles de la lecture d'aujourd'hui, nous ne pouvons pas simplement contourner les questions relatives à la résurrection ni bricoler des réponses selon nos goûts personnels.
Jésus ressuscité comme personnage-clé
Les textes bibliques de ce dimanche nous offrent une clé pour réfléchir à la résurrection. Cette clé n'est autre que Jésus Christ ressuscité lui-même. Il nous ouvre un horizon qui va au-delà de la vie terrestre. Nous pouvons entrevoir ainsi ce qui nous est promis avec la vie éternelle. Poser notre regard sur Jésus-Christ nous ouvre les yeux et nous montre pourquoi le message de la résurrection des morts est si important pour notre vie, ici et maintenant. On peut dire que la rencontre avec le Ressuscité nous donne déjà ici-bas le goût de la vie éternelle.

Deux éléments centraux de la foi en la résurrection

Paul met en évidence la signification de la résurrection pour nous tous. Il pose deux accents : l'espérance et la totalité.
L'espérance signifie ceci : Si notre regard n'est fixé que sur le présent, sans la foi en la résurrection, nous restons inéluctablement en deçà du salut qui nous est promis. La vie chrétienne n'accomplit son sens que si nous mettons en lien nos espérances et nos efforts en ce monde avec l'espérance d'un salut parfait au-delà de la mort. Ainsi, la foi en la résurrection élargit notre horizon. Elle nous fait grandir au-delà de nous-mêmes, parce qu'elle mène à contempler l'incommensurable.
Et pour le deuxième point: La résurrection concerne la totalité de l'être humain. La résurrection n'est pas uniquement un événement spirituel. En posant notre regard sur Jésus Christ ressuscité, comme Paul nous le suggère, nous le  constatons : La résurrection englobe toute notre existence, notre vie, notre histoire, notre relation à Dieu, aux autres et même à toute la création. Dans la résurrection, nous conservons totalement notre identité personnelle. Rien de ce qui nous caractérise aujourd'hui ne disparaît.

La résurrection est espérance en une vie en plénitude

Sans espérance en la résurrection, la vie chrétienne mène finalement dans le vide. Paul va même encore plus loin : Si en tant que chrétiennes et chrétiens, nous ne croyons pas à une résurrection après la mort, si nous ne mettons notre espérance que dans cette vie ici-bas, alors « nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Co 15,19).
Nous pouvons mesurer pourquoi Paul développe une pensée si radicale en mettant ses déclarations en lien avec les paroles de Jésus dans l'Evangile d'aujourd'hui : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez » (Le 6,20 s.).
Jésus s'adresse directement à ses auditeurs. Il ne fait pas de grandes théories mais parle de leur vie concrète. Beaucoup de ceux et celles qui le cherchent sont touchés par la maladie et la misère, par l'oppression et la faim. Et que fait Jésus ? Il les déclare heureux !
Il y a de quoi objecter : Est-ce que ça ne semble pas cynique ? Est-ce que ce ne sont pas là les paroles d'un idéaliste coupé du monde face à la détresse souvent persistante des personnes qui le suivent ? Où restent donc la consolation promise et le royaume de Dieu pour toutes ces personnes qui, autrefois, depuis cette époque et aujourd'hui encore souffrent de leurs conditions de vie ? Aujourd'hui comme autrefois, des hommes meurent de faim. N'y a-t-il pas jusqu'à aujourd'hui dans le monde entier des personnes qui pleurent sur leur malheur, sans trouver la consolation promise par Jésus ? La souffrance continue à se propager. Les paroles de Jésus, et même sa vie entière, tout comme sa mort sur la croix ressemblent à une farce si leur sens ne doit s'accomplir que dans le présent.
Quelle que soit la peine que nous nous donnons, il est impossible de trouver le sens de l'histoire et de notre vie personnelle exclusivement dans le présent de ce monde. Naturellement, nous pouvons promouvoir le bien dans notre entourage concret par nos paroles et nos actes, nous pouvons contribuer au bonheur et nous engager pour la justice. C'est même notre devoir ! Jésus lui-même nous encourage et nous invite avec insistance à coopérer au royaume de Dieu qui a commencé avec lui, et qui continue à se réaliser par nous pour s'achever dans l'au-delà. La résurrection comme promesse de salut commence déjà maintenant. Elle commence là où des gens ne restent pas à terre, mais se lèvent ; là où des gens sont consolés ; là où on leur donne du courage et où s'ouvrent de nouvelles perspectives pour une vie meilleure. Ressusciter commence avec se lever. Nous avons la mission de nous lever et de nous engager pour que ce bonheur devienne toujours plus réalité dans notre vie et dans celle de nos frères et sœurs en humanité. En fin de compte, c'est Dieu qui accomplit.

Partout où nous ne reconnaissons pas cela et où la vie terrestre devient la mesure de toutes choses, là où nous nous contentons de ses lois et en attendons le salut, nous ne pouvons qu'échouer. Cet échec, l'Eglise en fait actuellement l'expérience très douloureuse. Là où elle ne s'appuie que sur les structures de ce monde, où elle se suffit à elle-même et fait croire aux gens que seule sa structure de ce monde ou ses représentants terrestres décident du salut des destinées particulières, elle renverse l'Evangile en son contraire et se rend coupable face aux hommes de la manière la plus honteuse.
Il nous faut donc d'urgence porter notre regard sur Jésus-Christ ! C'est d'une toute autre manière qu'il se tourne vers les hommes. Jésus n'est ni un cynique ni un idéaliste coupé du monde. Il prend les gens au sérieux. Il en est capable parce qu'il les aime. Leurs soucis deviennent ses propres soucis. Il aime les hommes de manière concrète, justement lorsqu'ils ont particulièrement besoin d'amour, quand ils risquent d'être étouffés par leurs soucis. Par Jésus ressuscité, ce qui était vrai autrefois et reste vrai aujourd'hui, c'est que personne n'est seul, personne n'est abandonné par Dieu. Surtout pas les pauvres, les affamés, ni ceux qui pleurent. Voilà pourquoi Jésus peut les appeler heureux. Dieu est là, Dieu est proche, Dieu aime. Jésus fait ainsi le lien entre la vie présente et une espérance de salut à venir. La vie heureuse n'est pas une utopie, elle commence ici et maintenant, et son accomplissement se produit au-delà de la mort.

Résurrection signifie relation vivante à jamais

La résurrection concerne l'être humain dans son entier. A Corinthe, à l'époque de Paul, certains se représentaient la résurrection avant tout comme un événement spirituel. Selon l'opinion qui se répandait, seul l'esprit devait avoir part à la vie éternelle. Mais si seul l'esprit ou, pour le dire autrement, si l'âme seule était transformée et passait à la vie éternelle, cela impliquerait un total dénigrement du corps humain. Durant notre vie terrestre déjà, le corps n'aurait alors plus qu'une fonction subordonnée à l'esprit.
Paul conteste cette pensée dualiste. Pour l'apôtre, Jésus est aussi le point de repère essentiel dans ce cas-là. Et, selon ce que nous rapportent les évangélistes, ce Jésus est ressuscité corporellement. Cela signifie qu'il n'est pas apparu aux disciples comme un fantôme, mais comme un vis-à-vis perceptible par les sens, reconnaissable. Au matin de Pâques, le tombeau est vide. Manifestement, le corps terrestre de Jésus participe à la transformation qui se produit avec la résurrection. Jésus est apparu plusieurs fois à ses disciples après sa résurrection, il a parlé avec eux, ils pouvaient le voir, ils ont cheminé avec lui. Jésus est même allé jusqu'à demander à Thomas de toucher ses blessures. En même temps, ces rencontres sensibles avec le Ressuscité vont au-delà de tout ce que peut saisir notre raison. Jésus apparaît soudainement dans des locaux fermés et disparaît ensuite tout aussi soudainement.
Lorsque Paul souligne que la résurrection est corporelle, c'est la perspective globale qui est déterminante : Notre vie entière, notre histoire, notre relation à Dieu participent à la résurrection qui nous est promise. Le Ressuscité en est le garant. Les relations qui marquent notre vie terrestre ne sont pas déchirées par la mort. Jésus ressuscité rencontre les femmes, les disciples. Il leur promet d'avoir part à sa vie en plénitude. La foi en la résurrection englobe donc bien plus que notre seul esprit. La résurrection nous concerne corps et âme, et concerne même toute la création. La résurrection est un événement relationnel.
Dieu a le dernier mot
« Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen. » Ces derniers mots de la profession de foi affirment que Jésus vit vraiment et réellement, parce qu'il a été ressuscité par Dieu. Grâce à Jésus-Christ, nous pouvons entrevoir ce qui nous est promis avec la résurrection, même si elle dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.
La vie triomphe de la mort. La résurrection signifie qu'on peut mettre sa confiance en Dieu jusqu'à la mort et au-delà de la mort. La résurrection signifie que nous sommes toujours portés par lui, quelle que soit la situation fâcheuse que nous traversons, même si nous ne le ressentons pas ou ne pouvons plus y croire nous-mêmes.
Portés par l'espérance en la résurrection, nous devenons capables d'affronter directement et sans perdre pied les nombreuses petites et grandes morts de notre vie. Nous pouvons leur faire face sans les minimiser et sans nous y briser. Paul le souligne avec insistance : C'est dans la résurrection de Jésus Christ que se trouve le fondement de notre espérance de chrétiennes et de chrétiens. La misère et la souffrance et la mort n'ont pas le dernier mot. La résurrection signifie que c'est Dieu qui a le dernier mot. Il a le dernier mot, non pas comme un donneur de leçons imbu de lui-même, mais comme celui qui aime, qui s'intéresse à nous. C'est Dieu qui aime infiniment tout homme et sa création. C'est cela que je crois, chères sœurs et chers frères, et c'est pour cela que je le confesse : Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen.

Et vous ?

Bien à vous
+Félix Gmür Evêque de Bâle

mercredi 30 janvier 2019

Le blé d'hiver



Evangile du semeur (Mc 4, 1-20)


Frères et Sœurs,

Le Seigneur nous a expliqué longuement et de manière très pédagogique sa parabole. Il est vrai que nos cœurs et nos esprits sont parfois bien lents à comprendre.  Mais avez-vous remarqué qu’il n’a pas mentionné une autre coutume de nos pays plus frais… où nous aspirons parfois au réchauffement climatique (c’est un mauvais aiguillage). Le blé d’hiver est planté à l’automne. Il fournit habituellement des rendements plus élevés que le blé de printemps. Nous laissons aux spécialistes de Courtemelon et d’ailleurs le monopole des précisions de terrain.
Ce blé attend des temps meilleurs pour donner son fruit en abondance. Peut-être est-il aussi une invitation à manifester de la patience et à confier au Seigneur le soin de ce semis (du baptême) lorsque nous touchons à l’hiver de notre vie. C’est à lui qu’il faut faire confiance.
Au printemps ces plantes qui végétaient naissent de nouveau, c’est le Seigneur qui vient à notre rencontre, tel le soleil qui va réchauffer la terre et faire pousser ces plantes à son heure. Jésus révèle l’heure de Dieu qui sort à notre rencontre pour nous appeler à prendre part à son heure de donner du fruit, « porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (Lc 4, 18-19). C’est l’heure de Dieu qui, avec Jésus, se rend présent, se fait visage, chair, amour de miséricorde qui n’attend pas de situations idéales. Lui, il est le temps de Dieu qui rend juste et approprié chaque situation et chaque espace. En Jésus, l’avenir promis commence et prend vie.

dimanche 20 janvier 2019

Où se cachent les mariés?



Frères et Sœurs, nous voici donc de plain-pied dans le temps ordinaire puisque nous en célébrons aujourd’hui le 2ème dimanche sur un thème qui doit parler au plus grand nombre : les noces de Cana.

Il ne nous faut pas en négliger un second, celui de l’Unité des chrétiens. Je vous ai déjà signalé que dans notre chapelle qui a connu un développement important à des époques où ce n’était pas le premier souci, nous avons une représentation de Notre-Dame qui constitue en quelques sorte une pierre d’attente. Il s’agit de l’ex-voto sur ma droite qui est une copie d’un tableau de Cranach l’ancien. Elle se trouve à Innsbruck et a connu une certaine popularité dans les régions germaniques au nord des Alpes. Je vous laisse tapoter sur vos claviers d’ordinateurs ou vos tablettes et autres téléphones pour d’autres infos. Le thème pour cette semaine de l’unité des chrétiens nous vient d’Indonésie 265 millions d’habitants, 86% de musulmans, le plus grand pays musulman. Il compte toutefois environ 10% d’indonésiens chrétiens de traditions diverses. Il va sans dire qu’il nous faut prier pour eux, le contexte est difficile. Le Thème qu’ils nous proposent :  TU RECHERCHERAS LA JUSTICE, RIEN QUE LA JUSTICE (Dt 16,18-20) et celui plus spécifique à cette journée : Le Seigneur est bienveillant et miséricordieux (Psaume 145,8)
Au début de cette Eucharistie demandons au Seigneur de nous faire goûter à la grâce de sa miséricorde dont la qualité et l’abondance dépasse celle de tous les grands crus. Reconnaissons que nous sommes pécheurs.



Evangile des noces de Cana
Homélie
Mais où se cache la mariée ? Frères et Sœurs, c’est habituellement la question que posent les commentateurs de cet évangile des noces de Cana. Elle est extrêmement discrète. Voilà qui peut nous rappeler une tradition, celle que la mariée se fasse attendre et désirer lorsqu’on célèbre un mariage en ces murs vénérables qui ont vu défiler tant de couples.
Les noces de Cana se déroulent dans un village à environ 8 km au nord-est de Nazareth et Jésus va y accomplir le premier des 7 signes que nous rapporte saint Jean. Cana devrait signifier roseau, nom qui devrait aujourd’hui surtout nous inviter à penser, si nous nous mettions à l’école de Pascal.
Quand cet événement s’est-il passé ? Ceux qui nous ont préparés ce passage dans le lectionnaire ont donné un coup de ciseau au texte. Saint Jean précise que c’était le troisième jour. Le premier Jésus est baptisé par Jean-Baptiste dans le Jourdain, le deuxième il appelle ses premiers disciples et le troisième, il se rend à cette fameuse noce. Je vous avais rappelé le jour de la fête des rois, que nous appelons épiphanie., nous regroupons sous ce nom la visite des rois, le baptême du Christ et Cana.
On utilise aussi le terme de théophanies, pour qualifier les jours où Dieu se manifeste. Celle d’aujourd’hui se déroule le troisième jour, il peut être intéressant de relever que dans l'Ancien Testament, le troisième jour est le jour de la théophanie, comme par exemple dans le récit central de la rencontre entre Dieu et Israël au mont Sinaï (cf Benoît XVI JN I).
Nous n’allons pas nous n’allons pas rendre le risque de nous perdre dans la symbolique des chiffres.
Au début de notre modeste parcours, nous nous étions demandés : mais où donc est passée la mariée dans cet Évangile. Le même type de question m’est venu à l’esprit en recherchant une illustration. Je suis tombé sur un tableau célèbre de Véronèse intitulé justement les noces de Cana. La représentation est gigantesque… Elle se trouvait dans le réfectoire des bénédictins de l’église saint George à Venise. Ils doivent aujourd’hui se contenter d’une copie, Napoléon ayant emporté l’original dans ses bagages. Il se trouve au Louvre et la France n’a pas voulu le restituer. Ce tableau a ceci de particulier qu’on voit en son centre le Christ et Marie. Mais où sont donc passés les mariés ? Parmi un ensemble de personnage Vénitiens d’un certain âge et qui ne sont pas dépourvus de biens, on retrouve de manière inopinée nos tourtereaux dans un bout de table. Le positionnement est curieux. Quel contraste entre les richesses déployées et le mariage de l’Évangile.
La place de Jésus et de Marie dans ce tableau a toutefois son importance, parce qu’elle manifeste l’importance de ce qui s’est déroulé à Cana. A Cana, il n’y avait plus de vin pour mettre de la joie au cœur des invités. Et Jésus vient se mettre au service de notre joie, de la joie de tous les hommes et pas seulement, mais aussi de celle de ce petit couple qui a eu bien de la chance.
Marie a remarqué la gêne dans laquelle ils allaient se retrouver et elle demande à Jésus d’intervenir. La réponse paraît bougonne : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Il annonce son heure, celle de sa mort et de sa résurrection le troisième jour. Ce n’est pas simplement ce petit couple qui n’a plus de vin, mais bien Israël et toute l’humanité qui a besoin du plus extraordinaire, de la grâce de Dieu.  
« Les grandes amphores de pierre que Jésus fait remplir d’eau pour les transformer en vin (v. 7), dit le pape François, sont le signe du passage de l’ancienne à la nouvelle alliance : à la place de l’eau utilisée pour la purification rituelle, nous avons reçu le sang de Jésus, versé de manière sacramentelle dans l’Eucharistie et de manière sanglante dans la Passion et sur la Croix. » Il n’y avait que de l’eau, et maintenant c’est le vin des noces qui nous est servi.
Jésus a commencé son ministère par un mariage, parce que le thème du mariage est d’une très grande importance dans la symbolique juive. Il traduit l’union de Dieu avec son Peuple Israël. Si Jésus et Marie sont au centre de notre attention, c’est que Jésus est l’époux et que Marie représente l’Église. Les allusions au banquet messianique de la fin des temps où le roi marie son fils, sont fréquentes dans le nouveau testament, jusque dans l’apocalypse.
Nous pouvons aussi tirer un enseignement qui a son intérêt. Le Seigneur vient remettre l’homme et la femme au centre du tableau des noces, réconciliés avec Dieu, ils vont pouvoir à nouveau jouer leur rôle, participer à la restauration du monde que Dieu a créé et aime, a toujours et continuera toujours et définitivement d’aimer.. C’est important pour nous de nous rappeler ce relèvement qu’opère Jésus. Il nous invite à découvrir ou à redécouvrir l’importance du mariage comme un signe porteur de la grâce de Dieu, un grand signe positif et de vie.
Marie nous fait une prière, pouvons-nous lui présenter un refus, que faire d’autre que d’y accéder ? Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Amen.

mardi 15 janvier 2019

Il enseignait avec autorité



Frères et Sœurs,

Un des éléments qui frappait les contemporains de Jésus était qu’il enseignait avec autorité. Cette autorité s’exprime ou s’illustre par le fait qu’il opérait des guérisons, mais aussi chassait des esprits mauvais et leur imposait le silence. Les démons selon ce que disent les Évangiles sentaient une force qui s’imposait à eux.
Jésus vient réconcilier les hommes avec son Père. Dans les guérisons de malades et le fait de chasser les esprits mauvais, il nous donne à comprendre qu’il s’agit là d’une des conséquences du retour de Dieu qui vient nous libérer, car il nous aime.
Lorsque Jésus enseigne, il ne le fait pas à la manière des scribes et des pharisiens en s’appuyant sur des traditions et de grands maîtres, il le fait parce qu’il est Dieu… L’Écriture est le fruit d’une inspiration divine qui passe par des hommes, mais là c’est celui qui est le Verbe de Dieu qui enseigne. On retrouve cela fréquemment dans des formules telles que Je vous dis, Moi je vous dis… Il enseignait à ceux qui l’entendaient, la conduite à tenir, les comportements à adopter pour être de vrais fils de Dieu.
Benoît XVI l’explique ainsi dans son « Jésus de Nazareth » : L'enseignement de Jésus ne vient pas d'un apprentissage humain, quelle qu'en soit la nature. Il provient du contact direct avec le Père, du dialogue « face à face » - de la vision de celui qui est dans « le sein du Père » (Jn   1, 18). C'est la parole du Fils. Privée de ce fondement intérieur, elle serait de la présomption. À l'époque de Jésus, c'était d'ailleurs l'opinion des scribes justement parce qu'ils refusaient d'accepter ce fondement intérieur : la vision et la connaissance face à face.
(Jean-Paul II le disait à des évêques de Colombie : « La miséricorde de Jésus et sa compassion face à la fragilité humaine ne l'empêchaient pas d'indiquer avec clarté quelle était la conduite à suivre ou les attitudes les plus conformes à la volonté divine, réduisant souvent à néant les propos insidieux de ses adversaires; cela lui gagna l'admiration des foules. »)
Ce qu’il demande nous contraint à sortir de nous-mêmes et n’est pas immédiatement confortable, vous êtes certainement d’accord avec moi, mais il nous donne sa paix déjà maintenant. Le grand confort sera bien entendu celui du Royaume… 
De toute évidence, ce passage d’Évangile nous invite à nous demander si nous prenons au sérieux la parole de Jésus. Il nous donne aussi la force de la mettre en pratique, ce n’est pas simplement l’enseignement d’un maître parmi d’autres… Il nous accompagne sur notre chemin vers son Père. Il est vrai que le fardeau est parfois bien lourd, ne craignons pas de lui demander son aide avec insistance ainsi qu’à Notre-Dame. Amen.

lundi 7 janvier 2019

Au revoir, fr. Paul




Lors de la célébration de l’Epiphanie, nous avons fait mémoire de mon confrère Fr. Paul (François de Cornulier-Lucinière)

Chers frères et sœurs, 

Nous avons une pensée particulière ce matin envers les personnes qui nous sont recommandées durant cette Eucharistie et pour leurs familles. Vous me permettrez quelques mots après le départ pour la maison du Père de mon confrère, frère Paul. Au commencement de notre ministère ici au Vorbourg, nous étions trois  avec le Père Robert, ce qui nous permettait de méditer sur la Trinité. Certains nous surnommaient les trois rois, ce qui nous amusait bien. Puis vint le temps où nous nous sommes retrouvés à deux avec fr. Paul, ce qui permettait de méditer sur les deux natures du Christ. Maintenant je suis pour ainsi dire contraint de me pencher sur le mystère de Dieu un. La galette des rois aurait dû attendre toute la semaine pour que soit trouvée la fève pour le seul roi disponible, heureusement, j’ai obtenu de l’aide cette année.
Frère Paul qui était diacre est donc finalement parti suite à une leucémie aiguë le 29 décembre, à l’âge de 80 ans, étant né à Meknès au Maroc le 10 décembre 1938. Sa famille, de très ancienne tradition, s’en revint ensuite dans la région de Nantes. Frère Paul y effectua sa scolarité, puis entra au séminaire et voulut faire son service militaire, ce qui le conduisit en Algérie, où il sut montrer qu’il n’appréciait pas du tout voir de mauvais traitements infligés parfois aux prisonniers. Au séminaire, il côtoya, parmi  ses confrères séminaristes 2 futurs martyrs de Tibhirine, récemment béatifiés.
A la fin de son séminaire, ayant rencontré presque par hasard dans le train, le Père Bonaventure Sodar, un des fondateurs de notre monastère, il s’était retrouvé en Suisse.
Sa principale amitié spirituelle, il la réservait à Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui l’aidait à faire usage de son ascenseur pour le ciel et à se simplifier. Il appréciait également beaucoup Saint Louis-Marie Grignon de Montfort qui avait œuvré dans sa région. Vous l‘avez vu persévérant fidèlement dans son service et la prière, au cours des 23 ans qu’il a passés ici au Vorbourg. Si nous avons dans l’esprit l’image de son état de malade, il est certainement bon de rappeler ses qualités en période où il accomplissait différemment sa mission. Etre malade, c’est aussi accomplir un service pour l’Église, la remarque est valable pour tout le monde.
Fr. Paul était connu pour son amour du Latin et ses qualités de traducteur. Il a d’ailleurs prêté ses services pour traduire bon nombre de vie de nos saints jurassiens que vous trouvez sur le site abbaye-saint-benoit.ch.
Ici au sanctuaire, il avait la responsabilité du chant en raison d’une des fonctions occupée et reconnue au monastère du Bouveret où il était chantre. Il était aussi était féru de poésie, capable de nous débiter tout un train de quatrain. Par modestie, il tenait fermement que son frère de Nantes, était bien plus doué que lui dans cet exercice. Tant qu’il le put, il travailla à la cuisine commune mais s’occupa aussi des fleurs. Il aimait beaucoup observer les oiseaux et la nature, ce qui est commun aux moines habituellement.
En retournant à la maison du Père, il a retrouvé ses parents et 5 de ses frères et sœurs, dont l’un Pierre-Noël qui était parachutiste, avait sauté à Dien Bien Phu. Il en gardait un souvenir ému. Je vous serais reconnaissant de prier pour son frère Benoît, dernier survivant de la fratrie, qui est affecté par ce départ et pour lui, bien entendu,. Demandons au Seigneur et à Notre-Dame de montrer une semblable fidélité à nos missions que lui à la sienne et  à ses vœux (51 ans de vie monastique).

Epiphanie : Le Christ est à Bethléem, pas à l'Hérodion




Frères et Sœurs,

Comment aborder l’Épiphanie ? L’habitude la plus ancrée dans nos traditions est celle de la galette des rois. Vous trouverez certainement des explications sur internet qui la feront remonter à l’antiquité romaine païenne. Aujourd’hui, chacun aborde précautionneusement son morceau de gâteau espérant la couronne. Le problème, outre les risques encourus pour les dentitions est qu’il n’y a qu’un roi, parfois accompagné d’une reine. Un roi terrestre ne peut qu’être seul dans son royaume, surtout dans un contexte où la royauté était considérée comme de droit divin. Hors les rois de l’Évangile, qui sont des sages, des magoï, étaient trois. Il suffit de modestes recherches pour trouver très facilement des explications sur les origines de ce glissement royal qui n’a rien d’un faux-pas. Il commença par Tertullien, puis s’approfondit avec Origène, tous deux figurent parmi les plus anciens auteurs ecclésiastiques et commentateurs de l’Écriture.
Les rois évoquent des idées de pouvoir, de gloire, de richesse, tout ce que nous n’avons pas. Ceux d’aujourd’hui nous sont si sympathiques que nous nous sentons tous appartenir à un environnement qui paraît attirant. Or, que font ces mages ? Ils viennent dans une étable s’incliner devant un jeune enfant… qui serait le Messie, un terme qui va effrayer Hérode. Ils ont suivi l’étoile de l’Orient, fait un long voyage… poursuivant avec anxiété et ardeur cet astre qui s’éclipse au-dessus de Jérusalem. Mystérieusement, ils ne trouveront leur chemin que par l’intermédiaire des prêtres et des scribes qui connaissaient les Écritures et le lieu où devait naître le Messie. L’indication est valable pour nous aussi qui recherchons le Seigneur. L’Écriture nous apporte une lumière, elle brille avec plus de force encore pour nous, depuis que le Seigneur a ouvert nos esprits à leur compréhension. La recherche de la vérité et du Messie, de l’Enfant-Dieu produit immédiatement des réactions de la part des forces du mal… Prêtres et scribes donnent leur réponse devant Hérode seul. Et c’est Hérode lui-même qui envoya les Mages à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. ». Il paraît s’être méfié du lieu puisqu’il avait déjà construit tout près de là, une immense forteresse où il aura son tombeau.
N’est-ce pas mystérieux ? Dieu lui-même utilise Hérode comme intermédiaire et messager auprès des mages. Il utilise pour révéler aux représentants de toutes les nations, celui qui veut la mort de son Fils. Pourquoi ? C’est une grande question. Pourquoi l’étoile s’éteint-elle, pourquoi Dieu met-il son Fils en danger ? Pourquoi l’envoie-t-il déjà en Egypte avec ces personnages ? Voir les mages arriver, ce n’est pas du tout la sécurité, mais déjà l’envoi en mission et le commencement de la lutte contre le mal, par la fuite.  
« L’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, (hors de Jérusalem) jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. »
Et les trois sages s’inclinent, non à l’Hérodion mais devant l’étable. Avec eux, tous les hommes viennent s’agenouiller devant ce petit pauvre et déposent leurs trésors, l’or, l’encens et la myrrhe. Benoît XVI relevait dans une de ses homélies pour l’Épiphanie que   « selon la mentalité qui régnait à cette époque en Orient, ces cadeaux représentent la reconnaissance d'une personne comme Dieu et Roi: Ils sont donc un acte de soumission. Ils veulent dire qu'à partir de ce moment, les donateurs appartiennent au souverain et reconnaissent son autorité. »
Pour cette raison, ils n’obéiront plus à Hérode, comme ils l’ont fait à Jérusalem. Ils changent de roi et vont aussi changer de chemin pour rentrer.
Un auteur ancien, Maxime le Confesseur, nous résume à sa manière l’Épiphanie. (Centuries sur la charité). Il ne s’agit plus seulement de changer de souverain terrestre, il faut aller plus loin : « L'étoile venue de l'Orient apparaît et elle conduit les Mages à l'endroit où se trouve le Verbe incarné ; elle montre ainsi de façon mystérieuse, qu'elle dépasse la parole contenue dans la Loi et les Prophètes, et qu'elle conduit les nations vers la lumière de la connaissance supérieure du Verbe incarné. L'étoile, considérée avec piété, conduit ceux qui répondent volontiers à l'appel de la grâce. »
A quoi sert la grâce ? Elle est notre étoile intérieure, elle nous apporte la miséricorde de Dieu et veut faire de nous, des enfants de Dieu, des rois avec ce petit roi de la crèche ; il s’agit de rois qui avec lui et avec elle, doivent se bouger et se mettre en chemin, selon la thématique chère au pape François.
Que manque-t-il souvent dans notre cœur ? « A la fin, ce qui manque, c'est l'humilité authentique, qui sait se soumettre à ce qui est plus grand, mais également le courage authentique, qui conduit à croire à ce qui est vraiment grand, même si cela se manifeste dans un Enfant sans défense. »
Aujourd’hui nous nous sommes retrouvés pour fêter les rois, n’est-ce pas pour fêter avec les rois, l’Enfant sans défense ? Il nous invite à devenir comme lui.
Regarde-donc autour de Toi, petit Roi des Juifs et Roi du ciel, dans les richesses qui sont là, les nations qui ne savent pas que Tu les aimes.
Marie pourra te raconter qu'avec nous, après les bergers tout l'univers s'est rassemblé sous ton étoile. Amen.



mercredi 26 décembre 2018

Saint Etienne le premier couronné




Frères et Sœurs,

Ne trouvez-vous pas étrange qu’au lendemain de Noël, le calendrier liturgique nous demande de fêter un martyr, en la personne de saint Etienne. Nous avions une crèche pleine de cadeaux pour fêter le petit enfant de la crèche. Il y en avait tant que la Sainte Vierge n’arrivait pas trouver de place pour déposer son enfant et nous le montrer. Voilà que le premier cadeau ouvert le lendemain de Noël est un martyr, saint Etienne, drôle de cadeau tout de même. Son nom signifie le couronné, il a reçu la couronne du vainqueur, le premier.
Une question que nous nous pourrions nous poser : - Si la conséquence de Noël est de la violence, finalement ne vaut-il pas mieux qu’il n’y ait que des cadeaux ? La question se prolonge à travers les siècles, en voyant ce qu’on eût à souffrir un grand nombre de ceux qui ont suivi Jésus, jusqu’au 20ème siècle, le plus grand siècle des martyrs de l’histoire de l’Église. L’Église est-elle vraiment la maison du bonheur ? La crèche de Bethléem a été la première église, d’une certaine manière. Elle était en tout cas, la maison du bonheur pour un temps (pas celle de Dany Boon).
On appelle saint Etienne le proto-martyr, ce qui veut dire le premier martyr. La date de sa fête est placée juste après la naissance de Jésus parce qu’Etienne est le premier des disciples qui soit entré au ciel, qui soit né à la vie éternelle. Cela veut aussi dire que lorsque chacun de nous entrera dans la vie éternelle, ce sera comme une nouvelle naissance. Je ne sais pas si vous avez déjà vu les icônes orientales de la dormition de Marie, avant son Assomption. L’Orient n’a qu’une seule position, il dit que Marie est morte. Et à côté d’elle on voit Jésus qui recueille l’âme de sa mère qui a la forme d’un petit enfant, comme dans des langes. Son corps et son âme sont ensuite réunis pour monter au ciel, bien sûr. Une partie de l’idée est que l’entrée dans la vie éternelle est une seconde naissance. « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. », dit Etienne l’un des 7 premiers diacres. C’est le Christ qui va l’accueillir et qui lui donne la force de témoigner. N’est-il pas beau que le Seigneur ait voulu un diacre auprès de lui, avant tout autre ? C’est dire le respect qu’il faut avoir envers nos diacres. Ils s’occupaient des services caritatifs, dit Benoît XVI, mais Etienne accomplit également une tâche d'évangélisation à l'égard de ses compatriotes, de ceux qu'on appelle "hellénistes", des juifs qui venaient de la diaspora. Luc insiste   sur le fait qu’Etienne était "plein de grâce et de puissance" (Ac 6, 8). Il relit l'Ancien Testament à la lumière de l'annonce de la mort et de la résurrection de Jésus. Il fait comprendre à ceux qui l’entendent, que le culte du temple est fini et que Jésus, le ressuscité, est le nouveau et véritable "temple". Pour cela on le lapide et il naît au ciel. Sa mort n’est pas inutile, puisque les Actes des Apôtres nous font comprendre qu’elle a pour fruit la conversion de Saul qui va devenir le grand saint Paul. Les martyrs du 20ème siècle auront eux aussi un fruit dont nous pouvons être certains.
Quel rapport avec nous aujourd’hui ? Nous voyons la peine que Jésus a de trouver la place parmi tous les cadeaux de ce temps de Noël. Nous nous disons que parfois, nous oublions le premier qui est Jésus lui-même. Comme Etienne, ils sont nombreux aujourd’hui à avoir compris son importance et à en avoir témoigné par le sacrifice de leur vie. Il n’y en jamais eu autant depuis le début de l’Église. Quel sera le résultat ? Nous pouvons être certains que Dieu va exaucer leur prière et qu’il y aura un printemps de l’Église. Il écoute aussi nos prières, il y est attentif, comme il l’est à notre fidélité dans le quotidien. Continuons de prier pour notre village, nos familles et nos enfants et petits-enfants. Le Seigneur se laisse toucher, demandons-lui de faire grandir notre confiance, comme le grain de sénevé et le petit enfant de la crèche. Amen.