22 mars 2026
5ème Dimanche de Carême (semaine I du Psautier) — Année A
Eléments d'homélie
« Lazare, viens dehors ! »
Chers frères et sœurs,
Vous avez entendu que la nouvelle de la maladie de Lazare a
été annoncée à Jésus alors qu’il se trouvait de l’autre côté du Jourdain
peut-être à Béthanie où Jean-Baptiste, ou Bethabara selon d’autres traditions.
On retrouve ce nom dans une traduction française des évangiles en syriaque. Jusqu’à
l’autre Béthanie en Judée, cela fait dans les 30 km par une route qui n’était
pas sûre (1,5 jour pour descendre, 2,5 pour remonter à, pieds). Béthanie, c’est
la maison des figues, des dattes, du pauvre ou de la miséricorde. Jésus paraît
prendre son temps. Il fait des réponses énigmatiques « Cette maladie ne conduit
pas à la mort. » , « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller
le tirer de ce sommeil. » Puis il leur dit : « Lazare est mort, et je me
réjouis de n’avoir pas été là. » On croirait presque entendre un médecin
voulant ménager son patient. Il pleure ensuite devant Marthe, Marie et le tombeau
de Lazare. « Lui, homme véritable a pleuré son ami Lazare » nous dit
la préface. Jésus, disait le pape François dans Amoris Laetitia se laisse impliquer dans le drame de la mort
dans la maison Lazare (cf. Mc 5, 22-24.35-43 ; Jn 11, 1-44).
La richesse de cet Evangile est telle qu’on hésite à en faire
un résumé. Il serait presque destructeur.
Le lien est intéressant
entre le lieu du départ de Jésus vers Jérusalem par la Béthanie. Il monte à Jérusalem,
où il va donner sa vie, mourir et ressusciter.
Nous pouvons le voir comme notre chemin de baptisés. Le baptême conduit
à la résurrection, elle a même commencé en nous à cette occasion.
La mystérieuse prophétie d’Ezékiel au 6e siècle, trouve
sa réalisation à l’Annonciation lorsque le Seigneur devient homme. Il vient
ouvrir nos tombeaux, il nous promet déjà la résurrection qui est la fin définitive de notre pèlerinage,
avec notre corps ressuscité. Saint Paul essaye de nous faire comprendre que par
l’Esprit, nous allons grandir et parcourir un chemin de vie. Nous vivons en
quelque sorte d’une résurrection par étape.
Le retour à la vie de Lazare, et les réflexions de Jésus sur
la mort nous invitent, à revisiter nos perspectives sur nos parcours de vie,
leurs sens, la fin de la vie et la vie après cette vie. « Cette maladie ne conduit pas à la mort » ,
« Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce
sommeil ». Le Seigneur paraît nous inviter à changer nos perspectives sur
ces questions. Les explorations et les expérimentations sont nombreuses sur ces sujets aujourd’hui, où tout est
calibré et minuté, y compris nos émotions. Les neurologues les traquent et
cherchent à lire nos arrière-pensées et nos dernières pensées. Ils simulent
même parfois des situations limites. Il existe aussi en médecine une expression
intéressante : Le phénomène de Lazare ou autoréanimation. L’expression ne correspond pas à ce qu’a vécu
Lazare dans l’Evangile. Il s’agirait plutôt de rares phénomènes d’expériences
limites mentionnées dans l’antiquité, notamment par Platon. Ce n’est pas notre
sujet. Le retour à la vie de Lazare ne l’a été que pour un temps. Saint
Augustin nous dit que le Seigneur
pendant son ministère ressuscita trois morts
dans leurs corps pour montrer un symbole de la résurrection des âmes qui
se fait par la foi, lors du baptême.
La résurrection du Seigneur ouvre une autre perspective que
le retour à la vie de Lazare. Elle est de nature bien différente. C’est un
dépassement et un accomplissement de notre humanité avec le Christ et en lui, à
son image, qui nous est promis par sa résurrection. Nous sommes devant un
mystère de foi qui nous fait comprendre d’abord que notre corps n’est pas qu’un malheureux
accident d’une histoire définitivement incompréhensible. Il n’est pas un
mauvais rêve d’une entité spirituelle. Le Seigneur veut nous tirer de notre sommeil,
pour le rencontrer Lui, avec notre corps et notre âme capables de Dieu,
ensemble. Un père Carme, Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus a écrit un ouvrage
de mystique intitulé, Je veux voir Dieu. Par le baptême, je reçois la capacité
de voir Dieu et une union particulière
au Christ.
Tout ne se passe pas qu’au niveau de la pensée et des
sentiments. Il ne s’agit pas de minimiser l’importance de mon corps et même de
ses lourdeurs, ou de vouloir lui échapper. Une vie humaine n’est pas un jeu
informatique ultra-rapide. Apprendre à aimer comme Jésus et avec lui est un
apprentissage permanent. Je ne peux aimer totalement, humainement, Jésus et mon
frère et ma soeur, qu’avec mon âme et mon corps aujourd’hui, dans notre temps,
en gardant le meilleur de ce qu’on nous a transmis. Le Seigneur aimait autant
nos prédécesseurs anciens que nous-mêmes. On ne peut pas dire que suivre le
Christ ait été suivre le cours d’un long fleuve de tranquilles évidences
spirituelles.
Nous pouvons retenir le chagrin du Seigneur, sa tristesse, sa
compassion devant la mort de Lazare. Il a attendu pour lui rendre la vie. Il
n’est pas indifférent à ce que nous vivons. Nous sommes contraints d’intégrer
la dimension du temps dans notre cheminement de chrétien, de l’accepter comme une
chance de croissance. Elle nous est donnée par l’amour du Père, mais ce n’est
pas la plus petite des difficultés à gérer. Avec notre baptême, la résurrection
de Jésus est déjà en nous, mais il ne nous donne pas tout, tout de suite. Ce
n’est pas une voie de facilité, mais il est avec nous.
Que Marie Notre-Dame de l’Annonce nous aide à accueillir le
mystère du Christ qui grandit en nous et veut nous ressusciter avec lui . Amen.
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