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dimanche 12 janvier 2025

Le Baptême du Christ

Atelier Saint-André

 12 janvier 2025  Le Baptême du Seigneur — Année C Fête

Lectures de la messe
Première lecture« La gloire du Seigneur se révélera, et tout être de chair verra »Is 40, 1-5.9-11
Psaume Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !Ps 103 (104), 1c-3a,...
Deuxième lecture« Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvel...Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7
Évangile « Comme Jésus priait, après avoir été baptisé, le ciel s’ouvrit »Lc 3, 15-16.21-22


Chers Frères et Sœurs,

Un petit récapitulatif pour entrer en matière… Jésus a été annoncé par les prophètes. Les anges se sont mis de la partie, les bergers également et même une étoile qui a guidé les mages. Anne et Syméon ont prophétisé sur lui. Nous avons parcouru les mystères de l’Enfance relativement vite, puisque nous en sommes au baptême de Jésus et au début de son ministère public. Cette théophanie, cette manifestation de Dieu au monde et donc aussi cette Epiphanie nous interpelle. 

Le baptême de Jésus. Adulte, nous touche parce qu’il nous fait penser au nôtre. Le pape François nous demande régulièrement de nous le rappeler. Habituellement nous avons presque une larme d’émotion, en songeant que nous avions quelques petits kilos, pas trop… Nous avons nos photos, et nous nous remémorons notre parcours : toutes les grandes choses et bêtises que nous avons pu accomplir, nos maladies, nos accidents, nos cicatrices de toutes natures. Nous alignons les différences et les concordances avec les projets, les espérances et les rêves de nos parents. Il y avait les yeux de l’un, les pieds de la maman, un défaut de fabrication de telle branche familiale, etc… et des qualités en attente. Avec de tels yeux, il allait peut-être devenir astro-physicien, mais surtout pas poète. Nous constatons aujourd’hui une recrudescence remarquable du baptême d’adultes, basée sur un argumentaire qui nous fait peut-être penser que l’espérance et la foi ont subi un coup de frein. Il y a bien 40  ans, j’avais assisté au baptême d’un bébé à la manière orientale. Les dames contrôlaient la température avec le coude… c’était charmant. Il m’a fait effectuer un rapprochement avec d’autres mamans qui apprennent parfois à leurs bébés à nager dans les piscines chauffées. Ils regardent avec des yeux ronds en faisant risette…  Pourquoi pas alors ne pas risquer de leur apprendre à nager dans l’eau de leur baptême, je veux dire à  vivre en chrétien ? Il est moins invraisemblable de croire aujourd’hui en un au-delà du visible qu’hier. Il suffit de ne pas se laisser mettre la tête dans le sac du prêt à penser des idéologies contemporaines. Dieu, nous attend toujours à un détour du chemin parce qu’il nous aime.

Le baptême de Jésus, est mentionné dans les 4 Evangiles. Il l’est de manière relativement brève, presque allusive et nous percevons cet élément chez saint Luc. Si vous avez eu le courage de préparer votre Evangile d’aujourd’hui, ne serait-ce qu’avec la version en ligne de l’AELF, vous aurez constaté qu’il est constitué de deux passages découpés et rapprochés de ce chapitre 3 qui ouvre le ministère de Jésus.

Il nous présente au préalable, le ministère de Jean et son martyre, puis vient la longue liste des ancêtres de Joseph qu’on pensait être le père de Jésus et qui l’avait introduit dans la famille de David. Au baptême de Jésus, on entend la voix du Père, et l’Esprit sous la forme d’une colombe vient reposer sur lui. Il s’agit bien d’une manifestation de la Trinité, de Dieu un et trois. 

Il est mystérieux de voir Jésus demander le baptême de Jean, alors qu’étant Fils de Dieu, il n’a aucunement besoin d’un baptême de conversion. Nous pouvons y voir un acte de solidarité avec notre humanité et l’annonce de sa mission. Il ouvre la voie comme Moïse à travers la mer rouge pour que nous puissions parvenir à l’autre rive. Mais à la différence de cet événement commenté par les Pères de l’Eglise, il fait plus encore, il pénètre dans les eaux et se laisse submerger pour en ressortir. Nous n’avons aucune peine à reconnaître dans cette symbolique, l’annonce de sa mort et de sa résurrection. Les Pères disent aussi que toutes les eaux sont rendues saintes et moyen de sanctification, parce que le Seigneur y pénètre. Il purifie toutes les eaux. Proclus de Constantinople nous disait mardi à l’Office des lectures : Il a sanctifié les sources des eaux et il a illuminé les âmes des hommes. Aujourd’hui, la terre et la mer se sont partagé la grâce du Sauveur, et le monde entier a été comblé de joie ; et la fête d’aujourd’hui montre un surcroît de merveilles. Aujourd’hui, c’est la mer qui se réjouit hautement ; elle se réjouit de ce que, par l’intermédiaire du Jourdain, elle a reçu la bénédiction qui la sanctifie.

Nous pouvons relever que le Jourdain, se jette dans la mer morte. Ces eaux deviennent donc salubres... Ce qui est tout un symbole. La grâce venant du Christ peut tout

Saint Luc a une particularité, il mentionne que Jésus se met en prière après son baptême et que c’est alors que l’Esprit vient sur lui. Son Esprit nous est destiné à tous lorsqu’il remontera vers son Père et nous l’enverra à la Pentecôte. Il est l’Esprit qui nous fera ressusciter au dernier jour, comme Jésus. Dans la bulle d’indiction du Jubilé, le Pape François nous dit que « L’espérance chrétienne consiste précisément en ceci : face à la mort, où tout semble finir, nous recevons la certitude que, grâce au Christ, par sa grâce qui nous est communiquée dans le Baptême, « la vie n’est pas détruite, elle est transformée » [15] pour toujours. Dans le Baptême, en effet, ensevelis avec le Christ, nous recevons en Lui, ressuscité, le don d’une vie nouvelle qui brise le mur de la mort et en fait un passage vers l’éternité. »

Pendant cette année Jubilaire, si vous avez du temps en ayant fait vos courses déjà le vendredi, vous pouvez ouvrir votre télé ou votre internet, le Pape va faire une audience le samedi… Il aide les prédicateurs du dimanche qui pourront vous faire un replay éventuel ! Il parle et parlera de l’espérance, et pas seulement d’espoir qui est un pari sur une possibilité positive.

L’espérance a-t-il dit hier, est une vertu théologale. Et en latin, virtus signifie « force ». L’espérance est une force qui vient de Dieu. L’espérance n’est pas une habitude ou un trait de caractère – que l’on possède ou non – mais une force qu’il faut demander. C'est pourquoi nous devenons pèlerins : nous venons demander un don, pour recommencer le chemin de la vie.

Le refrain sera « tout recommencer »…  Jésus nous montre la nouvelle voie, celle des Béatitudes, qui sont la loi surprenante de l’Évangile. On se demande alors : est-ce que j’ai en moi un véritable désir de recommencer ? Pensez-y, chacun de vous : au fond de moi, est-ce que j’ai envie de tout recommencer ? Est-ce que je veux apprendre de Jésus qui est vraiment grand ? Le plus petit, dans le Royaume de Dieu, est grand. Parce qu’il faut… [Tous : « Tout recommencer ! »].

Notre-Dame de la Sainte Espérance priez pour nous. Amen


dimanche 5 janvier 2025

L'Epiphanie

 

Source

Dans le temple de Courtelary, une épiphanie avait été découverte dans cette ancienne église romane locale en 1930. Elle est du XIVe siècle. Saint Imier est représenté avec son griffon sur la droite. 

5 janvier 2025  L'Épiphanie du Seigneur — Année C Solennité

Lectures de la messe

Première lecture« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi »Is 60, 1-6

Psaume Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi.Ps 71 (72), 1-2, 7-...

Deuxième lecture « Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héri...Ep 3, 2-3a.5-6

Évangile Nous sommes venus d’Orient adorer le roi Mt 2, 1-12

Chers Frères et Sœurs,

Nous nous rappelons qu’Epiphanie signifie manifestation. Le Christ est aujourd’hui manifesté au monde, aux nations. Dans la nuit de Bethléem, les anges l’avaient annoncé aux bergers durant la nuit. Ils étaient les petits de la maison d’Israël. Les mages se rendant à la crèche représentent tous les peuples de la terre. Nous aurions peut-être attendu cet épisode de l’enfance chez Saint Luc, plus tourné vers l’annonce de la Bonne Nouvelle aux nations. Il procède différemment. Dans la liturgie, sous ce vocable sont regroupés trois moments de la vie de Jésus : La venue des mages et leur adoration, son baptême et Cana. Dans le vécu l’Epiphanie est plutôt un moment de joie pour les enfants, à voir ce qui se passe en Valais et ailleurs.  Ayant célébré dans un petit village du Jura Bernois, Courtelary, célèbre aujourd’hui pour son chocolat, je me suis rappelé que le temple de ce village, à l’origine église romane, contient une fresque de l’adoration des mages. Elle avait été redécouverte lors d’une restauration aux environs de 1930, avec celle d’un Saint ermite local, Imier. Il s’était réfugié au désert du Jura Sud, depuis l’Ajoie pour fuir une dame trop amoureuse.  Je voudrais en venir au fait que nous pourrions nous aussi essayer de redécouvrir le sens de la venue des mages aujourd’hui, en n’en restant pas au seul joyeux folklore. 

La joie doit demeurer, mais quelle joie en premier lieu ? Celle de pouvoir rencontrer le Seigneur notre lumière après avoir suivi l’étoile présente en nous. L’étoile disparaît lorsque le soleil se met à briller. Ce soleil, cette lumière, est un petit berger qui est là et qui doit nous conduire vers le Royaume. Il est le vrai soleil invaincu, célébré dans la Rome païenne en ce temps de l’année. Lorsque naît un petit enfant, chacun se réjouit de voir les sourires, les yeux qui rient. Les mages que l’on s’imagine comme étant de savants astrologues de l’époque, venus d’Arabie ou d’Iran, sont devenus des sortes de rois représentant toutes les nations, et toutes les races. Melchior, Gaspard et Balthasar se présent avec trois cadeaux,  l’or pour la royauté, l’encens pour la divinité et la myrrhe pour annoncer son ensevelissement. Le parcours implicite et l’alliance de ces éléments sont surprenants. Comment peut-on mêler, le pouvoir, la divinité et la mort ? Le mélange paraît incompatible. N’est-ce pas parce que cet enfant vient proposer un chemin mystérieux à tous et même insupportable. Son message va remettre en cause toute la perception  des valeurs de ce temps-là et la nôtre, et celle de tous les temps. Il est le vrai soleil invaincu qui reprend la vie qu’il déposera. 

Hérode s’est senti menacé dans son autorité, il a voulu faire périr ce concurrent potentiel dangereux, nous connaissons la suite. Les prêtres et les scribes qui avaient la connaissance des Écritures l’ont renseigné et deviendront les principaux obstacles à son message. Mais vouloir saisir un rayon de lumière dans sa main, enfermer le soleil dans sa main, est-ce possible ? Pouvons-nous prétendre être les propriétaires de la révélation et l’enfermer dans un système et une manière de penser aujourd’hui ? La foi est fondamentale, certes, mais l’Esprit n’est-il pas libre d’aller où il veut ? Il va toujours de l’avant et nous demande une certaine souplesse intérieure et donc la confiance.

Le nombre trois est aimé par l’Eglise en raison de la Trinité. Il est mis en évidence avec les trois mages qui apportent trois cadeaux, nous pouvons envisager aussi trois pèlerinages, en cette année Sainte. Un pèlerinage à la suite de l’étoile, un pèlerinage en nous-mêmes à la recherche de la lumière et un pèlerinage auprès de notre plus proche voisin. Ces trois pèlerinages nécessitent de cultiver l’espérance. Elle nous permet de toucher un but que nous n’avons pas encore atteint. Cet enfant sur les genoux de sa mère va nous permettre de l’atteindre. Ce but, c’est l’entrée dans la communion avec son Père, dans la vie trinitaire, c’est voir Dieu. Nous y songeons de plus en plus fréquemment lorsque passent nos années et que décroissent nos forces.

Un regain d’espérance, nous est donné lorsque nous remarquons que les vieux  systèmes d’athéisme pratique ont été remis en question, par l’étude sur la nature de la matière et son origine. La complexité du monde qui nous entoure et la nôtre devraient nous interpeller. Comment ne peut-il pas y avoir quelque chose, un au-delà du visible ? Pourquoi ne pas imiter les mages qui recherchaient la vérité et observaient le ciel ? C’était à leur manière, certes.

Le pape François nous invite à parcourir les chemins de l’espérance cette année. Nous avons reçu une sorte de petit moteur spirituel à 3 temps que sont les trois vertus : la foi, l’espérance et la charité. A propos de nos 3 rois mages, une histoire  raconte qu’en retournant chez eux, l’enfant leur offrit 3 cadeaux spirituels, ces trois vertus qu’ils devaient transmettre autour d’eux : La foi, l’espérance et la charité. Ce fut Melchior qui hérita plus particulièrement de l’espérance qu’il devait ramener en Europe. Elle en avait besoin pour trouver un peu de lumière en raison des idéologies ambiantes. 

Le Valais se rend dans sa cathédrale et à Rome pour ce pèlerinage d’année sainte, à Einsiedeln aussi. Si vous remontez du côté du diocèse de Bâle, il y a plus de possibilités dont la chapelle du Vorbourg… Un peu d’originalité, il en faut. 

Comme nous sommes proches du lac, je mentionne symbole particulier pour les lacustres, il s’agit de l’ancre. Port-Valais en a une dans ses armes communales, d’ailleurs. Le Pape François cette ancre dans son message. « L’espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire où Jésus est entré pour nous en précurseur » (He 6, 18-20).  « Dans le dynamisme inséparable des trois vertus théologales, l’espérance est celle qui oriente, indique la direction et le but de l’existence croyante. « Ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière » (Rm 12, 12). Que chacun puisse donner ne serait-ce qu’un sourire, un geste d’amitié, un regard fraternel, une écoute sincère, un service gratuit, en sachant que, dans l’Esprit de Jésus, cela peut devenir une semence féconde d’espérance pour ceux qui la reçoivent. »  Autrement dit, ne négligeons surtout le pèlerinage vers notre plus proche voisin pour ranimer son espérance. C’est le pèlerinage qui peut donner le plus de fruits. Notre-Dame de la Sainte Espérance priez pour nous. Amen.


mercredi 1 janvier 2025

Mère tu es où? Mais non ! Meter Tou Theou !

 


1 janvier 2025  Sainte Marie, Mère de Dieu —  Solennité

Lectures de la messe

Première lecture« Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénira...Nb 6, 22-27

Psaume Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !Ps 66 (67), 2-3, 5,...

Deuxième lecture« Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme »Ga 4, 4-7

Évangile« Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né. Quand fut arri...

Chers Frères et Sœurs,

Célébrant  la journée mondiale de la paix, en ce 1er Janvier, vous me permettrez de rappeler qu’elle est due, depuis 1968, à l’initiative du Pape Paul VI sur une idée de Raoul Follereau. C’est donc la 58ème. Nous fêtons Marie Mère de Dieu. Le 8ème jour après la naissance de Jésus est aussi celui de sa circoncision.

Le titre de Marie Mère de Dieu, veut dire que Marie est mère de Jésus qui est Dieu et homme. Une inscription en grec le rappelle presque toujours sur les icônes, sous forme abrégée. Meter Theou, Mère de Dieu. Ce titre lui vient du concile d’Ephèse.

En ce premier jour de l’année nous remercions Marie de nous apporter cette grande lumière de l’espérance qu’est son Fils. Dieu devenu aussi homme ne peut que nous surprendre et encourager sur notre chemin. Il donne un sens à ce que nous vivons, non seulement dans notre esprit, mais avec notre corps qui est une partie de nous… Nous ne sommes pas que des esprits égarés dans un peu de matière plus ou moins performante. Elle devient de plus en plus limitée avec le temps qui passe, ce qui n’échappe à personne.

Résumer ce que les messages que le pape François nous adresse  avec le fleuve des publications vaticanes est relativement difficile. Il parle beaucoup d’espérance dans le contexte de cette Année Sainte. Qu’est-ce que l’espérance ? Une vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. Voilà pour le rappel synthétique du catéchisme.

Une exploration sur le site du Vatican montre que durant les derniers pontificats, les papes parlent de plus en plus de l’espérance depuis Paul VI. Benoît XVI dont nous faisions mémoire du décès hier, la mentionne 1408 fois, ô surprise, François 980 pour le moment… Je vous laisse consulter.

Avec l’espérance, il  faut viser au loin pour atteindre des buts rapprochés, sinon c’est le croche-pied spirituel ou la balle dans le pied diraient certains : « Lorsqu’une personne ignore le lien qui l’unit au Père, écrit le pape, elle pense que les relations avec les autres peuvent être régies par une logique d’exploitation où le plus fort prétend avoir le droit d’empiéter sur le plus faible. » Dans sa lettre pour cette journée mondiale de la paix, le pape François met en particulier le doigt sur les inégalités économiques.

L’événement jubilaire écrit-il, nous invite à entreprendre des changements pour affronter la situation présente d’injustice et d’inégalité, en nous rappelant que les biens de la terre sont destinés non seulement à quelques privilégiés, mais à tous.

Pourquoi a-t-il a choisi le thème Pèlerins d’espérance pour l’année Sainte ? « Nous devons, dit-il, garder allumée la flamme de l’espérance qui nous a été donnée, et tout faire pour que chacun retrouve la force et la certitude de regarder l’avenir avec un esprit ouvert, un cœur confiant et une intelligence clairvoyante. Le but du Jubilé est de favoriser grandement la recomposition d’un climat d’espérance et de confiance, comme signe d’une renaissance renouvelée dont nous ressentons tous l’urgence. »  

L’espérance, naît de l’amour et se fonde sur l’amour qui jaillit du Cœur de Jésus transpercé sur la croix . C’est en effet l’Esprit Saint qui, par sa présence permanente sur le chemin de l’Église, irradie la lumière de l’espérance sur les croyants : Il la maintient allumée comme une torche qui ne s’éteint jamais pour donner soutien et vigueur à notre vie. L’espérance chrétienne, en effet, ne trompe ni ne déçoit parce qu’elle est fondée sur la certitude que rien ni personne ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu.

Qui dit espérance, dit aussi patience… Un pèlerin, doit marcher, savoir aussi attendre. Il faut s'encourager et encourager, parfois chanter, parfois se taire, écouter ce que l’Esprit-Saint peut suggérer. Nous avons des lieux d’exercice. On peut aller à Compostelle, faire la via Francigena ou d’autres. Le Jura pastoral organise une série de marches avec des distances modérées tout le long de cette année. Vous pouvez facilement vous informer.  Quant aux portes saintes, aux églises et chapelles de cette année sainte, elles ne manquent pas pour obtenir la grâce du pèlerinage. De la chapelle du Vorbourg, à Soleure, Mariastein et même Berne en n’oubliant pas Einsiedeln  et surtout pas Rome avec la porte de notre diocèse. Mais ne négligeons pas le pèlerinage vers le plus proche prochain.

Mgr Felix, dimanche, a encouragé les fidèles à agir avec espérance. Nous sommes appelés à la sainteté et « Saint »,  signifie être racheté en Jésus-Christ. « Pèlerinage » signifie regarder devant, aller de l’avant. Les pèlerins de l’espérance n’attendent pas que les autres bougent, ils font eux-mêmes le premier pas.

Une autre invitation pour conclure : Celle de Regarder Marie mère d’espérance. Depuis l’Annonciation, jusqu’à la résurrection, elle a su faire confiance, montrer ses qualités de discernement et de patience, jusque dans les premiers jours de l’Eglise et lors de ses premiers. Elle a été  mère d’espérance, et accompagnatrice au milieu de cette communauté de disciples si fragiles, même  avec l’aide du Saint-Esprit. Elle est encore là avec nous aujourd’hui pour nous accompagner durant notre pèlerinage.

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, Mère de Dieu, notre vie, notre douceur, notre espérance. Amen !

dimanche 29 décembre 2024

Qui lui a-t-il dit que Dieu était son Père?

 

Icône d'Elisabeth Lamour

29 décembre 2024

 La Sainte Famille — Année C — Fête

Lectures de la messe

Première lecture« Samuel demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa v...1 S 1, 20-22.24-28

Psaume Heureux les habitants de ta maison, Seigneur !Ps 83 (84), 2-3, 5-6...

Deuxième lecture« Nous sommes appelés enfants de Dieu – et nous le sommes »1 Jn 3, 1-2.21-24

Évangile « Les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs de la Loi ...Lc 2, 41-52

Chers Frères et sœurs,

Les Evangiles pour la Fête de la Sainte Famille donnent l’impression d’être des Evangiles à soucis. Ils donnent de la famille une image qui diffère d’un portrait publicitaire typique de la famille idéale des années 1950. Les Evangiles changent pour chaque cycle liturgique, A B et C. Le Cycle A nous raconte la fuite en Egypte. Pour l’Année B, Syméon qui accueille Jésus et sa famille au Temple loue le Seigneur en reconnaissant le Messie dans l’enfant, mais il prophétise à Marie qu’un glaive de douleur lui transpercera le cœur.

Nous arrivons enfin à l’Evangile d’aujourd’hui avec ce mystère joyeux qu’est le recouvrement au Temple. Il centre l’attention sur Jésus adolescent. Mais avec quelle angoisse préalable ! : « Ne trouvant pas Jésus dans la caravane de retour, Joseph et Marie retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. » Jésus adolescent en faisait-il aussi de belles ? Il n’y avait pas d’alertes enlèvement à l’époque. Joseph et Marie qui paraissaient laisser une certaine liberté à Jésus sont inquiets. Les pauvres ont perdu le Messie, et ils ne comprennent pas ce qui se passe. Lui, le très obéissant, qui est la Sagesse en personne, est resté au Temple sans prévenir personne. Il paraît avoir été comme captivé par l’environnement et surtout la parole de Dieu.

« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

La réponse qu’il fait à Joseph et à Marie, les stupéfie à un tel point que nous pourrions nous demander (interprétation personnelle) s’ils ne lui avaient pas parlé du mystère de sa conception et de sa naissance. Pourquoi pas ? De son côté, a-t-il lui aussi tenu secret son dialogue avec son Père ? Mais nous dit l’Evangile, il retourna avec ses parents à Nazareth et il leur était soumis.

Les parents connaissent toute la problématique des ados qui sont en construction, le cerveau grandit et se développe, les hormones provoquent joie et exubérance, l’imagination construit et explore de nouveaux modèles. Ils cherchent leur voie. Ils interpellent, parfois il y a de la déprime. C’est une période où les parents doivent devenir encore plus pédagogues et dialoguer. Le travail ne manque pas aux enseignants. Il est certainement passionnant de participer à ce développement du vivant.

Au spirituel, le modèle familial peut-être envisagé comme une image de la vie trinitaire. Le Christ vient révéler la nature trinitaire de Dieu. Il n’est pas solitaire, mais comme lieu d’amour, d’échange, de don, dans l’unité.

Maurice Zundel nous dit que « la Trinité est le pôle surnaturel de la famille: elle est éternelle communion d’amour entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C’est par là que la famille s’ouvre, c’est par là qu’elle devient universelle: chacun de ses membres n’est plus crispé sur soi. Il est en état de communion avec les autres, il est offert aux autres. Il est tout tendu vers le bonheur des autres. Il  s’agit de voir dans le concret le rayonnement de cette vie trinitaire. » La famille humaine même si elle nous aide à approcher du mystère de Dieu est toutefois limitée par notre espace-temps.

Ce modèle de petite famille humaine, veut nous faire méditer sur sa source vitale, l’amour. Il nous conduit chacun vers sa source et la rencontre avec ce Dieu un et trois. N’est-ce pas une des leçons que nous a donnée Anne. L’enfant qu’elle a demandé et obtenu n’est pas sa propriété, il est un don de Dieu. La vie lui a été donnée  pour  rejoindre et être rejoint par le Seigneur.  Il appartient à Dieu, il lui  est consacré. C’est la mission des parents que de participer ainsi à la construction du Royaume qui s’achève dans cette rencontre et dans la communion avec nos frères et la création.

Alors que nous sommes en chemin, le moteur qui nous rapproche de Dieu est actionné en chacun de nous  par la foi, l’espérance et la charité. Au final il ne restera que la charité puisque nous verrons Dieu et serons en Lui.

« L’espérance » sur laquelle le pape François nous invite à méditer cette année nous est très précieuse alors que nous sommes en chemin. Le Pape Benoît est celui qui en a le plus parlé. Lorsque nous voyons le Seigneur rechercher la demeure de son Père et vouloir y demeurer avec son humanité, cela doit nous intriguer. Alors qu’il est Dieu, il doit avancer avec son corps dans une certaine obscurité, accepter des limites et construire son intelligence humaine, dans l’amour. « La plus belle source d’espérance, c’est la faiblesse de Jésus-Christ dit un auteur. Si nous ne voulons pas désespérer, nous n’avons qu’à nous réfugier dans la faiblesse de Jésus. » Lui, a voulu donner du temps au temps : Donner du temps au temps pour toucher et rejoindre son Père avec et dans toute son humanité… mais accepter aussi de remettre entre ses mains ce qu’il avait patiemment construit avec l’aide de ses parents et de ceux dont il a voulu se faire accompagner. Il avait une forme d’espérance (cf 2a 2ae, Q.18).  

L’espérance, nous dit le pape, naît de l’amour et se fonde sur l’amour qui jaillit du Cœur de Jésus transpercé sur la croix. Réconciliés, nous serons sauvés en ayant part à sa vie (Rm 5, 10). Et sa vie se manifeste dans notre vie de foi qui commence avec le baptême, se développe dans la docilité à la grâce de Dieu. Elle est animée en conséquence par l’espérance toujours renouvelée et rendue inébranlable par l’action de l’Esprit Saint. Il ne s’agit pas seulement de calcul de probabilité à la manière de Pascal, ou d’un espoir qui serait une consolation pour naïfs et pour sots. Mais d’un don de Dieu, une force, une vertu provenant du Christ.

Pourquoi le pape François invite-t-il à un pèlerinage? « De l’entrelacement entre espérance et patience apparaît clairement le fait que la vie chrétienne est un chemin qui a besoin de moments forts pour nourrir et fortifier l’espérance, compagne irremplaçable qui laisse entrevoir le but : la rencontre avec le Seigneur Jésus. » Le meilleur argument en faveur des pèlerinages est que Jésus avec sa famille en a fait. Le don de sa vie et sa résurrection seront en quelque sorte le couronnement du dernier à Jérusalem.

L’espérance, donc soutient l’effort du croyant dans sa marche. Nous devons “déborder d’espérance” (cf. Rm 15, 13) pour témoigner de manière crédible et attrayante de la foi et de l’amour que nous portons dans notre cœur ; pour que la foi soit joyeuse, la charité enthousiaste ; pour que chacun puisse donner ne serait-ce qu’un sourire, un geste d’amitié, un regard fraternel, une écoute sincère, un service gratuit, en sachant que, dans l’Esprit de Jésus, cela peut devenir une semence féconde d’espérance pour ceux qui la reçoivent.

L’espérance trouve dans Marie, la Mère de Dieu son plus grand témoin. En elle, nous voyons que l’espérance n’est pas un optimisme vain, mais un don de la grâce dans le réalisme de la vie. Comme toute maman, chaque fois qu’elle regardait son Fils, elle pensait à son avenir. Mais dans son cœur restaient gravées les paroles que Siméon lui avait adressées dans le temple. Marie devenait ainsi et aussi notre Mère, la Mère de l’espérance. Ave Maris Stella. Salut à toi, Marie, étoile de la mer. Amen.


dimanche 15 décembre 2024

Joyeuse Nouvelle au désert

 


 15 décembre 2024 - 3ème Dimanche de l'Avent, de Gaudete (semaine III du Psautier) — Année C

Lectures de la messe

    Première lecture « Le Seigneur exultera pour toi et se réjouira » So 3, 14-18a
    Cantique Jubile, crie de joie,
    car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël. Is 12, 2-3, 4bcde, 5...
    Deuxième lecture « Le Seigneur est proche » Ph 4, 4-7
    Évangile « Que devons-nous faire ? » Lc 3, 10-18
 

 Chers Frères et Sœurs,

Ce dimanche est centré sur la joie, mais vous aurez remarqué que le mot n’est pas présent dans notre évangile tiré de saint Luc. Pourtant Jean-Baptiste est l’ami de l’époux. Il est celui qui doit diminuer et même s’effacer devant l’époux qui est son cousin. Nous sommes touchés par le message de Jean. D’abord parce qu’il est si semblable à celui du Seigneur.
On lui donne un titre qui sera adressé à Jésus, celui de Maître : « Maître, que devons-nous faire ? » On croirait entendre le dialogue avec le jeune homme riche  qui viendra demander au « Bon Maître » ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle. Jésus lui demande de respecter la loi de Moïse. Il le fait déjà… Jésus lui dira : « Il te manque encore une chose: vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis, viens, et suis-moi. » Il ne s’agit pas seulement d’un amour abstrait, mais d’adhésion à une personne. Il veut nous mener à la perfection, à la perfection du culte, de l’adoration, et à la joie dans la plénitude de la rencontre parfaite.
N'est-ce pas un signal, non seulement pour le Peuple Juif, mais pour les hommes de toutes les nations et de tous les temps. Tous les chercheurs de vérité nous annoncent le Christ aussi aujourd’hui. Nous pouvons prier pour ceux qui la défendent des manipulations. Dieu se révèle progressivement à tous les hommes, dans leur culture.
Toutefois, il vient le faire en s’incarnant dans un peuple insignifiant qu’il a préparé. Il le fait en plénitude dans la personne de son Fils. Il va non seulement permettre  « une » rencontre avec son Fils, mais permettre la rencontre par excellence. Non seulement il n’est pas une théorie, mais il y a en lui la plénitude de la vérité sur Dieu, il est Vérité. La Vérité n’est pas seulement une donnée et une connaissance abstraite, elle est une personne (selon une expression de Maurice Zundel). Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Il est la manifestation de l’amour du Père pour tous les hommes. Il a une identité.
Pour prendre une image, vous avez certainement déjà remarqué qu’on nous oblige à prendre une vilaine tête sur nos photos de documents officiels. Parfois le résultat fait peur. On en vient à se demander si la personne n’a pas été mordue par une bête malade. Jésus vient à nous non pas en faisant peur et pour faire peur, mais en fils aimant de son Père. Il vient en tant que Dieu, mais en Dieu caché, en Homme, en Personne qui aime. Il ne vient pas comme un roi oriental bien armé, mais en Homme pauvre, doux et humble de cœur. Nous ne pouvons détecter son identité que par le cœur, depuis son incarnation dans le sein de Marie, jusque sur les routes de Palestine, dans la parole de ses disciples, dans les Ecritures et l’Eucharistie aujourd’hui. Dieu qui se rend présent dans la matière et s’y révèle, cela doit nous interpeller. En relisant  quelques passages de Teilhard de Chardin, ces jours, on peut se laisser interroger par les représentations de la présence du divin qu’il pense y percevoir et ce fameux point Oméga. Les papes Benoît et François le citent : « L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été atteinte par le Christ ressuscité, axe de la maturation universelle» (Laudato si no 83).
Où cela doit-il mener ? A la joie, certes. Quelle joie ? La joie est bien présente dans l’Ancien Testament. Sa première cause en est le Seigneur lui-même. Le but perçu en premier lieu est le culte qu’on peut lui rendre. Le formalisme extérieur du Temple nous le fait comprendre. Mais ne vient-il pas apprendre d’abord à ceux qui le recevront, la manière de vivre pour rencontrer son Père et les moyens de le faire. Il nous donne le moyen d’aimer comme Lui, puisque l’amour est au cœur de la vie trinitaire à laquelle il veut nous intégrer. Il le fait par un don total et parfait de lui-même,  par une consécration et par un sacrifice qu’il vient accomplir. Quelle en est la finalité sinon la joie de la rencontre pour tous et chacun,  d’une rencontre qui n’est pas seulement épisodique, mais celle de l’époux et de l’épouse. Moments de joie et de bonheur exprimés par ce passage du livre de Sophonie. Un tout petit prophète qui s’exprime dans un tout petit livre de quelques pages ou 3 chapitres. Il a été témoin de la catastrophe d’une déportation au 7ème siècle. Il conclut sur une note d’espérance remarquable qui annonce la venue du Messie. La joie de cette entrée dans Jérusalem ne correspond pas aux petites allumettes des feux de bengale parcimonieusement allumées dont on riait à propos de la  Suisse centrale, à l’époque du travail avant tout, y compris le 1er août. Ca n’était pas un 14 juillet. Il s’agit d’une véritable fête, d’une exultation.  
Quant au Roi au milieu de Jérusalem, nous pourrions certainement le comparer à Jésus dans le sein de Marie. Elle est la Jérusalem nouvelle qui exulte de joie en Dieu son sauveur présent au milieu d’elle. Elle chante  son Magnificat. L’ange avait dit à Marie lors de l’annonciation : Kairé, « réjouis-toi », Kara c’est la joie. « Jubile, crie de joie, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël. », lui qui est aussi le tout petit. Kairete, soyez dans la joie, réjouissez-vous ! Saint Paul nous invite tous à la joie.  Elle est une caractéristique chrétienne qui ne dépend pas de nous, mais de l’action de l’Esprit.  « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. »
Nous nous réjouissons des bonnes nouvelles et c’en est une, la plus grande ! « Jean annonçait au peuple la Bonne Nouvelle. » Il est considéré comme l’ange du désert. Relié au prophète Élie, il est souvent représenté avec des ailes, comme un messager de Dieu. En grec, le terme evangelos — d’où viennent les noms "ange" et "évangéliste" — signifie "bon messager", "porteur de bonnes nouvelles". Gabriel annonce une Bonne Nouvelle à l’Annonciation, Jean au désert.
Puissions-nous nous réjouir des porteurs de Bonnes nouvelles, de bonnes nouvelles en matière de vérité et d’amour, de LA Bonne Nouvelle qui nous est annoncée dans le  Christ. Il est le chemin, la vérité et la vie.
Réjouis-toi Marie comblée de Grâce, le Seigneur est en toi, le Seigneur est au milieu de toi Donne-nous ton Fils. Amen.

dimanche 1 décembre 2024

En Avent dans la joie

 


1 décembre 2024 1er Dimanche de l'Avent (semaine I du Psautier) — Année C

 Lectures de la messe

Première lecture« Je ferai germer pour David un Germe de justice » Jr 33, 14-16

Psaume Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme, vers toi, mon Dieu.Ps 24 (25), 4-5ab, 8...

Deuxième lecture« Que le Seigneur affermisse vos cœurs lors de la venue de notre Seign...1 Th 3, 12 – 4, 2

Évangile« Votre rédemption approche » Lc 21, 25-28.34-36

Intro : Chers frères et sœurs,

En ce premier quart de siècle, c’est la 4ème fois que le 1er dimanche de l’Avent tombe un premier décembre. Noël qui survient à une date fixe le 25 décembre s’inscrit donc dans une perspective de vacances avec ponts au pluriel. Nous entrons dans l’année C, alors bonne année liturgique à tous ! Sa particularité est de centrer la liturgie sur L’Évangile selon Saint Luc, l’Evangile de la Miséricorde. Les commentaires ne sont pas très nombreux pour les amateurs, mais il y en a. L’Avent revient avec sa traditionnelle étymologie adventus, avènement qui rappelait l’entrée de l’empereur dans une grande ville ou à Rome et sa 1ère bougie de la couronne, qui a une racine oecuménique. Elle symbolise le pardon accordé à Adam et Eve. Ils mourront sur la terre, mais il vivront en Dieu.

Nous-mêmes, confions-nous donc à la miséricorde du Seigneur. Reconnaissons que nous avons péchés. etc...

Chers frères et sœurs, 

Après cette lecture, vous êtes en droit de vous demander, mais qu’est-ce que le Père Dominique a fait ? Un tête à queue liturgique ? Il s’est trompé de pages et il nous ramène avant la fête du Christ Roi avec les mêmes scénarios de catastrophes apocalyptiques. Le rectificatif est simple et lui aussi rituel. Les premières semaines de l’Avent, jusqu’au 16 décembre, sont centrées sur les oracles du prophète Isaïe annonçant le Messie. À partir du Jeudi de la 2e semaine jusqu’au 16 décembre, Jean-Baptiste fait son apparition dans les Évangiles quotidiens et nous découvrons son rôle dans l’histoire du salut. Et puis, c’est la semaine préparatoire à Noël, du 17 au matin du 24 décembre. Nous voilà rassurés et moi excusé.

Nous sommes invités par le Seigneur avec des paroles et des images fortes à nous tenir prêts pour son retour. Les images de l’apocalypse synthétisent l’attente et la réalisation du salut pour toute l’humanité. Qu’est-ce qu’attendre, comment être ce veilleur représenté comme une image des moines… ou ces soldats qui patientent stoïquement en certains lieux, bravant le froid, la chaleur, le vent et la pluie en devant rester sérieux devant les défilés de touristes qui essayent de les distraire. Une des questions sur lesquelles nous pourrions nous arrêter : Est-il légitime d’être un disciple touristique à la suite du Christ ? On peut le faire avec le sourire, vivre l’Avent avec le sourire. Une personne a eu la gentillesse de m’offrir un calendrier de l’Avent sous forme de morceaux numérotés de chocolat. L’idée est bonne pour apprendre à se limiter en se disant que c’est le seul de la journée. 

Cette attente a cependant un fond de joie : La première lecture mentionne « la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël. » et le psaume également : « Tu es le Dieu qui me sauve…  Les voies du Seigneur sont amour et vérité » Saint Paul ne l’est pas moins : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. » Aimer quelqu’un n’est-ce pas vouloir la vie pour lui et vouloir que la joie habite en lui. Quant au Seigneur dans l’Evangile, il nous invite certes à la vigilance. Mais, dit-il : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. » 

En substance quand tout paraît mal aller, que tout est ébranlé, réjouissez-vous car le Seigneur vient. Ca n’est habituellement pas le message qui nous est véhiculé dans les films catastrophes, avec les images artificielles d’inondations, de villes et de bâtiments qui sont détruits et autres fins de monde. Même devant les horreurs des informations, nous avons bien de la peine à écouter le Seigneur et à relever la tête, en nous disant qu’il revient bientôt. 

N'est-il cependant pas semblable à une  petite lampe intérieure, à cette lumière qui brille discrètement dans l’obscurité de notre maison intérieure. Cette petite lumière s’entête à ne pas vraiment s’éteindre. Essayons-nous de dialoguer avec elle et la protéger ? un auteur spirituel nous dit que « Loin d’être toujours facile, la prière est souvent un combat. Il faut tenir bon malgré les difficultés rencontrées pour persévérer dans la pratique de l’oraison. » Oui, Dieu viens à mon aide, Seigneur à notre secours. D’après ce que j’ai cru comprendre, le temps de l’Avent est un temps de retraite au Carmel, de retraite joyeuse, mais de retraite tout de même. Ce fut un 1er dimanche de l’Avent que le premier couvent de carmes déchaussés avait été érigé avec Jean de la Croix (à Duruelo), un signe donc que ce temps est privilégié pour cet ordre.

Le pape François nous a parlé de la joie mercredi dernier… Si l’attente et la préparation de Noël doivent se faire au mieux, elle doit se faire avec la joie qui est un fruit de l’Esprit.  Il a mentionné Saint Philippe de Néri qui ne manquait pas d’humour. Pour éviter de léviter, il  s’était par exemple mis à tirer sur la barbe d’un garde suisse ou avait mis un chat sur un autel… Je ne sais pas si la méthode est pratiquée au Carmel pour les visiteurs, alors que nos sœurs léviteraient, mais je crois qu’il n’y a pas beaucoup de confrères barbus. « Ce que l'on connaît moins, en revanche, a dit le pape, c'est la source de sa joie… Sa joie était, au sens le plus large, un fruit de l'Esprit. » Nous pouvons tous envisager de préparer Noël dans la joie.  Nous pouvons essayer de montrer que nous avons rencontré Jésus en manifestant cette joie qui vient de lui. « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. »  Il est vrai que nous ne vivons pas tous les jours des mystères joyeux, mais ils nous conduisent à notre deuxième naissance. 

Pendant ce temps de l’Avent, « Il ne s’agit pas d’autre chose que de laisser Jésus vivre en nous, car, s’il vit en nous, il sera dans les autres, à travers nous, un accueil infini. »

J’ai vu dans un article de quelques pages hier, que la maman lorsqu’elle attend son bébé a même son cerveau qui se modifie, il changerait de taille et que sa grossesse le rajeunit même. Pourquoi pas ? Les affirmations de scientifiques peuvent même nous faire rêver…

Alors pourquoi ne pas être désireux nous-mêmes, sans exception, d’un rajeunissement spirituel dans cette attente et cette nouvelle préparation de la venue du Messie ?

Sainte Mère du rédempteur, porte du ciel toujours ouverte, étoile de la mer, viens au secours du peuple qui tombe et qui cherche à se relever.

Tu as enfanté, ô merveille, celui qui t’a créée. 

Tu demeures toujours vierge, accueille le salut de l’ange Gabriel et prends pitié de nous, pécheurs. Amen.


dimanche 24 novembre 2024

Le Christ Roi de l'Univers, à commencer par toi.

 



24 novembre 2024 -  Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers — Année B

 Lectures de la messe

Première lecture « Sa domination est une domination éternelle »Dn 7, 13-14

PsaumeLe Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence.Ps 92 (93), 1abc, 1d...

Deuxième lecture« Le prince des rois de la terre a fait de nous un royaume et des prêt...Ap 1, 5-8

Évangile« C’est toi-même qui dis que je suis roi »Jn 18, 33b-37

« Alors, tu es roi ? » «  C’est toi-même qui dis que je suis roi. »

Chers frères et sœurs, chers amis,

Ce dialogue entre Pilate et Jésus, relève d’une ironie dramatique qui ne peut que faire frémir. Lorsque Pilate présente Jésus à la foule revêtu d’un manteau de pourpre, flagellé et couronné d’épines, il y a un coté de moquerie et d’humiliation du désir d’indépendance juif. Hérode s’était fait reconnaître le titre de roi par le Sénat romain. Il était plutôt dangereux pour les pays sujets de désigner un roi sans l’aval du  pouvoir d’occupation ou de collaboration. Ce rejet du Seigneur par le peuple, interpelle, alors que Pilate essayait de le faire libérer. Son courage n’était pas extraordinaire.

« Ma royauté n’est pas de ce monde ; En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »  « Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » avait dit Jésus. Nous nous rappelons la conclusion du dialogue par Pilate   : « Qu’est-ce que la vérité ? » Il n’avait peut-être pas pris le temps d’approfondir un sujet qui l’avait certainement interpellé. Les carrières demandent habituellement qu’on leur consacre beaucoup de temps, mais peu à la philosophie. Il existe des exceptions comme Marc-Aurèle qui n’avait pas de sympathies pro-chrétiennes.

Lorsque Jésus dit qu’il vient rendre témoignage à la vérité, dans un tel appareil, couronne d’épines, roseau et manteau de pourpre, cela ne peut que poser question. Mais que veut dire rendre témoignage à la vérité ? Le mot de témoin et de témoignage marturion se retrouve dans celui de martyr. Le martyr est un témoin, comme l’a été Jean-Baptiste, qui est venu pour rendre témoignage à la lumière et à la vérité. Il ne s’agit donc pas d’une prise de pouvoir qui devrait effrayer ceux qui ne le détiennent pas. Pourtant ne pas se sentir interpellés par une certaine crainte, sachant que la vie a un terme. Le martyr transmet un message, donne son témoignage sur une vérité encore cachée.

Maurice Zundel dit que Pilate ne pouvait comprendre que la Vérité était devant lui. Or, poursuit-il, « la Vérité, n’est-ce pas « l’être » dans la transparence de l’Amour ; et la plénitude de « l’être », n’est-ce pas, aussi, la plénitude de l’Amour. » Aussi bien, continue-t-il, à la révélation de l’Exode : « Je suis celui qui suis » répond le mot de saint Jean, qui en est le suprême commentaire : « Dieu est Amour ».

Il est certain qu’on aimerait parfois avoir quelques vies supplémentaires pour étudier certains concepts ou auteurs qu’on découvre après le célèbre commencement de la vie à soixante ans (entre parenthèses la chanson a été écrite par Jean-Pierre Bourtayre alors Tino Rossi avait 71 ans). Oui, la vie commence à soixante ans puisque normalement depuis ce moment on est obligé de se concentrer sur l’important, de se rabattre sur lui. Il faut bien se résoudre à se dire que le plus intéressant est déjà en nous et qu’il faut surtout nous débarrasser de ce qui n’est pas essentiel pour le découvrir. C’est valable à tout âge.

Alors qu’est-ce que la Vérité ? « La Vérité, c’est cette vivante lumière avec laquelle nous sommes mystérieusement confrontés toutes les fois qu’un éclair de conscience nous illumine. La Vérité est une Personne. » Le plus délicat et le plus douloureux pour nous aussi est qu’elle se laisse moquer et crucifier sans réaction violente. Elle ne s’impose pas tout de suite. Elle accepte d’être dissimulée et occultée derrière une montagne de préoccupations, dissimulée sous d’épaisses tentures. Pour être vue, il n’y a pas d’autre solution que de retourner à une pauvreté intérieure. Quand s’opère ce dévoilement ?

A la fin de l’année liturgique nous témoignons nous aussi que s’opérera une dernière et définitive révélation, un dévoilement de celui qui est au commencement de toutes choses, y compris à la racine de nous-mêmes. « Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga,  dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. ». Ce dévoilement ne sera-t-il pas fondamentalement celui de Dieu en nous, de notre rencontre avec lui. Car, a-t-il lui-même besoin de s’imposer ? D’une certaine manière, oui, car il a besoin d’aimer, puisque « Dieu est amour », même s’îl respecte notre liberté. Daniel Marguerat avait écrit en 2012, ça n’est pas tout récent, un petit bouquin avec Marie Balmery, « Nous irons tous au Paradis… » Oui, mais lequel ? Le catéchisme nous dit que (1027) Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : " Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment " (1 Co 2, 9).

Il est déroutant pour nous qui aspirons tant à la paix et à un bonheur sans vague, à la joie de voir Dieu et celui qui nous a créés et nous aime, à la joie d’entendre perpétuellement le concert des cœurs angéliques, il est déroutant d’avoir à témoigner de notre espérance. A quoi est-ce que ça sert ? La question est d’actualité… Nous avons tant besoin de nous accrocher à des témoignages de vie dans le réel, et pas seulement dans de beaux discours. Mais il n’en demeure pas moins que la foi, l’espérance et la charité révèlent déjà dans l’obscurité un mystère qui ne se révèlera qu’au dernier jour avec le retour du Seigneur. Peut-être une de nos missions les plus importantes est d’apprendre à écouter la voix du Seigneur dans notre cœur et d’apprendre autour de nous à le faire pour en témoigner ?

Le pape François a parlé cette semaine d’un renouvellement de l’histoire de l’Eglise pour aider à retrouver toute l’expérience du martyre, du témoignage. C’est précisément là où l’Église n’a pas triomphé aux yeux du monde qu’elle a atteint sa plus grande beauté, dit-il. Sommes-nous capables de reconnaître dans le Christ couronné d’épines et moqué aujourd’hui, celui qui se révélera « Dieu amour » au dernier jour ?

Parfois, on réserve la miséricorde à Marie dans les représentations du jugement dernier. Le Seigneur est miséricorde, mais nous pouvons compter aussi sur l’appui de Notre-Dame : Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut ! Après cet exil, obtiens-nous de contempler Jésus, le fruit béni de tes entrailles, Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie ! Amen.