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mercredi 28 novembre 2018

Les arbres dansent de joie, les fleuves battent des mains, la mer mugit et résonne...




Aujourd’hui encore nous constatons une sorte de contraste assez remarquable, entre une annonce de fin des temps, le jugement dernier, avec des psaumes qui manifestent la joie de la nature.
Ces psaumes appartiennent donc aux « chants du règne ».
Saint Augustin dans son commentaire sur les psaumes (97) dit que les arbres, les fleuves, la mer, les montagnes c’est nous. Qu’est-ce qu’applaudir des mains? C’est témoigner sa joie par des oeuvres.
Nous pouvons prendre l’angle d’une interprétation plus liturgique.
Avez-vous déjà vu des arbres des forêts danser de joie, des fleuves battre des mains, des montagnes chanter de joie ? Hier La conclusion était qu’il s’agissait d’une sorte de liturgie cosmique. La nature participe à cette régénération, à cette sorte de restauration que sera le retour du Christ et ce fameux jugement, on pourra même parler d’exaltation et d’élévation. Les piliers des temples représentaient des sortes de forêts, comme dans les églises d’ailleurs, il suffit d’être attentif aux décorations ; le temple de Jérusalem est au sommet d’une montagne… Nous pouvons aussi et encore voir une allusion au Temple dans la mer d’airain, une cuve de 45 tonnes d’eau, auquel est attachée tout un symbolisme.
Le Seigneur nous fait comprendre, qu’il faut passer par sa mort, par le sacrifice pour entrer dans sa résurrection et dans la gloire. Tout ce qui ne sera pas ajusté à son amour, s’évanouira comme de la vapeur, pour prendre un autre type d’images, sera brûlé et disparaîtra. Dieu étant amour, tout ce qui ne l’est pas ne peut participer aux noces de l’époux.
Ces psaumes appartiennent donc aux « chants du règne ». Le roi qui vient, c’est le Christ, lui-même. Il vient nous sauver de tous nos ennemis et de la mort qu’il a vaincue. Il vient tout régénérer. Nous retrouverons tous nos cheveux, je crois que c’est la seconde fois que cette image revient dans l’Évangile depuis mon retour de l’hôpital. Quel bonheur ! Même s’il faut accepter nos situations respectives. Le Seigneur va revenir bientôt !  Réjouissons-nous.

** Psaume 95

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

** Ps 97 aujourd’hui

Que résonnent la mer et sa richesse,
le monde et tous ses habitants ;
que les fleuves battent des mains,
que les montagnes chantent leur joie.

dimanche 18 novembre 2018

Dites 33 et réjouissez-vous, il revient!



Homélie 33e Dimanche B
Apparemment difficile évangile que celui du retour du Christ à la fin des temps, mais pourquoi en ce 33ème dimanche ne pas le voir sous l’angle du divin médecin. Les nôtres nous demandent bien en consultation de dire parfois 33…
Frères et Sœurs,
Quel tableau apocalyptique nous dresse le Seigneur, lorsqu’il annonce son retour à la fin des temps.
Nous sommes peut-être blasés, tant nos médias nous abreuvent d’images de catastrophes anciennes ou à venir, ou de fictions sanglantes. Vous avez peut-être été attentifs aux commémorations de la première guerre mondiale et aux illustrations des horreurs qui se sont déroulées il y a cent ans. Ne parlons pas de celles qui ont précédé cette guerre-là, les siècles précédents, ni de la 2ème guerre mondiale, ni de celles qui se déroulent à plus de mille kilomètres, sans parler des guerres du silence dans les milieux scientifiques. Nous oublions tout rapidement. Peut-être parce que nous voulons vivre et survivre, de toutes nos forces. « Ceux qui ont l’intelligence et les maîtres de justice, pour reprendre l’expression de Daniel, combien y en a-t-il ? » Qui tire les leçons du passé ? Qui écoute l’enseignement des Écritures ? Nous avons parfois l’impression de vivre sous administration d’une forme de morphine, parlant le langage de l’ennemi. Ne sommes-nous pas d’une certaine façon, aveugles, sourds et muets, parce que nous ne voulons ni voir, ni entendre, ni parler… Scotch sur les yeux, scotch sur les oreilles et scotch sur la bouche. La Bible c’est un recueil de livres et d’histoires anciennes et dépassées que nos anciennes grands-mamans n’arrivent même plus à porter, ni à lire pensons-nous. Les nouvelles l’ouvrent-elles encore ? Bien sûr que oui peut-être que non ? Certains anciens disaient que la fin des temps aurait lieu lorsque la mousse pousserait sur les marches des églises. Aujourd’hui, ascenseurs et touristes ne permettent plus, il est vrai de vérifier le proverbe.
Pourtant ce temps, le temps, aura une fin affirment même nos scientifiques. Ils parlent de milliards d’années. Bon, nous disons-nous, de toutes façons il est assez éloigné, pour que ce ne soit pas mon premier problème. Il est bien vrai que notre apocalypse personnelle est plus rapprochée. Notre horloge biologique, nos consultations chez les médecins nous le rappellent, ainsi que les semainiers pour les médicaments qui se remplissent, sans parler de certaines pages de nos journaux où nos contemporains apparaissent de plus en plus souvent ou se font plus rares.
Voilà de bonnes raisons pour nous rappeler que le credo mentionne le retour du Christ pour juger les vivants et les morts, la résurrection de la chair et la vie éternelle. Nous ne pouvons négliger ce point.
Dans son Credo du Peuple de Dieu saint Paul VI exprimait ainsi ce moment : « Il est monté au ciel et il viendra de nouveau, en gloire cette fois, pour juger les vivants et les mort: chacun selon ses mérites - ceux qui ont répondu à l’amour et à la pitié de Dieu allant à la vie éternelle, ceux qui les ont refusés jusqu’au bout allant au feu qui ne s’éteint pas. Et son règne n’aura pas de fin. »
Le Seigneur, dans son ministère a utilisé à dessein des images fortes, dans un but pédagogique certainement. Un théologien connu le Père Sesboüé engageait à ne pas essayer de régler par nous-mêmes le point des fins dernières. « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. ». Nous ne sommes ni maîtres du temps, ni de l’espace, ni du cœur des hommes, ni de leurs erreurs ou de leurs fautes, et encore moins de Dieu lui-même.
Seul un enfant a l’impression qu’il est quasiment divin et que le monde est à son service.
Nous devrions être comme lui, face à celui qui est notre Père. Non pas inconscients, mais confiants en lui. La peur vient de l’ignorance et de la méconnaissance de Dieu, notre Père, qui respecte toutefois notre liberté.
Le pape François au début de son pontificat avait adressé des paroles d’encouragements et incitait à la confiance : « Quand nous pensons au retour du Christ et à son jugement dernier, qui manifestera, jusqu’à ses dernières conséquences, le bien que chacun aura accompli ou aura omis d’accomplir durant sa vie terrestre, nous sentons que nous nous trouvons face à un mystère qui nous dépasse, que nous ne réussissons même pas à imaginer. Un mystère qui, presque instinctivement, suscite en nous un sens de crainte, et peut-être même d’inquiétude. Cependant, si nous réfléchissons bien sur cette réalité, celle-ci ne peut qu’élargir le cœur d’un chrétien et constituer un grand motif de réconfort et de confiance. » Il disait encore que ce jugement était déjà commencé maintenant. L’accueil que nous réservons à sa parole, à nos frères, c’est à lui que nous le réservons. Si nous pensons au jugement dernier dans la perspective de la rencontre de l’épouse et de l’époux (du Christ et de son Église que nous formons), toute peur et hésitation disparaît et laisse place à l’attente et à une joie profonde.
Sur les icônes orientales du jugement dernier on représente à la droite du Fils la Vierge Très Pure qui implore sa pitié par son amour maternel. Elle est la Mère de Dieu et de tout le genre humain et donc la nôtre. Elle touche le cœur de son Fils en notre faveur, lui qui a voulu qu’il soit toujours ouvert. Faisons-lui confiance, il présente sans cesse ses blessures au Père, il est notre intercesseur auprès de lui. Dieu est miséricorde. Amen.

dimanche 14 octobre 2018

Que demandez-vous? La Vie? Quelle vie?




Dimanche 14 octobre canonisations

Frères et Sœurs,

Dans l’Évangile le Seigneur dit au jeune homme riche : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras  un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
S’il est un risque que chacun mesure ou a mesuré un jour, n’est-ce pas celui de devenir pauvre pour suivre le Christ pauvre. A Paris dans le métro ou ailleurs, vous avez parfois de tristes surprises qui vous rappellent que vous êtes un privilégié. Vincent de Paul a tant travaillé sa vie durant pour les démunis. Des figures prophétiques sont régulièrement suscitées. Mgr Romero qui a tant défendus et a lutté contre la pauvreté, voulait-il ajouter quelques pauvres de plus en demandant aux riches de secourir leurs frères? Certainement pas, il voulait que les puissants ouvrent leur cœur au Christ présent en eux et manifestent que tous les hommes sont solidaires et fils d’un même Père. Nous avons d’illustres exemples dans l’antiquité comme Paulin de Nolles. Toute la doctrine sociale de l’Église à laquelle ont tant œuvré Paul VI et d’autres en notre temps, ont une importance fondamentale. Guerres et révolutions surviennent en partie en raison de la pauvreté.
Des pauvres vous en aurez toujours… Mais moi vous ne m’aurez pas toujours?
L’orgueil de la richesse, et sa puissance élèvent des murs entre le Christ et ceux qui les possèdent. Il est vrai que ce danger pourra concerner aussi dans l’Église ceux qui détiennent l’autorité sur ses finances, clercs ou laïques. Une connaissance minimale de l’histoire de l’Église est suffisamment parlante, que ce soient des ecclésiastiques ou des gestionnaires cupides. Cela sent si bon, et quels parfums attirants…  C’est une certitude, le danger n’est pas inexistant. Mais, il est bon de se rappeler cette parole du Seigneur   « 25 Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une coudée à la longueur de sa vie?  (Luc (BJ) 12) »
Notre trésor ne doit pas être entre lui et nous, mais dans les cieux. Il est vrai toutefois qu’en ce temps, un contradicteur aura quelques bonnes raison d’apporter un grain de sel en disant qu’une très bonne assurance, des réserves financières alliées à la technologie peuvent permettre un certain allongement de notre vie ici-bas. Quelles différences entre ce que nous bénéficions et les plus pauvres !
Mais alors nous pouvons légitimement nous poser la question : Qu’est-ce que la vie ? Bios ou Zoé ?
Une bonne assurance vie, ne serait-elle pas celle qui permet de rejoindre le lieu où se trouveraient les biens de ce jeune homme, en sécurité ? « Désirons ensemble la patrie céleste, soupirons vers la patrie céleste, sentons-nous pèlerins ici-bas, dit saint Augustin » (Commentaire de l’Évangile de saint Jean, Homélie 35, 9).
Ne s’agit-il pas de la vie éternelle ?
Quelles primes payer ? On ne peut acheter le ciel ! Et moi, nous demande le Seigneur ? Moi… non plus.
Les autres textes nous ont appris à aller  à l’essentiel. Ce qui est le plus important est la Sagesse, la Parole de Dieu vivante, nous a dit l’épître aux Hébreux.
Qu’est-ce qui est donc si important ? Simplement MOI… Alors que faire ? Nous tourner vers Lui qui est l’essentiel.
Qu’est donc le plus grand bien de l’Église et dans l’Église ? N’est-ce pas le Christ ? Ecclesiam Suam, Son Eglise… L’Église du Christ. Paul VI dont deux miracles ont été reconnus qui concernent des enfants à naître, souhaitait de toute son âme, un rajeunissement de l’Église pour qu’elle puisse au Christ de de nouveaux enfants.
Il avait émis 3 pensées dans cette encyclique : D'abord la pensée que l'heure sonne pour l'Eglise d'approfondir la conscience qu'elle a d'elle-même, de méditer sur le mystère qui est le sien, d'explorer, pour sa propre instruction et sa propre édification, la doctrine qu'elle connaît déjà  
Puis, disait-il, de cette conscience éclairée et agissante, dérive un désir spontané de confronter à l'image idéale de l'Eglise, telle que le Christ la vit, la voulut et l'aima comme son Epouse sainte et immaculée. (Eph.., 5, 27), le visage réel que l'Eglise présente aujourd'hui.
Notre troisième pensée a pour objet les relations que l'Église doit aujourd'hui établir avec le monde qui l'entoure et dans lequel elle vit et travaille ;
Là se présente ce qu'on appelle le problème du dialogue entre l'Eglise et le monde moderne.
Paul VI, malgré sa faiblesse, avait l’œil perçant, au propre et au figuré. Je me souviens l’avoir croisé un jour, en 1977. Il a réussi à tenir ferme le vaisseau de l’Église, alors qu’à l’image de grands paquebots que l’on met en cale sèche, on changeait d’une certaine manière ses moteurs en lui ouvrant les entrailles. C’est impressionnant. Il l’a conduit ensuite au large. Quel courage.
Il mentionnait Notre-Dame dans sa réflexion sur cet idéal fascinant d'un christianisme plénier, humblement et profondément vécu. Il nous demandait de ramener notre pensée vers la Vierge Marie, qui l’accueillit avec une fidélité merveilleuse ; bien plus, qui l'a vécu dans son existence terrestre et qui maintenant, au ciel, en goûte tout l'éclat et le bonheur. Marie Mère de l’Église, prie pour nous pauvre pécheur et donne-nous le Christ notre seule vraie richesse. Amen.

dimanche 9 septembre 2018

Vers un renouvellement de ses "OUI"

Hier, je fêtais mes 30 ans de profession solennelle et 33 ans de profession tout court... Me voilà aujourd'hui prêtre auxiliaire du Vorbourg et en approfondissement de mon appel. Le blog aura bientôt un nouveau nom, le temps de quelques jours de réflexion.

lundi 9 juillet 2018

"Voici, je reviens bientôt" - Un aurevoir du gardien de la chapelle du Vorbourg.




Merci d’être venus participer à cette célébration du 14ème dimanche du Temps Ordinaire. Elle est assez particulière, puisque nous bénéficions de la participation de la chorale de Courtételle dirigée par M. Joël Voyame. Elle l’est aussi parce que pour moi, c’est certainement le dernier dimanche que je célèbre en tant que Gardien du Vorbourg, le mandat de la communauté prenant fin le 31 juillet. Il y aura des prolongations pour le mois d’août, mais c’est le Père Jean-Marie qui va assumer la finale en tant que gardien remplaçant. Pardonnez les analogies sportives, je n’ai pu m’empêcher. Je vous donnerai de brèves explications après l’Évangile.
Le Seigneur nous interpelle aujourd’hui sur la manière dont nous recevons la parole de Dieu de la part de ceux que nous connaissons et côtoyons. Il n’est pas facile d’annoncer l’Évangile chez soi, vous en faites l’expérience en famille. Mais les prêtres de nos paroisses savent que cela n’est pas toujours, mais avec la grâce de Dieu, rien n’est impossible.
Prions les uns pour les autres et reconnaissons que nous avons besoin de pardon et de miséricorde.




Frères et Sœurs,

L’Évangile nous interpelle certainement et si le Seigneur a rencontré des difficultés dans son pays, il est difficile de relativiser son expérience, le Seigneur étant le Seigneur.
La question peut être d’ailleurs retournée… qui est notre famille ? Ceux qui nous ont vu grandir, passer nos examens comme les plus jeunes aujourd’hui… S’agit-il de nos familles religieuses ? Le problème est de reconnaître le Seigneur dans l’autre, tant les étiquettes et les préjugés créent des murs aussi efficaces que ceux qui divisent certains pays aujourd’hui.
Aujourd’hui, je vais me permettre de donner une certaine satisfaction à ceux qui souhaitaient d’avoir de temps à autre, ce qu’on appelait le sermon des foins autrefois. Ils sont terminés depuis longtemps, en tout cas dans la vallée, mais ça ne fait rien.
Mon sermon sera une fameuse petite phrase de saint Augustin que je vous laisse appliquer : « Aime et fais ce que tu veux. » Amen.

Quelques explications maintenant. Il y a eu de nouvelles options pastorales pour le sanctuaire et nous aurons la joie d’accueillir un nouveau gardien en la personne de l’abbé Bernard Miserez que vous connaissez presque tous. Mais en sus, vous vous demandez peut-être pourquoi, je dois déjà m’absenter, car il était prévu que je fasse la transition jusqu’en septembre. Je préfère être clair. Depuis au moins une année et demie, je ressentais de la fatigue et j’ai passé un hiver vraiment éprouvant. Après toute une batterie d’examens, on a enfin découvert la raison majeure de ces problèmes qui n’étaient pas psychologiques : mes coronaires sont sérieusement obstruées et s’il n’y a pas de pontages, les conséquences sont celles que vous devinez. Les médecins voulaient me garder à Bâle, mais j’ai promis d’être sage pour vous dire au revoir, pas totalement toutefois… Beaucoup sont passés par là et on sait que la chirurgie ainsi que ses procédures ont bien évoluées depuis 40 ans. Mon papa, Jean, qui s’était beaucoup dépensé pour ses constructions de réseaux de télévision, les premiers de Suisse, est mort à 44 ans, dans ces circonstances. J’en ai 20 de plus, et les temps ont changé. Alors on y va dans la confiance avec votre prière. J’aimerais pouvoir encore vous rendre service. Pour le futur, je serai encore prêtre auxiliaire dans la région et au Vorbourg. On ne déracine pas facilement, un jurassien qui a passé tout son ministère de prêtre dans son pays. J’avais célébré ma première messe à Develier, ce fut un bon moment.
Je ne pensais pas revenir dans le Jura une fois entré au monastère, il y a 33 ans et j’ai vécu 2 fois plus longtemps ici que là-bas depuis que je suis religieux. Je ne m’étonne pas trop de ce qui m’arrive, en me rappelant les derniers gardiens de la communauté présente ici depuis 1949, le Père Maurice Ioset, mais aussi le Père Robert Martin. Le Père Jean Ribeaud avait aussi eu une période difficile à la fin de son mandat. Il nous faut tous avancer dans la confiance. C’est Notre-Dame du Vorbourg qui attire ici, aide et soutien. Quant à nous, gardiens, nous ne faisons que passer.
La communauté est, bien entendu, attachée à la chapelle. Quand vous regarderez de temps à autre le petit vitrail à côté de celui de Mgr Haenggi, ayez une pensée pour elle. Portez aussi fr. Paul dans votre prière. Il s’est beaucoup dépensé au service du chant, des fleurs et de l’entretien. Nous avons fait tout ce que nous avons pu avec notre pauvreté et nos qualités personnelles.
Durant les 13 premières années, je m’étais consacré à votre service, mais aussi à un autre travail, en faisant des numérisations d'écrits de Pères de l’Église : Jean Chrysostome, Augustin et autres http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm que je vous ai resservi fréquemment, ils ont été repris par un très grand nombre de séminaristes francophones de par le monde, ce qui a été pour moi une forme d’apostolat missionnaire. Les 10 ans qui ont suivi, cela a été le sanctuaire. La charge de gardien dans la communauté est éminemment inconfortable. Vous êtes soumis au pape, à l’évêque, au chapelain puis recteur, à l’Abbé. Bien que responsable de communauté sur le papier, vous êtes court-circuité urbi et orbi, vous n’avez aucune autorité, mais la sympathie des pèlerins et le secours de Notre-Dame. Elle est là heureusement. Et en plus tous les devoirs et les réclamations à certains moments. C'est tout un labeur diplomatique et de suggestions perpétuelles au risque de paraître parfois importun… Un grand merci aussi à la Bourgeoisie de Delémont, toujours attentive. 
Pour synthétiser une expérience, si vous aimez les comparaisons parlantes, il m’en est venu une en voyant des chameaux à la télévision il y a quelques jours. Au temps de Noël, et de l’Épiphanie, quelqu’un avec un petit cadeau, nous avait surnommé les 3 rois, ce qui nous avait bien fait rire. Nous étions venus des bords du lac avec des dromadaires à une bosse, mais il a fallu passer au chameau à 2 bosses. Il y a les principes et la discussion, une forme de pastorale. Ainsi fonctionne l’Église, dans la durée…
Même si le passage officiel de témoin ne doit avoir lieu qu’en septembre aux fêtes du Vorbourg, je voudrais déjà remercier tous ceux qui nous ont aidés dans ce service. Un merci particulier à la bourgeoisie de Delémont, aux chapelains puis recteurs qui se sont succédés et aussi à ma famille. Nous avons vu passer plusieurs générations d’anciens et nous passons aussi de ce côté de la barrière, mais le cœur spirituel reste jeune, et nous vous assurons tous que nous vous portons dans notre prière.
Quant à moi, pour paraphraser la devise locale, avec les médecins, la grâce de Dieu, et votre prière… « Je reviens bientôt ».
Le pape François m’a fait parvenir par la secrétairerie d’État quelques mots chaleureux et une bénédiction à destination de tous.  Je vous lis cette lettre :


dimanche 24 juin 2018

Nativité de saint Jean Baptiste


24 JUIN 2018
Nativité de Saint Jean Baptiste — Solennité
Première lecture« Je fais de toi la lumière des nations »Is 49, 1-6
PsaumeJe te rends grâce, ô mon Dieu,
pour tant de merveilles.Ps 138 (139), 1-2.3b...
Deuxième lecture« Jean le Baptiste a préparé l’avènement de Jésus »Ac 13, 22-26
Évangile« Son nom est Jean »Lc 1, 57-66.80

Texte non corrigé

Frères et Sœurs,

Nous célébrons rarement la Nativité de Jean-Baptiste le dimanche. Il vaut la peine d’en dire quelques mots. Saint Augustin dans son commentaire affirme que « l'Église considère la naissance de Jean comme particulièrement sacrée : on ne trouve aucun des saints qui nous ont précédés dont nous célébrions solennellement la naissance. Nous ne célébrons que celle de Jean et celle du Christ. » Heureusement nous avons aussi la Nativité de la Vierge Marie, mais c’est une fête et non une solennité. Pourquoi cette mise en valeur ? En raison de l’évangile de Luc et d’une réflexion théologique et liturgique s’articulant autour du mystère du Christ. Au 4ème et 5ème siècle avaient émergé un certain nombre d’interprétations, dont celle d’Arius, qui mettaient en cause sa nature divine et sa nature humaine, ses qualités de vrai Dieu et de vrai Homme. Augustin est un témoin de ces maturations.
Nous sommes proche du solstice d’été, le soleil est à son zénit, ce sont les jours les plus longs et dans 6 mois nous arriverons au solstice d’hiver, la lumière vient dans le monde et l’illuminera. La luminosité va bientôt diminuer… l’évènement astronomique est rattaché aux paroles de Jean à propos du Christ : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Son martyre, identique à celui de saint Paul que nous avons entendu dans la deuxième lecture, exprima de la manière la plus brutale et violente cette diminution. Il est impossible de ne pas voir un lien entre ces festivités des nativités et les célébrations païennes qui accompagnaient les phénomènes solaires. Parmi elles les feux de la saint Jean existent encore dans certaines régions. Toutefois, certains calculs basés sur les périodes de service de la classe des prêtres à laquelle appartenait Zacharie, au temple estiment que le rapprochement n’est pas nécessairement artificiel. La symbolique est de toutes façons parlante.  
La fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste est donc la Noël d’été. Marie a-t-elle été présente ? Si elle n’est pas mentionnée, sa présence est probable. Saint Luc relate la visitation et l’annonce de l’ange à Marie, alors qu’Élisabeth en était à son sixième mois. « La conception prodigieuse du Christ lui avait été annoncée par l’ange, comme le signe que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37), six mois avant le grand prodige qui nous donne le salut, l’union de Dieu avec l’homme par l’action du Saint- Esprit. »
Cette naissance est un joyeux moment, comme devrait l’être toute naissance. La voix de celui qui va crier dans le désert aura été relayée toutes les montagnes de Judée, « la crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements. »
« "Dès les entrailles de ma mère tu m'a appelé", dit le psaume. Dieu nous a connus et aimés avant encore que nos yeux puissent contempler les merveilles de la création, disait saint Jean-Paul II. En naissant, chaque homme reçoit un nom humain. Mais avant encore, il possède un nom divin:  le nom avec lequel Dieu le Père le connaît et l'aime depuis toujours et pour toujours. Il en est ainsi pour tous, sans exclusion. Aucun homme n'est anonyme pour Dieu! Tous possèdent une valeur égale à ses yeux:  ils sont tous différents, mais tous égaux, tous appelés à être des fils dans le Fils. »
« "Jean est son nom" (Lc 1, 63). Zacharie confirme le nom de son fils, révélé par l’ange, en l'écrivant sur une tablette. Dieu lui-même, par l'intermédiaire de son ange, avait indiqué ce nom, qui en hébreux signifie "Dieu est favorable". Dieu est favorable à l'homme:  il veut qu'il vive, il veut son salut. Dieu est favorable à son peuple:  il veut en faire une bénédiction pour toutes les nations de la terre. Dieu est favorable à l'humanité:  il en guide le chemin vers la terre où règnent la paix et la justice. Tout cela est inscrit dans ce nom: Jean! » 
Jean est le fils de Zacharie et d’Élisabeth, l’enfant du miracle. Laissez-moi vous rappeler la beauté, l’importance et la gravité de devenir parents d’un enfant et d’accueillir la vie. Il vous faut du courage, de l’audace, mais surtout beaucoup d’amour et de confiance en Dieu. Des enfants vous les élevez ou avez élevé pour les conduire à pouvoir aimer librement le Seigneur, pour qu’ils parviennent à un épanouissement humain et spirituel, pour que la vie soit transmise. Ils sont un don et non un dû. Devenir père ou mère devrait conduire à un épanouissement humain, malgré les difficultés inhérentes au fait d’être parents. Mais aimer Dieu et son prochain y conduit aussi. Notre temps aime les séquençages et les prestations. J’ai lu un article hier, dans lequel on rapportait que dans certains pays on commercialisait les services de femmes pauvres pour porter des enfants. Il est triste que la maternité soit ainsi transformée en contrat de bail. Un enfant n’est pas simplement une sorte de locataire d’un organe féminin. Curieuse civilisation.
La naissance de Jean est une bonne nouvelle annonciatrice de la Bonne Nouvelle.  « Jean, dit saint Augustin, c'est la voix pour un temps ; le Christ, c'est le Verbe au commencement, c'est le Verbe éternel. »
Les moines le vénèrent en raison de son genre de vie. Il vit en ascète, il crie dans le désert, il annonce le Christ, il s’efface devant lui. Il baptise… Les moines qui ne deviennent pas nécessairement prêtres, s’efforcent de répondre à la grâce de leur baptême. Saint Benoît avait consacré une église de son monastère du Mont-Cassin à Jean-Baptiste, mais aussi à saint Martin. saint Jean baptiste est aussi le prototype de la vie monastique : il a conduit une vie de prière, d’abstinence et de chasteté, proclamant la venue du Messie, devenant un messager de Dieu comme les anges. Ce mode de vie est souvent comparé à celui des anges.

Il est une question que nous pouvons nous poser aujourd’hui avec saint Jean-Paul II qui avait interpellé nos voisins de l’hexagone : Que faisons-nous de notre baptême ?

Marie s’est réjouie de la naissance de Jean, sa joie a été grande également lors de la nôtre, demandons-lui de nous aider à le vivre et à vivre en enfants de Dieu. Amen.

mercredi 20 juin 2018

MIséricorde

Image Zénit

A la veille de la venue du pape François qui insiste tant sur la miséricorde, un très beau texte de son prédécesseur :

APPELÉS A LA COMMUNION - Comprendre l'Église aujourd'hui - Joseph, cardinal Ratzinger.


Il me semble que c'est là un élément d'une très grande importance. Au coeur même de cette nouvelle charge, qui enlève le pouvoir aux puissances de la destruction, il y a la grâce du pardon. C'est elle qui constitue l'Église. L'Eglise est fondée sur le pardon. Pierre lui-même en est l'exemple personnalisé : lui qui, après avoir trébuché, a reconnu sa faute et reçu le pardon, est habilité à détenir les clefs. L'Église est, par son essence, le lieu du pardon et le chaos en est banni. Elle est maintenue par le pardon, et Pierre en est l'image pour toujours : elle n'est pas une communauté de parfaits, mais une communauté de pécheurs qui ont besoin du pardon et qui le cherchent. Derrière le discours sur l'autorité suprême, la puissance de Dieu se révèle être miséricorde, et en tant que telle pierre angulaire de l'Église. Nous entendons en arrière-plan ces mots du Seigneur : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades : je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs» (Mc 2, 17).

L'Eglise ne peut naître que là où l'homme rejoint sa vérité, et cette vérité consiste précisément dans le fait qu'il a besoin de la grâce. Là où l'orgueil l'empêche d'accéder à cette connaissance, il ne trouve pas le chemin qui mène à Jésus. Les clefs du Royaume des cieux sont les paroles du pardon, que bien sûr aucun homme ne peut prononcer de lui-même, mais que seule la puissance de Dieu rend effectives. Nous sommes maintenant en mesure de comprendre également pourquoi cette péricope est suivie immédiatement d'une annonce de la Passion : par sa mort, Jésus a barré la porte à la mort, à la puissance des enfers, et ainsi il a expié toutes les fautes, de sorte que de cette mort sourd continuellement la force du pardon.