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dimanche 26 novembre 2023

Le Christ Roi de l'Univers

 


Mais Oui! des brebis à corne!


26 NOVEMBRE 2023

 Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers — Année A - Solennité

 Lectures de la messe

Première lecture« Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis »Ez 34, 11-12.15-17

PsaumeLe Seigneur est mon berger :

rien ne saurait me manquer.Ps 22 (23), 1-2ab, 2...

Deuxième lecture« Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi, Dieu sera tou...1 Co 15, 20-26.28

Évangile« Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns de...Mt 25, 31-46

Intro

Chers frères et sœurs, 

Bienvenue à tous et à toutes pour célébrer le Christ-Roi de l’Univers. Cette célébration nous rappelle que nous sommes à la fin de l’année liturgique et que bientôt commence le temps de l’Avent.

Cette fête avait été instituée par le pape Pie XI en 1925, pour essayer de mettre en valeur une forme de royauté sociale du Christ.  Avec la réforme liturgique du Concile, elle a été placée en ce dimanche, pour signifier de manière plus liturgique le retour du Christ à la fin des temps. Ce dimanche est en même temps la 38ème journée mondiale de la jeunesse. Nous prions avec eux et pour eux. Il nous faut aussi demander pardon pour les scandales qui sont encore apparus ces jours. Nous espérons que toute la société se réforme également en profondeur. Le but est d’accueillir le mystère du Christ et le salut qu’il veut offrir au dernier jour à tous les hommes. 

Préparons-nous à célébrer le mystère de l’Eucharistie en reconnaissant que nous avons péché.

Homélie

Chers Frères et Sœurs,

 L’année liturgique arrive à son terme et s’achève sur le jugement dernier de Saint Matthieu avec le retour du Christ. Nous avions hier à l’office des lectures son annonce par le prophète Zacharie et sa description de la venue du Seigneur : « 04 Ses pieds se poseront, ce jour-là, sur le mont des Oliviers qui est en face de Jérusalem, à l’orient. Et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest ; il deviendra une immense vallée. Une moitié de la montagne reculera vers le nord, et l’autre vers le sud. » La mémoire chrétienne conserve le récit de l’Ascension de Jésus au Mont des Oliviers. Nous attendons tous son retour.

Il est extrêmement difficile aujourd’hui de douter que notre univers aura une fin, près du  zéro absolu. Mais le jugement, le retour du Christ est encore de l’ordre de la foi.

Le jugement, lors de ce retour, va s’opérer sur le critère des béatitudes et des œuvres de miséricordes. L’image est impressionnante. Il sera accompagné de la résurrection et nos corps seront semblables à celui du Christ. Cela constitue une différence d’avec les conceptions prédominantes aujourd’hui. N’est-ce pas la résurrection chrétienne qui respecte le plus notre nature humaine ? Le Christ est mort et ressuscité, avec un vrai corps glorieux et une âme. Ce compagnon, cette partie de notre oui et de nos non, pourrait-on y renoncer, comme s’il ne s’agissait que d’une enveloppe temporaire ? Mon corps, n’est-ce pas aussi moi ? Je me suis demandé au fil de mes lectures : Pourquoi est-ce qu’après une expérience de mort imminente, l’âme retournait dans son corps ? Ne serait-ce pas parce qu’elle et lui sont intimement liés ? Notre nature humaine ne peut renier cette unité. Le Christ ressuscité est vrai Dieu et vrai Homme, ayant un corps et une âme. Il veut nous ressusciter tout entier, comme lui. Pourquoi dire non ? Pourquoi ne pas respecter le cheminement d’autrui, de ceux qui nous ont tant appris sur ces questions ? Sachant que tout et tous convergent vers le Christ.

Les scénarios catastrophes des films d’aujourd’hui meublent notre imaginaire. Je vous avoue à en regarder des passages de temps à autres, de m’interroger sur cette propension, cette attirance, ce désir de mort qui habite nos sociétés, alors que le Seigneur nous appelle à la vie. Il veut nous attirer vers le haut, vers lui, vers la joie. Le Fils de l’homme apparaît dans la gloire. « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » Il est glorifié nous dit l’Écriture, lorsqu’il est mis en croix et qu’il donne sa vie pour nous. Sur le Mont Thabor, Moïse et Élie parlaient avec lui de sa montée à Jérusalem. Il s’agit maintenant de la Gloire eschatologique. Il se présente à nous en tant que Dieu, et le discernement va s’opérer sur le déroulement de sa vie humaine, la gloire de la croix, sur la manière dont nous aurons vécu les béatitudes et pratiqué les œuvres de miséricorde. Sur la manière dont nous aurons aimé, sur notre témoignage de vie, sur la manière dont nous aurons aimé notre Père.

S’agit-il d’un film catastrophe ? « Dieu aime tous les hommes et veut que tous les hommes soient sauvés, il veut qu’aucun ne se perde ». Il le veut non seulement en raison de son amour personnel pour chacun de nous, mais parce que son Fils a donné sa vie pour nous. Il coupe court à toute protestation d’injustice, y compris de notre part. Son amour dépasse celui d’une mère pour ses enfants. Il n’est limité que par notre refus d’aimer, par notre refus de pardonner et d’être comme Lui. « J’ai dit : vous êtes des dieux ». Etre des dieux, veut dire aimer comme Dieu nous aime. Le refus du pardon conduit à un endurcissement du cœur, il empêche Dieu d’y rentrer.

Pourquoi illustrer notre problématique avec l’image de ces brebis et de ces petits boucs ? Il est possible que soient en cause les cornes des seconds. Les cornes avaient diverses significations quant à leur symbole. Il y en avait de béliers et de boucs bien sûr, ce qui me permet chaque année de rappeler qu’il y a également certaines variétés de brebis à cornes. J’en ai vu de l’oberland grison, mais paraît-il dans les Pyrénées il n’en manque pas, ni en Écosse. Quant au Jura, c’est un sujet plus délicat, mais nos brebis ont du caractère. Il y aurait peut-être intérêt pour un équilibre à effectuer un croisement avec la variété grisonne. Qui sait ?

Passons la plaisanterie, pour nous rappeler que les cornes symbolisaient la force et la résistance. On les utilisait pour appeler à la guerre, mais aussi à la conversion, avec le fameux shofar du Yom-Kippour, du grand pardon. Ces cornes de bélier rappellent celles du bélier du sacrifice d’Abraham pris dans les buissons. Il avait annoncé il avait aussi provoqué la chute des murs de Jéricho. C’étaient des cornes qui étaient figurées aux 4 coins de l’autel dans le temple, manifestant la puissance de Dieu. La corne est un signe de notre volonté de puissance, mais aussi de le toute-puissance de l’amour de Dieu.

Une image m’est venue au cours de la prédication. Au temps de ma jeunesse, voici près de 40 ans, ayant participé à un pèlerinage en Terre Sainte, j’avais vu un troupeau qui avançait à la suite de son berger en direction de Jéricho. Curieusement, ils étaient regroupés par couleur, les blancs et les noirs. N’est-ce pas une image qui illustre le fait que tout concourt à notre vie et à notre bonheur, à notre joie, ce qui est bon et mauvais en nous, nos oui et nos non. Au sortir du Carmel, un troupeau s’y trouvait dans un champ voisin. Toutes les couleurs étaient mélangées. Encore une image de ce qui se passe dans nos cœurs.

Encore un élément pour nous inviter à l’espérance. Nous espérons que tous les hommes soient sauvés, nous aussi et peut-être nous d’abord. Nous pensons au fameux bouc émissaire de René Girard, envoyé au désert portant le péché d’Israël. Pour nous, il s’agit de toute évidence d’une référence au Christ, qui a pris sur lui les péchés du monde, notre refus. Comment alors faire taire en nous l’espérance, car le Juge c’est lui qui a tout pris sur lui.

« Le Christ est notre joie ». Je ne puis m’empêcher de me rappeler Mgr Otto Wüst, dont la devise était «  Au service de votre joie. » Il serait bon de nous le rappeler. Il est la porte de notre joie. Il respecte notre liberté, mais comment lui dire non ?

Pourquoi rappeler la joie, sinon en raison du message adressé par le pape François aux jeunes et intitulé : « Joyeux dans l’espérance » (cf. Rm 12, 12)

Il demande aux jeunes d’allumer le Flambeau de l’espérance, en citant Charles Péguy. Ce poète et écrivain nous invite à respecter le cheminement de chacun. J’ai découvert il y a quelques temps que le cher et grand Jacques Maritain, dans sa jeunesse, un de mes auteurs préférés, ainsi qu’un bénédictin de Solesmes en exil, avaient voulu lui faire presser le pas vers un retour effectif total à l’Église, qui incluait la renonciation de son épouse incroyante, selon les conceptions de l’époque. Il ne l’avait pas fait. Nous nous souvenons des conditions de sa mort. Il avait prié la Vierge peu avant. Le fait qu’il soit mentionné par le pape François invite encore plus au respect.

Nous terminons avec un passage du message du pape aux jeunes : Chers jeunes, n'ayez pas peur de partager avec les autres l'espérance et la joie du Christ ressuscité ! L'étincelle qui s'est allumée en vous, entretenez-la, mais en même temps donnez-la : vous constaterez qu'elle grandira ! Nous ne pouvons pas garder l’espérance chrétienne pour nous, comme un beau sentiment, parce qu'elle est destinée à tout le monde. Soyez particulièrement proches de vos amis qui peuvent sourire en apparence mais qui pleurent à l'intérieur, pauvres en espérance.

Confions toute notre vie à Marie, Mère de l'Espérance. Elle nous apprend à porter en nous Jésus, notre joie et notre espérance, et à le donner aux autres . Amen.


dimanche 12 novembre 2023

Le banquet de Saint Martin?

 


12 NOVEMBRE 2023 - 32ème semaine du Temps Ordinaire — Année A

Première lecture« La Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent »Sg 6, 12-16

Psaume Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu !Ps 62 (63), 2, 3-4, ...

Deuxième lecture« Ceux qui sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui »1 Th 4, 13-18

Évangile« Voici l’époux, sortez à sa rencontre »Mt 25, 1-13


Chers Frères et Sœurs,

Le Seigneur utilise une image bien connue de l’avènement du Royaume de Dieu, celui d’un gigantesque repas de noces qui peut nous faire penser aux festivités de la Saint-Martin. Dans l’antiquité, le banquet était considéré comme la clé  de voûte de la civilisation grecque et romaine. Il y en avait autant chez les dieux que chez les rois et dans les temples. Il faut mentionner les banquets philosophiques et poétiques. Un des ouvrages de Platon porte d’ailleurs le nom de « Banquet ».  Une curiosité entendue hier soir sur Arte, à propos de tombes étrusques : les défunts étaient disposés dans des sortes de chambres qui ressemblaient à une salle à manger de l’époque.

En Israël, on lit dans le livre des chroniques qu’on en fit durer un 14 jours. Il suffit de parcourir l’Écriture Sainte pour constater leur fréquence et leur importance. Jésus était souvent invité et il avait commencé son ministère en participant à des noces à Cana. Saint Martin quant à lui, est toutefois plutôt présenté comme un acète frugal. Il ne participe qu’une fois à un repas donné par l’empereur Maxime, selon ce que rapporte son secrétaire et biographe, Sulpice Sévère. Ce dernier était originaire de l’Aquitaine Romaine, appréciée déjà pour ses huîtres et ses vins. (Vie de Saint Martin)

Le banquet dont parle le Seigneur ne nous sera toutefois servi qu’à la fin des temps. Il nous demande bien du travail de préparation… c’est-à-dire veiller dans la prière, la foi et la charité qui en témoigne, ainsi que par notre espérance. C’est la composition de cette fameuse huile des jeunes filles… Durant ce temps de préparation il n’y a qu’un appel discret, un murmure du Christ à l’oreille des cœurs.

Le grand signal d’alarme dans la nuit, ressemble aux sirènes d’alertes. On ne les entend qu’épisodiquement lors d’exercices, sans plus faire attention. Cela n’arrivera pas… L’Écriture rapporte les traitements infligés aux prophètes tués ou tournés en dérision. Dans les Tintins de nos enfances, il y avait un professeurPhilippulus dont on riait.

Comment nous émouvoir ? Le Seigneur s’est posé la question dans son dialogue trinitaire. Comment leur faire comprendre combien leur vie dépend de leur relation avec moi ? Nous ne sommes pas faits pour vivre éternellement tout seuls, mais avec lui. Les auteurs de l’ Écriture avaient interprétés les malheurs qui arrivaient au Peuple élu comme des avertissements : dans le désert, sous les rois d’Israël, avec des guerres, des invasions, des famines, des criquets, des maladies, des déportations. Les prophètes avaient été des lanceurs d’alerte. Venait ensuite une réaction de ceux qui subsistaient : Il nous faut retourner à une vie à la Loi qui est source de vie. Ce que l’Écriture essaye de nous dire, est qu’on ne peut dissocier notre vie humaine de la communion avec Dieu, parce que nous sommes appelés à vivre ensemble un jour pour toujours avec lui. Cela dépendra de la manière dont nous avons vécu et aimé ici et maintenant. Cela dépendra des deux commandements qui résument toute cette fameuse Loi, l’amour de Dieu et du prochain.

L’Écriture montre que ce retour au Seigneur ne nous était pas possible par nous-mêmes. Nos capacités humaines sont limitées ! Elles sont dues globalement à une blessure spirituelle que lui seul est capable de réparer, ce fameux péché. Le vocabulaire et les psychologues parlent aujourd’hui de résilience. Il s’agit de trouver des ressources humaines en soi pour se reconstruire. Il s’agit aussi de retrouver une autre source en soi-même par une forme de silence intérieur, la voix du Seigneur qui vient nous parler au cœur. Même ceux qui doutent de son existence disent que la figure de Dieu est utile et même indispensable pour se relever.

Pour aller plus loin et surtout à la racine d’un relèvement et d’une réconciliation  possible, le Seigneur est allé jusqu’à envoyer son Fils dont le nom de Jésus signifie Dieu sauve. Cela veut dire qu’il est venu lui-même. Il a voulu tellement sauvegarder notre liberté créée à l’image de la sienne, il a voulu un oui tellement libre de notre part à l’amour qu’il nous proposait, qu’il s’est en quelque sorte caché. Nous lui avons fait ce que nous avons voulu et nous l’avons rejeté. C’est là quelque chose de mystérieux. Un grand anthropologue, historien et philosophe français, René Girard,  a écrit parmi de nombreux ouvrages, un petit bouquin devenu célèbre : « le bouc émissaire ». Il essaye d’y rendre compte de cette étrange loi de la violence humaine qui cristallise sur une personne ses contradictions et l’origine de ses fractures internes. Jésus est devenu pour nous un bouc émissaire, mais il a échappé à la mort comme l’oiseau pris au filet de l’oiseleur. Sa résurrection a été sa réponse à un rejet qui a un aspect collectif et personnel. Nous ne pouvons nous approcher de ce grand mystère, qu’en intégrant bien dans notre réflexion que Dieu est hors du temps, mais aussi que les conséquences d’une action humaine ont une résonnance hors du temps. Jésus est devenu un pont, un chemin, un passeur.

Les lectures de ce dimanche qui nous rapproche de la fin de l’année liturgique, viennent nous rappeler que si notre vie ici-bas a une fin, elle aussi, elle n’en a pas en définitive. « Ceux qui sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui ». Il ne s’agit pas de gober tout ce qu’on dit ou écrit, sur la vie après la vie et les états de mort imminente, mais de se laisser interpeller, de revisiter notre espérance sur ce sujet. Ce sont les termes employés ce jeudi soir par l’archevêque émérite de Paris dans une conférence. Il est ancien médecin. 

Il suffit de se tenir un peu au courant des recherches et découvertes faites depuis environ une centaine d’années sur la fin de la vie, le cerveau, la matière et autre physique quantique, l’espace et le temps, pour se rendre compte qu’il est temps de réviser nos vieilles manières de penser. Lorsqu’ on se rapproche ou qu’on a passé la barrière de ses 70 ans, nous percevons avec plus d’intérêt que c’est notre éternité à nous qui est devant nous et que personne n’a le droit de nous en priver, ni les scandales, ni les grands titres. Elle ne dépend pas de nous mais de celui qui est amour. Les chanteurs utilisent souvent les mots : Ma vie. Dans l’une d’elle il y a ceci : « Ma vie à moi c’est un combat que j’ai mené et si Dieu veut me pardonner, J’irai plus haut que les nuages… » Bien sûr et même nous ressusciterons. Nous l’espérons les uns pour les autres… Nous avons déjà  la chance d’être invités au repas des noces de l’Agneau lors de chaque Eucharistie. On ne peut conclure sans le pape François : parlant mercredi de Madeleine Delbrêl et de sa passion pour l’évangélisation : Madeleine se sent appelée à "vivre entièrement et à la lettre l'amour de Jésus, afin qu'en l'aimant sans réserve et en se laissant aimer jusqu'au bout, les deux grands commandements de la charité s'incarnent en nous et n'en fassent plus qu'un" .

Marie, Mère de l’Église et notre Mère prie pour nous. Amen.


mercredi 1 novembre 2023

Tous les Saints

 


1 NOVEMBRE 2023  Tous les Saints — Solennité 

Lectures de la messe

Première lecture : « Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de t...Ap 7, 2-4.9-14

Psaume : Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. Ps 23 (24), 1-2, 3-4...
Deuxième lecture« Nous verrons Dieu tel qu’il est »1 Jn 3, 1-3
Évangile « Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » .Mt 5, 1-12a

Chers Frères et Sœurs,

Ces seuls mots de l’Évangile devraient nous remplir de joie, tirés de leur contexte, celui des béatitudes. Hier toutefois et déjà, quelqu’un qui avait lu l’épitre du jour m’a dit avant la messe : Mais alors nous ne sommes pas sûrs d’être sauvés. C’est le genre de questions qui vous font penser : doux Jésus, que répondre ? Il faut rappeler l’amour de Dieu et sa volonté de sauver tous les hommes, mais il veut entendre une réponse libre d’un homme libre, à l’image de sa propre liberté. Il ne force pas à aimer et à l’aimer. L’autre difficulté vient des béatitudes. Elles sont un programme du bonheur. Jésus les a prononcées dans son sermon sur la montagne, au bord du lac de Tibériade sur le Mont des béatitudes. Pour ceux qui y sont allés, le cadre est idyllique. Dans ma jeunesse, au collège, j’aimais beaucoup le lac Léman par beau temps. Prises dans le détail, les béatitudes ne sont pas des mystères joyeux, mais bien ce qu’a vécu Jésus. Aimer, c’est aller jusque-là, aimer jusque-là, dans le détail :     « être  pauvre jusque dans son cœur, pleurer, être doux jusqu’au dépouillement, avoir faim et soif de la justice, c’est-à-dire avoir été maltraité et calomnié ; être miséricordieux veut dire avoir des raisons de l’être ; avoir un cœur pur, peut nous faire comprendre que nous pouvons être victimes de ceux qui ne l’ont pas ; alors que Dieu a le cœur pur et des intentions droites. Ils verront Dieu. Quant à la paix et à sa recherche, pour être appelés fils de Dieu, la difficulté de la transmettre et de maintenir cette paix est manifeste. Être persécuté pour la justice est un sentiment terrible qui vous poursuit votre vie durant, c’est le dépouillement qui mérite le royaume des Cieux, même si cela réjouit les ricaneurs qui vous traitent de naïfs. Quant on est insulté et persécuté, calomnié pour lui, le Seigneur nous assure d’une immense récompense.

Au bout d’une vie, nous comptons nos cicatrices… cela me rappelle un film d’action de ma jeunesse. Quelle liste ! Pardonnez-moi si elle a été longue.

Mais sur quoi débouchent ces béatitudes, après ces prémisses et leur côté obscur qui nous ont été imposés par le non-amour : « Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » Vivre les béatitudes c’est être assimilé à Jésus qui meurt et ressuscite.

Serions-nous naïfs ? Vous comme moi, l’avons certainement été, mais cette forme de naïveté conduit-elle à une impasse ? Il y a bien longtemps, nous blaguions entre séminaristes sur le nom de la rue qui menait au séminaire : « Impasse du cardinal Journet ». Le Cardinal Journet, Monsieur Journet, un merveilleux théologien et père du Concile. Le séminaire conduit-il à une impasse ? Non, un séminaire est là pour aider chacun de nous, par ceux qui en sortent, à relever la tête, à regarder vers la finale de ce que nous traversons : une récompense dans les cieux, le royaume des Cieux, être  fils de Dieu, voir Dieu, obtenir miséricorde, être rassasiés, avoir la terre en héritage, être consolés, obtenir le Royaume des cieux.

Est-ce si impossible ? Voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues, nous a dit saint Jean. N’est-ce pas là un signe d’espérance ? Si personne ne pouvait dénombrer cette foule, cela ne veut-il pas dire que le Seigneur nous ouvre toutes grandes les portes du Royaume, en la personne de son Fils ? Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu. Nous le sommes par notre baptême qui nous unit à Jésus et d’une certaine manière, nous identifie à lui sur un parcours qui n’est pas de tout repos. Sa clef ne peut être que l’amour. Si vous en avez une autre, je suis prêt à vous entendre. Cet amour, c’est la personne de Jésus et son Esprit, l’Esprit du Père et du Fils, qui viennent habiter en nous. L’Esprit vient nous transformer en d’autres Christ.

S’agit-il de naïveté ? Ceux qui vous annoncent ce message le sont-ils ? Sont-ils parfaits ? Certainement pas. Suffit-il de ne pas être prêtre pour être parfaits ? Certainement pas non plus.

De l’autre côté, qu’est-ce qui nous attend ? Depuis 5 ans que je parcours un peu tout le Jura, je lis aussi beaucoup et j’ai appris à connaître toute une littérature et des émissions sur des événements de mort imminente, ou d’événements qui la précèdent. Ils nous font fortement plus que soupçonner sur ce qui se produit dans cette vie après la vie. Les vérifications ne surviennent qu’après l’expérience personnelle et la rencontre,  mais les indices sont nombreux et intéressants. L’honnêteté intellectuelle nous invite à en tenir compte, tout comme les progrès scientifiques sur l’infiniment grand et l’infiniment petit. J’ai eu la chance d’aller faire un saut à l’exposition du CERN à Genève, la semaine passée. Allez-y pour vous laisser instruire et être étonnés. Nous avons dépassé les connaissances et les préjugés du 19ème siècle. Nous avons le droit de prendre notre liberté ou de la recouvrer, délivrés de ce carcan. Nous avons aussi le droit de penser que tous ceux qui nous ont précédés et n’avaient pas nos moyens, n’étaient pas des sots parce qu’ils en connaissaient moins que nous. La foi et la résurrection de Jésus sont offertes à tous les hommes de toutes les générations. Dieu veut que par lui, avec lui, et en lui tous les hommes soient sauvés. C’est lui, personnellement, que tous les hommes rencontrerons un jour. Nous ne le rencontrerons plus seulement par la foi et les sacrements. L’Esprit nous apprend à connaître les profondeurs de Dieu, en tant que Dieu en trois personnes et pas seulement l’amour immense d’une seule personne.

Une de nos priorités aujourd’hui est de consoler ceux qui sont dans la peine parce qu’ils ont perdu un proche, ou un ami. Cela fait toujours mal et encore une fois nous ne sommes pas des naïfs. Consoler ceux qui sont affligés, affligés nous le serons tous, est une œuvre de miséricorde qui passe par la communion des cœurs. Un décès ne peut que faire mal à ceux qui restent. Nous confions tous ceux d’entre nous qui souffrent d’un deuil depuis peu, ou longtemps, à Notre-Dame de Compassion, à Marie.

Je conclus avec le Pape François : Frères et sœurs, le souvenir  des saints nous incite  à lever les yeux vers le ciel: non  pour oublier les réalités de la terre, mais pour les affronter avec plus de courage, avec plus d’espérance. Que Marie, notre Très Sainte Mère, nous accompagne par son intercession maternelle, signe de consolation et d’espérance sûre.

 

dimanche 8 octobre 2023

Va, répare mon Église



8 octobre 2023

27ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A
Lectures de la messe
Première lecture « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël » Is 5, 1-7
Psaume La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Ps 79 (80), 9-12, 1...
Deuxième lecture « Mettez cela en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous » Ph 4, 6-9
Évangile « Il louera la vigne à d’autres vignerons » Mt 21, 33-43

Chers frères et sœurs,

Le Seigneur utilise ce matin une parabole qui ne va pas manquer de faire réagir ses auditeurs, en particulier les prêtres, les scribes et les pharisiens, autrement dit le milieu religieux institutionnel. En même temps, elle est une référence au prophète Isaïe. Il veut leur faire comprendre l’urgence du moment et l’injustice commise envers lui et mettre en cause la qualité de leur travail, de leur pastorale dirait-on aujourd’hui. Ils ont mal soigné sa vigne et le vin a été de mauvaise qualité.

Les conditions météorologiques ont avancé la récolte chez nous, et d’après ce que j’ai lu la qualité n’est pas encore certaine. Il s’agit ici d’une récolte avant tout spirituelle qu’attend le Seigneur. Mais cela ne nous empêche pas d’être attentif à la nature qui nous entoure, d’autant plus que le Pape François a fait publier le jour de l’ouverture du Synode et de sa fête une exhortation apostolique intitulée « Laudate Deum », « Louez Dieu pour toutes ses créatures », destinée à toutes les personnes de bonne volonté, sur le thème de la crise climatique. Je ne puis que vous conseiller de la lire, même si un bon nombre d’entre nous apprécions le repos que nous laissent nos os et autres douleurs rhumatismales. Etant en tout petit nombre en comparaison des habitants des grandes nations, même si nous pouvons faire mieux encore, il y a un élément que nous avons à intégrer davantage: une éthique solide, une culture et une spiritualité du respect de ce don Dieu qu’est la nature. Nous en sommes gestionnaires. De plus, je crois que chacun comprend qu’à puiser sans réserve dans un capital, il finit par être épuisé.

Notre parabole nous dit donc qu’un homme était propriétaire d’un domaine, littéralement, un maître de maison, un chef de famille, oikodespotes, et qu’il planta une vigne, loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Au temps de la vendange, il voulut s’en faire remettre le produit. Les vignerons ont mis la main sur celui-ci, qui n’était déjà pas extraordinaire ; ils tuent les serviteurs et le fils du Maître. Il s’agit du sort réservé à Jésus qui va ressusciter et donner la vigne à d’autres. S’agit-il d’une parabole qui met seulement en garde les vignerons de son époque ? Vous admettrez avec moi que ce n’est pas le cas. Si nous parcourons un tant soit peu l’histoire de l’Église, nous voyons qu’il ne s’est pas toujours agi de moments glorieux. Nous traversons collectivement des temps de crises et des remises en question difficiles en cette période, des dépouillements, des invitations à des changements en profondeur.

Le Synode est une occasion pour l’Église institutionnelle de faire une mise à jour. On n’entend relativement peu de choses, le Pape François ayant demandé une discrétion médiatique sur les sujets traités. On nous dit cependant que parmi les thématiques discutées figurent la révision des structures de l'Église, les abus, le dialogue interreligieux et l'«option» pour les pauvres. «L'importance de se dépouiller de tout ce qui n'est pas conforme à l'Évangile». Le crucifix de saint Damien est là aussi : «Le thème de la réparation de l'Église est apparu dit un communiquant. Réparer, c'est dire: me voici, je suis au service. Celui qui se met au service répare l'Église, sert le diagnostic et le pronostic et lit les signes des temps avec un cœur pur.» Il ne s’agit pas de prendre simplement la température et de fournir un document de plus qu’on entrera dans notre base de donnée personnelle ou en ligne.

Des transformations de l’institution seront toujours nécessaires pour aider à l’écoute de l’Esprit. Il ne s’agit pas d’aides auditives au sens propre. J’ai appris l’autre jour qu’on pouvait même entendre par l’intermédiaire de nos os. On appelle cela conduction osseuse. il nous faut une conduction spirituelle par ces moyens que sont la prière, le silence intérieur et la méditation de la parole de Dieu. Le pape François a mentionné son prédécesseur mercredi : « Dieu a parlé, il a vraiment rompu le grand silence, il s'est montré, mais comment pouvons-nous faire en sorte que cette réalité parvienne à l'homme d'aujourd'hui, pour qu'elle devienne le salut. »

L’Église nous propose des modèles dans les saints pour y parvenir. Mais ne met-on pas en priorité ce qu’on appelle leurs vertus héroïques ? Cela voulait dire qu’autour d’eux ce n’était pas uniquement des mystères joyeux, les mystères joyeux de nos rosaires personnels. Ils ont écouté le Seigneur dans leur cœur et se sont mis à sa suite. Le Seigneur passe dans et par des personnes, il transforme répare et édifie son Église au travers de chacun de nous. Il nous invite à l’écoute de sa parole pour donner du fruit, mais aussi à être à l’écoute de notre temps. On rit beaucoup parfois de représentations de la vie spirituelle des chrétiens et de caricatures matérialistes issues du 19ème siècle. L’univers matériel visible est immense, nous sommes moins que des puces à cette échelle et pourtant nous sommes là. Comment est-ce possible ? Nous avons l’impression d’être stables et immobiles et nous fonçons  à 107.000 kilomètres  heure. Tout cela est trop intelligent pour être le fruit du hasard. L’univers créé a eu un commencement. D’où vient-il ? Dans l’infiniment petit, on ne sait plus à quoi on a affaire. Des ondes, des corpuscules, une dualité ondes-corpuscules, une autre dimension ? Un détour par le CERN et son exposition serait aussi intéressant. Oser tenir que toute notre personne et nos représentations, y compris de Dieu se réduisent à des connexions neuronales et des courants électriques, est de plus en plus problématique. Finalement la résurrection n’est plus si impensable  dans notre contexte et face à cette face invisible de notre univers… C’est un avis personnel. Prenons soin avant tout de notre vie spirituelle qui reçoit et véhicule un courant majeur. L’amour de Dieu et du prochain. Par lui nous verrons Dieu.

Nous pouvons conclure avec une prière du pape François à Marie Mère de l’Église .

 
Ô Mère, aide notre foi !
Ouvre notre écoute à la Parole, pour que nous reconnaissions la voix de Dieu et son appel.
Éveille en nous le désir de suivre ses pas, en sortant de notre terre et en accueillant sa promesse.
Aide-nous à nous laisser toucher par son amour, pour que nous puissions le toucher par la foi.
Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir.
Sème dans notre foi la joie du Ressuscité.
Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul.
Enseigne-nous à regarder avec les yeux de Jésus, pour qu’il soit lumière sur notre chemin. Et que cette lumière de la foi grandisse toujours en nous jusqu’à ce qu’arrive ce jour sans couchant, qui est le Christ lui-même, ton Fils, notre Seigneur ! Amen 

dimanche 1 octobre 2023

Jérôme, Thérèse de l'Enfant-Jésus, Edith Piaf et N-D du Rosaire

 



1 OCTOBRE 2023 -  dimanche, 26ème Semaine du Temps Ordinaire — Année A

 Lectures de la messe

Première lecture« Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie »Ez 18, 25-28
Psaume Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse. Ps 24 (25), 4-5ab, 6...
Deuxième lecture« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus »Ph 2, 1-11
Évangile « S’étant repenti, il y alla »Mt 21, 28-32


Chers frères et sœurs,

Il est toujours délicat de prêcher le dimanche, après l’angélus du pape et le sermon sur France 2. Le pape François a donné deux qualificatifs aux deux fils de ce Père qui représente Dieu dans l’Évangile l’un était hypocrite et corrompu et l’autre sincère. Il s’agit du rapport entre sa conscience et Dieu. Dire en face à son prochain ce que l’on pense de lui peut s’avérer parfois problématique.

 « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. Nous a dit Saint Paul.

Nous percevons un contraste certain entre ce mot de « Seigneur » qui paraît être une sorte de point culminant pour désigner « Jésus » et ces lectures qui invitent toutes à la conversion et à l’humilité dans la sincérité envers Dieu.  Saint Paul nous invite à nous réconforter les uns les autres, à nous encourager avec amour, à la communion dans l’Esprit, à la tendresse et à la compassion. Il nous invite nous à cela, dans le Christ. Si tu aimes Jésus et que tu es en relation avec lui, alors tu agiras ainsi. Le but est bien d’abord une vie avec lui dans une relation d’amour qui va donner les fruits relevés par saint Paul.

Hier, par hasard, je suis tombé en regardant brièvement Arte, sur une émission qui parlait de pharaons, Leurs momies avaient été mises précieusement à l’abri dans une tombe collective et bien étiquetés pour qu’on puisse les reconnaître et qu’ils entrent dans la vie éternelle. Si Jésus-Christ est Seigneur ce n’est pas de cette manière-là. « Ayant la condition de Dieu, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » Je vous relis ces lignes de Saint Paul parce qu’elles sont une des plus descriptions de la vie, de la mission de Jésus et de son amour pour nous ; de l’amour de Dieu  pour nous. Ce que nous ne pouvions faire, nous réconcilier avec lui, il l’a fait. Il nous a fait le don le don de sa grâce et nous a donné le grand moyen, le seul véhicule qui puisse nous unir à lui, celui de l’amour.

Il est fondamental.

La grâce nous la recevons par les sacrements dont celui de la réconciliation pour rétablir le courant de l’amour entre Dieu et nous. Vous vous souvenez des étapes, avant une absolution, la confession de sa faute, la contrition et la ferme volonté de réparer le mal qui a été commis. Dans le langage classique on parle pour la pénitence de satisfaction. Ce n’est pas de la magie qui résout tout, y compris pour les prêtres. Il ne s’agit pas d’une possibilité de résoudre une situation grave à moindres frais. Ça ne marche pas ainsi. Matthieu que nous avons lu décrit son propre parcours lorsqu’il mentionne les publicains dont il faisait partie. « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. » Le pape François l’aime beaucoup dans le tableau du Caravage à Saint Louis des Français. Il a dit en se référant au tableau du Caravage où Matthieu compte ses sous : « “Non, pas moi ! Non, ces sous m’appartiennent !”. Voilà, c’est cela que je suis : un pécheur sur lequel le Seigneur a posé les yeux. C’est ce que j’ai dit quand on m’a demandé si j’acceptais mon élection au pontificat ».

Le Seigneur est doux et humble de cœur, comment se laisser rejoindre par lui aujourd’hui? Peut-être le savez-vous, nous fêtons aujourd’hui dans le diocèse de Bâle, saint Jérôme qui a été un grand traducteur de la Bible. Il a vécu au IVème siècle et a voulu aller faire une partie de ses traductions à Bethléem dans la grotte où est Jésus. Dans le prologue à un commentaire d’Isaïe qu’il avait fait pour répondre à une grande dame du nom de Paula, il a écrit ceci : En le faisant, j'obéis aux préceptes du Christ qui dit : « Scrutez les Écritures, et aussi : Cherchez, et vous trouverez. Si, selon l'Apôtre Paul, le Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu, et si celui qui méconnaît les Écritures méconnaît la puissance de Dieu et sa sagesse : ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ. » Ceci veut dire que nous pouvons connaître le Christ à travers les Écritures, c’est pour cela qu’elle nous sont si précieuses. Dans le Jura elles devraient nous l’être pour une raison supplémentaire, un plus, nous avons eu chez nous la Bible de Moutier Grandval, un témoin important de la transmission de l’Écriture. Si vous allez sur internet, regardez l’article sur la Vulgate, la Bible traduite Saint Jérôme, elle est citée.

La connaissance livresque ne suffit toutefois pas. Il faut en priorité que l’amour circule parmi nous, pour construire le corps du Christ, l’Église. Le Christ aime son Église et chacun de nous parce que nous lui appartenons. C’est pour cela qu’elle est appelée à durer et que chacun de nous est appelé à la conversion. Fêtant sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dans l’Église universelle, nous pouvons nous rappeler que l’amour est au centre de sa vocation. « Dans l’Église, je serai l’amour. » avait-elle compris. Puisque nous la fêtons et que le Seigneur nous a dit dans l’Évangile que les publicains et les prostituées précèderaient les hypocrites dans le royaume de Dieu, je me permets de vous signaler un petit livre dont j’ai entendu sur KTO un compte-rendu dans l’Esprit des lettres, Edith Piaf, la chanteuse. Intitulé « Un cri vers Dieu. » Elle avait été guérie toute petite d’une maladie des yeux lors d’un pèlerinage à Lisieux chez Thérèse. Une invitation à ne pas faire les malins et à retenir que Dieu écrit droit avec des lignes courbes. C’est en quelque sorte une illustration de l’Évangile d’aujourd’hui.

Nous pensons aussi au Synode sur la Synodalité est une étape sur ce chemin dont l’assemblée générale aura lieu du 4 au 29 octobre 2023, puis en octobre 2024.

Je ne veux pas faire trop long pour vous ce soir, rappelons-nous simplement les grands moyens que nous avons de retrouver chaque jour le Christ dans l’amour mutuel, les sacrements et l’Écriture.

Nous nous confions  et nous confions à Marie ces intentions puisque le mois d’octobre est un mois privilégié pour nous mettre à son école avec le rosaire. Elle est Mère de l’Église. Je conclus par les mots du pape : « Que Marie, un miroir de sainteté, nous aide à être des chrétiens sincères. » Amen.


dimanche 17 septembre 2023

Pardonne encore et toujours comme Moi




 17 SEPTEMBRE 2023 -  dimanche, 24ème Semaine du Temps Ordinaire — Année A

Lectures de la messe

Première lecture« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière,...Si 27, 30 – 28, 7 Psaume Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour.Ps 102 (103), 1-2, 3...
Deuxième lecture« Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur » Rm 14, 7-9
Évangile« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 foi...Mt 18

Éléments d'homélie

Le Seigneur dans l’Évangile de ce matin, nous parle du pardon et nous demande de pardonner sans cesse. Nous ne pouvons que retenir son début et la question de Pierre : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. »

Vous admettrez avec moi que c’est déjà considérable. Cela fait surgir de cette multiplication le chiffre de 490. Si vous le faites en comptant sur vos doigts vous vous y perdez déjà. Le Seigneur veut nous dire que nous devons pardonner à l’infini, comme lui. Sept pour les hébreux, c’est  la plénitude, la perfection, la puissance, la totalité, la gloire. Nous retrouvons ce nombre dans la création et dans le Sabbat où Dieu se repose. Le problème qui nous est posé est d’arriver à huit, parce que l’homme a péché après le 7ème jour. Dieu lui avait donné la création à gérer, et il a rompu avec Lui, il a péché. Le Seigneur nous explique notre situation avec l’image des 10.000 talents. Un talent représentait environ 27 kg, ce qui nous fait 270.000 kg. Cela fait à peu près 180 millions de francs à 650 francs le kg. J’ai été obligé de m’instruire.

Le Seigneur nous demande de pardonner parce qu’il nous a remis une dette énorme. Qui est la valeur de notre vie éternelle avec lui. Il exige le pardon de notre part. Mais, quel sujet que celui du pardon… A un enfant, en famille, normalement on lui apprend à faire la paix et se pardonner. Mais tout n’est pas simple.

Les conséquences d’une faute envers son prochain peuvent être très graves et durer une vie entière. Pour un adulte, lorsqu’on parle de certaines problématiques, on a l’impression que quelqu’un tire sur un vieux pansement, et tout un passé ressurgit, même après la disparition de son auteur. Les problématiques mises au jour en Église ces dernières semaines nous montrent que des blessures restent en attente longtemps et se réouvrent. De la part de celui qui en est à l’origine, il ne suffit pas d’une petite absolution sur la mention d’un numéro de commandement glissé à toute vitesse auprès d’un confesseur dur d’oreille. Être en paix avec Dieu nécessite également la réparation effective d’un mal commis, ce qu’on appelle une satisfaction.

Nous avons besoin de demandes de pardons et de réparations en Église. Nous avons besoin d’un changement de culture, les évêques nous le répètent maintenant. Cela ne concerne pas que les prêtres. Nous ne sommes pas l’Église. Nous comprenons enfin que le fonctionnement n’est pas seulement hiérarchique, du haut en bas, top down et pyramidal. L’obéissance chrétienne est là pour nous faire grandir et pas pour tolérer des abus et les cacher. Elle n’est pas aveugle. L’Église est le corps du Christ et doit nous aider à faire naître le Christ en nous, en chacun de nous. Mon Abbé Primat qui m’a rendu visite il y a un mois environ et m’a dit qu’il concevait son ministère comme celui d’un Père. Un Père aime et fait grandir le Christ en ceux dont il a la charge.

Le Seigneur veut nous voir grandir dans l’amour. Que mes sœurs me pardonnent de citer encore ce qu’a dit le Pape François, en recevant les oblats bénédictins en la fête de Notre-Dame de Compassion le 15 septembre : « Je pense à votre charisme et je crois que, d'une certaine manière, il peut être résumé dans une belle expression de saint Benoît, qui nous a invités à avoir un "cœur dilaté par l'indicible souveraineté de l'amour" (Prologue de la Règle, n° 49). Je crois que ce cœur élargi est le secret de la grande œuvre d'évangélisation du monachisme bénédictin. »

Pour le Carmel, la dimension du cœur et sa dilatation est la même. Je crois que la vie est aussi faite de slogans comme la prière du cœur des orientaux… Cela me permet de rappeler encore une fois Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle avait découvert sa vocation en ouvrant au hasard une épitre de Saint Paul, la 1ère au Corinthiens chapitre 12 : Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux ; en un mot, qu’il était éternel. Je me suis écriée : Ô Jésus, mon amour ; ma vocation, enfin je l’ai trouvée ; ma vocation, c’est l’amour. Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’amour ; ainsi je serai tout, ainsi mon rêve sera réalisé.

Le cœur n’est pas qu’un organe physique apte à être réparé. Un cardiologue m’a rappelé qu’il n’est naturellement programmé que pour battre un certain nombre de fois. A bon entendeur. Le pardon a bel et bien un rôle spirituel à jouer pour retrouver la paix intérieure avec le Seigneur, mais aussi avec nos frères. Les psychologues parlent de son importance humaine pour avancer sur un chemin de guérison des traumatismes. Un prêtre canadien, décédé aujourd’hui et psychologue, le Père Jean Monbourquette avait écrit un ouvrage très utile à ce propos, avec une méthode : « Comment pardonner ». Cela ne signifie pas tourner la page par une bonne parole et s’en tirer à bon compte.

Mais plus profondément encore, que cet aspect-là, nous avons à réécouter et à relire la passion de Jésus dans Saint Luc et son pardon. La croix c’est horrible. Elle conduit à la destruction et à la mort. Le Pape François commentait ainsi l’an passé. Jésus dit : Père, pardonne-leur. Contrairement aux autres martyrs dont parle la Bible (cf. 2 M 7, 18-19), il ne fait pas de reproches aux bourreaux ni ne menace de punition au nom de Dieu, mais il prie pour les méchants. Fixé à la potence de l'humiliation, il augmente l'intensité du don, qui devient pardon. Notre chemin de vie éternelle est celui de l’imitation du Christ.

Il faut aussi se pardonner à soi :Lorsque nous lui faisons mal par nos actions dit le pape, il souffre et n'a qu'un seul désir : pouvoir nous pardonner. Pour s'en rendre compte, regardons le Crucifié. C'est de ses blessures, de ces brèches de douleur causés par nos clous, que jaillit le pardon. "Merci Jésus : tu m'aimes et me pardonnes toujours, même quand j'ai du mal à m'aimer et à me pardonner".

Ce don de soi-même, nous avons à le vivre avec lui pour qu’il naisse en nous, pour qu’il ressuscite en nous. C’est tout le chemin de notre vie spirituelle, ressusciter par lui, avec lui et en lui. Les baptistères étaient souvent formés d’un octogone, le 8ème jour symbolise la résurrection. Notre résurrection a commencé à notre baptême où nous avons été pardonnés. Il survient après le 7ème jour, le repos de Dieu au tombeau.

Marie notre Mère accompagne-nous sur notre chemin de résurrection. Amen.


dimanche 23 juillet 2023

Ivraie et chaise longue? A notre âge !



 23 JUILLET 2023 -  dimanche, 16ème Semaine du Temps Ordinaire — Année A

Lectures de la messe

Première lecture« Après la faute tu accordes la conversion »Sg 12, 13.16-19

PsaumeToi qui es bon et qui pardonnes, écoute ma prière, Seigneur. Ps 85 (86), 5-6, 9a...

Deuxième lecture « L’Esprit lui-même intercède par des gémissements inexprimables »Rm 8, 26-27

Évangile« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson »Mt 13, 24-30


Chers Frères et Sœurs,

Vous auriez certainement aimé entendre un sermon des foins, mais ils sont déjà passés. J’aime beaucoup cette parabole estivale du bon grain et de l’ivraie. Hier en venant dire la Messe au Vorbourg pour fêter Sainte Marie-Madeleine l’Apôtre des Apôtres, j’ai été contraint de suivre deux tracteurs de bonne dimension qui tiraient deux énormes remorques apparemment pleines de blé. J’espère que nos agriculteurs sont satisfaits cette année. Je vois sur la toile des indications de production sans fongicides, insecticides et régulateurs de croissance… On laisse régler la problématique aux spécialistes. La lutte contre les mauvaises herbes aussi. J’essaye toujours d’apprendre quelque chose en préparant mes homélies et cette fois j’ai vu qu’un des plus anciens traités sur l’agriculture serait de Xénophon environ 360 avant J-C, intitulé l’Économique. On y entend même parler Socrate, « l’agriculture est la mère et la nourrice des autres arts : dès que l’agriculture va bien, tous les autres arts fleurissent avec elle »… Au temps de Jésus, il semble qu’on était tenté sinon obligé de s’occuper du problème des mauvaises herbes à la main, ce qui provoquait du travail et bien des dégâts.  Les récoltes à la serpe n’étaient également pas que de la poésie. L’ivraie quant à elle, m’amuse toujours un peu à commenter en période de vacances, puisque certaines variétés sont utilisées pour les pelouses… et font songer aux chaises longues. 

Le Seigneur veut cependant nous inviter, même sur nos chaises longues au moins à un début de réflexion sur notre manière de vivre. D’ailleurs, ne profitait-il pas de lieux où il y avait beaucoup d’herbes pour faire asseoir les gens qui voulaient l’écouter, trois évangélistes le mentionne dont saint Jean :  6.10 Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Là, il multiplie les pains et les poissons. N’est-ce pas une invitation à la méditation pendant ce temps de vacances ? Merci aussi d’être venus.

Son champ n’est cependant pas une pelouse, mais bien un lieu de travail réel et spirituel. C’est nous-mêmes, où la Parole germe, prend racine et porte du fruit. Que veut-il faire de nous sinon nous offrir à son Père et nous transformer en louange à la gloire de Dieu, nous diviniser dans le sens de participation à la vie divine. Il y a de belles expressions chez Teilhard de Chardin. D’évidence, il s’agit là d’un labeur pénible qui s’inscrit dans la durée, pour nous transformer et faire de nous des frères et sœurs du Seigneur. Lui veut nous faire participer à ce qu’il est, non seulement pour nous transformer, mais pour se communiquer et communiquer Dieu au monde. Un grand mot, mais qui nous incite à prendre conscience d’une mission qui ne consiste pas à rester éternellement sur une chaise longue. Toutefois nous ne devons surtout pas négliger l’importance d’une personne que Saint Paul a mentionnée, l’Esprit Saint qui vient au secours de notre faiblesse. L’Esprit qui scrute les cœurs et discerne, certes. mais qui agit également dans le silence de la prière et de l’oraison. C’est un temps où nous paraissons être au repos, mais où lui nous fait croître. Il ne s’agit pas d’en rester là, mais d’aimer comme le Seigneur nous a aimés.

Le pape François nous a demandé de porter une plus grande attention aux plus anciens d’entre nous, ce qui invite les moins anciens à se considérer encore comme des jeunes, avec un certain pourcentage. Cela nous fait d’ailleurs apprécier l’aide et l’amitié des plus jeunes pour l’autre pourcentage. Un des trésors et des fruits de notre vie à communiquer, devrait être la Sagesse de vie qui ne se limite pas aux techniques… Pour la connaissance des derniers systèmes électroniques il s’agit d’une autre affaire. Ils nous permettent au moins de tester notre patience et notre vocabulaire en période de contradiction. Nous devrions avoir acquis plus de discernement et apprécier ce qui est vraiment important en face de l’exubérance et du foisonnement d’idées de la première partie de la vie. Parfois, il est vrai que nous pouvons être sots et fixés sur de mauvaises habitudes dont il faudra encore laisser le Seigneur s’occuper. Il est patient . Ce temps est béni parce qu’il nous oblige de songer à la rencontre qui nous attend avec celui qui nous appelé à la vie et à le voir. La règle la plus importante qu’il nous a donnée pour y parvenir est d’aimer, de donner et de se donner, d’essayer de faire grandir l’autre dans l’amour. Ne serait-ce pas le service le plus grand que nous pourrions rendre aux plus jeunes ? Qu’est-ce qui nous empêche aujourd’hui d’aimer, pour apprendre à aimer ?

Le Saint-Père dans la perspective des prochaines journées mondiales de la jeunesse,  a pris comme exemple et comme thème celui de la Visitation, de la communication entre la jeune Marie et l’ancienne Élisabeth. Celle-ci a besoin d’aide en raison de son état et de son âge. Marie a aussi besoin d’apprendre à devenir une maman. Ce sont en quelque sorte des services mutuels. Nous entendons presque l’Esprit-Saint jouer sur deux instruments qui se répondent pour que jaillisse la louange à la gloire de Dieu. Avec les deux enfants qui s’y associent… Lorsqu'il reconnut la salutation de Marie, Jean-Baptiste se réjouit aussitôt, bondissant d’allégresse comme pour chanter à la Mère de Dieu : 

Réjouis-toi Jeune pousse au Bourgeon immortel 

Réjouis-toi Jardin au Fruit qui donne Vie

Réjouis-toi en qui a germé le Seigneur notre Ami

Réjouis-toi tu as conçu le Semeur de notre vie  

Concluons avec la prière qui nous est proposée pour aujourd’hui  : 

Je te remercie, Seigneur, pour la bénédiction d’une longue vie car, à ceux qui se réfugient en Toi, Tu accordes toujours de porter des fruits. 

Pardonne, ô Seigneur, ma résignation et mon désenchantement, mais ne m’abandonne pas lorsque mes forces déclinent. 

Apprends-moi à regarder avec espérance l’avenir que Tu me donnes, à la mission que Tu me confies  et de chanter Tes louanges sans fin. 

Fais de moi un tendre artisan de Ta révolution, pour m’occuper de mes petits-enfants avec amour et tous les petits qui cherchent refuge en Toi. 

Protège, ô Seigneur, le Pape François et accorde à Ton Église de libérer le monde de la solitude. 

Dirige nos pas sur le chemin de la paix. Amen.