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dimanche 26 avril 2026

Le Bon Pasteur

 


26 avr. 2026 - 4ème Dimanche de Pâques (semaine IV du Psautier) — Année A


Chers Frères et Sœurs, chers amis,

Le Seigneur dans l’Evangile se présente comme le « bon berger ». Ce thème du berger est bien connu dans les Ecritures et fait certainement d’abord référence à David, le jeune homme que Dieu était allé chercher derrière son troupeau pour devenir roi d’Israël. Les références ne manquent pas d’Abel le juste à Abraham et Isaac, Jacob, Moïse. Nous gardons encore en Eglise un peu de ce langage avec la pastorale justement.

Ce passage de l’Evangile de saint Jean se déroule dans un contexte conflictuel avec les pharisiens. Le Seigneur fait un mystérieux rapprochement. A propos de cette bergerie, il mentionne un portier qui ouvre la porte au berger. Saint Augustin en  commentant ce passage réfléchit à plusieurs options. La bergerie est le peuple de Dieu, les pharisiens et responsables religieux sont les portiers. Ici ils sont sourds à l’appel. Le Seigneur devient la porte. Le Saint-Esprit, le portier qui l’ouvre. Nous pouvons sans peine faire un rapprochement sur un autre plan, personnel, avec notre cœur, notre propre conscience et notre discernement qui nous rendent sensible à l’appel du Seigneur.

Il frappe ! Alors qui est ce pasteur et que veut-il ? « Quel pasteur, en effet, appelle ses brebis par leur nom, et les conduit de ce monde jusqu’à la vie éternelle ? ». Le Seigneur à coup sûr il nous a créés pour entrer en communion avec nous et il nous parle au coeur. Nous avons tous une vocation, un appel à le suivre.

 Le pape Léon nous a donné un message pour la journée mondiale des vocations. Il en est de nombreuses dans l’Eglise, mais les vocations sacerdotales et religieuses ainsi qu’une réponse positive ont une grande importance. Je crois qu’à Moutier nous en sommes conscient.

Il nous y dit notamment que « Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. » J’ai été surpris par l’utilisation du mot « beau » à la place de « bon » : le bon berger. Le grec   kalos est traduit par beau ou bon. En français, nous avons dans l’oreille le « bon » maître. Mais c’est agathos qui est utilisé. Jésus dit avec ce mot, dans ce contexte-là que Dieu seul est bon. La Bible des Septante utilise le mot καλὸν lorsqu’elle traduit l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est tov en hébreu. Nous retrouvons derrière ces 2 mots en grec un idéal de l’antiquité Kalos kagathos , littéralement : « bel et bon ».  Il s’agissait d’un idéal d'harmonie de corps et d'esprit dont l'athlète grec aurait été le modèle. Vous aurez remarqué que le bon berger a été mentionné dans le verset de l’alléluia, mais pas dans l’Evangile pourtant il suit bien le passage lu. Lire l’Ecriture est passionnant, et c’est toujours une véritable enquête qui nous dévoile des trésors. Je vous laisse poursuivre par vous-mêmes, mais ni perdons pas notre latin… Surtout n’oublions pas que le plus important est notre frère et notre sœur : Nous avons aussi un voix intérieure, un instinct spirituel qui nous guide et doit être éclairé.

Le Seigneur ne se laisse pas arrêter par les portes du Cénacle à la résurrection. Elles sont closes par peur des Juifs et voilà qu’il est là. L’Esprit va faire ouvrir toute grande à la Pentecôte celles du Cénacle. Si vous me permettez, il y a aussi là une relation avec la Vierge Marie. Les 3 étoiles sur son vêtement signifient Vierge, avant, pendant et après l’enfantement. Ce qui est impossible sans une action de Dieu. Il n’y a pas besoin d’être médecin pour poser cette affirmation.

Le berger a donc ouvert et reconnu le chemin par sa mort, sa descente aux enfers et sa résurrection. Il protège et défend ses brebis. Elles doivent grandir, selon un idéal de bonté et de beauté évangélique, à l’image de leur pasteur. Il ne s’agit pas de rester un de ces petits agneaux qui vous font craquer au printemps. Ils devraient tout le temps rester ainsi. La clef de notre croissance est la charité. Si la production de laine est problématique en Suisse, le Seigneur veut valoriser les produits de notre charité pour le royaume.

Le Seigneur et l’Esprit veulent que ses disciples grandissent à son image pour entrer dans le royaume et ressusciter. Ce qui n’est pas confortable, je crois que nous ne nous faisons pas d’illusions. Mais lui est là, il est notre gardien. Il nous conduit vers notre nouvelle naissance. Elle a commencé par notre baptême. Sa résurrection est déjà en nous. Chaque année par la liturgie, il vient nous le rappeler pour nous inviter à la confiance et nous rassurer. Nous le rencontrons dans son Eglise par les sacrements, la méditation des Ecritures, et des frères pour nous accompagner. Il est le bon et le beau berger qui veille toujours à la porte de notre coeur et nous aide dans nos discernements.

« Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour » dit le pape Léon dans son message. Il nous accompagne dans nos choix et les missions qu’il nous donne, pour nous-même, nos familles, dans la société et l’Eglise. « Toute vocation, dit-il, ne peut que commencer par la conscience et l’expérience d’un Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 16) : Il nous connaît profondément, il a compté les cheveux de notre tête (cf. Mt 10, 30) (et ceux que nous avons déjà perdu) et il a pensé pour chacun un chemin unique de sainteté et de service. »  

Les appels et vocations au service de l’ Eglise, en particulier, le sacerdoce et la vie religieuse sont particulièrement importants aujourd’hui. Nous ne prions pas, seulement aujourd’hui, pour les vocations. Je vous rappelle que le service romand des vocations nous a communiqué que  2026 et 2027 est une année de prière pour les vocations. Je vous laisse consulter leur site. Une vocation naît dans le cœur de la personne. C’est le rôle de la famille et de la communauté de l’accompagner et de l’aider à mûrir. Ne l’oubliez pas. Le réservoir de prêtres s’amenuise. La communauté a besoin de bergers pour célébrer et poursuivre sa marche.

Reine du ciel, réjouis-toi ! Alléluia !


dimanche 19 avril 2026

Emmaüs

 

19 avr. 2026

3ème Dimanche de Pâques (semaine III du Psautier) — Année A

Lectures de la messe

Chères Frères et Sœurs,

Les disciples d’Emmaüs se sont mis en chemin, mais dans quel état ? Les pauvres ne paraissent plus croire à rien et en rien. Le Jésus qu’ils imaginaient roi d’Israël et souverain de son peuple, est mort crucifié comme un bandit. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’étaient pas crédules. Ils partent mais Jésus ne les abandonne pas. Il vient lui-même les rechercher alors que les témoignages du tombeau vide et des femmes n’ont pas pu les convaincre de la résurrection. Ils se sont mis en chemin vers Emmaüs, à 2 heures de Jérusalem. Emmaüs a été localisé à 2 ou 3 endroits. Les croisés ont bâti une église sur l’un d’eux des cites présumés, l’actuel monastère des bénédictins olivétains d’Abu Gosh, un autre à Emmaüs-Nicopolis et le 3ème à Kiriath-Jearim près d’Abu Gosh justement. Un bon nombre d’interpellation avec le tombeau vide, les premiers témoignages et difficultés à croire, l’aide du Seigneur qui culmine dans l’Eucharistie.

Nos deux disciples dont l’un se nomme Cléophas paraissent bien sceptiques. La tradition dit que Cleophas était le père de Jacques le Mineur, l’époux de la sœur de Marie, mère de Jésus, et le frère de Joseph. Se peut-il qu’il n’ait pas cru ce que disait sa femme ? Son nom signifie « mes échanges »… Cela fait penser à un commerçant méfiant. Nous nous disons qu’ils auraient tout de même pu attendre. S’agit-il de la peur d’une psychose collective selon l’appellation d’aujourd’hui ?

J’aime à souligner ces jours la diversité des témoignages de la résurrection, ils sont de bons signes en sa faveur. Nous n’avons pas affaire à un mot à mot d’une version unique dictée directement par Dieu à une sorte de saint notaire, mais de témoignages de communautés et des témoignages personnels.

Ces deux disciples avancent sur leur chemin et voilà qu’ils sont interpellés par un inconnu qui chemine avec eux. Ils témoignent de ce qu’ils ont vécu, et de leur réaction devant l’annonce de ce fameux tombeau vide surtout avec des femmes qui ont vu des anges… Nous sentons une certaine retenue masculine devant le témoignage féminin et celui d’une possibilité du témoignage des anges. Pourtant ils ont bien été les premiers témoins de la résurrection, tout comme les messagers de la nativité… Mais il faut des témoignages humains celui d’hommes plus durs à convaincre. Ils verront Jésus ressuscité et ils ne seront que 11 Apôtres en plus des autres disciples. Selon certaines opinions rabbiniques, à l’époque, les femmes ne pouvaient témoigner que de la mort de leur mari, notamment. Parmi les pécheurs que nous sommes, Marie Madeleine a pourtant été l’Apôtre des Apôtres ayant vu la première Jésus ressuscité. La mort du Christ, oui, en quelque sorte, mais sa résurrection ! C’est autre chose. La résurrection paraît être non une lumière mais un obstacle insurmontable, pour la plupart. Elle est un de ces surplombs en montagne qui cache le ciel de la connaissance. Heureusement pour moi, je ne suis pas varappeur. J’aurais trop peur et l’âge venant c’est problématique. Excusez mon jeu de mot.

L’obstacle du mot « résurrection » est un de ceux qui font le plus peur aujourd’hui. On en rit facilement. Mais pourquoi la résurrection serait-elle moins impossible que la création de notre univers visible ? Il paraît bien avoir eu un commencement minuscule mais il est si complexe et si merveilleux dans son déploiement. Affirmer que nous ne serions que matière n’est qu’une sorte d’acte de « foi » matérialiste, une affirmation qui ne peut être prouvée. Dire aussi que nous serions dissous au final, dans une entité spirituelle qui aurait eu quelques distractions. En quelques sorte elle aurait laissé par mégarde se répandre quelques parties d’elle-même dans la matière. Un croyant ne peut qu’être interpellé par le témoignage des Apôtres et de la première communauté. Quant à nous, le Seigneur veut nous rejoindre par la foi.

Il est pourtant si loin apparemment. Un mot m’interpelle dans la 2ème lecture, celui de « crainte » de Dieu. Elle n’est pas en contradiction avec un amour confiant. Elle représente un aspect caractéristique de l’amour de Dieu : on ne peut reconnaître et aimer Dieu qu’en reconnaissant et en aimant la différence absolue par laquelle on est, soi-même, séparé de lui. Elle provient du fait que nous constatons nos limites devant lui qui est pourtant le tout présent dans son rapport de communion avec nous et nous avec lui, mais aussi le tout autre. Ce tout autre s’est fait tout proche et petit, il est ressuscité et vient nous rejoindre sur le chemin. C’est Jésus.

Jésus vient à notre aide sur nos chemins de foi, il nous accompagne, il nous donne des explications non seulement par les témoignages et leur réconfort, par la médiation des Ecritures. Il l’a fait pour les disciples d’Emmaüs. Il nous parle au cœur, il nous faut conserver précieusement ce qu’il nous dit et le discerner. Le pape Léon a encouragé les pays d’Afrique à la justice sociale et a aussi mis en garde contre les manipulations et une domination de l’intelligence artificielle lorsqu’elle veut remplacer progressivement la réalité par sa simulation.

Je ne peux que conseiller de prendre du temps pour vous et pour le Seigneur, avec l’Ecriture, et de vous laisser parler au cœur. Il est plus grand que nous, infiniment, mais il est en nous. Il chemine à notre rythme humain. C’est pour cela que nous comprenons mal ce qui se faisait autrefois. Il s’était adapté à nos propres lenteurs humaines. Mais il nous aime à un tel point qu’il nous accompagne et nous rejoint par les sacrements, en particulier par l’Eucharistie où il s’est fait reconnaître. Il nous demande de donner notre témoignage, là où nous sommes et où nous en sommes, avec humilité.

Marie est très silencieuse après la résurrection. Elle nous invite à donner notre témoignage elle qui se réjouit la première de la résurrection de son Fils. Elle a été en quelque sorte l’Eglise en prière, ou plutôt elle se préparait à être Mère de l’Eglise.

Reine du ciel réjouis-toi, Alléluia !


dimanche 12 avril 2026

"Sa miséricorde s'étend d'âge en âge!" Dimanche de la Divine Miséricorde.

 



12 avr. 2026

 2ème Dimanche de Pâques ou de la Divine Miséricorde — Année A

Lectures de la messe


Éléments d'Homélie

Chers frères et sœurs, chers amis,

Avez-vous remarqué dans l’Evangile la fréquence du huitième jour ? Jésus ressuscite le 1er jour de la semaine. Il suit le sabbat, donc le huitième jour. Jésus apparaît à ses disciples. Thomas brille par son absence alors que Jésus donne aux autres l’Esprit-Saint et le pouvoir de remettre leurs péchés, c’est une sorte de Pentecôte dans chez saint Jean. L’Evangéliste mentionne qu’il apparaît huit jours après en présence de Thomas. Nous n’y faisons pas très attention habituellement, mais ce fameux premier jour est celui de la résurrection et de la vie nouvelle en Dieu, l’au-delà. Il survient après le sabbat qui est le repos de Dieu. L’octogone était fréquemment employé pour les baptistères. Le nombre 8 représente l’au-delà, le Royaume, la vie définitive avec Dieu.

Sur certaines icônes Jésus est représenté descendant aux enfers, au royaume de la mort. On préfère de manière plus apaisante parler d’icône de la résurrection. Les enfers, c’est le lieu de l’impossibilité de voir Dieu, une conséquence du péché. Jésus va rejoindre Adam et Eve et ceux qui sont là séparés de Dieu par la faute originelle, un lieu théologique difficile. Le  sommeil du Christ qui suit sa Passion, n’est pas nécessairement un moment paisible. Adrienne von Speyer et Urs von Balthazar l’ont exploré par la mystique et la théologie. Cette descente aux enfers et sa remontée vers la résurrection peut signifier pour nous aujourd’hui que le Seigneur peut nous rejoindre même au-delà de cette vie et que sa miséricorde peut nous rejoindre partout. J’aime dire à nos anciens dont je commence à faire sérieusement partie, que s’il ne leur est pas possible de recevoir les sacrements et qu’ils partent : - Ayez confiance,  celui qui vous accueille est miséricordieux. Une miséricorde qui n’escamote pas la vérité mais qui l’accompagne avec nous et nous libère. Le Christ a souffert pour nous les conséquences de  nos égarements.

La miséricorde peut nous rejoindre jusque-là, mais elle a besoin au moins de notre bonne volonté, de notre désir de voir Dieu et de nous mettre en accord avec Lui. Comment le rejoindre, sinon par la foi et en accueillant sa miséricorde? Le moyen le plus important qu’il nous a donné est d’abord notre baptême. Le Seigneur est prêt ensuite à nous rattraper sans cesse.  

La miséricorde a été remise à l’honneur. Je ne sais pas si vous avez prêté attention à une annonce faite le 31 mars dernier. On nous a prévenu que deux mots vont changer dans la traduction du Magnificat. L’amour sera remplacé par la miséricorde. Nous dirons dans cette prière « sa miséricorde s’étend d’âge en âge » et non plus « son amour s’étend d’âge en âge ». Le mouvement a commencé de se produire avec les nouvelles traductions de la Bible au siècle passé (un mot qui m’interpelle avec mes 71 ans !). Saint Jean-Paul II l’a remis en valeur avec Sainte Faustine ! « Parler de miséricorde, c’est évoquer un amour qui pardonne,  ce qui le qualifie plus précisément. » C’est Jean-Paul II qui a instauré le dimanche de la divine miséricorde. La miséricorde de Dieu est déjà exprimée dans l’Ancien Testament par des verbes signifiant « être maternel » et « se pencher sur » quelqu’un. « La miséricorde c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre » disait le pape  François. Il vient nous tirer de l’enfer de notre solitude intérieure. « La miséricorde c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites du péché ».

Pour en revenir à l’Apôtre Thomas, nous nous reconnaissons en lui, dans les temps d’obscurité, plus souvent que nous le voudrions vraiment, surtout quand tout va mal. Nous avançons à des rythmes différents, nos expériences ne sont pas les mêmes. C’était la même chose chez les Apôtres. Devant le tombeau vide, Jean vit et il crut. Pierre lui-même  s’interrogeait silencieusement. Un peu plus tard, il a eu son apparition. Ils n’avaient pas cru l’annonce des femmes. Les versions d’ailleurs diffèrent.  Un commentaire dit même que dans la justice rabbinique, le témoignage des dames était reconnu sur elle-même ou dans le cadre de la vérification de la mort d’un mari. Le sujet est délicat. Chez saint Marc, Marie-Madeleine et Marie mère de José ont bien constaté l’ensevelissement de la mort de Jésus. Il est l’Epoux de l’Eglise. Quant à la résurrection… Si vous relisez Saint Marc, vous constaterez que l’Evangéliste dit qu’elles avaient eu tellement peur de l’ange qu’« elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Saint Jean nous dit que Marie-Madeleine avait témoigné la première. Les Evangiles sont inspirés mais restent des témoignages de personnes différentes, inspirées par l’Esprit-Saint.

Marie dans le Magnificat témoigne de la Miséricorde prévenante de Dieu pour elle d’abord en vue de la naissance du Seigneur et de son sacrifice. Grâce à lui, elle s’étendra d’âge en âge, à tous les hommes qui ne veulent pas la refuser.

Les exigences de Saint Thomas sont extraordinaires dans l’Evangile, on croirait un scientifique fin 19ème, début 20e siècle : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » Aujourd’hui on exigerait aussi de prouver qu’il n’y a pas d’hallucination collective.  

( « La paix soit avec vous ! » dit le Seigneur. Il la donne. L’évêque nous la donne en son nom au début de l’Eucharistie. Il reprend ses mots.  La représentation du Caravage est bouleversante.) Thomas a les gestes de certains spécialistes en médecine. Les paroles de Jésus l’apaisent. Il est bien témoin de la résurrection :  « Cesse d’être incrédule, sois croyant. »  Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »  « (Thomas) Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Plus que le toucher de Thomas, la foi nous met en rapport spirituel avec Jésus. C’est un cœur à cœur où passe le courant de la guérison  et de l’amour, le courant de la miséricorde. Dans son Evangile, saint Jean insiste sur la nécessité de la foi pour rencontrer Jésus maintenant et le laisser agir en nous, ressusciter en nous.

La miséricorde vient nous donner la paix, à tous, sans distinction. Je crois que vous pouvez continuer personnellement sur ce sujet. Le pape Léon ayant demandé de prier pour la paix, nous pouvons écouter quelques mots de lui : « pour le monde, nous demandons la paix. Nous l’implorons tout particulièrement pour le Liban et pour tout le Levant. Mais nous savons bien – et les saints nous le rappellent – qu’il n’y a pas de paix sans conversion des cœurs. Que saint Charbel nous aide donc à nous tourner vers Dieu et à demander le don de la conversion pour chacun de nous. »

Reine du ciel, réjouis-toi ! Le Christ est vraiment ressuscité ! Alléluia !

lundi 6 avril 2026

Homélie du jour de Pâques

 

5 avr. 2026

 Résurrection du Seigneur — Année A
Solennité


Chers Frères et Sœurs,

Quel a été le désarroi de Marie-Madeleine devant le tombeau vide. Saint Jean nous dit qu’elle courut toute émue annoncé à Pierre et à Jean qu’on avait enlevé et la pierre devant le tombeau et le Seigneur. « Nous ne savons pas où ils l’ont mis. » Elle n’était donc pas seule. Les autres Evangiles ont retenu des versions différentes dans les détails. Ils mentionnent les noms de trois d’entre elles, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et Salomé. Marie de Magdala était là lors de la mise au tombeau et avait bien regardé où l’on avait mis Jésus. Elle était un témoin fiable de la mort et de la mise au tombeau du Seigneur. Puis interviennent des anges Jean en mentionne deux qui apparaissent à Marie-Madeleine après la constatation de Pierre et la sienne ; puis c’est le Seigneur qui l’envoie annoncer la Bonne Nouvelle. Elle est reprise par la séquence, ce très ancien poème chanté après la 2ème lecture : Nous lui demandons : « Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? » Elle nous répond : « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité. J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »

Pierre ne dit pas qu’il ne croit pas, il ne voit pas d’ange ; mais Jean qui courrait plus vite que le vieux Pierre insiste sur ce fait : Il vit et il cru ! Manifestement, il veut mettre en avant l’importance de la foi devant le tombeau vide. Mais nous ne pouvons mettre en cause la nécessité du témoignage des premiers disciples qui avaient besoin d’être réconfortés et relevés. Qui a vécu un deuil, mesure la douleur provoquée par un départ et le temps très long parfois pour se reconstruire. Les premiers messagers de la Bonne Nouvelle sont des anges, mais que de difficultés pour les disciples de croire sans avoir vu. Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu dira le Seigneur à Thomas. Le message de saint Jean nous est adressé : la foi nous permet d’adhérer au mystère du Christ et d’en vivre, de vivre de sa vie.  Pour les disciples et l’apôtre des Apôtres, Marie-Madeleine, il s’agit de porter un témoignage et non de partager un sentiment ou une impression subjective profonde.

Le Jura Pastoral vous propose cette année un témoignage de votre  foi en la Résurrection de Jésus sous la forme d’une icône. S’agit-il d’une icône de la résurrection ? Au lieu de dire oui ou non, prenons l’option de dire que c’est un oui plus. Il s’agit formellement de l’Anastasis en grec du relèvement après la descente du Christ aux enfers. Après la mort physique de Jésus , son âme est descendue jusqu’au plus profond de l’abandon spirituel que peut ressentir celui qui n’est plus en communion avec Dieu et qui se perçoit en état de séparation avec Lui. Avec le Seigneur, nous ne sommes jamais seul, il demeure avec nous. Il va jusqu’au racine de la séparation entre l’homme et Dieu, et il nous relève. La mort ne peut pas le retenir. Il entraîne Adam et Eve avec lui. La résurrection a commencé. L’état du Samedi Saint a été exploré spirituellement par Adrienne von Speyer et Hans Urs von Balthasar le grand théologien suisse du 20ème siècle. Il est bon de nous rappeler qu’en Suisse nous avons eu d’importantes figures de maîtres dans la vie spirituelle. Le Christ porte habituellement un vêtement blanc qui signifie sa victoire sur la mort et un manteau doré. Il saisit Adam par une main pour le tirer. Eve est suppliante à côté de lui. Ici il ne touche aucun des deux. J’apprécie particulièrement sur ce thème, une représentation d’une petite église en Turquie, celle du Saint-Sauveur in Chora de l’ancienne Constantinople. Il les prend chacun par une main pour les faire remonter vers la vie et leur rendre la communion avec Dieu. Un passage de l’Evangile de Matthieu après la mort de Jésus est énigmatique. Il dit ceci : 27,52 Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, 53 et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.  La question est intéressante pour ceux qui aiment des recherches sur le sujet. Les Pères de l’Eglise méditent sur lui. De quelle résurrection s’agit-il ?

Une question pour aujourd’hui : quel sens a pour nous la résurrection ? Son idée même paraît se dissoudre fréquemment dans une sorte d’indifférence savante et d’une auto-suffisance tranquille, avec un sourire amusé et narquois, avec en plus un fond d’orientalisme. Elle est affublée d’une étiquette de non-scientifique, de superstition, de naïveté. Nous pourrions commencer par nous demander si nous n’aurions pas envie de vivre toujours, dans un monde enfin pacifié avec l’amour partout et pour toujours, de connaître clairement le sens de ce que nous vivons avec notre corps ? Quelle est la réalité qui se trouve derrière ce que nous percevons par nos sens ? Nous pouvons en approcher par des concepts, mais pas au-delà. Est-ce qu’il ne serait pas opportun de nous interroger sur ce « Lui avec nous », avant que notre corps ne commence à ralentir ? Le Seigneur est venu nous dire qu’il veut nous rencontrer et commencer de partager sa vie avec nous dès maintenant.  Au final, il ne s’agit pas simplement de jouer des prolongations, mais de vivre ave Lui. Nous vivons aujourd’hui déjà de La Résurrection du Christ qui nous habite par le baptême. Il nous demande d’en témoigner chaque jour. « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! ».

Reine du ciel, réjouis-toi, alleluia. Car celui qu’il te fut donné de porter, alleluia. Est ressuscité comme il l’avait dit, alleluia. Prie Dieu pour nous, alleluia.  



https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Sauveur-in-Chora