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dimanche 23 mars 2025

Le Buisson Ardent

 


23 mars 2025  3ème Dimanche de Carême (semaine III du Psautier) — Année C

Lectures de la messe 

Première lecture« Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-suis »Ex 3, 1-8a.10.13-15
Psaume Le Seigneur est tendresse et pitié.Ps 102 (103), 1-2, 3...
Deuxième lecture La vie de Moïse avec le peuple au désert, l’Écriture l’a racontée pour...1 Co 10, 1-6.10-12
Évangile« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même »Lc 13, 1-9

Chers frères et sœurs,

Curieuses lectures de ce 3ème dimanche de Carême. Les fleurs commencent à sortir, les forsythia n’attendent pas le jour de Pâques. Vendredi, c’était le 1er jour du printemps, fête de la naissance au ciel de saint Benoît. Pour les funérailles de la maman d’un confrère, des fleurs d’un arbre fruitier avaient commencé de s’exprimer. Le Seigneur recherche des fruits hors saison sur un figuier. Cet arbre est mentionné dans l’Ecriture de la Genèse à l’Apocalypse. Le figuier n’avait pas voulu renoncer à la douceur de son fruit pour être roi, dans le livre des juges. Dans l’Apocalypse  il est mentionné lorsque tombent les étoiles du ciel à la fin des temps : « les étoiles du ciel tombèrent sur la terre comme lorsqu’un figuier secoué par grand vent jette ses fruits. » Dans Saint Matthieu Jésus en maudit un qui se dessèche, après son entrée triomphale à Jérusalem. Saint Luc le reprendra encore une fois comme signe de la venue du Royaume avant la passion, mais lorsqu’il fleurit.

Nous avons là un élément qui peut nous rendre attentif à l’urgence de nous tourner vers le Seigneur. L’Evangile en propose 2 autres, avec cette tour de Siloé qui s’écroule et tue 12 personnes. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui un fait divers. Nous avons en mémoire les Twins de New-York en plus des films catastrophes. Nos médias nous présentent régulièrement des avions qui tombent, des trains qui déraillent, des éruptions et des inondations. Le massacre de ces Galiléens par Pilate est du même ordre. Personne n’est aujourd’hui à l’abri de tristes nouvelles semblables. Que conclut Jésus : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. ».

Y a-t-il un rapport de cause à  effet entre ces morts et un manque de conversion ? Oserions-nous aller jusqu’à dire qu’une conversion préserve de manière absolue d’une fin de vie difficile, d’un accident ou de la maladie et de la douleur ? Chacun répondra par la négative après une expérience de vie plus ou moins longue. Les questions qui nous viennent à l’esprit dans ce type de situations ont trait à la dureté de notre condition.

Lorsque le Seigneur avance vers le Golgotha. Le Père lui fait emprunter un très rude chemin. Quant à nous, il paraît donner parfois beaucoup de permissions pour que les choses aillent mal, au point de nous faire crier grâce. Qui oserait dire que cela ne lui est jamais arrivé ? Une réaction contre un mal est inscrite dans notre nature. Pourquoi s’en étonner ? J’ai lu quelque part que même les bébés sont dotés par la nature de quoi donner une alerte sonore extrêmement puissante. Le larynx et les cordes vocales évoluent ensuite. Ils sont pour ainsi dire programmés pour crier et donner l’alarme. Merci aux parents pour leur patience. Les situations d’inconforts majeurs nous accompagnent jusqu’au bout. Pourquoi s’étonner de nos réactions ?

Jésus a voulu de toutes ses forces accomplir cette mission qui lui a permis d’aller jusqu’au don total que lui-même. Même avec de la confiance, pareil saut vers l’inconnu ne peut que nous émouvoir et nous impressionner. Mais il est vrai que le Seigneur vient à notre aide. Le vigneron de l’Evangile en témoigne : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour et que j’y mette de l’engrais. »  La compassion du Seigneur pour nous est bien là, il vient à notre aide. Il veut nous conduire à un épanouissement spirituel qui nous rende semblable à lui et capables de voir son Père. La compassion dont témoigne Jésus à notre égard, éclaire l’être même de Dieu, explique Michel Fédou dans son dernier livre sur le sujet. Elle se fait sollicitude, bienfaisante, aide à la guérison. Jésus a été pris de compassion pour les foules qui venaient à lui, comme des brebis sans berger. Il l’a été devant la veuve de Naïm et Lazare. Il ne s’agit pas simplement d’empathie, de partage d’émotion, mais de discernement et d’action. Un discours sur la compassion ne remplace pas une aide effective. Ce qui paraît être le plus insupportable au Seigneur est la fermeture du cœur à la Bonne Nouvelle de la venue du règne de Dieu qui conduit à la résurrection. Ce qui bouleverse le plus Jésus, est la dureté du cœur.  Pourtant, « Lui qui est de condition divine, n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur. » En plus d’apporter une aide effective, d’apporter du soulagement, une autre question qui vient à l’esprit est celle du sens. Sommes-nous désireux et soucieux de proposer à ceux qui nous entourent un sens à leur vie ? Non pas un sens parmi d’autres, il ne s’agit pas d’offre dans un supermarché ou comme ces pubs sur internet qui obscurcissent l’information demandée. Vous connaissez cela : J’ai besoin d’une information sur un sujet, alors panneau cookie, pub pour une combine, puis 3 autres et vous ne savez plus comment vous en dépêtrer. Notre informateur, c’est le Seigneur, notre information, c’est l’Evangile et la vie selon l’Evangile pour montrer le Royaume. Où en est notre recherche de la simplicité de Dieu ? Parvenons-nous à garder le silence dans notre cœur pour l’écouter ? Notre vie a un sens. Nous nous trouvons  à la fin des temps, nous a dit saint Paul mais il ne s’agit pas de catastrophe apocalyptique. Comment désirer ce qui est bien sinon en nous simplifiant ? Saint Paul  nous a parlé de baptême, de nourriture spirituelle, de boisson spirituelle, de vie avec et dans le Christ, notre rocher. Nous ne pouvons pas nous appuyer sur notre seule force dans notre marche au désert, mais sur celui qui est au-dedans de nous. Moïse s’était laissé piquer par la curiosité dans l’épisode du buisson ardent. Le Seigneur l’a interpellé pour l’envoyer libérer son peuple. Il lui a donné son nom ‘Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-suis’. Et nous avons-nous entendu la voix de celui qui nous envoie porter l’espérance et annoncer la Bonne Nouvelle ? Avons-nous entendu la voix de  Dieu en nous et un nom ? Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve ».  C’est Dieu qui sauve qui m’envoie. Dans la catéchèse préparée pour les pèlerins mercredi dernier à Rome figuraient cet appel en conclusion : les Israélites avaient peur lorsqu'ils marchaient dans le désert. Ces peurs ont pris la forme de serpents venimeux (cf. Nombres 21, 4-9). Pour être libérés, ils devaient regarder le serpent de bronze que Moïse avait placé sur un mât, c'est-à-dire qu'ils devaient lever les yeux et se tenir devant l'objet qui représentait leurs peurs. Ce n'est qu'en regardant en face ce qui nous fait peur que nous pouvons commencer à être libérés.

Une question induite, sommes-nous capables de regarder le Christ en croix pour y trouver un encouragement, une communion dans la compassion mutuelle ? En avons-nous le courage, avons-nous surtout la présence d’esprit, le réflexe et l’audace de le demander ? Jésus en croix est aussi un buisson ardent. Lumière et obscurité en même temps. La couronne d'épine est un buisson ardent.

Il existe  une icône du Buisson ardent qui n’est pas de ce type. Elle nous parle certainement. Une étoile à huit branches le symbolise. En son centre sont représentés la Vierge et l’enfant avec, des anges, les évangélistes, Moïse et Elie. Ils nous envoient porter cette Bonne Nouvelle pour libérer nos frères. Amen.


dimanche 16 mars 2025

Transfiguration en Carême?

 

Atelier Saint André

16 mars 2025  2ème Dimanche de Carême (semaine II du Psautier) — Année C

Lectures de la messe

Première lecture Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant Gn 15, 5-12.17-18

Psaume Le Seigneur est ma lumière et mon salut.Ps 26 (27), 1, 7-8,...

Deuxième lecture« Le Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glor...Ph 3, 20 – 4, 1 

Évangile« Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre »Lc 9, 28b-36

Chers frères et sœurs, chers amis,

Nous ne pouvons qu’apprécier, cet Evangile de la Transfiguration. Nous étions partis avec Jésus au désert la semaine passée. Dans un premier temps il a eu faim et nous a rappelé que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Saint Luc  utilise, au début de cette péricope, deux mots qui accrochent les intéressés. Ils ne sont pas mentionnés par le découpage qui nous est proposé par la liturgie. Notre texte commence simplement par « en ce temps là ». Quels sont-ils ?   egeneto , il arriva, cela fut ainsi, et emerai octo, huit jours . Quelle importance ? Certains relèvent que le premier mot est très présent dans le 1er chapitre de la genèse (LXX), 20 fois. Le second permet aussi un rapprochement avec la création mais va plus loin… avec un 8ème jour (huit jours après avoir prononcé ces paroles). Il est celui de la résurrection et de la vie éternelle, la re-création ; Dieu fait toutes choses nouvelles et pourrions-nous conclure, il en fut ainsi .

Ce fameux 8ème jour va bientôt advenir. Jésus va s’entretenir avec Moïse et Elie sur une nouvelle montagne après le mont de la tentation et le pinacle du temple. Le premier était le lieu d’une tentation d’un pouvoir sur l’homme et le second une main mise sur Dieu en le tentant. Quel thème que celui de l’accomplissement de l’Ecriture et de la Révélation sur ce mont de la Transfiguration ! Jésus a 3 témoins principaux de son ministère : Pierre, Jacques et Jean. Il s’entretient avec Moïse et Elie sur la passion et la résurrection. Il ne s’agit pas de la perspective d’une domination mais de la manifestation de son amour du Père. Il s’agit d’amour absolu et non de domination.

Qu’est-ce que la Transfiguration, sinon pour nous une invitation à aimer comme Jésus. Il s’agit de nous laisser illuminer par cette lumière présente sur la montagne et dans les Ecritures. On aime beaucoup rappeler à l’occasion de cette lecture que la première icône qu’écrivent traditionnellement les nouveaux iconographes est celle de la Transfiguration pour que cette lumière illumine tous leurs futurs travaux.

A quoi cela sert-il ? Vous me pardonnerez un contraste provocateur. Il ne s’agit pas  d’une opération de bronzage à Delémont plage ou au bord de la Méditerranée ou même du Léman… En attendant tranquillement, sans souci… Un des seuls souvenirs de poésie retenu pendant que j’étais à l’école des missions au Bouveret, était quelques vers du lac de Lamartine : « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ! » Il y a une vérité, ces plus beaux jours-là n’ont pas été éternels…

La Transfiguration de Jésus est une indication pour nous que quelque chose d’extrêmement important va se réaliser, la conclusion d’une nouvelle Alliance, une alliance définitive avec Dieu. La première lecture nous a remémoré celle conclue avec Abraham. La présence de Moïse à la transfiguration, dans l’Evangile, vient nous remettre en mémoire le Sinaï et la traversée du désert. Elie symbolise aussi la difficulté de la lutte pour rester fidèle à l’Allliance.

Le spectacle est tellement beau et grandiose que les Apôtres sont éblouis, ils veulent installer trois tentes et demeurer toujours là… Ce moment ne pouvait qu’être génial et nous faire dire : vraiment ô temps suspends ton vol ! Déjà la vision de Dieu, le flash éternel… Si seulement !

Le cher Maurice Zundel nous dit qu’il n’y a pas de doute que le Christ était ce qu’il apparaissait sur la montagne de la Transfiguration (Mt 17, 1-8). Mais il ajoute que les yeux des apôtres, comme  ceux des disciples d’Emmaüs, ne pouvaient pas percevoir ce rayonnement, habituellement, parce qu’il n’y avait pas en eux assez de transparence, assez de pureté, assez d’amour, assez de générosité pour entrer dans ce domaine de la pure lumière et de l’éternel amour.

C’est une manière de voir et d’interpréter pour nous inviter à aller plus loin, au-delà du visible et demander au Seigneur de nous ouvrir les yeux. Est-ce simple ? L’exercice est bien difficile, on n’y parvient qu’en devenant pauvre soi-même, en se dépouillant par l’amour, en se donnant, comme le Seigneur. Mais quelle opération… Il est plus simple de se faire opérer d’une cataracte que de voir avec les yeux de Dieu.

Si la grâce nous a été obtenue par le Seigneur, comment ne pas tenir compte de la supplication de Saint Paul : « Ainsi, mes frères bien-aimés pour qui j’ai tant d’affection, vous, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés. »

Nous avons eu droit à une excellente conférence nous donnant des pistes sur l’intelligence artificielle mercredi soir au centre paroissial « l’Avenir » qui mérite bien son nom. Une intelligence qui fonctionne toute seule, est-ce Delémont plage pour toute la vie ? Plus besoin de travailler, des solutions qui sont données automatiquement, de petits robots qui  font nos commissions, réfléchissent pour nous règlent les températures, voilà qui est intéressant. Avec des points d’interrogation. Suffirait-il d’attendre tranquillement que « le Seigneur Jésus Christ, transforme nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ? » C’est un vieux rêve qui habitait déjà certains des premiers chrétiens. Certes nous sommes ressuscités avec le Christ par notre baptême, « vous avez été ressuscités avec Christ ». Mais voilà… Il faut aimer comme lui, comme lui aime le Père.

En cette année consacrée à l’espérance, nous pourrions méditer sur les paroles de saint Paul qui encourageait ses Thessaloniciens. Il était capable de voir l’action de l’Esprit en eux , d’un vrai regard surnaturel, divin, et non artificiel. « Qui est notre espérance ? Qui est notre joie et la couronne dont nous serons fiers devant notre Seigneur Jésus lors de sa venue ? N’est-ce pas vous ? Oui, c’est vous qui êtes notre gloire et notre joie. »

Que dans les moments de difficultés, Marie, la Mère que Jésus nous a offerte à tous, puisse toujours soutenir nos pas, puisse toujours dire à notre cœur: «Lève-toi! Regarde de l’avant, regarde l’horizon», parce qu’Elle est Mère de l’espérance. Amen


dimanche 23 février 2025

Aimer ? Mission impossible...

 


23 février 2025 7ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine III du Psautier) — Année C

Lectures de la messe

Première lecture« Le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu p...1 S 26, 2.7-9.12-13....
Psaume Le Seigneur est tendresse et pitié.Ps 102 (103), 1-2, 3...
Deuxième lecture« De même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile...1 Co 15, 45-49
Évangile« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »


« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » « Je vous donne un commandement nouveau », dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »

Frères et Sœurs,

Nous avons compris le sens global des lectures d’aujourd’hui et du psaume. Le Seigneur nous demande de devenir comme lui et de vivre comme lui. Mais quelle transformation…, quelle désappropriation, quel échange et quel accueil avec ce moyen qu’est l’amour qui est au cœur de la vie trinitaire.

David épargnant Saül avait de quoi surprendre à l’époque, mais sommes-nous bien différents aujourd’hui ? L’auteur du livre de Samuel met en avant le respect par David de l’onction que Saül avait reçue. Une des questions induites est celle-ci, sommes-nous conscients, d’avoir tous reçu l’onction par les sacrements d’initiation et d’en recevoir aussi une, par exemple lors de l’onction des malades. L’Esprit-Saint pénètre dans la personne à l’image de l’huile et avec l’imposition des mains.

Le Seigneur lui-même s’intéresse à nous, qui sommes blessés et veut nous conduire à la résurrection : Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse.

Saint Paul nous présente cette action du Christ qui va nous conduire à la résurrection.  « De même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, Adam, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel, le Christ. »

Dans l’Evangile le Seigneur nous demande des réactions surhumaines à des injustices inacceptables. « Aimez vos ennemis » « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » Le plus impressionnant est qu’il ne s’agit pas seulement d’une suggestion polie, mais d’un commandement.

Etant gosse, il y avait une série télé au titre accrocheur de « mission impossible », il a eu plusieurs renaissances. Mais c’était tellement impossible, que ça devenait lassant et qu’on allait s’occuper à autre chose, n’importe quoi. Ce que nous demande le Seigneur paraît parfois encore plus qu’impossible. En certaines situations, le mur de l’impossible paraît si élevé et fait tellement d’ombre qu’on ne voit plus le soleil.

Alors, suivre Jésus est-ce vraiment mission impossible ? J’ai été bien emprunté hier en relisant ces textes, tant on n’a pas envie de passer par là et parfois de transmettre le message… Vous pouvez énumérer en vous-mêmes certaines situations, certaines révoltes, de ces rognes qui durent éternellement et renaissent sans fin. Nous pouvons bien égrener les vertus théologales et cardinales,  ça ne suffit pas. Nous avons besoin de quelqu’un pour nous aider, et il nous faut aller le chercher au fond de notre cœur pour que nous prenne par la main celui qui nous a touché par son onction. Le pape François nous offre de belles méditations sur l’espérance en cette année sainte, une des vertus théologales justement. Il nous donne l’impression de nous laisser un peu seul avec sa maladie. Mais pourquoi ne pas essayer à  cette occasion de nous rappeler que le Seigneur lui-même est bien au-dedans de nous.

Des recettes simples, devant les obstacles nous doutons qu’il y en ait et nous songeons plutôt à refermer la main et à nous protéger. Le Seigneur n’a pas manifesté une humeur toujours égale, il a eu des émotions. Il s’est fâché devant les réactions de ses apôtres ; au jardin des oliviers, il a demandé que la coupe s’éloigne de lui et il a fait des reproches à ses accusateurs.

La vie spirituelle a quelque chose d’analogue à une mission impossible, mais nous avons reçu l’Esprit-Saint. Nous sommes faits d’argile, mais par l’Esprit nous pouvons être transformés à l’image de celui qui vient du ciel, nous a dit Saint Paul.

Je dois tout de même aller nous chercher un bon auteur pour venir à notre secours. A ceux qui sont venus cette semaine, j’ai déjà mentionné une fois Maurice Zundel dont Marc Donzé vient de publier le 8ème volume des œuvres compètes : La joie d’exister. Il nous y dit notamment, qu’il nous est impossible de subsister sans emprunter au monde les énergies qui entretiennent notre vie. Nous ne pouvons y vivre sans prendre de risques et faire des découvertes. Il suffit de voir des tout petits en prendre pour découvrir et s’approprier le monde et même le construire. Alors pourquoi nous-mêmes ne pas essayer de partir à la découverte de notre monde intérieur ou peut-être dans notre monde intérieur, de celui qui y est déjà présent. Il faut beaucoup lâcher pour avancer et souvent être lâché par nos appuis pour découvrir celui qui nous attend. Nous sommes appelés à une désappropriation. Nous sommes appelés à découvrir un Dieu unique mais non solitaire, un Dieu qui est charité, amour au niveau de sa vie propre. Une communion d’amour est le secret de sa sainteté. C’est une désappropriation radicale qui est au cœur de la vie divine. Elle justifie toutes les prises de risques, y compris lorsque nous y sommes forcés, obligés de sortir de notre zone de confort ou en être jeté dehors par les circonstances de la vie. Jésus vient nous guérir de notre moi, fermé sur soi et faire éclore le moi qui se donne, le moi oblatif.

C’est ainsi que nous sommes invités à la table de ce festin.

Au collège, quelques camarades bon chanteurs avaient montés une composition cruelle de leur cru où ils  nous passaient presque tous en revue… avec un verset piquant ou un refrain : « combien difficile est son amour » (éternel est son amour...). Je ne sais pas si les malheureuses victimes ont pu se dépasser et rectifier la position. Mais le tout autre vient bien nous prendre par la main.

Nous avons une Mère au ciel, qui est la Sainte Mère de Dieu, dit le Pape François. Afin qu’elle nous enseigne la vertu de l’attente, même quand tout apparaît privé de sens: elle semble confiante dans le mystère de Dieu, même quand il semble s’éclipser à cause du mal du monde. Que dans les moments de difficultés, Marie, la Mère que Jésus nous a offerte à tous, puisse toujours soutenir nos pas, puisse toujours dire à notre cœur: «Lève-toi! Regarde de l’avant, regarde l’horizon», parce qu’Elle est Mère de l’espérance. Amen.


dimanche 9 février 2025

Une pêche miraculeuse hier oui, mais aujourd'hui?

 


9 février 2025 - 5ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine I du Psautier) — Année C

Lectures de la messe

 

Chers frères et sœurs, chers amis,

Comment recevons-nous ces textes ? Viens Esprit-Saint en nos cœurs… O Saint-Esprit donne-nous des idées… Il va, il vient, il prend une monture et en change, il change de   porte-voix… En cherchant des idées hier, je suis allé sur le site de l’Eglise en France et j’ai constaté qu’un fournisseur connu de pistes d’homélies était parti vers le ciel. Le  Père Jacques Fournier, 99 ans, 76 de sacerdoce, c’est pas mal. Mais je ne sais pas si j’arriverai encore vous faire souffrir 29 ans. Mon baudet va continuer aussi longtemps que Dieu voudra.

C’est bien le Seigneur qui s’adresse à nous dans l’Ecriture aujourd’hui. Il s’évertue à prêcher avec des paraboles dont il ne donne volontairement pas tout le sens. Le début de notre Evangile paraissait un bricolage effectué par ceux qui nous ont préparé les lectures dominicales. On met fréquemment une petite phrase pour amener le reste de la lecture, un incipit. Mais ce n’est pas cela, il s’agit bien du texte de saint Luc. Les Apôtres et Pierre, le patron, sont revenus bredouille de la pêche.

Quand il faut gagner sa vie, cela fait problème, surtout sans assurance chômage. Pierre paraît bougon. Autant être sympa et rendre service. Que pense Pierre ? Peut-être qu’il vaut mieux écouter un sermon et méditer sur les fins dernières. Leur souci sera perceptible ailleurs dans les évangiles. Ils seront encore préoccupés de trouver du pain même après une multiplication des pains. Il n’est pas difficile de se mettre à leur place. Qui d’entre nous ne l’est pas en voyant s’accumuler les factures et en songeant aux frais d’avocat?

Le Seigneur va lui donner une leçon d’espérance et de foi, par le biais d’un miracle. Pierre est effaré par sa nouvelle pêche, après le sermon. Il lui avait fait confiance sans grand espoir… « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » Le Seigneur lui demande de passer d’un espoir, d’une probabilité, à l’espérance qui vise le royaume, qui est une ancre jetée au-delà du visible en Dieu. Il lui demande de croire en lui. Pour tirer sur cette ancre et passer au-delà du voile, il faut la force de l’amour. Le Seigneur va l’aider et nous aider à y parvenir en tirant sur cette fameuse chaîne. Il le fait à côté de nous, en nous et depuis le cœur de la Trinité. L’image parle d’elle-même.

Nous comprenons facilement la crainte et l’effroi de Simon-Pierre devant  ces deux barques pleines à raz-bord. Le lien  n’est pas trop difficile avec la première lecture. Elle  exprime le sentiment qui traverse Isaïe devant l’apparition de Dieu dans le Temple. Il lui apparaît sous l’aspect d’un souverain oriental, plutôt impressionnant, même écrasant… Cela provoque en lui la crainte, une sainte crainte. Dieu apparaît comme le tout autre, celui qui est tout-puissant, saint et parfait. Voilà qu’il  purifie le prophète, sans mérite de sa part : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » « Qui ira pour nous ? » traduit Chouraqui. Voilà, dans le livre d’Isaïe, un pluriel dans le Dieu unique qui interpelle. Comment Dieu peut-il être un et plusieurs ? Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Nous pouvons faire un parallèle entre cette lecture, l’émoi des Apôtres à la résurrection et notre Evangile : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Pierre va annoncer la Bonne Nouvelle. Ne crains pas, Me phobou, les mêmes mots que l’ange adresse à Marie. Elle n’a pas besoin de purification aux yeux de Dieu, la pleine de grâce. Mais elle est saisie par une sainte crainte.

Nous pouvons nous interroger sur le contraste avec ce que nous vivons aujourd’hui, où paraît prédominer une certaine indifférence, donc un amour du Christ édulcoré, apparemment. Faut-il se contenter d’avaler quelques calmants ? Aspirer à une pêche miraculeuse ? Certainement.  La question n’interpelle pas que moi. Il y a 2 semaines, un ami de jeunesse que j’avais connu à Fribourg jeune professeur de théologie et accompagnateur spirituel, voici presque 50 ans, le cardinal Schönborn, a pu enfin prendre congé de son siège de Vienne à 80 ans. Il a été secrétaire de la commission de création du catéchisme de Jean-Paul II. C’est quelqu’un qui écoute beaucoup, qui est amical et très ouvert. Dans son homélie d’au revoir il a dit notamment ceci :  « Aujourd'hui, je ressens particulièrement douloureux le contraste entre la joyeuse fête d'action de grâce que nous célébrons et le grand adieu que tant de personnes dans notre pays disent, la plupart en silence, à l'Église, rien qu'en 2023, ils étaient 85 000 ! Je me demande donc : à quoi ressemble une évaluation honnête de mes trois décennies de service ? »

Je crois que dans le Jura, d’après ce que j’entends, il y a aussi un problème à ce niveau. Le Cardinal Schönborn a quelques espérances lorsqu’il entend les plus jeunes. Je ne sais pas s’il table sur le traditionnel esprit de contradiction qui règne entre les générations, ce peut être un bon moteur.

Ne devrions-nous pas prier nous-mêmes pour obtenir du Seigneur des pêches miraculeuses ? Les poissons de Pierre sont tirés des profondeurs pour aller vers la lumière. L’image est classique. Aller vers la lumière de Dieu, y entrer et la partager, nous y sommes tous appelés. Je crois qu’après avoir parcouru un certain nombre d’années, lorsque nous devons trop nous bagarrer avec la dernière version windows  ou les 2 commandes de la télé, plus celle de la vidéo, nous percevons facilement que le bonheur ne réside pas là, dans l’hypnose médiatique, ni dans l’intelligence artificielle, américaine, chinoise ou autre. Une personne humaine a une valeur en elle-même. Je me suis amusé l’autre jour en voyant qu’une analyse génétique permettait de remonter éventuellement à je ne sais combien de millénaire en arrière, dans nos lignées généalogiques. Mais n’est-il pas encore plus intéressant de se dire qu’une personne humaine, depuis les origines et quelle que soit ses connaissances technologiques est capable de rencontrer le Seigneur, d’entendre la Bonne Nouvelle et de voir Dieu. Ce qui est le plus important pour nous et pour tout homme est ce qu’il y a devant nous… Dire notre foi, oui, en témoigner, mais aussi témoigner de notre espérance et de l’amour qui nous habite et nous conduit. Encore oui ! Et plus encore. Est-ce qu’il y aura encore des messagers de l’espérance parmi nous pour témoigner auprès des plus jeunes que nous voulons voir Dieu nous aussi et nous avec eux. Facile à dire, mais comme disent les psychologues, vous avez de la ressource. Courage !

Marie portant Jésus en elle avait parcouru les montagnes de Galilée pour rendre service à Elisabeth ! Toutes les deux ont été capables de témoigner de leur espérance ! Notre-Dame de la Sainte Espérance priez pour nous !

 

dimanche 12 janvier 2025

Le Baptême du Christ

Atelier Saint-André

 12 janvier 2025  Le Baptême du Seigneur — Année C Fête

Lectures de la messe
Première lecture« La gloire du Seigneur se révélera, et tout être de chair verra »Is 40, 1-5.9-11
Psaume Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !Ps 103 (104), 1c-3a,...
Deuxième lecture« Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvel...Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7
Évangile « Comme Jésus priait, après avoir été baptisé, le ciel s’ouvrit »Lc 3, 15-16.21-22


Chers Frères et Sœurs,

Un petit récapitulatif pour entrer en matière… Jésus a été annoncé par les prophètes. Les anges se sont mis de la partie, les bergers également et même une étoile qui a guidé les mages. Anne et Syméon ont prophétisé sur lui. Nous avons parcouru les mystères de l’Enfance relativement vite, puisque nous en sommes au baptême de Jésus et au début de son ministère public. Cette théophanie, cette manifestation de Dieu au monde et donc aussi cette Epiphanie nous interpelle. 

Le baptême de Jésus. Adulte, nous touche parce qu’il nous fait penser au nôtre. Le pape François nous demande régulièrement de nous le rappeler. Habituellement nous avons presque une larme d’émotion, en songeant que nous avions quelques petits kilos, pas trop… Nous avons nos photos, et nous nous remémorons notre parcours : toutes les grandes choses et bêtises que nous avons pu accomplir, nos maladies, nos accidents, nos cicatrices de toutes natures. Nous alignons les différences et les concordances avec les projets, les espérances et les rêves de nos parents. Il y avait les yeux de l’un, les pieds de la maman, un défaut de fabrication de telle branche familiale, etc… et des qualités en attente. Avec de tels yeux, il allait peut-être devenir astro-physicien, mais surtout pas poète. Nous constatons aujourd’hui une recrudescence remarquable du baptême d’adultes, basée sur un argumentaire qui nous fait peut-être penser que l’espérance et la foi ont subi un coup de frein. Il y a bien 40  ans, j’avais assisté au baptême d’un bébé à la manière orientale. Les dames contrôlaient la température avec le coude… c’était charmant. Il m’a fait effectuer un rapprochement avec d’autres mamans qui apprennent parfois à leurs bébés à nager dans les piscines chauffées. Ils regardent avec des yeux ronds en faisant risette…  Pourquoi pas alors ne pas risquer de leur apprendre à nager dans l’eau de leur baptême, je veux dire à  vivre en chrétien ? Il est moins invraisemblable de croire aujourd’hui en un au-delà du visible qu’hier. Il suffit de ne pas se laisser mettre la tête dans le sac du prêt à penser des idéologies contemporaines. Dieu, nous attend toujours à un détour du chemin parce qu’il nous aime.

Le baptême de Jésus, est mentionné dans les 4 Evangiles. Il l’est de manière relativement brève, presque allusive et nous percevons cet élément chez saint Luc. Si vous avez eu le courage de préparer votre Evangile d’aujourd’hui, ne serait-ce qu’avec la version en ligne de l’AELF, vous aurez constaté qu’il est constitué de deux passages découpés et rapprochés de ce chapitre 3 qui ouvre le ministère de Jésus.

Il nous présente au préalable, le ministère de Jean et son martyre, puis vient la longue liste des ancêtres de Joseph qu’on pensait être le père de Jésus et qui l’avait introduit dans la famille de David. Au baptême de Jésus, on entend la voix du Père, et l’Esprit sous la forme d’une colombe vient reposer sur lui. Il s’agit bien d’une manifestation de la Trinité, de Dieu un et trois. 

Il est mystérieux de voir Jésus demander le baptême de Jean, alors qu’étant Fils de Dieu, il n’a aucunement besoin d’un baptême de conversion. Nous pouvons y voir un acte de solidarité avec notre humanité et l’annonce de sa mission. Il ouvre la voie comme Moïse à travers la mer rouge pour que nous puissions parvenir à l’autre rive. Mais à la différence de cet événement commenté par les Pères de l’Eglise, il fait plus encore, il pénètre dans les eaux et se laisse submerger pour en ressortir. Nous n’avons aucune peine à reconnaître dans cette symbolique, l’annonce de sa mort et de sa résurrection. Les Pères disent aussi que toutes les eaux sont rendues saintes et moyen de sanctification, parce que le Seigneur y pénètre. Il purifie toutes les eaux. Proclus de Constantinople nous disait mardi à l’Office des lectures : Il a sanctifié les sources des eaux et il a illuminé les âmes des hommes. Aujourd’hui, la terre et la mer se sont partagé la grâce du Sauveur, et le monde entier a été comblé de joie ; et la fête d’aujourd’hui montre un surcroît de merveilles. Aujourd’hui, c’est la mer qui se réjouit hautement ; elle se réjouit de ce que, par l’intermédiaire du Jourdain, elle a reçu la bénédiction qui la sanctifie.

Nous pouvons relever que le Jourdain, se jette dans la mer morte. Ces eaux deviennent donc salubres... Ce qui est tout un symbole. La grâce venant du Christ peut tout

Saint Luc a une particularité, il mentionne que Jésus se met en prière après son baptême et que c’est alors que l’Esprit vient sur lui. Son Esprit nous est destiné à tous lorsqu’il remontera vers son Père et nous l’enverra à la Pentecôte. Il est l’Esprit qui nous fera ressusciter au dernier jour, comme Jésus. Dans la bulle d’indiction du Jubilé, le Pape François nous dit que « L’espérance chrétienne consiste précisément en ceci : face à la mort, où tout semble finir, nous recevons la certitude que, grâce au Christ, par sa grâce qui nous est communiquée dans le Baptême, « la vie n’est pas détruite, elle est transformée » [15] pour toujours. Dans le Baptême, en effet, ensevelis avec le Christ, nous recevons en Lui, ressuscité, le don d’une vie nouvelle qui brise le mur de la mort et en fait un passage vers l’éternité. »

Pendant cette année Jubilaire, si vous avez du temps en ayant fait vos courses déjà le vendredi, vous pouvez ouvrir votre télé ou votre internet, le Pape va faire une audience le samedi… Il aide les prédicateurs du dimanche qui pourront vous faire un replay éventuel ! Il parle et parlera de l’espérance, et pas seulement d’espoir qui est un pari sur une possibilité positive.

L’espérance a-t-il dit hier, est une vertu théologale. Et en latin, virtus signifie « force ». L’espérance est une force qui vient de Dieu. L’espérance n’est pas une habitude ou un trait de caractère – que l’on possède ou non – mais une force qu’il faut demander. C'est pourquoi nous devenons pèlerins : nous venons demander un don, pour recommencer le chemin de la vie.

Le refrain sera « tout recommencer »…  Jésus nous montre la nouvelle voie, celle des Béatitudes, qui sont la loi surprenante de l’Évangile. On se demande alors : est-ce que j’ai en moi un véritable désir de recommencer ? Pensez-y, chacun de vous : au fond de moi, est-ce que j’ai envie de tout recommencer ? Est-ce que je veux apprendre de Jésus qui est vraiment grand ? Le plus petit, dans le Royaume de Dieu, est grand. Parce qu’il faut… [Tous : « Tout recommencer ! »].

Notre-Dame de la Sainte Espérance priez pour nous. Amen


dimanche 5 janvier 2025

L'Epiphanie

 

Source

Dans le temple de Courtelary, une épiphanie avait été découverte dans cette ancienne église romane locale en 1930. Elle est du XIVe siècle. Saint Imier est représenté avec son griffon sur la droite. 

5 janvier 2025  L'Épiphanie du Seigneur — Année C Solennité

Lectures de la messe

Première lecture« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi »Is 60, 1-6

Psaume Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi.Ps 71 (72), 1-2, 7-...

Deuxième lecture « Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héri...Ep 3, 2-3a.5-6

Évangile Nous sommes venus d’Orient adorer le roi Mt 2, 1-12

Chers Frères et Sœurs,

Nous nous rappelons qu’Epiphanie signifie manifestation. Le Christ est aujourd’hui manifesté au monde, aux nations. Dans la nuit de Bethléem, les anges l’avaient annoncé aux bergers durant la nuit. Ils étaient les petits de la maison d’Israël. Les mages se rendant à la crèche représentent tous les peuples de la terre. Nous aurions peut-être attendu cet épisode de l’enfance chez Saint Luc, plus tourné vers l’annonce de la Bonne Nouvelle aux nations. Il procède différemment. Dans la liturgie, sous ce vocable sont regroupés trois moments de la vie de Jésus : La venue des mages et leur adoration, son baptême et Cana. Dans le vécu l’Epiphanie est plutôt un moment de joie pour les enfants, à voir ce qui se passe en Valais et ailleurs.  Ayant célébré dans un petit village du Jura Bernois, Courtelary, célèbre aujourd’hui pour son chocolat, je me suis rappelé que le temple de ce village, à l’origine église romane, contient une fresque de l’adoration des mages. Elle avait été redécouverte lors d’une restauration aux environs de 1930, avec celle d’un Saint ermite local, Imier. Il s’était réfugié au désert du Jura Sud, depuis l’Ajoie pour fuir une dame trop amoureuse.  Je voudrais en venir au fait que nous pourrions nous aussi essayer de redécouvrir le sens de la venue des mages aujourd’hui, en n’en restant pas au seul joyeux folklore. 

La joie doit demeurer, mais quelle joie en premier lieu ? Celle de pouvoir rencontrer le Seigneur notre lumière après avoir suivi l’étoile présente en nous. L’étoile disparaît lorsque le soleil se met à briller. Ce soleil, cette lumière, est un petit berger qui est là et qui doit nous conduire vers le Royaume. Il est le vrai soleil invaincu, célébré dans la Rome païenne en ce temps de l’année. Lorsque naît un petit enfant, chacun se réjouit de voir les sourires, les yeux qui rient. Les mages que l’on s’imagine comme étant de savants astrologues de l’époque, venus d’Arabie ou d’Iran, sont devenus des sortes de rois représentant toutes les nations, et toutes les races. Melchior, Gaspard et Balthasar se présent avec trois cadeaux,  l’or pour la royauté, l’encens pour la divinité et la myrrhe pour annoncer son ensevelissement. Le parcours implicite et l’alliance de ces éléments sont surprenants. Comment peut-on mêler, le pouvoir, la divinité et la mort ? Le mélange paraît incompatible. N’est-ce pas parce que cet enfant vient proposer un chemin mystérieux à tous et même insupportable. Son message va remettre en cause toute la perception  des valeurs de ce temps-là et la nôtre, et celle de tous les temps. Il est le vrai soleil invaincu qui reprend la vie qu’il déposera. 

Hérode s’est senti menacé dans son autorité, il a voulu faire périr ce concurrent potentiel dangereux, nous connaissons la suite. Les prêtres et les scribes qui avaient la connaissance des Écritures l’ont renseigné et deviendront les principaux obstacles à son message. Mais vouloir saisir un rayon de lumière dans sa main, enfermer le soleil dans sa main, est-ce possible ? Pouvons-nous prétendre être les propriétaires de la révélation et l’enfermer dans un système et une manière de penser aujourd’hui ? La foi est fondamentale, certes, mais l’Esprit n’est-il pas libre d’aller où il veut ? Il va toujours de l’avant et nous demande une certaine souplesse intérieure et donc la confiance.

Le nombre trois est aimé par l’Eglise en raison de la Trinité. Il est mis en évidence avec les trois mages qui apportent trois cadeaux, nous pouvons envisager aussi trois pèlerinages, en cette année Sainte. Un pèlerinage à la suite de l’étoile, un pèlerinage en nous-mêmes à la recherche de la lumière et un pèlerinage auprès de notre plus proche voisin. Ces trois pèlerinages nécessitent de cultiver l’espérance. Elle nous permet de toucher un but que nous n’avons pas encore atteint. Cet enfant sur les genoux de sa mère va nous permettre de l’atteindre. Ce but, c’est l’entrée dans la communion avec son Père, dans la vie trinitaire, c’est voir Dieu. Nous y songeons de plus en plus fréquemment lorsque passent nos années et que décroissent nos forces.

Un regain d’espérance, nous est donné lorsque nous remarquons que les vieux  systèmes d’athéisme pratique ont été remis en question, par l’étude sur la nature de la matière et son origine. La complexité du monde qui nous entoure et la nôtre devraient nous interpeller. Comment ne peut-il pas y avoir quelque chose, un au-delà du visible ? Pourquoi ne pas imiter les mages qui recherchaient la vérité et observaient le ciel ? C’était à leur manière, certes.

Le pape François nous invite à parcourir les chemins de l’espérance cette année. Nous avons reçu une sorte de petit moteur spirituel à 3 temps que sont les trois vertus : la foi, l’espérance et la charité. A propos de nos 3 rois mages, une histoire  raconte qu’en retournant chez eux, l’enfant leur offrit 3 cadeaux spirituels, ces trois vertus qu’ils devaient transmettre autour d’eux : La foi, l’espérance et la charité. Ce fut Melchior qui hérita plus particulièrement de l’espérance qu’il devait ramener en Europe. Elle en avait besoin pour trouver un peu de lumière en raison des idéologies ambiantes. 

Le Valais se rend dans sa cathédrale et à Rome pour ce pèlerinage d’année sainte, à Einsiedeln aussi. Si vous remontez du côté du diocèse de Bâle, il y a plus de possibilités dont la chapelle du Vorbourg… Un peu d’originalité, il en faut. 

Comme nous sommes proches du lac, je mentionne symbole particulier pour les lacustres, il s’agit de l’ancre. Port-Valais en a une dans ses armes communales, d’ailleurs. Le Pape François cette ancre dans son message. « L’espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur » (He 6, 18-20).  « Dans le dynamisme inséparable des trois vertus théologales, l’espérance est celle qui oriente, indique la direction et le but de l’existence croyante. « Ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière » (Rm 12, 12). Que chacun puisse donner ne serait-ce qu’un sourire, un geste d’amitié, un regard fraternel, une écoute sincère, un service gratuit, en sachant que, dans l’Esprit de Jésus, cela peut devenir une semence féconde d’espérance pour ceux qui la reçoivent. »  Autrement dit, ne négligeons surtout le pèlerinage vers notre plus proche voisin pour ranimer son espérance. C’est le pèlerinage qui peut donner le plus de fruits. Notre-Dame de la Sainte Espérance priez pour nous. Amen.


mercredi 1 janvier 2025

Mère tu es où? Mais non ! Meter Tou Theou !

 


1 janvier 2025  Sainte Marie, Mère de Dieu —  Solennité

Lectures de la messe

Première lecture« Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénira...Nb 6, 22-27

Psaume Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !Ps 66 (67), 2-3, 5,...

Deuxième lecture« Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme »Ga 4, 4-7

Évangile« Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né. Quand fut arri...

Chers Frères et Sœurs,

Célébrant  la journée mondiale de la paix, en ce 1er Janvier, vous me permettrez de rappeler qu’elle est due, depuis 1968, à l’initiative du Pape Paul VI sur une idée de Raoul Follereau. C’est donc la 58ème. Nous fêtons Marie Mère de Dieu. Le 8ème jour après la naissance de Jésus est aussi celui de sa circoncision.

Le titre de Marie Mère de Dieu, veut dire que Marie est mère de Jésus qui est Dieu et homme. Une inscription en grec le rappelle presque toujours sur les icônes, sous forme abrégée. Meter Theou, Mère de Dieu. Ce titre lui vient du concile d’Ephèse.

En ce premier jour de l’année nous remercions Marie de nous apporter cette grande lumière de l’espérance qu’est son Fils. Dieu devenu aussi homme ne peut que nous surprendre et encourager sur notre chemin. Il donne un sens à ce que nous vivons, non seulement dans notre esprit, mais avec notre corps qui est une partie de nous… Nous ne sommes pas que des esprits égarés dans un peu de matière plus ou moins performante. Elle devient de plus en plus limitée avec le temps qui passe, ce qui n’échappe à personne.

Résumer ce que les messages que le pape François nous adresse  avec le fleuve des publications vaticanes est relativement difficile. Il parle beaucoup d’espérance dans le contexte de cette Année Sainte. Qu’est-ce que l’espérance ? Une vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. Voilà pour le rappel synthétique du catéchisme.

Une exploration sur le site du Vatican montre que durant les derniers pontificats, les papes parlent de plus en plus de l’espérance depuis Paul VI. Benoît XVI dont nous faisions mémoire du décès hier, la mentionne 1408 fois, ô surprise, François 980 pour le moment… Je vous laisse consulter.

Avec l’espérance, il  faut viser au loin pour atteindre des buts rapprochés, sinon c’est le croche-pied spirituel ou la balle dans le pied diraient certains : « Lorsqu’une personne ignore le lien qui l’unit au Père, écrit le pape, elle pense que les relations avec les autres peuvent être régies par une logique d’exploitation où le plus fort prétend avoir le droit d’empiéter sur le plus faible. » Dans sa lettre pour cette journée mondiale de la paix, le pape François met en particulier le doigt sur les inégalités économiques.

L’événement jubilaire écrit-il, nous invite à entreprendre des changements pour affronter la situation présente d’injustice et d’inégalité, en nous rappelant que les biens de la terre sont destinés non seulement à quelques privilégiés, mais à tous.

Pourquoi a-t-il a choisi le thème Pèlerins d’espérance pour l’année Sainte ? « Nous devons, dit-il, garder allumée la flamme de l’espérance qui nous a été donnée, et tout faire pour que chacun retrouve la force et la certitude de regarder l’avenir avec un esprit ouvert, un cœur confiant et une intelligence clairvoyante. Le but du Jubilé est de favoriser grandement la recomposition d’un climat d’espérance et de confiance, comme signe d’une renaissance renouvelée dont nous ressentons tous l’urgence. »  

L’espérance, naît de l’amour et se fonde sur l’amour qui jaillit du Cœur de Jésus transpercé sur la croix . C’est en effet l’Esprit Saint qui, par sa présence permanente sur le chemin de l’Église, irradie la lumière de l’espérance sur les croyants : Il la maintient allumée comme une torche qui ne s’éteint jamais pour donner soutien et vigueur à notre vie. L’espérance chrétienne, en effet, ne trompe ni ne déçoit parce qu’elle est fondée sur la certitude que rien ni personne ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu.

Qui dit espérance, dit aussi patience… Un pèlerin, doit marcher, savoir aussi attendre. Il faut s'encourager et encourager, parfois chanter, parfois se taire, écouter ce que l’Esprit-Saint peut suggérer. Nous avons des lieux d’exercice. On peut aller à Compostelle, faire la via Francigena ou d’autres. Le Jura pastoral organise une série de marches avec des distances modérées tout le long de cette année. Vous pouvez facilement vous informer.  Quant aux portes saintes, aux églises et chapelles de cette année sainte, elles ne manquent pas pour obtenir la grâce du pèlerinage. De la chapelle du Vorbourg, à Soleure, Mariastein et même Berne en n’oubliant pas Einsiedeln  et surtout pas Rome avec la porte de notre diocèse. Mais ne négligeons pas le pèlerinage vers le plus proche prochain.

Mgr Felix, dimanche, a encouragé les fidèles à agir avec espérance. Nous sommes appelés à la sainteté et « Saint »,  signifie être racheté en Jésus-Christ. « Pèlerinage » signifie regarder devant, aller de l’avant. Les pèlerins de l’espérance n’attendent pas que les autres bougent, ils font eux-mêmes le premier pas.

Une autre invitation pour conclure : Celle de Regarder Marie mère d’espérance. Depuis l’Annonciation, jusqu’à la résurrection, elle a su faire confiance, montrer ses qualités de discernement et de patience, jusque dans les premiers jours de l’Eglise et lors de ses premiers. Elle a été  mère d’espérance, et accompagnatrice au milieu de cette communauté de disciples si fragiles, même  avec l’aide du Saint-Esprit. Elle est encore là avec nous aujourd’hui pour nous accompagner durant notre pèlerinage.

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, Mère de Dieu, notre vie, notre douceur, notre espérance. Amen !